‹ Hypnotisme, suggestion, psychotheŕapie (volume 3)Chapitre 85 sur 271 · MES PAL · texte numérisé non relu

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du devoir dévouée à son mari et à ses enfants, douce, timide, bonne, affectueuse, nullement passionnée. Elle était sugéestible : un jour, en fixant une cuillère, elle était tombée en extase hypnotique. Elle n’aimait pas Chambige : elle le craignait. Je tiens ce détail de quelqu'un qui était lié avec sa famille, qui la connaissait fort bien elle-même, ainsi que son mari.

Comment expliquer ce drame mystérieux ? Chambige est-il un vulgaire assassin doublé d’un imposteur qui, après avoir lâchement violé et assassiné cette femme qui lui refusait ses faveurs, aurait inventé cette histoire pour attacher son nom à un roman Conçu par son imagination malsaine, et poser devant ses contemporains en héros de tragédie amoureuse”? Je ne le crois pas non plus.

Chambige était, il est vrai, une imagination pervertie à

l’école de ces jeunes psychologues décadents qui substituent

la sensation au sentiment. Doué d’une intelligence vive, en imposant à ses camarades comme un esprit supérieur, pénétré lui-même de sa supériorité, avec cela, peu ou point de sens moral, Chambige avait soif de sensations et buvait sans scrupules à toutes les sources qui pouvait assouvir cette soif. Mais Chambige paraissait avoir la franchise de ses convictions : il raconte la scène avec une apparence de vérité et de sincérité : il produisit devant le jury non l’impression d'un imposteur qui viole, tue et calomnie une femme innocente, mais l’impression d’un homme franc, sans Cœur et sans préjugés, étranger à toute sensibilité morale, suivant avec audace les impulsions de ses suggestions instinctives.

IL vit M°° Grille : il désira la posséder. Habitué à dominer parce qu’il avait de l'intelligence, de la volonté et de la décision, il ne tarda pas à prendre sur cet esprit faible un ascendant étrange. Cette pauvre femme ne l'aimait pas; mais elle était dominée et fascinée par lui. En sa présence, elle ressentait je ne sais quel malaise indéfinissable, une

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AFFAIRE CHAMBIGE 455

vague terreur. De même qu'un jour, regardant une cuillère, elle était tombée en extase hypnotique, de même en présence de Chambige, troublée profondément par son regard,

ses allures, peut-être ses déclarations, elle tombait en ex- ù ‘4 tase somnambulique ; elle perdait sa personnalité ; elle el était en condition seconde. Chambige agissait vivement sur | ‘ cette imagination facile, lui imposait une autre conscience. 74 Alors elle était suggestible : il lui suggérait une passion 10 Ê malsaine : il lui suggérait une excitation sensuelle; les fa- ‘4 cultés de raison avaient abdiqué : elle ne pouvait résister. | 2 Chambige faisait de la suggestion sans le savoir : il pouvait 70 croire qu’elle l’aimait de bonne ‘foi ; il ne savait pas que ) 2 cette folie amoureuse suggestive n'existait qu'à la faveur h d’un état de conscience nouveau que son ascendant provo- 2 quait à son insu sur cette imagination délirante. L’être | à conscient normal ne l’aimait pas : l’être subsconscient S E faussé l’aimait. Fi Revenue à sa conscience normale, M°° Grille ne se sou- 1 venait de rien. Ainsi le matin du crime, quand la pauvre 2 victime écrivait sa lettre, elle ne savait pas ce qui allait se “+ passer : son esprit était calme. Un instant après, Chambige | Si a pu la suggestionner, l’entraîner au pavillon, implanter : 10 dans son imagination une passion folle, dans ses sens une l e. excitation irrésistible. Si la pauvre femme a fait promettre PU. à son séducteur de la tuer pour ne pas survivre à son dés- 4 honneur, c’est le sens moral survivant dans son nouvel état K de conscience comme une suggestion ancienne, héréditaire | % ou par éducation, qui ne pouvait être déracinée : c’est sa 4 vraie conscience morale indestructible qui pouvait être do- 5 minée, mais non éteinte dans son état somnambulique. ù Mais la suggestion possède son être physique et moral : la : passion suggérée l’emporte, irrésistible. Ce n’est plus elle- st même ! d Telle me paraît être, éclairée par la doctrine de la sug- £ à

‘gestion, comme je la conçois, la psychologie de ce drame %

mystérieux ! Il la connaissait bien, l’honnête homme qui lui a donné son nom quand il disait: Vivante ou consciente, elle n’eût jamais été à lui!

On sait avec quelle facilité chez certains sujets se constitue spontanément ce second état, qui n’est autre chose qu’un état de somnambulisme ou de vie somnambulique. Ce qui caractérise le somnambulisme, je ne cesse de vous le dire, ce n’est pas le sommeil ; il y a une veille somnambulique : la conscience existe; mais c’est un autre état de conscience dans lequel les facultés de raison sont amoindries ou absentes, et les facultés d'imagination, l’automa-

tisme idéo-dynamique, dominent la scène. Le sujet n’est

plus lui-même.

Voyez la somnambule Félida, si bien étudiée par le D' Azam. Dans son état normal, le caractère est sérieux, triste. Félida se préoccupe de son état maladif : la parole est rare, les sentiments affectifs peu développés, au moins en apparence ; la volonté est très arrêtée ; le travail acharné ; il y à indifférence pour tout ce qui n’est pas en rapport avec le mal dont elle souffre. Dans le second état, le caractère est vif, gai, enjoué; la physionomie estmobile et souriante. Toutes les facultés paraissent plus développées ; l’imagination et les sentiments affectifs sont surexcités ; la volonté est moins arrêtée. Dans cet état, Félida se laisse séduire par un homme qui l’a épousée depuis; elle devient grosse et parle de sa situation sans inquiétude et sans tristesse, tandis que quelque temps après, se trouvant dans l’état de condition première, elle éprouve, quand on lui apprend sa orossesse qu’elle ignorait alors, une commotion nerveuse avec crises convulsives.

Rappelons encore le cas signalé par le D’ Bellanger * :

1 Beilanger. Le magnétisme et chimères de cette science occulte, parle D" Bellanger, Paris, 1854, chap. x1, p. 207 et ,293. — Observ. relatée par Gilles de la Tourette dans son livre : De l’Hypnotisme et des états analogues.

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