DEFINITION DE LA SUGGESTION
Toute idée arrive au cerveau par un sens. Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu. Chacun des cinq sens, l'ouïe, la vue, l'odorat, le goût, le tact peut envoyer au sensorium des impressions qui deviennent idées et constituent des suggestions. Prenons le sens auditif, qui est, avec le sens visuel, la porte d'entrée la plus importante vers le centre psychique. Voici un exemple : Je dis à quelqu'un : « Vous avez une mouche sur le front. » Ces paroles récoltées par l'oreille externe, transmises au nerf auditif, l'impressionnent ; l'impression vibratoire est conduite par ce nerf jusqu'au centre cortical sensoriel de l'ouïe. Là se produit une perception brute : le cerveau entend. Si le sujet ne comprend pas la langue que je parle, la perception reste brute ; il entend des bruits, il enregistre des vibrations.sonores ; ces vibrations ne déterminent aucune idée : surit verba et wces . Pas d'idée, pas de suggestion. Si le sujet comprend, s'il a appris à associer ces bruits particuliers à des images antérieurement créées dans son cerveau, alors ces bruits sont interprétés; ils actionnent le centre de la mémoire auditive, qui transforme ces bruits en images. Le sujet entend et sait ce quil entend. La perception est devenue conception ; c'est un phénomène psychique. L'impression cérébrale est devenue une idée.
Pour qu'il y ait suggestion, il faut que cette idée soit acceptée par le cerveau ; il faut que le sujet croie. Or la croyance résulte de la crédivité inhérente à l'esprit humain. Si je dis à quelqu'un : « Vous avez une mouche sur le front », il me croit jusqu'à plus ample informé parce qu'il n'a aucune raison de ne pas me croire. L'idée introduite dans son cerveau devient une suggestion. Mais si le sujet finit par reconnaître que je l'ai trompé, il aura perdu sa crédivité vis-à-vis de moi. Et si, plus tard, j'essaie de lui suggérer de nouveau la même idée, il ne l'acceptera plus. L'idée ne deviendra plus une suggestion ; nous verrons tout à l'heure ce qui caractérise l'idée devenue suggestion.
Tout ce qui entre par l'oreille dans l'entendement, tout ce qui, avec ou sans contrôle préalable, est accepté par lui, tout ce qui persuade, tout ce qui est cru, constitue une suggestion par le sens auditif. Les avocats, les prédicateurs, les professeurs, les orateurs, les négociants, les charlatans, les séducteurs, les hommes d'Etat, etc., sont des suggestionneurs. Le fanatisme religieux et politique, le nihilisme, l'anarchisme, le boulangisme, etc., se recrutent par voie de suggestion auditive.
Par l'organe visuel entrent dans le cerveau des impressions nombreuses qui se transforment en idées et peuvent devenir suggestions. La vue d'un joli objet donne l'idée de le posséder ; la vue d'un bâillement donne l'idée du bâillement ; la vue d'un homme qui urine donne l'idée d'uriner.
Dans le domaine pathologique, l'hystérie, les tics, la toux nerveuse par imitation peuvent être des actes morbides consécutifs à des idées suggérées par le sens visuel.
Le sens olfactif envoie des idées au sensorium : une odeur de fleur, de vinaigre, de rôti, réveillent l'idée, c'est-à-dire l'image psychique corrélative de chaque sensation perçue : l'odeur des excréments, de la pourriture, du brûlé provoque l'idée de la cause déterminante.
Il en est de même du goût ; un goût agréable crée l'appétit ; un goût désagréable donne lieu à des nausées ; actes qui traduisent l'idée d'ingérer ce qui est agréable ou de rejeter ce qui répugne.
Le tact est éminemment suggestif : un serrement de main inspire l'idée d'amitié ; une caresse l'idée d'affection ou d'amour. Les qualités du tact sont interprétées par le cerveau et engendrent des suggestions émotives variées. Chez les sourds-muets aveugles, le tact reste presque la seule porte d'entrée qui laisse pénétrer dans le domaine psychique les impressions du dehors ; ce langage tacite supplée chez eux au langage visuel et auditif et Ton sait