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SUGGESTION CHEZ LES MORPHINOMANES

plus ou moins profond, s'il peut être obtenu, soit à l'état de veille, la disparition du malaise. Quand on sait influencer et capter son malade, on réussit souvent par la simple parole, au besoin aidée de quelques pratiques telles que pulvérisation d'éther, hydrothérapie, à stimuler le système nerveux et à calmer l'angoisse. J'ai vu de ces malades agités, poussant des cris féroces, se jetant de côté et d'autres, disant souffrir martyre, croyant mourir, ou voulant se suicider si on ne leur rendait pas la seringue. Souvent les médecins prennent peur eux-mêmes et leur confient de nouveau la morphine. J'ai pu, dans des cas de ce genre, par ma présence, par mon autorité, par la suggestion douce et calmante, restaurer un calme parfait, sans injection ; et en persévérant avec patience, en ne ménageant ni mon temps, ni ma peine, venir à bout de cette terrible morphinomanie. C'est dans un établissement spécial que les malades peuvent être incessamment surveillés, isolés de parents ou serviteurs complaisants qui n'ont pas d'autorité sur eux, sous l'influence suggestive permanente du médecin et d'un personnel intelligent et expérimenté, que les guérisons peuvent toujours se faire en quelques semaines. Abandonnés à eux-mêmes, dans leur famille, les vrais morphinomanes invétérés ne guérissent pas. La tentation est plus forte que leur volonté, la simple suggestion faite par le médecin une ou deux fois par jour ne suffit pas. 11 faut, je le répète, une autorité ferme qui domine les malades et un entraînement suggestif incessant. Les habitudes alcooliques sont, en général, difficiles à réprimer ; cependant les alcoolisés sont plus suggestibles que les morphinomanes. A quelques-uns, on suggère rapidement le dégoût pour le vin et l'eau-de-vie ; d'autres n'acceptent pas ce dégoût, mais obéissent à la suggestion de ne plus en boire; d'autres résistent à la suggestion. Il faut toujours une surveillance prolongée et des suggestions répétées pour prévenir les rechutes chez ceux qui n'ont

pas une volonté assez forte pour lutter contre leur penchant. Mon ami, le professeur Forel de Zurich, a fondé une société de tempérance dont les adeptes s'engagent à ne plus boire que de l'eau ; il est arrivé par la suggestion hypnotique et la surveillance à guérir des buveurs émérites et invétérés qui depuis des années sont restés fidèles à leur engagement.

La psychothérapie est-elle efficace dans les impotences et anomalies fonctionnelles génésiques? La question est très complexe. A côté de quelques succès, je pourrais relater beaucoup plus d'insuccès. Voici en quelques mots le résultat de mon expérience personnelle.

L'impotence peut être organique ; les érections sont faibles ou nulles; la sécrétion spermatique est peu abondante; il y a faiblesse congénitale, soit dans l'appareil sécrétoire, soit dans l'appareil érectile. Le sujet peut avoir des appétits, mais qui n'aboutissent pas. Ces appétits sont ordinairement peu violents ; ils sont moins suggérés par un besoin réel que par l'amour-propre ou le désir de satisfaire sa femme •et de lui donner un enfant.

Dans ce cas la suggestion n'est que peu ou point efficace. Elle ne peut pas créer un sens qui n'existe pas, ni même développer un sens ou un appareil sensuel naturellement faible. Tout au plus l'hygiène physique et morale, la modération dans l'exercice peuvent-elles permettre au sujet en évitant le surmenage, et ne violentant pas la nature, à tirer parti de la force génitale existante. J'ai connu un homme encore jeune, très intelligent, affecté de cette impotence physique et psychique, n'ayant ni appétit sexuel, ni érection. Son amour propre en souffrit tellement que, alors qu'il était dans une grande école du gouvernement, il se faisait passer pour débauché. 11 tomba par dépit dans une dépression nerveuse intense d'où j'arrivai à le tirer, mais sans lui donner ce qui lui manquait.

IMPOTENCE GENITALE 349

L'impotence peut être purement psychique, en ce sens que l'organe et la fonction existent ; le sujet a des érections, des pertes nocturnes, il peut se satisfaire par l'onanisme ; mais il n'a aucun désir sexuel; il ne souffre pas et ne consulte pas le médecin ; il n'est d'ailleurs pas impuissant physiquement.

L'inappétence peut s'accompagner d'aversion ou répugnance, cette répugnance est instinctive ou provoquée par une première impression de dégoût. Ceci arrive parfois chez le jeune homme, plus souvent chez la jeune fille timide, non préparée, et à qui ce spectacle est offert sans ménagement, alors que la réalité brutale vient frapper une imagination délicate.

Beaucoup de malentendus entre jeunes mariés naissent de cette déception grosse de conséquences. Ici le médecin consulté remplit un rôle utile ; il peut par ses conseils et ses suggestions habiles intervenir et apprendre au sujet réfractaire à dominer son impression de peur ou de répugnance.

L'impotence peut être psychique en ce sens que, l'organe et la fonction existant, le sujet ayant des désirs et des érections, celle-ci est entravée par une émotion inhibitoire. Voici un jeune homme possédé de désirs violents en proie à une surexcitation excessive. Au moment de remplir l'acte, il est paralysé par rémotion. C'est une paralysie psychique; celle de l'amoureux qui reste interdit devant l'objet de ses rêves, celle du chanteur qui reste muet devant le public : vox faucibus haesit. — D'autrefois l'excitation trop vive amène une éjaculatiou précoce, phénomène ordinaire, mais qui chez la plupart ne se répète pas aux essais suivants : chez certains nerveux au contraire, ce fait se répète chaque fois par auto-suggestion émotive : l'érection cesse ou l'éjaculation est précipitée à chaque essai. Ainsi le cheval se cabre ou se bute toujours au même endroit. C'est l'aiguillette nouée par la suggestion des anciens sorciers.

Un homme encore jeune me consultait, parce que marié depuis trois ans, il n'avait jamais pu avoir de rapports avec sa femme qu'il aimait et désirait. Cependant il n'était pas impuissant, capable même, il avait essayé pour juger sa capacité, de remplir l'acte jusque trois fois dans une nuit avec une autre femme. Le cheval ne se cabrait que devant sa propre maison.

Cette variété d'impotence par auto-suggestion est curable et justiciable de la suggestion. Mais la lutte peut être longue et difficile ; on sait combien les auto-suggestions par phobies ou émotions peuvent être tenaces.

Un mot encore sur l'inversion ou perversion des sens génésiques.

L'onanisme peut être acquis ou instinctif. Quand il est acquis par imitation, mauvaise fréquentation, il est d'ordinaire curable par le traitement moral.

Mais il peut être instinctif ; l'instinct se développe spontanément dès l'enfance ou la première jeunesse, quelquefois héréditaire, greffe d'ordinaire sur un fond neurasthénique. J'ai vu des adultes, des hommes mariés, onanistes depuis l'enfance et qui malgré leur bonne volonté n'ont pu dominer leur instinct. Ils arrivent, en faisant appel à leur énergie stimulée par de bonnes suggestions médicales, à se maîtriser pendant un certain temps ; puis un moment vient où l'autosuggestion instinctive accumulée pour ainsi dire déborde ; et ils se livrent à leur passion. La suggestion continue peut réussir à refréner le besoin, à le régulariser, à allonger l'intervalle; mais elle ne peut pas guérir radicalement l'onanisme héréditaire.

Ainsi en est-il aussi de l'inversion génitale ou pédérastie, celle-ci peut être acquise, suggérée, et devenir une habitude vicieuse. Alors elle est susceptible d'être réprimée plus ou moins facilement, suivant la volonté, la force d'âme et l'individualité psychique. Cependant les pédérastes par perversion viennent rarement consulter le médecin.

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