‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 14 sur 235 · APPLICATION A LA PEDAGOGIE · texte numérisé non relu

APPLICATION A LA PEDAGOGIE

champ vaste et fécond. Notre système d'éducation ne tient pas suffisamment compte, peut-être, de ces données d'observation journalière. Nos pédagogues se figurent trop que tout cerveau bien conformé est ouvert à toutes les notions, peut élaborer toutes les conceptions intellectuelles. Dans les écoles, nos jeunes gens sont soumis à une éducation uniforme; on veut les couler dans le même moule; on veut les faire passer par la même filière pour aboutir à des carrières différentes. Combien d'intelligences bien douées à certains points de vue, enrayées ou avortées par cette discipline intelligente qui ne se préoccupe pas des incompatibilités intellectuelles! Tel cerveau remarquablement doué pour les mathématiques, par exemple, reste éternellement rebelle à l'étude des langues ou aux conceptions artistiques, et vice versa ! Si le baccalauréat es lettres ou es sciences était la seule porte d'entrée des carrières artistiques, comme elle Test pour les carrières libérales, du médecin, du jurisconsulte, de l'ingénieur, que d'artistes seraient étouffés clans leur germe! Vouloir introduire dé force dans tous les cerveaux, toutes les branches de l'intelligence humaine, c'est vouloir forcer chaque sol à mûrir tous les germes du règne végétal. Faire produire à chaque cerveau ce qu'il est capable de produire, féconder et développer les aptitudes congénitales de chacun, adapter l'éducation de chacun à sa suggestibilité spéciale, tel est le rôle de la pédagogie éclairée à la lumière de la psychologie ! »

Nous avons défini la suggestion; elle est faite ; l'impression est devenue idée, l'idée est acceptée par le cerveau. C'est un phénomène centripète. Alors succède un phénomène centrifuge consécutif à la suggestion. C'est ce phénomène important qui domine toute notre activité etsur lequel repose la psycho-thérapeutique que nous voulons étudier ici : Toute idée suggérée et acceptée tend à se faire acte, c'est-

à-dire sensation, image, mouvement. C'est une loi psychologique qui découle de l'observation. Toute cellule cérébrale actionnée par une idée actionne les fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée.

Voici des exemples qui démontrent cette loi fondamentale, qu'on pourrait appeler loi de IHdéo-dynamisme.

1° L'idée dément sensation, c'est-à-dire image tactile, olfactive, gustative, auditive, ou visuelle.

L'idée de sel évoque l'image gustative du sel; celle du vinaigre actionne la muqueuse pituitaire ; celle d'une cloche évoque l'audition de sa sonnerie. Entendez prononcer le nom de Carnot, par exemple, l'image de l'ancien Présideut paraîtra à vos yeux. Sans doute, le plus souvent ces images sensorielles que l'idée tend à réveiller et à extérioriser restent vagues et n'aboutissent pas. Chez quelques-uns, ou dans certains états d'âme, comme dans le sommeil, ces images aboutissent et en imposent comme si elles étaient réelles.

L'idée par exemple qu'on a des poux ou des puces produit souvent une démangeaison réelle; l'idée est extériorisée sous forme de sensation, quelquefois aussi distincte que si une cause matérielle la produisait ; le sujet se gratte : « Je ne puis, dit Herbert Spencer, penser que je vois frotter une ardoise avec une éponge, sans éprouver le même frémissement que me produirait le fait lui-même. »

Mallebranche, cité par Charpignon (Etude sur la médecine animique et vialiste), rapporte qu'un savant voyant faire une saignée au pied de sa maîtresse, ressentit subitement à la même partie une douleur qui persista plusieurs jours. Marmisse de Bordeaux (Gazette des hôpitaux, 1861), et Lauzanus (J.-B. Demangeon. De Vimagination, 1829), citent chacun un fait semblable. Il s'agit dans ce dernier cas d'un jeune homme qui, voyant un malade atteint de pleurésie être saigné, fut deux heures après l'opération pris d'une vive douleur au bras, au point correspondant à la piqûre, et en souffrit près de deux jours.

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