‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 180 sur 235 · NERVOSISME INFANTILE · texte numérisé non relu

NERVOSISME INFANTILE

antérieure ; le père et la mère sont nerveux ; un petit frère a une coxalgie suppurée.

Il est malade depuis trois mois et demi : l'affection a commencé par de l'inappétence avec répulsion pour les aliments ; bientôt il vomit tout, même le bouillon, aussitôt après l'ingestion : les vomissements devinrent de plus en plus fréquents ; il ne gardait même plus le lait glacé. Chaque vomissement amenait une céphalalgie qui durait dix minutes. Quelquefois, mais pas habituellement, de la diarrhée. Depuis ce moment, il cessa d'aller à l'école, et on remarqua chez lui des mouvements nerveux dans les membres et à la face.

L'enfant devint triste, faible sur ses jambes, tombant souvent.

Depuis trois semaines, il vomit un peu moins et a moins de répulsion pour les aliments, mais il se plaint de douleurs plus vives au creux épigastrique, douleur lancinante commençant à cinq heures du matin et durant jusqu'au soir.

Je l'hypnotise le 8 mars et lui suggère de ne pas vomir, de n'avoir plus de douleur, d'avoir de l'appétit, de la gaîté, etc. — Il est en sommeil profond avec amnésie au réveil.

Il revient le 10 mars. Depuis la suggestion, il n'a vomi qu'une fois ; il a été plus calme, n'a plus de douleur. — Deuxième suggestion.

11 mars. — N'a plus eu de douleur du tout, ni de vomissements. On n'a plus constaté de vomissements nerveux. Il a dormi toute la nuit. La gaîté est revenue : il a mangé plus que de coutume. — Troisième suggestion.

12. — L'enfant a eu un peu mal dans la journée d'hier ; le soir il allait très bien ; a bien dormi. — Quatrième suggestion.

14. — Continue à aller très bien. Continuation des suggestions tous les jours.

Le 19. — L'enfant retourne à l'école; il a eu un peu mal au creux épigastrique en écrivant.

Le 21. — Je l'hypnotise de nouveau, jusqu'au 25.

L'enfant continue à aller bien; il peut écrire sans plus ressentir aucune douleur épigastrique. L'appétit s'améliore tous les jours.

La guérison se complète et se maintient.

Observation XL VI II. — Constriction douloureuse vive à la région épigastrique gauche, avec oppression et vertiges, depuis près

de six semaines. — Guérison en trois jours par suggestion hypnotique.

E. B..., fondeur à l'usine de Laneuveville, âgé de trente-quatre ans, entre à l'hôpital le 19 mai 1890, pour une douleur au-dessous du rebord costal gauche.

Le malade dit avoir toussé depuis le mois de novembre jusqu'en avril; il expectorait abondamment; il vomissait quelquefois après avoir mangé, par suite de la toux. Actuellement il ne tousse presque plus. Le 10 avril, il fut pris tout d'un coup d'une douleur vive qu'il localise en un point situé à trois travers de doigt à gauche de la ligne blanche, au milieu de l'épigastre; cette douleur, venue sans cause, peut-être à la suite d'une quinte de toux, l'obligea de quitter son travail qu'il put cependant reprendre le lendemain. Mais cette sensation douloureuse a persisté depuis le 10 avril; elle existe au repos; et quand il marche, elle s'étend transversalement à travers l'épigastre, déterminant une sorte de construction avec sensation d'oppression, de vertige, et d'obiuibilation visuelle.

Comme antécédents, le malade signale seulement une fièvre cérébrale à l'âge de huit ans. Il est marié, père de cinq enfants qu'il nourrit ; bon ouvrier, il ne fait pas d'excès alcooliques. Il est venu de Laneuveville comme pensionnaire payant à l'hôpital pour être guéri de cette constriction douloureuse qui ne le quitte pas depuis six semaines.

Depuis le 5 mai, il a discontinué son travail.

Etat actuel. — Constitution bonne; tempérament mixte. Apyrexie. Le thorax est bien conformé; la sonorité est normale, la respiration nette, quelques sibilances légères trachéo-bronchiques; les fonctions digestives normales; l'appétit faible. La pression ne détermine qu'une douleur légère à la région indiquée. En somme, sensations douloureuses névropathiques sans lésion. Il est, dit-il, impressionnable, il s'emballe facilement, mais redevient aussi vite calme.

J'essaie, dès son entrée, de l'hypnotiser; il tombe en quelques secondes en sommeil profond; je suggère la disparition de la douleur. Au réveil, il n'accuse plus aucune sensation; il n'a souvenir de rien; il ne se rappelle même pas que je l'ai endormi.

20. — La douleur enlevée par suggestion hier matin est revenue dans l'après-midi. Il a bien dormi la nuit. Le point douloureux existe encore ce matin, peu intense. Nouvelle suggestion : disparition complète de la douleur.

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21. — Le malade a encore eu une légère sensibilité dans la journée. A partir de six heures du soir, plus rien. La constriction, le vertige, l'obnubilation ont totalement disparu. Il se déclare complètement guéri; depuis le 10 avril, début de sa maladie, il n'a jamais été aussi bien. Je lui fais une dernière suggestion en sommeil profond et il demande à rentrer chez lui et à reprendre son travail.

Observation XLIX. — Douleur épigastrique et hypocondriaque droite depuis trois semaines enlevée en quelques jours par suggestion.

Th. Joseph, âgé de soixante ans, entre à l'hôpital le 22 juillet 1890, pour une douleur nerveuse abdominale. Depuis trois semaines, sans cause connue, il accuse cette douleur dans la région hypocondriaque droite; elle est continue, contusive, et l'a obligé de quitter son travail. Le malade a eu les mêmes douleurs il y a deux ans, pendant deux mois. L'année dernière il les a eues pendant deux mois et aurait été soumis à des lavages d'estomac. Depuis trois semaines, il n'a pas d'appétit. Auparavant il mangeait bien; la digestion est bonne; les selles sont régulières. N'a pas eu de maladies antérieures, si ce n'est quelques accès de fièvre intermittente en Afrique d'où il est revenu en 1883 après y avoir séjourné sept ans. D'ailleurs, jamais d'ictère, pas de cachexie. Quelques douleurs diffuses qualifiées de rhumatisme.

Constitution benne, bien conservée. Tempérament mixte. Les fonctions diverses sont normales. A l'examen du ventre on ne constate rien d'anormal; l'estomac n'est pas dilaté; le foie ne dépasse pas le rebord costal. La région épigastrique et hypocondriaque sont sensibles à la pression. Par affirmation suggestive on détermine un point particulièrement douloureux au-dessous du rebord costal sur la ligne mamillaire; on détermine aussi un point rachidien. — Le malade est mis en sommeil profond le 23 juillet. Au réveil, après suggestion, il dit spontanément qu'il va mieux. A la pression la région sus-ombilicale est moins sensible.

24. — A eu hier sa douleur vers le creux épigastrique pendant trois heures. Ce matin cette région est sensible; la région hypocondriaque ne l'est plus. Digestion bonne. A dormi cette nuit, comme il ne l'avait pas fait depuis six nuits; cependant

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s'est réveillé encore cinq ou six fois. Pression douloureuse sur une ligne allant de l'appendice xiphoïde à l'ombilic. Suggestion.

25. — La douleur de l'hypocondre ne revient plus. La douleur épigastrique enlevée hier matin est revenue le soir. On trouve aussi le point rachidien suggéré. — Suggestion. Application de collodion pour prolonger l'effet de la suggestion et empêcher la douleur de revenir.

26. — Le collodion lui a, dit-il, fait du bien. La douleur n'est plus que très faible.

Les deux jours suivants, il continue à aller bien. J'évite de lui parler de sa douleur pour ne pas appeler son attention, c'est-à-dire son auto-suggestion sur elle.

Le 28, il se déclare guéri et demande sa sortie.

Je ne sais si la douleur est revenue. En tout cas l'influence immédiate de la suggestion montre son origine psychique.

Observation L. — Névropathie douloureuse guérie datant de quatorze mois. — Pseudo-sciaiique . — Impotence fonctionnelle. — Dépression morale. — Guérison par suggestion active.

Le malade est ouvrier à la cristallerie de Baccarat. Agé de vingt-huit ans, marié, père de deux enfants, heureux dans son ménage, il n'accuse ni excès de travail physique, ni excès de tension intellectuelle, ni émotions morales vives. La maladie pour laquelle il est venu, le 28 octobre 1891, se faire traiter dans notre service, remonte au mois d'août 1890. Gomme antécédents morbides, il ne relate qu'une gastrite contractée il y a deux ans et qui persista trois ou quatre mois, caractérisée par de la dyspepsie et des vomissements alimentaires après les repas; le lait même tournait et était vomi. Mais cette maladie guérit, et depuis, la digestion était parfaite. Il a toujours été nerveux, sans être névropathe; depuis son enfance il tremblait facilement, par exemple quand il voyait deux enfants se battre; il a même constaté un tremblement léger persistant à l'état habituel. Sauf cela, il se portait à merveille, sans douleur , sans autre manifestation nerveuse. Son nervosisme parait héréditaire. Son père est mort il y a vingt ans ; sa mère est très impressionnable, dit-il, sans être malade; il a perdu, il y a cinq ans, sa sœur, d'une affection nerveuse qu'il ne peut définir; elle avait habituellement des maux de tête, des crises

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nerveuses pendant la nuit, elle sautait dans son lit en criant.

Lui-même, sans cause connue, ressentit brusquement, en août 1890, une douleur dans le mollet gauche; cette douleur s'étendit graduellement de bas en haut, le long de la face postérieure de la cuisse, jusqu'à l'ischion, qu'elle atteignit en décembre. Cette douleur n'était pas continue, mais le prenait toutes les 10 à 15 minutes, comme un éclair avec secousse. D'août en décembre, le médecin qui pensait à une sciatique lui fit appliquer successivement six grands vésicatoires sur le membre; il était calmé pendant deux jours, puis cela recommençait. Le 3 décembre, il dut arrêter son travail, qu'il n'a pas repris depuis. Alors ces mêmes douleurs fulgurantes s'étendaient du mollet jusqu'à l'os iliaque, toujours à la face postérieure du membre. Chose singulière! Quand il marchait, ces secousses douloureuses devenaient de moins en moins intenses, et de moins en moins fréquentes, à mesure qu'il continuait à marcher. Aussitôt couché au lit, les yeux fermés, les secousses douloureuses le reprenaient, si bien qu'il se relevait et passait ses nuits à marcher.

Au mois de janvier, l'autre jambe, la droite, fut prise de douleurs analogues. Une nuit, en se mouchant il ressentit une douleur vive à la région sacro-coccygienne droite. Cette douleur s'étendit graduellement vers la région de l'aine et du scrotum droit. C'étaient de violents élancements allant du coccyx jusqu'à l'aine et parcourant tout le sillon cruro-abdominal jusque dans le scrotum ; ces élancements surtout intenses jusque dans cette dernière région (aine) duraient pendant quelques minutes et se continuaient ensuite pendant quatre heures environ sous forme de douleur obtuse, supportable. Il restait quelquefois deux jours sans la sentir, puis les accès revenaient durant un à deux jours avec exacerbations et rémissions irrégulières. En outre, la douleur existait à la fesse droite, s'irradiant parfois, mais rarement dans le genou. Au moment où la jambe droite fut prise, la gauche se dégagea; mais elle fut reprise au bout de trois mois des mêmes secousses douloureuses qu'elle avait présentées auparavant seulement à dés intervalles assez rares. Ce qui dominait depuis lors, c'étaient les douleurs à l'aine et à la fesse droite. A trois ou quatre reprises, l'intensité des douleurs dans l'aine a déterminé chez notre homme une sensation de faiblesse, avec agitation, tremblement, contracture des mâchoires, et impossibilité de parler; ces crises

hystériformes, sans boule ni strangulation, durèrent environ une heure.

Gomme traitement, le malade a pris de l'antipyrine, de la phénacétine, du salicylate; il a eu des vésicatoires, des pointes de feu nombreuses. Le 18 mai dernier, on l'envoya à Plombières où il prit pendant trois semaines des bains de vapeur sans résultat. Au contraire, il revint plus malade : il fallut le porter dans le train et de retour à Baccarat, il resta quinze jours sans pouvoir marcher. En juillet, il fallut recourir à des injections de morphine pour calmer les crises plus fortes; on ne dépassa jamais la dose d'une seringue par jour.

A son entrée à l'hôpital, V... était profondément amaigri; sa constitution primitivement délicate était affaiblie. Le malade marchait bien, mais il ne pouvait seul se coucher au lit à cause de la douleur au sacrum et à la fesse qui ne lui permettait pas de s'incliner en avant. Depuis sept à huit mois, il ne pouvait plus faire de mouvement ni ramasser par exemple un objet à terre. L'aspect déprimé du malade faisait croire à la sœur du service que le malade était dément. Je constatai cependant que c'était un homme intelligent et dont l'intelligence était conservée ; elle était seulement obnubilée par quinze mois de douleur et d'insomnie; il était incapable de travail physique et intellectuel.

Quand le malade commence à marcher, il se tient le corps incliné, surtout sur le membre inférieur gauche, l'attitude que présentent beaucoup de malades atteints de sciatique droite. Il marche cependant bien et quand il a marché pendant quelque temps, la douleur de la fesse et de la cuisse disparaît et l'attitude se redresse.

Les membres inférieurs ne présentent aucune atrophie musculaire, tous les mouvements s'accomplissent; la sensibilité est normale, ni anesthésie, ni hyperesthésie. A la cuisse droite la pression produit une légère douleur sur la face postéro-interne, au niveau de la fesse, de l'ischion, de l'échancrure sciatique, du sacrum et du coccyx; on ne constate pas cependant les points douloureux bien accentués de la sciatique. La douleur obtuse, un peu diffuse sur la face postérieure du membre, n'est pas délimitée sur la ligne du sciatique. Ajoutons que les pointes de feu dont les traces existent à la face postérieure du membre ont pu, par influence psychique, contribuer à localiser la sensation douloureuse dans cette région correspondant à peu près, mais non d'une façon précise, au domaine du scia-

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tique. La pression de la région inguinale et du scrotum ne détermine pas de sensibilité spéciale. A la face postérieure de la cuisse gauche, la pression réveille aussi une certaine douleur peu intense à peu près sur le trajet du sciatique, sauf les points douloureux classiques qui n'existent pas. Ajoutons encore, et ceci est important pour le diagnostic, que le malade n'a jamais, ni pendant les accès, ni dans leur intervalle, ressenti ni fourmillements, ni engourdissement dans les membres douloureux.

Le réflexe patellaire est exagéré du côté droit; les autres réflexes tendineux sont normaux. Quand le malade, couché ou assis, soulève la jambe droite, elle est agitée d'un tremblement intense qui dégénère bientôt en grandes oscillations irrégulières ; ce tremblement existe depuis six semaines et s'est développé, dit-il, à la suite d'injections d'éther qu'on lui fit pendant quinze jours. Avant les injections, il ne présentait qu'un tremblement léger à petites oscillations rythmiques qu'il a toujours eu et qu'il présente encore à la jambe gauche et aux mains, quand on les fait étendre horizontalement en l'air.

Depuis sept à huit mois, le malade ne dort plus la nuit; il dort quelquefois une demi-heure le jour.

Il ne présente d'ailleurs aucune autre manifestation nerveuse, pas de céphalalgie, pas de rachialgie, pas de troubles digestifs; la vision est nette, le champ visuel normal.

L'examen des organes ne démontre rien d'anormal, si ce n'est une expiration légèrement soufflée dans les fosses susépineuses; cependant le malade n'a jamais toussé ni craché; il n'a ni fièvre, ni sueurs nocturnes. En résumé, douleurs fulgurantes localisées dans les deux cuisses à l'aine droite, à la région sacro-coccygienne.

A quelle affection avions-nous affaire? Etait-ce une sciatique double ? Peut-être y a-t-il eu début une névralgie dans un rameau du sciatique au niveau du mollet gauche? Mais lorsque nous vîmes le malade, ce n'était pas une sciatique. L'absence des points douloureux classiques, la douleur sacro-coccygienne et inguino-scrotale, le caractère fulgurant, par secousses instantanées, de ces douleurs, leur disparition par la marche, l'absence de fourmillement et d'engourdissement excluent l'idée de névrite ou névralgie sciatique. Est-ce la période préataxique du tabès? La localisation et la constance des douleurs,, l'influence suspensive de la marche, la persistance des réflexes tendineux , l'absence de tout autre phénomène tabétique

excluent aussi cette hypothèse. Le seul diagnostic possible était celui de névropathie douloureuse localisée dans la région sacro-fessière crurale et inguinale. On pourrait dire névrasthénie spinale ou myélasthénie, mais l'absence de rachialgie, de troubles médullaires, de paralysie réelle, ne permet pas de mettre en cause la moelle. Il me semble plus exact de dire névropathie douloureuse locale. Peut-être le point de départ de cette névropathie a-t-il été, je le répète, une névrite du mollet. La douleur incarnée dans un système nerveux impressionnable a pu être le point de départ d'une auto-suggestion inconsciente ; le sensorium a retenu la douleur, alors que la cause initiale, la névrite, avait disparu. Le malade, coucmé dans son lit et fermant les yeux, le cerveau étranger à toute impression sensorielle, ne subissait plus la dérivation du monde extérieur, abandonné aux impressions automatiques, incapables de réagir, se concentrant tout entier sur l'idée de la douleur; l'idée créait l'acte, la peur des secousses douloureuses les engendrait. Le malade, debout et marchant, recevant d'autres impressions, son cerveau distrait par d'autres dynamismes, réagissait inconsciemment et ne se concentrait plus tout entier sur l'idée de secousse douloureuse. C'est là le vrai mécanisme de l'auto-suggestion qui constitue la névropathie.

Le résultat de la thérapeutique instituée a justifié ce diagnostic et démontré que l'auto-suggestion était bien le mécanisme pathogénique de cette névropathie. Cette thérapeutique a été purement psychique. Le 2 novembre, après avoir bien examiné le malade, j'essaie l'hypnose, ne pensant pas obtenir un sommeil profond, souvent difficile à réaliser chez les nerveux tenaces et les auto-suggestionnistes. Contrairement à mes prévisions, il tombe d'emblée en hypnose profonde, avec amnésie au réveil. Je lui suggère la disparition des douleurs et le sommeil la nuit.

Cette première séance n'eut pas grand effet, il ne dormit pas encore la nuit, ayant des douleurs au coccyx et à la région sus-inguinale droite.

Le 3, nouvelle séance avec suggestion énergique. La nuit le malade dort bien, ne se réveille que deux fois pour se rendormir. Le 4, il soulève mieux la jambe droite, qui ne présente plus de tremblement aussi violent.

Troisième séance. La nuit, il ne dort pas encore malgré la suggestion, et accuse des douleurs sacro-coccygiennes.

Le 6 novembre, après la quatrième séance, il a bien dormi

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toute la nuit sans ressentir la moindre douleur; il s'asseoit mieux dans son lit.

Le 7, après la cinquième séance, le malade a bien dormi la nuit, il n'accuse plus de douleur; malgré cela je le trouve démoralisé, le faciès est déprimé. Je constate qu'il peut s'incliner à terre, ce qu'il ne pouvait faire auparavant. Mais il accuse de la raideur dans la jambe gauche, qui l'empêche de bien marcher; le tremblement existe toujours dans la jambe droite. Il croit qu'il marche moins bien; il voudrait s'en retourner chez lui. Il y a là un état psychique que j'ai observé fréquemment chez certains névropathes devenus en même temps psychopathes. Même alors qu'ils vont mieux, physiquement, le moral reste déprimé. Ils veulent guérir, et cependant l'autre moi inconscient, défiant et anxieux qui les obsède, cherche à les soustraire à la guérison. Si on ne sait pas les capter, ils échappent. Alors je fais venir le malade dans mon cabinet; je l'endors, et là, seul, en tète à tète avec lui, je m'applique à captiver son imagination, à enlever la tristesse et l'inquiétude qui le suggestionnent mal; je lui montre qu'il est guéri, qu'il n'a plus de douleurs, qu'il dort bien la nuit, etc., et, pour incarner cette suggestion dans le fait matériel, je le fais marcher, en lui suggérant de le faire sans peur et sans raideur; je le fais se lever et s'asseoir sans aucune sensation à la région sacro-lombaire. Je le fais s'incliner à terre et ramasser un objet, ce qu'il ne pouvait plus faire depuis dix mois. Je le fais parler pour objectiver son attention sur mes paroles et l'empêcher de rester concentré sur ses sensations. Au réveil il se trouve mieux. Il constate avec plaisir qu'il marche mieux, sans raideur et sans douleur au sacrum; il est fort étonné de pouvoir ramasser un objet à terre. Je réitère le même mode de suggestion tous les jours. Le 10, il va très bien, n'a plus de douleurs fulgurantes. Le 13, il demande à rentrer chez lui. La guérison est restée parfaite.

Voilà donc une névropathie douloureuse localisée qui pendant quinze mois est restée rebelle à toutes les médications et qui a cédé en sept jours à la psychothérapie. La suggestion dans les cas obscurs devient la pierre de touche du diagnostic. S'il y avait eu encore une affection organique quelconque, entretenant les douleurs, la suggestion aurait pu dans une certaine mesure, amender les symptômes

en éliminant de la scène les effets purement dynamiques greffés sur la lésion elle-même, elle n'aurait rien pu contre celle-ci et les symptômes ressortissant directement de la lésion eussent persisté. Le succès permet de conclure que tout était dynamique, que tout était dans ce cas auto-suggestion.

Observation LI. — Sensation du feu dans la région sternale et laryngée, avec insomnie. — Insuffisance aortique. — Disparition de la sensation de feu par suggestion en six jours.

Charles B..., âgé de quarante-un ans, entre à l'hôpital le 20 février 1890. 11 est peintre en bâtiments. Il y a vingt ans, il eut des coliques saturnines intenses, suivies de paralysie des jambes et des bras; dut marcher aux crosses pendant sept mois; il fit cinq ans de service militaire et reprit son métier sans accidents saturnins ultérieurs. L'année dernière, bronchite pendant un mois, et depuis, a souvent des battements de cœur, cinq à six fois par jour, chaque fois pendant dix minutes. 11 accuse une certaine oppression quand il a fait des efforts; a craché du sang pendant quinze jours en décembre dernier. En janvier, a eu des bourdonnements d'oreilles fréquents, parfois un sentiment de défaillance avec vertige. N'a jamais eu de rhumatisme articulaire.

Etat actuel. — Constitution primitive bonne; tempérament lymphatique, face pâle, elle l'aurait toujours été; liséré saturnin. Température normale. Pouls bondissant et dépressible de 80 à 100. Voussure précordiale. Pointe du cœur sur la ligne mamillaire au sixième espace; choc limité à la pointe. Souffle diastolique aortique au deuxième espace intercostal à gauche du sternum. Sonorité pulmonaire et respiration normales. — Urines 600 centimètres cubes en vingt-quatre heures, densité 1,026, non albumineuses. — Souffle double carotidien et crural. Fonctions digestives normales. — Insuffisance aortique.

22 février. — Le malade accuse depuis quinze mois une sensation de feu, dit-il, allant du milieu du sternum jusqu'au larynx, sensation de feu qui revient plusieurs fois par jour durant chaque fois une demi-heure; elle reparaît le soir et dure régulièrement au moins trois heures, l'empêchant de dormir. — Suggestion le 22 février : sommeil profond.

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