Après suggestion, disparition complète des douleurs
— Elles reviennent un peu dans la journée mais moins intenses.
— Guérison complète le 18 novembre. — Le malade quitte l'hôpital.
Observation LXXV1I. — Sciatique droite datant de trois semaines. Amélioration rapide et guérison graduelle par la suggestion.
Auguste C..., âgé de quarante et un ans, cordonnier, entre à l'hôpital le 3 juin 1890 pour une sciatique. L'affection a commencé il y a trois semaines subitement par une douleur dans le mollet : c'était un élancement violent qui a failli le renverser. Depuis il ressentit toutes les vingt minutes environ deux à trois secousses douloureuses, mais supportables. Le lendemain à midi, il fut repris de douleurs plus fortes continues, et dut se faire porter chez lui par ses camarades. Il resta alité, se levait quelquefois, mais pour marcher il dut s'appuyer avec les deux mains.
Etant couché, il éprouvait une douleur permanente qu'il montre vers le milieu de la jambe, au niveau du bord postérieur du péroné, douleur s'irradiant jusqu'en avant de la malléole externe, comme si on lui broyait , dit-il, les os du pied. C'étaient des douleurs fulgurantes ne durant qu'un instant, revenant environ six fois par heure. Il ne pouvait dormir la nuit cà cause de ces élancements qui le réveillaient au moment où il commençait à s'assoupir. Quand il marche, il sent des picotements remontant, dit-il, le long du nerf; il indique un
trajet correspondant au bord postéro-externe de la cuisse jusqu'à l'échancrure sciatique. En se baissant, il se trouve soulagé. De plus, sensation de fourmillements, crampes, engourdissements dans le pied ; il était obligé pour les dissiper, de prendre les orteils et de leur imprimer des mouvements.
Le malade n'a suivi aucun traitement. Comme antécédents, pas de maladies antérieures, quelques excès alcooliques qui ont laissé un tremblement assez marqué.
Etat actuel. — Constitution bonne. Tempérament mixte. Le malade marche le corps un peu incliné en avant, la jambe droite un peu en dehors et raide, faisant peu de mouvements dans le genou et le cou-de-pied. Il accuse la douleur dans la région indiquée de la jambe, et un point douloureux à l'échancrure sciatique. — Les autres fonctions sont normales. — Suggestion le 4 juin, sommeil profond. Au réveil il boite moins, fléchit moins difficilement le genou et le cou de pied, n'accuse plus de douleur, mais seulement une sensation de raideur dans le jarret.
5. — Le malade a bien dormi d'un trait, de neuf heures du soir à deux heures du matin, ce qu'il n'avait pas fait depuis trois semaines ; il a été réveilié par les cris d'un enfant. A trois heures, après son réveil, il eut quelques élancements plus faibles, il n'en avait pas eu dans la journée d'hier, et n'en a pas eu ce matin : actuellement il ne sent rien. Chez lui, il ne restait jamais une demi-heure sans en sentir. A la pression on détermine encore la sensibilité au niveau du péroné et au niveau du gastrocnémien ; pas de sensibilité sur le trajet du sciatique. — Suggestion.
Au réveil il marche très bien, n'accusant qu'un peu de raideur à la jambe.
6. — A la suite de la suggestion, le malade n'a rien senti pendant toute la journée d'hier : il n'y a plus de sensibilité douloureuse dans le mollet.
Vers neuf heures du soir, il a eu quelques élancements douloureux sur le dos du pied jusqu'à dix heures; puis il s'est endormi jusqu'à une heure, s'est réveillé et n'a pu se rendormir à cause de petites douleurs. — Suggestion tous les jours.
7. — Journée bonne. Le soir, quelques élancements, douloureux dans le mollet jusque vers huit heures. S'est endormi (à la suite de la suggestion du matin) jusqu'à quatre heures. Actuellement ne sent plus rien, quand il est au repos. — Suggestion. Je fais marcher le malade pendant son sommeil. Au réveil, il
marche bien, mais malgré la suggestion faite, il accuse encore une sensation d'élancements douloureux vers le mollet et la malléole pendant la marche. Je l'endors une seconde fois, j'applique la main sur les régions douloureuses, j'affirme énergiquement qu'il peut marcher sans aucune douleur. Au réveil, il n'a plus d'élancements et se trouve très bien.
Les jours suivants, le malade va bien, dort la nuit, n'accuse que quelques sensations douloureuses passagères le soir, soit vers le mollet, soit vers la malléole ou vers la fesse; ce ne sont plus des élancements; il marche bien dans la journée sans douleur. Quelquefois un peu de fatigue. Je lui prescris une potion suggestive (cinq gouttes d'alcoolature d'aconit avec eau de mélisse) dont il devra prendre deux cuillerées la nuit au cas où une douleur l'empêcherait de dormir. Le 16 juin, à onze heures du soir, ayant une douleur dans la malléole, il prend deux cuillerées et s'endort jusqu'à deux heures du matin. Il prend encore deux cuillerées et se rendort jusqu'à quatre heures. Le 17, à quatre heures du soir, il sent une douleur au cou-de-pied droit et au péroné qui dure jusqu'à sept heures du soir et cède à une friction suggestive. A neuf heures, il prend deux cuillerées de la potion, dort jusqu'à onze heures et se rendort après avoir pris deux nouvelles cuillerées.
-Le 21, n'ayant plus eu de douleurs depuis deux jours, marchant bien et n'accusant plus actuellement la raideur dans la jambe droite, il demande sa sortie.
La nature lancinante et fulgurante des douleurs, les fourmillements, les crampes, l'engourdissement concomitants accusent très bien une névralgie dans le domaine du sciatique, bien que la douleur n'eût pas le trajet défini, ni les points caractéristiques signalés dans les livres. Ce fait est relevé dans presque toutes nos observations de sciatique.
La suggestion a enlevé rapidement les exacerbations douloureuses intenses ; mais les sensations douloureuses plus légères ont persisté encore une quinzaine de jours ou plus, comme dans plusieurs de nos observations.
Observation LXXVIII. — Douleurs vives rhumatismales dans les
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reins et le membre inférieur gauche datant de un mois. — Guérison par suggestion hypnotique en dix-huit jours.
V... (Joseph), âgé de quarante-neuf ans, journalier, entre à l'hôpital le 15 février 1889. Vers le 15 janvier, il fut pris d'une douleur dans les reins qui se propagea graduellement dans la cuisse et la jambe gauche. A partir du 23 janvier, il fut obligé de garder le lit. et depuis, n'a plus pu marcher.
Les douleurs étaient fortes, continues ; depuis une semaine, il ne dort plus sans morphine. Elles sont surtout vives le long de la face externe de la cuisse, vers la face interne et sur la crête du tibia et dans les reins. Elles sont continues; sur le tibia, c'est une sensation de coups de marteau qui se répètent toutes les quatre à cinq minutes. Dans la cuisse, la douleur est sourde, continue, s'irradiant le long du membre comme si de l'eau s'y infiltrait, avec excerbations durant environ une minute et revenant cinq ou six fois par heure, d'autrefois avec des intermittences de une heure. Dans les reins, ce sont des coups de lancettes descendant quelquefois le long de la face externe jusqu'au genou. 11 n'y a pas de sensation de fourmillements ni d'engourdissement.
Le malade, assez bien constitué, couche dans une chambre dont le mur est humide, la jambe gauche tournée contre ce mur. 11 a été traité sans résultat par les frictions laudanisées et l'antipyrine.
Le 15 février, hypnotisation et suggestion en sommeil profond. A son réveil, le malade a pu marcher, mettre le pied sur le sol, mais en boitant et se plaignant encore de douleur. Il a eu des douleurs toute la nuit.
Le 16, le malade marche beaucoup mieux. On constate de la sensibilité vers l'échancrure sciatique; aucune douleur sur le trajet du sciatique ni au creux poplitc. Sensibilité dans la région du fascia lata. Pas de douleurs articulaires. Sensibilité sur le tibia. — Suggestion. Au réveil, le malade marche sans douleur, en ne boitant que fort peu.
17. — Dans la journée, il n'a presque pas eu de douleurs. A dormi le soir de huit heures à onze heures. A partir de ce moment, le sommeil a été interrompu par des douleurs très fortes à la cuisse, surtout vers le muscle droit antérieur. Actuellement la douleur existe encore à l'échancrure sciatique.
18. — Hier, après suggestion, il a passé une bonne journée; a pu marcher. A eu le soir, à partir de sept heures, de fortes
douleurs jusqu'à six heures du matin. A dormi cependant par intervalles. — Suggestion.
19. — A eu, malgré la suggestion, des douleurs par intervalles dans la journée et dans la nuit. Sommeil fréquemment interrompu. — Suggestion.
20. — Journée bonne. La nuit, fortes douleurs par intervalles, surtout de minuit à deux heures et demie. — Suggestion.
21. — Journée bonne, nuit passable; crise assez forte de minuit à deux heures. — Suggestion.
22. — Idem. La crise de onze heures à deux heures de la nuit a été moins forte.