INFLUENCE DU CERVEAU SUR LES FONCTIONS
cérébrale une région dont l'excitation produit un refroidissement des membres du côté opposé, dont la destruction est suivie d'une augmentation de température de i à 2° centigrades. Arohnsohn et Sachs ont vu chez le chien et le lapin une augmentation de température à la suite d'une piqûre à la réunion des sutures sagittale et frontale. Bokaï admet des centres dont l'excitation produit l'augmentation de température et des centres d'arrêts pour la moitié postérieure du corps et pour la moitié antérieure, centres d'arrêt qui régulariseraient l'action des centres vasomoteurs de la moelle allongée. Pour Ott, il n'y a que des centres d'arrêt, l'un au-dessus de la scissure de Svlvius, l'autre en avant du sillon croisé. L'existence de ces divers centres a, il est vrai, été combattue par Kuessner et Raudnitz.
Ce qui est certain cliniquement, c'est que les affections organiques du cerveau hémorragie, traumatisme peuvent réaliser de l'hyperthermie ; c'est que les antipyrétiques sulfate de quinine, antipyrine. etc. , sont des médicaments nerveux qui abaissent la température en agissant sur la modalité des centres nerveux thermogènes, régulateurs de la température.
Est-il besoin d'insister sur le rôle prépondérant que joue l'organe psychique sur la circulation et la respiration par l'intermédiaire des nerfs pneumogastrique et grand sym pathique ? Qui ne connaît les palpitations du cœur, les syncopes, les irrégularités cardiaques, le ralentissement du pouls, la respiration accélérée, haletante, anxieuse, irrégulière, à la suite des émotions morales, ou par suite de la simple attention concentrée sur le cœur?
Les sécrétions urinaire, salivaire, sudorale. intestinale, spermatique, etc., ne sont-elles pas modifiées à chaque instant parle dynamisme cérébral? La polyurie nerveuse, la glycosurie passagère à la suite des émotions ou commotions nerveuses, la salivation accrue par l'idée, les sueurs frcides ou chaudes par la frayeur, la diarrhée profuse
ieim. — Hypnotisme. 2e cdit. 4
nerveuse par une impression morale, ce sont des faits trop connus pour qu'il y ait lieu d'insister.
C'en est assez pour rappeler l'action considérable du moral sur le physique, de l'esprit sur le corps, de la fonction psychique du cerveau sur toutes les fonctions organiques. C'est cette action que le médecin doit utiliser pour obtenir des actes utiles à la guérison. Faire intervenir l'esprit pour guérir le corps, tel est le rôle de la suggestion appliquée à la thérapeutique, tel est le but de la psychothérapeutique.
Imbus des idée organiciennes à outrance, habitués à considérer le corps comme une machine obéissant à des lois physiques, chimiques, douée en plus, on l'admet encore, de propriétés biologiques, les médecins ont voulu traiter ce corps malade uniquement comme on traite une machine détériorée, ou tout au plus, comme on traite une plante malade, par exemple comme la vigne atteinte de phylloxéra. On purge, on saigne, on désinfecte, on stimule, on engourdit le système nerveux, on refroidit, on chasse le microbe, on ralentit le cœur, ou met des eupeptiques dans l'estomac, etc., tout cela est fort bien. L'homme est machine ; l'homme végète et prolifère comme la plante. Mais l'esprit est aussi quelque chose dans l'organisme humain ; l'esprit n'est pas quantité négligeable dans notre vie physiologique et pathologique. Il existe une psycho-biologie ; il existe une psychothérapeutique. C'est un grand levier que l'esprit humain ; et le médecin guérisseur doit utiliser ce levier.
Mens agitât molem et magno se corpore mise et.
La thérapeutique suggestive est donc basée sur cette propriété qu'a le cerveau en tant qu'organe psychique de chercher à réaliser les idées acceptées par lui. Ici nous abordons le côté pratique de la question, le modus faciendi. Il n'y a suggestion et acte déterminé par cette suggestion que si l'idée est acceptée par le cerveau, et si le cerveau
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peut la réaliser. Or, dans l'état normal, toute idée n'est pas acceptée, et toute idée même acceptée, même réalisable, n'est pas réalisée. Si je dis à quelqu'un : « Vous ne pouvez pas remuer votre bras, » ce quelqu'un ne me croira pas ; il sait qu'il peut remuer son bras et il le prouve en le remuant. Si je dis à un malade paralysé du bras ; « Vous pouvez remuer le bras, » ce malade ne me croira pas et fera des efforts infructueux pour mouvoir le membre. Sa première impression, si j'affirme avec conviction, sera bien de croire ; son premier mouvement sera bien de laisser son bras immobile, ou bien de chercher à le mouvoir, conformément à la loi de crédivité inhérente à l'esprit humain. Mais cette crédivité est limitée ; elle ne suffit pas, chez la plupart, à faire la suggestion, ni à la réaliser. Car cette crédivité qui fait la suggestion, cet automatisme cérébral qui transforme l'idée en acte sont modérés par les facultés supérieures du cerveau, l'attention, le jugement qui constituent le contrôle cérébral. La raison intervient et empêche ou neutralise la suggestion. L'idée n'est pas acceptée. La raison combat la crédivité ; la raison réfrène aussi l'automatisme cérébral. L'idée que je cherche à suggérer ne s'impose pas ; l'acte qu'elle doit déterminer, le mouvement (remuer le bras), la sensation (démangeaison), l'image (vue d'un chien, par exemple), sont ébauchés, mais n'aboutissent pas, même si l'idée est momentanément acceptée. Car l'étage supérieur du cerveau (j'appelle ainsi schématiquement la partie du cerveau dévolue aux facultés de contrôle) a une action modératrice sur l'étage inférieur (j'appelle ainsi la partie du cerveau dévolue aux facultés d'imagination, à l'automatisme cérébral), de même que le cerveau a une influence modératrice sur l'automatisme spinal ; on sait que la suppression expérimentale de l'encéphale exalte les fonctions réflexes de la moelle épinière.
Tout ce qui diminue l'activité des facultés de raison, tout ce qui supprime ou atténue le contrôle cérébral, renforce
la crédivité d'une part, et d'autre part exalte l'automatisme cérébral, c'est-à-dire l'aptitude à transformer l'idée en acte.
Dans le sommeil naturel, l'attention est engourdie ; les sens fermés n'apportent plus rien au cerveau ; celui-ci est passif ; le contrôle ne veille plus ; l'imagination règne en maîtresse. Le cerveau continue à recevoir les impressions venant de la périphérie et des viscères ; des idées latentes, des souvenirs éclosent dans le champ de l'entendement, sous l'influence de ces impressions, ou surgissent directement par le travail inconscient des cellules cérébrales qui ont conservé l'empreinte des idées antérieures. Ces impressions ou idées sont acceptées et deviennent images ; les rêves sont la traduction en images extériorées de ces impressions et idées désordonnées, incohérentes, qui se réveillent au hasard de la vie végétative et imaginative ; la raison n'est plus là pour les contrôler ; elles s'imposent à l'esprit, avec toutes leurs absurdités, avec toutes leurs contradictions. Le sommeil, en supprimant le contrôle, exalte la suggestibilité.
Dans l'état d'engourdissement qui précède, comme dans celui qui suit le sommeil, notre imagination commence déjà à se peupler de fantômes et de chimères ; ce sont les hallucinations hypnogogiques si bien décrites par A. Maury . Les rêves ne sont que des auto-suggestions physiologiques entrées dans le cerveau par effraction, si je peux dire, quand la maîtresse du logis, l'attention, ne veille pas.
Mais, à l'état de veille, le contrôle existe. Pour que l'idée soit acceptée, il faut accroître la crédivité. Divers moyens peuvent remplir le but.
Le premier de tous, et qui exalte la crédivité jusqu'à la transformer en foi, c'est la suggestion religieuse, lorsqu'elle agit sur des âmes croyantes. La foi soulève des montagnes, la foi fait des miracles, parce que la foi est aveugle, parce qu'elle ne raisonne pas, parce qu'elle supprime le contrôle