DEFINITION DE L'HYPNOTISME
— Je lui dis : « Marchez. » Il marche. — Vous ne pouvez plus avancer. » Ses pieds restent cloués sur le sol : c'est l'obéissance passive. — Je lui dis : « Voici un verre de vin, buvez. » Il prend le verre fictif et avale avec mouvement de déglutition : c'est une hallucination du goût. — Je lui dis : ce Voici un chien qui veut vous mordre. » Il recule épouvanté : c'est une hallucination de la vue. — Je lui dis : « A votre réveil vous entendrez et verrez la musique militaire dans la salle. » Je le réveille. Il voit et entend la musique : c'est une hallucination visuelle et auditive post-hypnotique. Il ne se souvient de rien de ce qui s'est passé pendant son sommeil hypnotique.
C'est là un type d'hypnose profonde : catalepsie, analgésie, hallucinabilité hypnotique et post-hypnotique ; amnésie au réveil.
Je reprends le même sujet ; je ne l'endors plus, je l'influence par une impression ; je lui dis par exemple : « Vous êtes sous mon influence; tout ce que je vais dire va se produire; et cependant vous ne dormez pas. » Cela posé, je reproduis chez lui les mêmes phénomènes de catalepsie, d'analgésie, d'obéissance automatique, d'hallucination hypnotique, post-hypnotique. Quand tout est fini, le sujet se rappelle tout ce qui s'est passé, même pendant qu'il avait l'apparence du sommeil inerte : il a l'idée de ne pas avoir dormi. Les phénomènes présentés étaient exactement les mêmes que tout à l'heure, sauf l'amnésie au réveil. Dira-t-on qu'il n'était pas hypnotisé? Non! Le sommeil ou l'idée du sommeil n'est pas nécessaire pour qu'il y ait influence : il y a influence sans sommeil.
Pour le démontrer je reprends le même sujet : je commence l'hypnose, c'est-à-dire la suggestion, par le mouvement ou la sensibilité. Je mets les bras du sujet en l'air : ils y restent et il ne peut les changer de place, c'est la catalepsie. J'y ajoute l'analgésie en disant : « Votre corps est insensible ». Et je le pique sans qu'il manifeste aucune
douleur. Je dis : « Vous êtes obligé de vous lever et de marcher ». Et il marche sans pouvoir résister. « Tenez, voilà une pomme. » Et il mange la pomme fictive. Toutes ces suggestions sont réalisées à l'état de veille parfaite. Le sujet a toute sa conscience, a l'air absolument éveillé, conserve le souvenir de tout. Alors seulement j'ajoute : « Dormez ». Il ferme les yeux et dort, par-dessus le marché. Le sommeil ou l'apparence du sommeil est venu se surajouter comme effet d'une suggestion spéciale, qui n'était pas nécessaire pour la réussite des précédentes.
Dans la première expérience, j'avais commencé la série des suggestions par celle du sommeil, continuant par celles de la catalepsie, de l'analgésie, de l'hallucination.
Dans cette dernière expérience j'ai commencé la série des suggestions par la catalepsie, j'ai continué par l'analgésie, parles actes, par les hallucinations ; j'ai terminé par celle du sommeil. N'ai-je pas démontré ainsi que le sommeil ou l'idée du sommeil n'est lui-même qu'un des phénomènes obtenus par l'influence suggestive, au même titre que la catalepsie et l'hallucination, mais que ce phénomèue, sommeil, n'est pas le prélude obligé, ni le mécanisme générateur des autres ? Ceux-ci peuvent être dissociés d'avec le sommeil, comme ils peuvent l'être les uns des autres ; il y a suggestion sans sommeil. Tous les phénomènes de ce qu'on appelle l'hypnose existent sans sommeil.
Qu'est-ce d'ailleurs que le sommeil ? Quel est son critérium? Nous ne connaissons pas son essence, mais seulement ses symptômes apparents. Après une journée de veille, nous sentons une lassitude du corps et de l'esprit. Nos idées deviennent obtuses, notre initiative intellectuelle faiblit ; nous ne sommes plus maîtres de coordonner nos pensées ; un vague s'empare de notre cerveau. En même temps, nos paupières deviennent pesantes, nos membres s'alourdissent ; un besoin de dormir nous envahit. Nous nous couchons, nous fermons les yeux, nous restons immo-