DEGRÉS DE L'HYPNOSE
souvenir de ce qui s'est passé : c'est l'amnésie. Tels sont en quelques mots les principaux phénomèues dont est suscep tible l'hypnotisé ou le suggestionné à l'état de veille.
Mais tous ces phénomènes ne se réalisent pas chez tous. La suggestibilité comporte des degrés et des modes différents, aussi nombreux que les sujets eux-mêmes. Il importe pour la description et la conception des états hypnotiques d'adopter une classification en degrés. Classification schématique, il faut le dire, qui ne comporte pas de rigueur absolue, chaque sujet étant une individualité suggestive ! Les degrés établis ne se rapportent qu'à la majorité des cas et ne peuvent avoir la prétention de donner aux faits une systématisation qui ne serait pas l'expression exacte de la vérité.
M. Liébeault adopte la classification suivante, basée sur ce qu'il y a de plus irréductible dans les états passifs hypnotiques, l'impuissance à faire effort.
Il établit deux sortes de sommeils : le sommeil léger et le sommeil profond ou somnambulique.
Le sommeil léger comporte quatre degrés :
1er degré. Somnolence : caractérisé par de la torpeur, de l'assoupissement, de la pesanteur de tête, de la difficulté à soulever les paupières. En 1886, 6,06 p. 100 ont présenté ces signes.
2e degré. Sommeil léger : caractérisé en outre par un commencement de catalepsie. Les sujets peuvent encore modifier l'attitude de leurs membres, si on les défie : 17,48 p. 100 étaient à ce degré.
3e degré. Sommeil léger plus profond : engourdissement, catalepsie, aptitude à exécuter des mouvements automatiques ; le sujet n'a plus assez de volonté pour arrêter l'automatisme rotatoire suggéré : 35,89 p. 100 de sujets.
4e degré. Sommeil léger intermédiaire : outre la catalepsie, l'automatisme rotatoire, les sujets ne peuvent porter leur attention que sur l'hypnotiseur et n'ont gardé le sou-
venir au réveil que de ce qui s'est passé entre eux et lui. 7,22 p. 100.
Le sommeil profond ou somnambulique a deux degrés :
1° Le sommeil somnambulique ordinaire caractérisé par l'amnésie complète au réveil et l'hallucinabilité pendant le sommeil ; les hallucinations s'effacent au réveil. Les sujets sont soumis à la volonté de l'hypnotiseur, 24,94 p. 100;
2° Le sommeil somnambulique profond caractérisé par l'amnésie au réveil, l'hallucinabilité hypnotique et posthypnotique ; soumission absolue à l'hypnotiseur, 4,66 p. 100.
Je n'ai pas observé, comme M. Liébeault, le rapport exclusif entre l'hypnotiseur et l'hypnotisé dans le sommeil profond (à partir du 4e degré). Presque tous mes somnambules se mettent très facilement en rapport avec tout le monde, répondent à tous ceux qui leur parlent et sont suggestibles par tous, à moins qu'ils n'aient l'idée préconçue qu'ils ne doivent être en relation qu'avec l'hypnotiseur seul. Il y a là sans doute une question d'éducation du sujet. S'il est clans un milieu où l'opérateur seul a l'habitude de parler avec ses hypnotisés et de les traiter, il se suggère, d'accord avec ce qu'il a vu, qu'il ne voit et n'entend que l'hypuotiseur. S'il est hypnotisé dans un milieu où les somnambules sont en rapport avec l'assistance, il se laissera lui-même être accessible à tous pendant son sommeil. S'il est hypnotisé seul et sans que l'imitation puisse jouer un rôle suggestif, il agira suivant sa conception individuelle ; le plus souvent il sera en relation avec tous ceux qui sauront s'imposer à lui et son attention n'appartiendra pas exclusivement à son hypnotiseur.
J'ai proposé la classification suivante :
lre classe. — Souvenir conservé au réveil. Elle comprend les degrés suivants :
1er degré. Torpeur, somnolence, ou sensations diverses,