LA PAIX ET LA LIBERTÉ
Sans paix, point de liberté !
Sans liberté, point de paix !
Qu'est-ce que la paix ? — La formule de la liberté !
Qu'est-ce que la liberté ? — L'expression de la paix !
La paix termine tout, dénoue tout, tranche tout, résout tout, fonde tout.
La liberté fonde tout, résout tout, tranche tout, dénoue tout, termine tout !
Si donc, dans un État, Ton veut fonder tout, résoudre tout, trancher tout, dénouer tout, terminer tout,
Il faut employer la paix.
Il faut employer la liberté.
La liberté sans paix équivaut à la paix sans liberté.
Paix, liberté! Liberté, paix ! Tout est là !
A demain la seconde idée !
LE PRÉSIDENT
Ceci est d'une logique serrée !
£. DE GlRARDIN.
Et maintenant, monsieur le président, si vous m e
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demandez ma seconde idée, elle émane d'une élucubration littéraire que j'ai commise avec un homme du bâtiment, comme dirait Fanfan Benoiton fl . Je veux parler du Supplice d'une Femme. — Voici : On crée ou Ton ne crée pas! — Si Ton crée, on est père ! si Ton ne crée pas, il n'y a pas de paternité! — La paternité implique la création. La création est la conséquence de la paternité! — Paternité! Création! tout cela se résume dans l'idée. L'idée est à celui qui est père! La paternité à celui qui a eu l'idée!— Paternité ! idée ! création ! Création ! idée ! paternité ! Tout est là! Maintenant, je vais vous parler de mes DEUX SOEURS! Dans les Deux Sœurs, la pièce n'est pas dans le drame, mais dans la polémique quelle a soulevée. On la siffle ! — D'accord! — Mais si elle est bonne, cette pièce? — Pourquoi la siffler? — Vous me direz '.Estelle vraiment bonne? —Je vous répondrai : Puisque j'afiirme qu'elle est bonne, elle doit l'être! On ne me croit pas! — Je passe outre!
i Ajouté après coup pour les besoins de l'âctaàlité.
(Note de Fauteur.)
Mais admettez-vous, monsieur le président, qu'un juge, comme vous, se permette... (Si le mot est trop fort, je le retire) — je veux dire : s'autorise de sa qualité pour trancher la question par un sifflet? — En un mot, prenne parti pour le ministère public sans avoir entendu le défenseur du prévehu? Ceci n'est ni dans la loi, ni dans la morale !
LE PRÉSIDENT
Un collaborateur vous eût épargné tous ces désagréments; vous eussiez tout mis sur son dos !
E. DE GIRÀRDIN.
Merci! Dans le Supplice d'une Femme, on m'a tout pris, même mon idée; je préfère des sifflets que je récuse à des bravos que je partage !
LE PRÉSIDENT
Il ne m'appartient point de vous dire que vous avez raison !... Vous pouvez vous retirer. (E. de Girardin *ort. — Après un silence.) Faites entrer Alexandre Dumas père.
(Alexandre Damas père entre.)
Eh bien ! cher maître, que nous direz-vous de celle curieuse affaire?
ALEXANDRE DUMAS PÉHE.
(Il parle en éludant les R.)
Monteur le président, il y a quatre ans, j'étais en Italie où je guidais la Révolution ! — Avec mon ami
Garibaldi nous avons chassé le roi de Naples et posé le roi d'Italie ; dans quelques jours, je partirai pour l'Amérique, où je me charge d'arranger les affaires, comme j'ai arrangé celles du Caucase, de Madagascar et de Pologne, après quoi je reviendrai à Paris pour terminer mes mémoires. Car, après avoir écrit ce qui m'est arrivé, ± ai l'intention d'écrire ce qui m'arrivera ! Je suis d'ailleurs très-content de mes conférences à Vienne. Tenez, hier, je leur ai dit : — Chaque fois que je me bats en duel, que je me fais arracher une dent , que je me jette d'un cinquième étage ou que Ton va me guillotiner, je me fais tâter le pouls! Il bat cinquante-six pulsations à la minute! — Aujourd'hui, avant d'entrer, j'ai tendu la main à mon docteur, qui en a compté cinquante-sept. J'ai donc plus peur du public que de la mort !
LE PRÉSIDENT
Cependant, quand vous êtes malade, vous faites
venir un médecin, et quand le public ne vient pas à
vous, c'est vous qui allez à lui!... Cher maître, vous
pouvez vous retirer! (Alexandre Dumas père sort.)
is.i
l'huissier.
H. Louis Ulbach !
LE PRÉSIDENT
Bien f — Nous avons le temps l
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