MAITRE LACHAUD
Messieurs ! je serai bref ! je pourrais même à la rigueur ne pas prendre la parole et mon silence, ou plutôt mon abstention aurait plus d'éloquence que ma plaidoirie ! Je ne commettrai pas la maladresse d'in-
nocenter l'accusé. — Non ! — Belenfant est coupable, et beaucoup plus coupable que vous ne le pensez ! C'est lui, qui en 1837 commit un assassinat sur la personne de la veuve Loddé et sous le nom de Jean Iroux acquit une déplorable célébrité; en 1845, on 1b voit désoler ledcpartemenl du Gard; en 1846 il devient tristement célèbre en Belgique et sous le nom de Pictompin il fait un tintamarre effroyable dans ce pays et dans les pays circonvoisins ; en 1847, il apparaît dans les Ardennes, semant partout le deuil et la désolation.
Mais, parce qu'un brigand, déjà neuf fois contumace a épouvanté nos départements pendant un quart de siècle, est-ce une raison pour annihiler par une seule sentence, l'action puissante de la justice et soustraire cette illustre canaille aux neuf sentences précédentes, à ces neuf condamnations à mort évitées avec tant d'astuce et d'habileté ?
Eh ! oui, messieurs ! Là est toute la question 1 Et comme on fait la part du feu, j'appellerai cela faire la part du crime ! Oui, messieurs les jurés, au nom de la société ! au nom de la famille, au nom de la propriété
foncière, au nom de la sécurité publique, au nom des lois qui veulent être exécutées, de la justice dont les arrêts veulent être respectés, — acquittez ce coupable 1 — Et puis alors, je serai avec vous pour poursuivre les neuf contumaces de ce misérable gredin !