‹ I pupazziChapitre 8 sur 95 · THEOPHILE GAUTIER · texte numérisé non relu

THEOPHILE GAUTIER

Je ne suis pas la Muse sage,

Aux blonds cheveux, à Tair tremblant,

Qui sous sa robe sans corsage,

Cache un sein plus que le mien blanc;

Non ! je suis la folle arabesque, Guivre qui tourne au moindre vent, Tantôt belle et tantôt grotesque, Huître grise ou corail ardent !

Tantôt, sous des plis granitiques, Je dresse mon beau profil grec, Et prends tantôt les traits étiques Et l'air hébété d'un Aztec !

De visions et de fantômes J'ai l'esprit obstrué toujours; Tous mes créanciers sont des gnomes, Et mes maîtresses des amours !

J'aime à changer Tordre des choses, Ce que Ton pense est trop commun :

Les blonds cheveux, je les fais roses, Et dis que plusieurs ne font qu'un.

J'ai fait parler un monolithe M Paradoxal à l'infini, J'ai comparé l'hermaphrodite A l'organe de l'Alboni * !

J'ai fait la bizarre entreprise D'être un nouveau Paganini, Et le carnaval de Venise Dans mes strophes s'est rajeuni s .

Nostalgies d'obélisques {Émaux et Camie$).

» Contralto (W.) 5 Variations sur le Cffffapf/ a\e Ve*iif (M.)

J'ai fait de blanches symphonies ', Des toiles en alexandrins, Des gouaches en harmonies, Des aquarelles en refrains *

Bah 1 tout se dit en poésie 1 Que ne verrez- vous pas en cor !

J'ai trouvé la mort dans la vie Et l'existence dans la mort 5 !

Du théâtre enjambant les planches Couvert d'un tricorne enchanté, J'ai retrouvé les robes blanches Du bon Pierrot ressuscité *!...

Maintenant calme, sans envie, Je vis comme les vieux pachas ; Trois amours emplissent ma vie :

Mes enfants, ma muse, mes chats !

* Symphonies en blanc majeur (!<*•)•

* Intérieurs, paysages, tableaux, etc. (74. PoéiUi complétée) 3 La mort dans la vie, — la vie dans la mort, poèmes (li.)

* Le Tricorne enchanté. —Pierrot posthume. (Théâtre de poche).

RENARD (de l'Opéra «).

4e suis le pauvre pèlerin, Je suis le courageux trouvère !

Je chante sur le grand chemin Des affranchis de la misère; Je chante chez des gens de foi, Chez les laborieux peu chiches De rompre ie pain avec moi ! J'ai même chanté chez les riches !

Jusqu'à la fin je chanterai I Car, amis, tant que je plairai, Malgré les critiques sévères...

Mes chants ne m'appartiennent pas; Ils sont à tous ! Ils sont, hélas !

Aux pauvres artistes, mes frères I

< Vous vous rappelés cette voix sympathique exilée trop tôt de POpéra. — Aujourd'hui cet excellent Renard chante par-ci, par-là, à droit*, à gauche, toujours serviable, toujours dévoué. — Pourquoi no lo retient-on pas quelque part? — Hélas I il n'y a que les bravos qu'on ne lui marchande pas.

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