‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 76 sur 112 · LE PILOTE · texte numérisé non relu

LE PILOTE

Sans lutte ardente et sans nouveau combat, 25

Des antiques jours se détache, Et d'un bras fort, dans l'arbre de l'État,

Plante elle-même un coup de hache.

O William Pitt, ô nocher souverain,

O pilote à la forte tête ! 30

Il est bien vrai que ton cornet d'airain

Domina toujours la tempête ; Qu'inébranlable et ferme au gouvernail,

Comme un Neptune tu sus faire Devant ta voix tomber le sourd travail 35

De la grande onde populaire.

Mais quatorze ans, l'âge au plus d'un oiseau,

De ton pouvoir fut l'étendue.

Et, ton bras mort, le fleuve de nouveau

Reprit sa course suspendue. 40

Ah ! le fou rire a dû prendre à l'enfer

Au bruit de tes gestes sublimes ; Car pour un temps si court, ô cœur de fer !

Fallait-il donc tant de victimes?

Fallait-il donc faire pleuvoir le sang 45

Comme la nue au ciel éclate.

Et revêtir la terre et l'Océan

D'un large manteau d'écarlate?

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