‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 83 sur 112 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

O misère ! misère !

Toi qui pris sur la terre Encore tout en feu L'homme des mains de Dieu ;

Fantôme maigre et sombre, 5

Qui, du creux du berceau Jusqu'au seuil du tombeau.

Comme un chien suit son ombre ;

O toi qui bois les pleurs

Écoulés de sa face, 10

Et que jamais ne lasse

Le cri de ses douleurs ;

O mère de tristesse !

Ces chants sont un miroir

Où l'on pourra te voir 15

Dans toute ta détresse.

J'ai voulu que devant

Ton image terrible

L'homme le moins sensible,

Le plus insouciant, 20

Pût sentir et comprendre A quels prix redoutés La Providence engendre Les superbes cités.

J'ai voulu qu'en toute âme 25

La pitié descendît,

Et qu'à sa douce flamme

Tout cœur dur s'attendrît ;

Et que, moins en colère

Et moins de plis au front, 30

L'homme à juger son frère

Ne fût plus aussi prompt.

O misère ! misère !

Puisse ce chant austère

Trouver sous plus d'un ciel 35

Un écho fraternel !

Puisse cet hymne sombre

Susciter en tous lieux

Des avocats sans nombre

Au peuple noir des gueux ! 40

Il faut en ce bas monde Que les plus belles voix Contre ta lèpre immonde S'élèvent à la fois ;

Il faut que de sa couche 45

L'homme chasse la faim ; Il faut à toute bouche Mettre un morceau de pain,

Donner la couverture

Aux pauvres gens sans toits, 50

Et de laine et de bure

Vêtir tous les corps froids ;

Il faut, misère infâme !

A ta griffe arracher,

Autant qu'on pourra, l'âme s 5

Avec toute sa chair.

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