‹ Iambes et poèmesChapitre 54 sur 72 · LA LYRE D'AIRAIN · texte numérisé non relu

LA LYRE D'AIRAIN

Quand ITtalie en délire,

L'Allemagne aux blonds cheveux.

Se partagent toutes deux Les plus beaux fib de la lyre.

Hélas! non moins chère aux dieux, La ténébreuse Angleterre, Dans son fie solitaire, Ne sent vibrer sous sa main Qp'un luth aux cordes d'airain.

Ahl pour elle Polyranie,

\a mire de l'harmonie,

^A que de rudes accents,

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LA LYRE d'airain

Et les bruits de ses fabriques Sont les hymDes magnifiques Ht les sublimes cantiques Qpi font tressaillir ses sens.

Ëb'outez, écoutez, enfants des autres terres I Enfants du continent, prêtez l'oreille aux vents Qjii passent sur le front des villes ouvrières, Et ramassent au vol, comme Aots de poussières.

Les cris humains qui montent de leurs Aancs; Écoutez ces soupirs, ces longs gémissements Q)ie vous laisse tomber leur aile vagabonde.

Et puis vous me direz s'il est musqué au monde Qui surpasse en terretu: profonde Les chants lugubres qu'en ces lieux Des milliers de morteb élèvent jusqu'aux deuxl

hà, totis les insirumenis qui vibrent à l'ordlle Sont en£ants vigoureux du fer ou de l'airahi; Ce sont de durs ressorts dont la force est pareillt A cent chevaux piqués d'un aiguillon soudain;

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220 LA LTRE D'AIRAIN

ki, comme un taureau, la vapeur prisonnière

Huile, mugit au fond d'une vaste chaudière,

Et, poussant au dehors deux énormes pistons,

Fait crier cent rouets à chacun de leurs bonds.

Plus loin, à travers l'air, des milliers de bobines,

Tournant avec vitesse et sans qu'on pubse voir.

Comme mille seqvents sMx langues assassines

Dardent leurs sifflements du matin jusqu'au soir.

C'est un choc étemel d'étages en étages.

Un mélange confus de leviers, de rouages.

De chaînes, de crampons se croisant, se heurtant,

Un concert infernal qui va toujours grondant,

Et dans le sein duquel un peuple aux noirs visages,

Un peuple de vivants rabougris ei chètits

{ettc comme chanteur des cris sourds et plaintifs.

l'oovrier

maître I bien que je sois pâle, Bien qu'usé par de longs travaux Mon Iront vieillisse, et mon corps mile

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Ait besoin d'un peu de repos; Cependant, pour un fort sakire.

Pour avoir plus d'ale et de bœuf.

Pour revêtir un liabit neuf, n n'est rien que je n'ose faire.

Vainement la consomption, La fièvre et son ardent poison Lancent sur ma tête affiiiblie Les cent sceptres de la folie, Maître, j'irai jusqu'au trépas;

Et si mon corps ne suffit pas.

J'ai femme, enfants, que je fais vivre,

Ibsont à toi, je te les livre.

LES ENFAHTS

Ma mère, que de maux dans ces lieux rioUs Souffrons! L'air de nos ateliers nous ronge les poumons. Et nous mourons, les yeux tournés vers les campagnes. Ah I que ne sommes-nous habitants des jnontagnes, Ou pauvres laboureurs dans le fond d'un vallon;

233 LA LYRE D XIRAIK

Alors, traçant en paix un fertile sillon, Ou paissant des troupeaux aux penchants des coUin L'air embaumé des fleurs serait notre aliment Et ie divin soleil notre chaud vêtement; Et, s'il faut travailler sur terre, nos poitrines Ne se briseraient pas sur de froides machines. Et, la nuit nous laissant respirer ses pavots. Nous dormirions entîn commi

Pleurez, criez, enfants dont la misère

De si bonne heure a ployé les genoux,

Fleurez, criez : les animaux sur terre

Les plus soumis à l'humaine colàre

Ne sont jamais si mallieureux que noUs.

La vache pleine et dont le terme arrive

Reste à l'ëiable, et, sans labeur nouveau.

Tranquillement sur une couche oisive

Va déposer son pénible fardeau;

Et moi, maigre le poids de mes mamelles.

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