‹ Iambes et poèmesChapitre 56 sur 72 · CONSCIENCE · texte numérisé non relu

CONSCIENCE

O mon Dieul par combien d'ef&oyables chenùns

Passent joumellement des myriades d'humainsi

Gjtnbien de malheureux sous ses monceaux de pierre

Toute large dté dérobe â la lumière !

Que d'êtres gémissants cheminent vers la mort.

Le visage hâlé par l'âpre vent du sort I

Le nombre en est vraiment immense, incalculable,

A vous faire jeter une plainte damnable -

Mais ce qui vous rassure et vous surprend le plus.

C'est que dans ces troupeaux énormes de vaincus.

Ces millions de gueux voués i la souffirance,

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3l8 CONSCIENCE

Les moios forts bien souvent supportent l'e!

Sans qu'un cri de révolte, un cri de désespoir

Les écarte un seul jour des sentiers du devoir I

O blanche conscience! 6 saint flambeau de l'ime 1

Rayon pur émané de la céleste flamme.

Toi qui, dorant nos fronts de splendides reflets.

Nous tiras du troupeau des étemels muets.

Dieu dans le fond des cceurs ne te mit pas sans cause;

Conscience, il faut bien que tu sois quelque chose,

Q(ie tu sois plus qu'un mot par l'école inventé,

Un nuage trompant l'œil de l'humanité.

Puisqu'il est id-bas tant de maigres natures,

De piles avortons, de blêmes créatures.

Tant d'êtres mal posés et privés de soutien.

Qui n'ont pour tout trésor, pour richesse et pour bien,

Dans l'orage sans Sa d'une vie eflrayante,

Qjie le pAle reflet de ta flamme ondoyante.

LA TAMISE

O t<rf qui marches en ^ence Le long de ce rivage noir.

Et qui regardes l'onde immense.

Avec les yeux du désespoir, Oii vas-tu7 — Je vais sans foBe Me débarrasser de la vie.

Comme on fait d'un mau D'un habit que l'onde traverse, D'im vêtement que le froid perce Et qui ne lient plus sur k peau.

LA TAMISE

— A la mort, enfant d'Angleterre I A la mort comme ua indévot, A la mort, quand sur cette terre La vie abonde à large flot; Qjund le pavé comme une enclume Jour et nuit étincelle, fume; Et quand, anné d'un fort poitrail, Le chef encor droit sur le buste.

Tu peux fournir un bras robuste Et des rdns puissants au travail?

— Travaille! est bien facile i dire; Travaille ! est le cri des heureux :

Pour moi la vie est un martyre, Un supplice trop douloureux.

Dans mon humble coin, sans relâche.

Comme un autre j'ai fait ma tâche, £t j'ai fabriqué, j'ai vendu, Pai brassé de la forte bière, peu ai lavé l'Europe entière, Et le sort m'a toujours vaincu.

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Lk TAHISB

Ah! si vous connaissiez cette Ile, Vous sauriez quel est cet enlér; Qjie la brique rouge et stérile Est aussi dure que le fer.

Bien rarement la porte s'ouvre A celui que le haillon couvre.

Et l'homme, sans gite k nuit, Ose en vain, surmontant sa honte, Soulever les marteaux de fonte :

D n'év^e rien que le bruit.

Tout est muet et sourd... Qjie faire?

Gueuser sur le bord du chemin?

Mais l'on ne prête i la misère L'oreille non plus que la main.

Ici ce n'est qu'en assemblée, Dans une salle bien meublée, Qjie le cceur fait la charité :

II faut pour attendrir le riche.

Qu'une paroisse vous affiche Au front le mot memUdté.

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LA TAMISB

Avec cet écriteau superbe.

Alors on a, comme un mâtin.

On a de quoi ronger sur l'herbe Les restes pourris du festin.

On vit tant bien que mal sans doute.

Mais, hélas! combien il en coûte De vivre à la condition D'essuyer de sa tête immonde Le pied boueux de tout le monde, Comme le plus bas échelon I

Horrible 1 horrible! ah! si la terre Manquant à chacun de vos pas, Au ciel alors, pauvre insulaire.

Vous pouviez tendre les deux bras; Si le pur soldl avec force, Comme un irieux chêoe sans écorce.

Réchauffait vos membres roidis.

Et si le Dieu qui nous contemple, Ouvrant les pories de son temple, Donnait un refuge à ses tils;

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LA TAMISE

Peut-itre... Mais vers la lumière Qjji peut ici tourner les yeux?

Pourquoi relever U paupière?

Le plafond est si ténébieux I Notre terre toujours eshale Une vapeur noire, infernale, Qpi Qotis dérobe ï'oàl divin; Londres, toujours forge allumée, Londres, toujours plén de fumée, Nous fait au del un mur d'airain.

Puis, pas une église entr'ouverte; Si quelqu'une l'est par hasard, Une voûte creuse et déserte Et de l'ombre de toute part.

Pas un christ et pas une image Qpi vous «dresse le visage Et vous aide à porter la crois ; Pas de musique magnanime.

Pas un grain d'encens qui ranime.

Rien que des pierres et du bois.

D,gniod.,GoOglc

LA TAMISE

Et dehors b rue est boueuse, L'air épais, malsain, glacial, n pleut... Ohl la vie est affreuse A traîner dans ce lieu fatal.

L'âme qui veut briser sa chaîne, L'ime soutirante a peu de peine A forcer sa prison de chair, Qjiand ce cachot, triste édifice.

Est sous un ciel rude, impropîce, Si tristement glacé par l'air.

Mais allons I la Tamise sombre Est le linceul fait pour les corps Qpe le malheur frappe sans nombp Le long de ses funestes bords.

Allons I il faut son parti prendre :

Je vob déjà l'ombre s'étendre.

Le del se confondre avec l'eau, Et la nuit par toute la terre Sur les crimes de la misère Prtte i jeter son noir manteau.

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lA TJIMISI

Adieu I je suis le pauvre diable, Le feîble et pâle matelot Qjie par une nuit effroyable L'aile des vents emporte au flot.

Sur l'onde il dresse en vain la tête.

Les hurlements de la tempête De sa voii couvrent les éclats; D roule, il fend la vaste lame, U nage, il nage à perdre l'âme.

Le flot lui coupe les deux bras.

Point de bouée et point de câble.

Pas une clameur dans les ponts, Et le navire impitoyable Sinistrement poursuit ses bonds.

Il fuit sous la vague en poussière; Et le nageur reste en arrière, Entre l'onde et le ciel en feu.

Perdu dans cette immense plaine, Et si frêle atome qu'à pane D arrive au regard de Dieu ;

LA TAMISE

Alors, alors sans plus attendre Qpe la mort monte des enfen.

Ou qu'il l'eutende redescendis Avec fracas du haut des airs, A devancer l'instant suprême II se Té»gne de luî-méme, Et soudain ouvrant l'Océan, Le malheureui avec courage Enfonce son pile visage Et sans un cri plonge au néant.

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« Courbez, courbez les reius, tendez le dos, soldats, s Et vous, soldats-bourreaux, frappez à tour de bras; Frappez, n'épm^ez point ces robustes épaules; • Contre la dîsdpline ils ont failli, les drôles! » Et l'homme, enfant du ciel, image du Très-Haut, S'est, comme l'animal, courbé sans dire un mot; Et l'instrument cruel, armé de ses neuf queues, S'élance, en perçant l'air, sur les épaules bleues. Mord la peau frissonnante, et bientôt fait sortir Un sang que l'honneur seul devait faire jaillir.

Ahl ne sais-tu donc point qu'aujourd'hui la nature, Albion I se révolte au seul mot de torture?

Qjie la philosophie a noyé sous les eaux

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