QUATRIÈME FAMILLE : LES CHONDROSTÉS LOPHOBRANCHES
La famille de poissons établie par G. Cuvier sous ce nom de Lophobranches présente beaucoup de caractères qui la rendent facile à distinguer à la première vue. Nous mettrons en première ligne le développement extraordinaire de la tête dans le sens de sa longueur, principalement à cause du prolongement singulier des os de la face, qui sont soudés entre eux, et qui constituent un long museau, une sorte de tuyau plus où moins comprimé, à l'extrémité libre duquel se trouve placée la bouche. Son orifice est toujours trèsétroit et dirigé obliquement en haut. La mächoire inférieure, presque la seule mobile, peut se mouvoir comme une soupape qui s'applique sur la mandibule. On a désigné assez naturellement ces poissons sous le nom vulgaire de Bouchesen-trompette , Aulostomes.
Beaucoup d’autres particularités observées dans l’organisation sembleraient devoir séparer cette famille de tous les autres poissons Chondrostés, et même de ceux qui ont été rangés dans les deux grandes sous-elasses des Chondrichthes et des Ostichthes.
C’est d’abord la forme et la structure des branchies, dont le nom de Lophobranches a été dérivé. Ces organes respiratoires sont bien encore des plaques attachées aux cornes de l’os hyoïde; mais elles ne sont pas étalées sur leur longueur; elles sont courtes et lobulées. Chacune d'elles est divisée en deux séries de pédicules qui portent des granules vasculaires en massue arrondie, d'où résultent des sortes de houppes, lesquelles, quand elles sont examinées à la loupe, représenteraient un assemblage de petites baies, comme des grains
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Secondement, ces poissons ayant très-peu de chairs ou de muscles en dehors des os, leur périphérie est recouverte de plaques solides, anguleuses, qui participent en même temps de la nature de l'os et de celle de la corne. Il y à ainsi autour du corps une sorte de cuirasse, dont les grandes plaques polygones, assemblées diversement suivant les régions, sont mobiles les unes sur les autres, et articulées de manière à permettre principalement les mouvements dans le sens vertical, ou de haut en bas, et très-peu sur les flancs ou latéralement. Comme les os de la tète sont presque à nu, ou recouverts uniquement par les plaques cornées et par la peau même qui s'y incruste, les opercules deviennent très-apparents et semblent faire partie continue du crâne, auquel ils paraissent attachés dans presque tout leur pourtour, excepte par le haut, sur la nuque, où l’on voit un petit orifice destiné à l'issue de l’eau qui s'échappe de la cavité des branchies.
Dans plusieurs genres, enfin, on a eu occasion de remarquer que la plupart des individus portent, au-dessous du ventre, et le plus souvent sous la queue, une sorte de poche d’incubation, dans laquelle on trouve des œufs en grand nombre, toujours petits et globuleux. Ils sont là retenus, probablement, jusqu'à l'époque de leur éclosion, sur des appendices analogues à ceux qu'on observe chez les Écrevisses, les Crabes et beaucoup de Crustacés. D'après une première observation consignée dans la science par Pallas, et vérifiée depuis par MM. Siebold et Carus, il semblerait que les males porteraient eux-mêmes ces sortes de poches, mais on ignore comment ces œufs peuvent y avoir été introduits.
Cette famille des Lophobranches est très-naturelle; les espèces qu’elle réunit sont généralement de petites dimensions et doivent prendre peu de nourriture; car leurs proies doivent être calibrées pour le diamètre très-étroit de leur bouche. On ne connaît pas très-bien leur manière de vivre; quelques-uns se tiennent dans une position presque verticale dans l’eau, ayant la tête inclinée sur le cou et la queue repliée sous le ventre. C'est principalement par la forme générale du corps, et d’après l'absence ou la présence des nageoires paires, des pleuropes et des catopes, ensemble ou séparément; ensuite par les modifications comparées des nageoires impaires, épipteres, hypoptère et uroptère, que nous avions, dans le principe, proposé d'établir les genres dans nos cours publics, en les déterminant à peu près comme nous allons les présenter ici. Dans ces derniers temps, M. Kaup, s'étant spécialement occupé de l'étude de ces poissons, a fait un relevé de toutes les espèces qu'il a pu observer dans les différents cabinets de l'Europe : il a senti la nécessité d'établir beaucoup de genres nouveaux. Nous ne les connaissons que par leur dénomination, sans pouvoir apprécier la valeur des caractères qui leur ont été assignés. Nous indiquerons ici plusieurs des noms inscrits sur les bocaux que renferme la collection confiée à nos soins, avec le regret de ne pouvoir profiter des lumières du savant zoologiste que nous venons de nommer.
Si nous n'avons pas laissé dans cette famille les espèces du genre Pégase, c’est que la bouche de ces poissons est située au-dessous du museau, non terminale, ni prolongée en tuyau.
Voici le tableau analytique qui présente les caractères essentiels et comparés des genres inscrits dans cette famille,
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