LES THORACIQUES OÙ HÉMISOPODES
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Les poissons thoraciques, ou Æémisopodes, sont rangés dans le troisième ordre des osseux, ou Ostichthes. Ce sont des Holobranches, c’est-à-dire qu'ils ont leurs branchies complètes, garnies de leurs battants operculaires et de la membrane branchiostége, parties qui recouvrent, protégent et font agir l’eau avalée quand elle a été mise en contact avec les lames osseuses, frangées, recouvertes de membranes flottantes, dans l'épaisseur desquelles se distribuent un grand nombre de vaisseaux étalés sur leur surface. Ces canaux permettent à la totalité du sang veineux qui les remplit de se mettre médiatement en rapport, à travers leurs parois, avec l'eau que l'animal avale, afin d'exécuter la fonction particulière de ce mode spécial de respiration aquatique.
Cet ordre, reconnu par Linné, n’est, il faut l'avouer, fort utile que pour le zoologiste méthodique, parce qu'il sert trèsavantageusement à la classification. Voilà pourquoi nous l'avons principalement adopté, quoiqu'il rompe, en quelques circonstances rares, l’ordre naturel.
Les caractères sont empruntés à des organes extérieurs importants par eux-mêmes, mais qui ne sont ici considérés que sous le rapport de leur position sur une région déter-
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minée du corps; ce sont les nageoires paires inférieures, les pieds de dessous, en un mot, les catopes, qui servent à la vérité dans l’action du nager; mais ils ne remplissent pas le rôle principal dans cet acte de la vie de l'animal. Nous voyons, en effet, ces membres manquer dans l’un des ordres de ces poissons osseux, chez ceux qu'on à nommes les Apodes, à cause de ce défaut de pattes.
Chez la plupart des autres poissons de la même division, les dimensions de ces nageoires et leurs proportions varient, ainsi que leur structure et l'étendue de leurs mouvements. Ce sont très-positivement les représentants des pieds, soit des pattes postérieures, soit des membres abdominaux, chez les autres vertébrés. Nous devons dire cependant que, dans les poissons, ces membres ont moins d'importance que leurs nageoires paires latérales ou leurs pleuropes; car ceux-ci ne manquent pas; ils se retrouvent chez presque tous les poissons, avec quelques rares exceptions. On sait, en effet, que ces membres sont presque continuellement employés pour maintenir l'équilibre du corps ; car nous les voyons constamment en action, même dans l’état stationnaire hydrostatique, où ils se meuvent et agissent comme de véritables balanciers.
La situation déterminée et caractéristique de ces nageoires paires inférieures ou catopes, qui sont toujours attachées et mobiles sur de petits os médians, correspondant à ceux du bassin ou des hanches chez les autres animaux vertébrés, les avait fait nommer nageoires ventrales, et mème abdominales. Cependant elles ne sont pas ici directement placées dans la région même du ventre, puisque, dans certains cas, elles occupent la partie antérieure, et qu'on les trouve situées sous
la gorge. Aussi, pour éviter cette dénomination fautive de nageoires ventrales, jugulaires dans un cas, et surtout de thoraciques dans un autre, puisque les véritables nageoires thoraciques sont les pleuropes, nous avions depuis longtemps employé, comme nous venons de le dire, le nom de catopes, qui signifie pieds de dessous. Ce terme, nous l'avons depuis modifié et circonscrit, en nous servant de l'expression d’Æémisopes, de Médiopes, ou de pattes du milieu, et enfin en adjectivant ce substantif, pour indiquer, sous le nom d’Æémisopodes, les poissons dont les nageoires paires inférieures sont situées sous les pleuropes, ou vers le milieu du tronc. C'est avec ce titre et sous ce nom d'Hémisopodes, dont nous nous sommes servi dans les démonstrations publiques de nos cours au Muséum, que nous allons étudier les tribus, les familles et les genres qui sont rapportés à ce sous-ordre. Cette grande division des poissons osseux comprend à elle seule beaucoup plus de genres et d'espèces que les trois autres prises ensemble. Il est devenu, par cela même, très-difficile de la partager en familles bien déterminées, et même de trouver un arrangement qui corresponde à un ordre tout à fait naturel. Nous l'avons essayé cependant, comme on pourra le voir dans le tableau analytique qui va suivre. La plupart des divisions proposées correspondent aux genres établis successivement par Artédi, Linné, Lacépède et Cuvier, qui ont apporté de nouvelles lumières dans la distinction des espèces et de notables perfectionnements dans leur étude. Nous devons avouer que, malgré le grand nombre d’espèces qui ont été introduites dans l’ichthyologie depuis une soixantaine d'années que nous nous livrons à cette étude, les poissons ne sont pas encore assez connus pour que nous
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puissions nous flatter de les avoir distribués en séries tout à fait naturelles. Beaucoup de genres comprennent aujourd'hui un nombre si considérable d'espèces qu'il est très-difficile, ne pouvant les avoir toutes en même temps sous les yeux, de les comparer entre elles, de manière à leur assigner des caractères essentiels, afin de bien saisir et d'exprimer la note précise prouvant que l’objet observé est tellement distinct de tous ceux qui ont avec lui quelque analogie qu'on ne peut les confondre. Les caractères propres à différencier ces genres ne sont pas assez précis et assez comparatifs pour qu'il ne puisse rester quelque incertitude; car ceux que l’on a proposés semblent s’évanouir ou s’oblitérer insensiblement dans la comparaison attentive des espèces.
La distribution que nous proposons, qui est surtout systématique, nous a servi très-utilement dans nos études. Nous devons le déclarer, quelques-uns de ces groupes ne sont établis que provisoirement; plusieurs, au contraire, nous semblent devoir rester et être considérés conime tout à fait naturels. Nous présentons donc ce travail sous la forme d'un essai qui pourra être perfectionné par la suite.
Le point de départ, dans cette étude des Hémisopodes, est celui dont nous nous sommes servi, il y a une cinquantaine d'années, dans la Zoologie analytique (page 118). Il nous paraît encore aujourd'hui assez naturel, parce qu’il partage les Hémisopodes en deux grandes sections, d’après leurs formes apparentes et leur manière de nager.
Ceux de ces poissons dont le corps est mince, étroit ou fort comprimé, ayant peu d'épaisseur de droite à gauche, en un mot ceux de la tribu des OmaLoTes, se servent très-peu des nageoires paires inférieures. La totalité de leur échine
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semble être changée en une queue énorme dont les mouvements latéraux, alternes et successifs, produisent la translation du corps, qui s'appuie sur les nageoires impaires, généralement très-développées.
Les espèces dont le corps est épais, presque aussi haut que large, ont constamment leurs nageoires paires plus longues et plus mobiles, afin de pouvoir mieux diriger ou modifier les mouvements généraux produits par l’uroptère ou par la nageoire de la queue, faisant l'office d’une rame verticale.
La forme du corps, ou celle de quelques-unes des parties essentielles qui peuvent frapper la vue de prime abord, nous a souvent servi pour grouper certains genres dont l’analogie, même à l'extérieur, se trouve correspondre à l’organisation interne, et très-probablement aux mœurs; car on rencontre ces poissons dans les mêmes circonstances, ayant aussi de semblables habitudes.
Ainsi, la forme cylindrique et régulière du corps de certaines espèces, dont les coupes transversales seraient toutes arrondies et de même largeur, depuis la tête jusque vers la queue, nous a fait proposer le nom de Gongylosomes pour les désigner, et celui d’Ætractosomes pour indiquer ceux qui, ayant aussi le corps arrondi, offrent cependant dans la région moyenne, comprise entre les deux extrémités, un peu plus de largeur, ce qui rappelle la forme d’un fuseau.
Parmi les espèces de la tribu que nous désignons comme celle des OmaLoTEs, ou à corps mince et très-comprimé, les unes, comme les Zeptosomes, ont le corps presque aussi haut qu'il est long. Dans la famille que nous avons nommée les Pétalosomes, le corps, excessivement plat et allongé, représente une sorte de lame aplatie, Enfin, dans la même caté-
ICHTHYOSTHÉS HÉMISOPODES OU MÉDIOPES. 259 gorie des espèces dont le corps est très-comprimé nous placons des poissons difformes en apparence, parce que leur tête est tellement contournée sur l’échine que les yeux et les narines sont toujours irréguliers, inégaux, situés d’un même côté du corps, sur le plan qui est le plus charnu, le plus coloré, et qui est plus bombé, tandis que le côté opposé, rarement soumis à l’action de la lumière, reste plat et tout incolore; ce qui nous a suggéré la pensée d'employer pour les désigner le nom d’#étérosomes.
Sous le titre de tribu des IniomorphEs nous réunissons des familles qui se distinguent d’après des formes spéciales ou qui leur sont propres, et aussi à cause de certaines particularités dans leur structure bizarre, ou dénotées par quelques singularités. Ainsi, la conformation de la tête a pu nous servir pour grouper ou réunir en familles distinctes, d'abord les poissons chez lesquels cette région a pris un développement extrême, et ce sont pour nous des C'éphalotes ; puis ceux chez lesquels la cavité des branchies se trouve amplifiée par des cavernes creusées dans l'épaisseur des os et par le boursouflement des opercules, afin de conserver dans ces eiternes une certaine quantité d'eau qui peut servir à maintenir dans l'humidité les membranes respiratoires, et ces derniers ont pris le nom d’A/ydrotamiés, qui exprime cet usage présumé.
Chez d'autres, qui ont aussi le corps épais, on voit une nageoire du dos étendue sur presque toute sa longueur; cette ampliation notable nous les a fait appeler.les Zophionotes.
Quand d’autres nageoires, comme les pleuropes ou les pectorales, sont très-développées, et offrent, en outre, des
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rayons mous, isolés, ou distinctement séparés les uns des autres, nous avons profité de ce notable caractère pour désigner ces poissons, comme à doigts articulés, par le nom de Dactytlés.
Les deux derniers groupes sont les plus difficiles à étudier, parce qu'ils comprennent un très-grand nombre d’espèces qui, à la rigueur, pourraient être réunies dans quelques genres seulement. Voici comment nous sommes parvenu à les distribuer. Nous nous sommes assuré d'abord, par l’analyse et l'observation, qu'on ne doit les rapporter à aucune des familles dont nous venons de présenter la répartition; puis, en comparant entre elles toutes ces espèces, ainsi distinguées par une sorte d'exclusion préliminaire, nous avons vu qu'il est possible de former deux grandes tribus, d'après le simple examen de la conformation des pièces osseuses destinées à recouvrir leurs branchies. C’est un caractère notable, en effet, et qui se trouve inscrit, pour ainsi dire, sur le bord libre des battants operculaires, que la présence de crénelures, d'incisions, de pointes plus où moins nombreuses etsaillantes, qui se voient constamment sur cet appareil extérieur. Ce fait nous avait autorisé d'abord à désigner ces genres sous le nom collectif d'Acanthopomes, et puis, afin d'être plus exact, nous avons changé ce terme en celui de GLyrHo- POMES, car il exprime mieux ces sortes d'incisions, qui sont plus constantes que l'existence des épines, lesquelles manquent chez plusieurs. Par opposition, ne trouvant plus, dans les autres espèces à corps également épais et comprimé, les crénelures du bord libre des opercules, qui restent lisses et sans dentelures, nous avons réuni tous ces genres en une seconde tribu, sous la dénomination collective de LÉIoPOES,
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ICHTHYOSIÉS HÉMISOPODES OÙ MÉDIOPES. 201 pour exprimer cette particularité du pourtour des battants ou des couvertures solides des branchies, en y joignant l'exelusion de toutes les particularités qui caractérisent Îles familles précédentes.
Voilà donc les deux tribus isolées et dénotées; mais, comme nous l'avons dit, elles comprennent chacune un grand nombre de genres et d'espèces ; il devenait nécessaire de les partager en familles, auxquelles nous avons assigné des noms qui ont été empruntés à l'un des genres principaux que chacune d’elles renferme et que nous avons pris pour types, en changeant leurs désinences. Ainsi, parmi les GLy- PHOPOMES il y a cinq familles : ce sont celles des Perches, des Ænthias, des Pomacentres, des Holocentres et des Sciènes, dont les noms se terminent en édes, désinence qui n'est destinée qu'à indiquer leurs formes ou leur analogie avec certaines espèces.
Nous avons été assez heureux pour pouvoir partager également la tribu des LéiopomEes, sous des dénominations caractéristiques, en trois familles que nous y avons reconnues. Ainsi, les genres dans lesquels les dents distinctes et séparées sont recouvertes en grande partie par les gencives charnues, toujours apparentes, ont reçu le nom de Sarcodontés ; ceux qui ont les dents visibles et séparées, tout à fait à nu, seront appelés les Gymnodontés. Enfin, ceux de ces genres, en petit nombre, dont les os des mächoires sont très-gros, saillants en dehors et recouverts extérieurement de petites plaques d'ivoire en mosaique, provenant de l'application de la portion émaillée des dents, qui se sont soudées et appliquées à leur surface, ont pris le nom d’'Ostéodontés.
Voici le tableau synoptique destiné à faire connaitre d'a-
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bord les points de depart de cette classification, que nous poursuivrons ensuite au moyen de l'analyse.