CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA TRIBU DES GLYPHOPOMES
Les poissons qui ont toutes les pièces du squelette completement osseuses, avec des épines plus où moins piquantes aux battants des ouïes ou des opercules, sont ceux que nous avions nommés Ostichthes Acanthopomes. Nous modifions un peu ce dernier nom, parce que les couvertures solides de leurs branchies ne sont pas toujours garnies d'épines, mais qu'elles présentent constamment sur leurs bords des dentelures, des incisions, des crans ou de petites crénelures. Voilà pourquoi, afin de les faire mieux distinguer, nous avons adopté la dénomination de GryPHopomEs, comme pouvant être appliquée, d’une manière plus générale, à toutes les espèces, et servir essentiellement à les caractériser.
Cette tribu très-nombreuse correspond cependant encore à la famille qui, dans notre Zoologie analytique, comprenait les Perches, les Sciènes, les Holocentres, les Centropomes, et un assez grand nombre d’autres genres que, dans nos leçons publiques, nous avions indiqués comme devant faire partie de groupes différents, dans lesquels, en effet, nous les avions distribués et fait connaître, ainsi qu'on peut le voir aux divers articles du Dictionnaire des Sciences naturelles rédigés d’après nos leçons publiques. ,
Tous ces poissons ont leurs nageoires paires inférieures, dites ventrales ou membres de dessous, les catopes en un mot, comme nous les nommons, situées au-dessous des nageoires thoraciques, ou des membres que nous désignons aussi maintenant sous la dénomination de pleuropes. Comme ces nageoires paires inférieures se trouvent placées dans la
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région presque médiane du corps, nous employons de préférence l'expression de Æémisopes pour les faire connaître. Par ce seul nom nous cherchons à dénoter que ces nageoires sont médianes, au lieu d’être placées soit sous la gorge, comme les Antéropes, soit en arrière vers la région postérieure, ainsi que le terme de Postéropes est destiné à le désigner. Nous avons l'espérance que ces expressions nouvelles d'Æémisopes ou de Médiopes éviteront toute amphibologie relativement à cette épithète de THoraciQuEs, ordinairement employée, tantôt pour indiquer les nageoires latérales supérieures, tantôt pour désigner, par une expression générale, les poissons dont les nageoires paires inférieures, ou les catopes, occupent la région moyenne du ventre, comme cela existe ici. Le nom d'Hémisorones (1) exprime d’ailleurs plus exactement la véritable situation des catopes ou des membres de dessous.
Cette première tribu, ou cette race des Glyphopomes, présente à l'observation beaucoup de particularités que nous examinerons par la suite; mais nous croyons devoir exposer d’abord le projet d’une distribution des genres très-naturels, qui peuvent y être rapportés en familles distinctes, à peu près comme l'avait, le premier, proposé Cuvier, dans la seconde édition de son ouvrage sur le règne animal, arrangement qu'il a plus spécialement modifié dans les cinq premiers volumes de l’Æistoire générale des Poissons, publiée avec M. Valenciennes, quoique nous n’ayons pas constamment suivi, ainsi qu'on le verra, la marche de ces auteurs et la distribution des genres qu'ils ont adoptée dans leur ouvrage.
(1) De fuuous, à moitié, intermédiaire, démidius, et de oc, xoûoç, pied, patte, pes, pedis ; ou médiopes, pieds du milieu.
Nous appelons d’abord l'observation du naturaliste sur la nageoire du dos, ou l’épiptère, qui frappe les yeux au premier abord, parce que cet organe va nous servir de point de départ pour la classification de ces poissons. Cette nageoire dorsale peut être simple, unique, ou faiblement échancrée, mais continue à elle-même. Les genres chez lesquels on observe cette conformation ont été distribués en trois sections ou familles. Dans deux autres sections, on à pu ranger les espèces, et par conséquent les genres chez lesquels l'épiptère est divisée en deux portions distinctes et bien séparées : c'est un procédé simple et commode, qui d’ailleurs n’est pas contraire à la clasification naturelle.
C’est dans cette section des Glyphopomes à deux nageoires du dos que sont distribuées, sous le nom de Percoïdes, c'està-dire ayant l'apparence des Perches, toutes les espèces qui ont les os du palais couverts ou armés de dents plus ou moins nombreuses. Dans cette même coupe sont réunis les genres dont les espèces avec deux épiptères ont l'intérieur du palais lisse et poli; il n’y a là aucune dent ni aspérité, et sous ce rapport les Percoïdes sont des poissons analogues aux Sciènes, qui forment la famille des Sciénoïdes. -
Les trois autres familles, dont la nageoire du dos n'est jamais complétement partagée, ou chez lesquelles l'épiptère est unique, présentent cette particularité qui a servi à les subdiviser : c’est que dans l’une, celle des Æolocentrides, les os du palais ne portent pas de dents, caractère qui les rapproche des Sciènes. Au contraire, le vomer et les os du palais sont hérissés de pointes osseuses d’abord dans les Ænthiadides, qui ont toujours sept rayons dans l'épaisseur des membranes des branchies, et dont les mâchoires sont en outre
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armées de dents irrégulières, les unes étant plus longues que les autres; puis dans les espèces voisines du genre Pomacentre, et que nous avons, par ce motif, appelées les Pomacentrides, où les dents sont à peu près toutes égales entre elles, et presque de même longueur.
Il est essentiel de faire remarquer que tous ces poissons ont les mêmes mœurs et qu’ils sout généralement très-voraces.
Voici comment, dans un tableau synoptique, nous partageons en cinq familles cette tribu des Glyphopomes. Nous croyons devoir le reproduire, quoiqu'il ait déjà été indiqué dans l’analyse générale de cet ordre des Hémisopodes ou
Médiopes.
régulières ou égales.. 3. PomAcENTRIDESs.
irrégulières, inégales.. 2. ANTHIADIDES.
| denté; mâchoires à dents |
‘unique; palais ROME sans dents, lisse et sans aspérités 5. HoroceNrripes. Épiptère garnis de dents ou d’aspérités 1. Percoines. double ; les os du palais
SANS ACIH SION LISS ER) fatate tee nee ess lei eis se 4. SGiÉNoiDEs.
La série des numéros dont nous faisons précéder ici les noms de chaque famille est à peu près en rapport avec l’ordre adopté dans l’/chthyologie de Cuvier et Valenciennes ; car il rapproche les Perches d’un côté et les Sciènes de l’autre, quoique ces deux groupes soient éloignés l’un de l’autre dans l’ouvrage que nous venons de citer.
Tous ces poissons ont le corps épais, légèrement comprimé et de forme oblongue. Ils ont sept à huit nageoires, dont
quatre sont distribuées par paires symétriques. Chez tous, comme l’exprime le nom de la tribu dans laquelle ils se trouvent rangés, les couvertures des branchies, les battants de leurs opercules et préorpercules, sont tous les deux à la fois, ou l’une de ces pièces seulement, dentelés ou crénelés sur leur bord libre et postérieur. La fente des branchies reste large, et la cavité qui les renferme est fort vaste et amplifiable par le développement des branchistectes, ou des rayons osseux destinés à soutenir et à étaler la membrane qui les recouvre dans la partie inférieure entre les mächoires, et le nombre des rayons varie de cinq à sept.
Toutes les espèces ont les machoires armées de dents pointues, dont les formes et les proportions offrent des différences notables. Très-souvent ces dents sont de même longueur entre elles, courtes ou longues, rapprochées, dites alors tantôt en velours, tantôt en cardes; chez quelques genres elles sont inégales, entremélées de crochets plus allongés les uns que les autres. Dans un certain nombre, comme chez les Perches, ainsi que nous venons de l'indiquer dans le tableau analytique, le palais est garni de petites dents implantées sur les os dits vomériens ou les palatins; chez d’autres, comme les Sciènes, la voüte du palais, ou la région supérieure de la cavité de la bouche, se trouve intérieurement recouverte d’une membrane tout à fait lisse et polie.
Le museau, ou le prolongement avancé de la face, est presque généralement court; la bouche qui le termine est à lèvres minces. Dans l’intérieur de l’arrière-gorge on voit ordinairement quatre grandes fentes latérales de chaque côté, et les branches osseuses de l’os hyoïde, ainsi que leurs accessoires pharyngiens, qui par leur écartement réciproque per-
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mettent l’ampliation du gosier, et sont constamment garnies de dents destinées à entamer la surface de leurs proies, qui sont des animaux entiers, dont le volume est souvent considérable.
Quelques genres seulement, mais le fait estrare, portent des appendices charnus ou des barbillons sous la mâchoire inférieure; souvent les os de cette mâchoire sont percés de trous, de pores ou de petits orifices plus ou moins nombreux, dont on ignore l'usage.
Généralement le corps est protégé par des écailles solides, entuilées, rugueuses à la surface, et quelquefois dentelées en scie sur leurs bords libres; elles sont très-adhérentes à la peau, qui elle-même est solide et épaisse.
L'organisation intérieure des Glyphopomes est à peu près la même chez tous, excepté pour les formes et l'étendue des parties. Leur cerveau est petit, allongé ; ses lobes creux ne recouvrent au plus que quatre autres tubercules. L'estomac est un sac dont le pylore latéral est accompagné d’appendices peu nombreux. Le canal intestinal, le foie et les viscères n'ont offert aucune particularité remarquable. La vessie hydrostatique, dont la présence est constante dans tous ces poissons, est généralement très-développée; souvent même elle est garnie d’appendices branchus, variables par leur nombre et leurs divisions, et dont on ignore l'usage jusqu’à ce moment. On n'a pas trouvé de canal aérophore, ou une véritable communication avec l’œsophage, dans les espèces qui ont servi pour ces recherches; cependant on a remarqué qu'un assez grand nombre de ces poissons peut produire des bruits ou des sons dits engastriques, soit lorsqu'on retire isolément les individus hors de l’eau, soit quand.
ils y sont encore plongés et réunis en troupes plus ou moins nombreuses.
Quelques espèces, comme les Serrans, par une anomalie singulière dans la classe des poissons, paraissent réunir dans un même individu les organes mâles et femelles, la laitance et les œufs, lesquels, dans ce cas, pourraient être fécondés à l'intérieur du corps. Les germes s’y développent même assez pour être mis au dehors à l’époque de l’éclosion. Ce sont des espèces ovo-vivipares. Cependant, d'après des recherches récentes de M. Dufossé (1), la fécondation des œufs, chez certaines espèces observées avec beaucoup de soin, aurait lieu en même temps que la ponte, de sorte que la fertilisation ou la vivification des germes s’opérerait au passage à la sortie du cloaque.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA PREMIÈRE FAMILLE DE LA TRIBU DES GLYPHOPOMES : LES PERCOÏDES.
Les genres rapportés à cette première famille de la tribu des Glyphopomes ont donc été établis parmi ces poissons osseux thoraciques par deux motifs : d'abord parce que leurs opercules sont dentelés ou épineux, et ensuite parce que ces genres portent sur le dos deux nageoires séparées, dont la première est toujours soutenue par des rayons roides, à pointes sorties de la membrane, dans l'épaisseur de laquelle ils font saillie; ensuite parce qu’à l’intérieur de leur bouche on peut aisément reconnaître que le palais est recouvert de dents pointues. C’est en particulier un moyen de faire dis-
(x) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 1854, t. XXXIX, p. 890.
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tinguer les Percoïdes d'avec les Sciènes et les autres genres à deux épiptères chez lesquels la voûte de la bouche n'offre aucune aspérité. Au reste, ces dents palatines des genres analogues à celui des Perches présentent quelques modifications. Dans le plus grand nombre, leurs pointes osseuses, à base cylindrique, sont à peu près de même longueur entre elles, et chez d’autres elles sont inégales. La langue ellemême diffère, selon qu’elle est lisse ou rugueuse; ce qui fournit un moyen facile de rapporter les espèces à quelques subdivisions génériques.
Les poissons Glyphopomes sont si nombreux, ils ont entre eux une analogie telle, que, pour les distribuer par groupes, il a fallu recourir à des observations presque minutieuses, d’après quelques points de leur structure. Celles que les auteurs ont choisies ont cependant quelque importance; car elles sont, très-probablement, en rapport avec l’alimentation, en indiquant les modes divers de préhension et de première préparation de la proie qui doit servir à la nourriture habituelle des espèces. C’est ainsi que l'inégalité ou l'irrégularité apparente dans la force et la longueur des dents a autorisé la séparation des trois derniers genres que nous indiquons dans le tableau synoptique.
L'ordre, suivant lequel nous les avons inscrits, étant à peu près indifférent, nous avons cru devoir adopter, mais sans y mettre beaucoup d'importance, la série des numéros qui est en rapport avec celui qui a été adopté et suivi dans le second volume de l’Æistoire générale des Poissons de MM. Cuvier et Valenciennes, que nous avons pris pour guide dans cette coordination des genres.
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