‹ Ichthyologie analytique ou essai d'une classification naturelle des poissonsChapitre 78 sur 110 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR CETTE SOUS-FAMILLE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR CETTE SOUS-FAMILLE

C'est sous le nom de Zeuthis, retrouvé par Pline dans l'Histoire des Animaux d’Aristote comme indiquant une sorte de poisson, mais qui serait plutôt un mollusque voisin du Calmar, que Linné a fait connaître un genre réunissant deux poissons que Gronovius avait appelés //epatus. Leur caractère, ou plutôt leur nom, était emprunté essentiellement de la forme et de la couleur brune de leur corps, et de la distribution de leurs dents, rapprochées, roides, coupantes et de même longueur, disposées sur une seule et même rangée, et très-rapprochées les unes des autres.

Forskäl, Forster, Bloch, Lacépède, et ensuite Cuvier, rapprochèrent des deux espèces primitivement connues un certain nombre d’autres poissons qui présentent à peu près les mêmes caractères génériques, mais avec des modifications ou des particularités qui semblent devoir autoriser la distribution de plusieurs de ces espèces dans des genres tout à fait distincts, comme nous l’indiquons ici.

Cuvier les considère, ainsi que les Chétodons, comme devant former la suite de la grande coupe qu'il a nommée les Scombéroïdes, en faisant observer que la plupart de ces poissons se nourrissent de préférence avec des substances végétales, dont 1l a trouvé des débris dans le tube intestinal des espèces qu'il a pu se procurer; car c'étaient des fibres de varecs et d’autres productions marines analogues.

ICHTHYOSTÉS HÉMISOPODES LEPTOSOMES TEMNODONTÉS. 33)

Tous ces genres ont le corps comprimé, peu épais, toujours très-élevé, tenant principalement de la forme ovale, quelquefois prolongée, avec une seule nageoire sur le dos. Leur bouche est très-étroite; elle parait peu protractile; les dents, dont la forme et les usages nous ont fait proposer le nom de Z'emnodontés, où de Tomodontés, sont en petit nombre; leur série est continue. Elles forment une seule rangée; leur bord est libre, aplati, tranchant (reuvéxor éddvres, dentes secantes); mais il n’y en a pas sur le palais, ni sur la langue.

Nous ne rapportons à cette famille que sept genres, parmi lesquels il en est quatre dont les parties latérales de la queue sont protégées ou plutôt armées par des écussons osseux ou des lames tranchantes dont la nature semble avoir muni ces poissons, afin qu’ils puissent se soustraire à la voracité de plusieurs fortes espèces, ou pour attaquer eux-mêmes et se défendre en blessant leurs ennemis. En outre, on observe souvent, au-devant de leur nageoire impaire supérieure, dont les rayons sont généralement de mème longueur entre eux, une épine isolée, dirigée en avant comme un aiguillon, et même, chez la plupart, le premier et le dernier rayon de leur hypoptère, ayant une consistance osseuse et épineuse, est encore une sorte d'arme protectrice et défensive.

Cuvier reconnaît les difficultés qu'il a trouvées dans la recherche de la synonymie de ces poissons dont les espèces ont été décrites par les auteurs, et qui avaient été disséminées par eux dans des genres très-divers et sous les noms de Siganus, Scarus, Sparus, Centrogaster, Buro, Chætodon. Il a soin d'indiquer que c’est à M. Geoffroy père que l’on doit la découverte de la forme très-particu-

lière des os de l’épaule, structure qui se retrouve dans beaucoup d'espèces.

D'après le tableau synoptique qui va suivre pour aider à la classification des genres, nous allons passer ceux-ci en revue, à peu près dans l’ordre de leur énumération.

Les Æcanthures, espèces qui ont la queue épineuse, comme l'indique leur nom, offrent cette particularité que l’épine unique de leur queue, ou plutôt la lame tranchante et pointue qui les caractérise, est reçue dans une rainure, au fond d'un sillon pratiqué dans l'épaisseur de la peau pour recevoir cette arme, dont l'extrémité pointue et coupante peut se mouvoir à la volonté de l'animal, en se soulevant en avant pour faire saillie, ou en se couchant pour mettre cet instrument à l'abri dans l’état de repos ou dans l’absence du danger. Chez les espèces nombreuses qui se trouvent dans toutes les mers situées entre les tropiques, et surtout dans celle des Indes, on peut remarquer que la peau, qui est toujours épaisse, n’est protégée que par des écailles petites et couvertes d’aspérités.

La seule espèce que Cuvier a rapportée au genre Æxinure ne diffère que par la forme arrondie de la lame dont la queue est armée; elle est tranchante au dehors et sur la ligne moyenne, et sa courbure ressemble à celle du fer d’une hache qui reste en saillie.

Ou ne connaît que deux espèces de Prionures, dont le caractère est tiré d’une suite longitudinale de lames cornées, tranchantes et denticulées, qui occupent les parties latérales et postérieures, vers la ligne moyenne de la queue.

L'espèce unique inscrite par Cuvier dans le genre nouveau qu'il a établi sous le nom de Priodon n’est pas seulement, comme on pourrait le croire d'après l'étymologie, caracté-

ICHTHYOSTÉS HÉMISOPODES LEPTOSOMES TEMNODONTÉS. 337

risée par la forme des dents, qui sont dentelées, il est vrai, mais elle l’est surtout par l'absence de lames ou d’écussons sur les côtés de la queue, et parce que les quatre ou cinq premiers rayons de l’épiptère sont aiguillonnés et de même longueur. C’est en cela même que ce poisson diffère d’une autre espèce que Cuvier a placée dans le genre Xéris, qui n’a dans cette nageoire impaire du dos qu’un seul rayon plus long que les autres.

Les Vasons ressemblent aux Acanthures par la forme générale du corps et l’apparence de leurs téguments; mais on les reconnaît de suite aux deux plaques solides ou aux boucliers osseux, dont la carène est tranchante. Leurs dents sont, en général, plus pointues et non dentelées. La plupart, ainsi que leur nom paraît destiné à l'indiquer, ont, en outre, le front saillant et prolongé en une sorte de nez plus ou moins saillant ou arrondi.

Enfin, les 4mphacanthes n'ont pas d'armure à la queue, et réellement ils ne peuvent être distingués que par les notes indiquées par le tableau synoptique; cependant ils offrent une particularité dans leurs nageoires impaires supérieures et inférieures, qui ont leur bord libre armé de nombreux aiguillons, et parce qu'on remarque un autre aiguillon ou une épine semblable sur la tranche antérieure de leurs catopes. Le nom donné à ce genre indique cette double épine.

Page 1