Le même
— Arlequin. Dessiné et gravé par H. Bonnart. In-4. On lit, au bas, des vers commençant ainsi : c( Avec son habit de folâtre... »
— Autre portrait. Gravé par Nicolas Bonnart. In-8. On lit, au bas, des vers commençant ainsi :
« Avec son habit de facquin....
— Autre. Harlequin, comédien burlesque.
Le manuscrit de Trallage nous a conservé un document curieux qui se rapporte à Dominique.
« Après la mort d'Arlequin (le lundi 2 août 1688), la Troupe italienne fut un mois sans jouer. Puis, elle fit apposer au coin des rues l'affiche suivante :
« Nous avons long-temps marc^ué notre déplaisir par notre silence, et nous le prolongerions encore, si l'appréhension de vous déplaire ne l'emportoit sur une douleur si légitime ; nous rouvrirons notre Théâtre mercredy prochain, premier jour de septembre 1688. Dans l'impossibilité de réparer la perte que nous avons faite, nous vous off'rirons tout ce que notre application et nos soins nous ont pu fournir de meilleur. Apportez un peu d'indulgence et soyez persuadez que nous n'obmettrons rien de tout ce qui peut contribuer à votre plaisir.
« Payez trois louis d'or pour une loge basse, un écu pour les places aux loges basses, théâtre, amphithéâtre, et aux secondes loges ; vingt sols aux troisièmes, et quinze sols au parterre.
« Défenses sont faites exprès, par ordre du Roi, à toutes personnes, d'entrer sans payer. »
Voici des vers qui furent composés sur la mort de cet excellent comédien :
Les Plaisirs le suivoient sans cesse.
Il repandoit partout la joie et l'allégresse. Les Jeux avec les Ris naissoient devant ses pas ; On ne pouvoit parer les traits de sa satyre : Loin d'offenser personne, elle avoit des appas. Cependant il est mort, tout le monde en soupire. Qui l'eût jamais pensé, sans se désespérer. Que l'aimable Arlequin qui nous a fait tant rire, Dût si tôt nous faire pleurer!
293. J^an-Baptisti: Tristan l'Hermite de Souliers, cheva-. lier, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi ; poêle, historien et généalogiste, mort vers 1670.
— Emberson p. i66i. Sansonsc. 1667. In-fol. — Patigny del. et se. In-i, avec ornements et quatre vers.
Ce personnage, frère de François Tristan l'Hermite, l'auteur de la célèbre tragédie de Mariamne, fut certainement un des compagnons et des amis de la jeunesse de Molière, malgré la différence d'âge qui devait exister entre eux; car, dès 1639, lorsque Molière navait jias encore 19 ans, Jean-Bai)tiste Tristan l'Hermite avait fait jouer et imprimer, sous le nom de sieur de Vozelle, une tragédie, la Chuie de Phaétou, qu'il dédiait à M. de Modène, son beau-frère, et, comme M. de Modène était l'amant de Madeleine Bejart, le sieur de Vozelle ou Vauselle se fit comédien dans la troupe des Bejart et suivit pendant un temps les pérégrinations de Molière en province. Il renonça sans doute au théâtre, parce qu'il reconnaissait que sa vocation n'était pas soutenue par le talent, et ses travaux de généalogiste lui firent abandonner la partie. Voy. la Jeunesse de Molière, par P. L. Jacob, bibliophile {Paris, Adolphe Delahnys, 1858, in- 12, p. 67). On doit s'étonner de ne pas même trouver le nom de Molière dans les Mélanges de poésies héroïques et burlesques du chevalier de l'Hermite (Paris, Guillaume Loyson, 1650, in-4).
29-4. Charles Coypeau d'Assoucy, polHe et musicien, né en 1601, mort en 1679.
— Michel Lasne f. ad ui (vivum). In- 4.
D'Assoucy, qui s'intitulait lui-même Vempereur du Burlesque, avait été fort lié avec Molière ; il le retrouva en Languedoc, avec sa Troupe, en 1656. Il a lui-même raconté cette rencontre, avec une touchante expression do reconnaissance, dans ses Aventures (Paris, Audinet, 1677, 2 vol. in-12}. Après la mort de Molière, il
eut le courage de le défendre coutre les ennemis qui outrageaient sa mémoire. Il dit, dans l'épitre dédicatoire de VOmbre de Molière^ au duc de St-Aignan, que Molière eut plus de talent pour se faire des envieux que pour acquérir des amis : « Il fut toujours cependant mon ami, ajoute-t-il, et si, sur la fin de ses jours, il cessa de l'être, ce fut sa faute et non la mienne. »
Biblwgr. moliér., n^s 1094 et 1201.
Dans ses Rimes redoublées, qui parurent du vivant de Molière {Paris, Cl. Nego, 1671, pet. in-12), il avait rendu cet hommage de gratitude et d'admiration à son ancien ami :
Malj|(ré le malin détracteur (Chapelle),
J'ai toujours été serviteur
De l'incomparable Molière,
Et son plus grand admirateur,
Car sur l'un et l'autre hémisphère
One ne fut si galant auteur.
Tu m'en crois bien, ami lecteur;
Pour moi, je l'aime et le révère,
Oui, sans doute, et de tout mon cœur.
Il est vrai qu'il ne m'aime guère !..
Que voulez-vous ? C'est un malheur.
L'abondance fuit la misère,
Et le petit et pauvre hèr5
Ne cadre point à gros seigneur.
295. Pierre de Boissat, vice-bailli de Vienne, de TAcadémie française, né en 1603, mort en 1662.
— Portrait, dessin au crayon rouge, dans le cabinet de Fevret de Fontette, en 1778.
Ce fut à Vienne en Dauphiné, vers 1647, que Molière fit connaissance avec Boissat, qui devint son ami. « Boissat lui témoignait beaucoup d'estime, raconte Chorier dans la Vie de Boissat. ()uelque pièce que Molière dût jouer, Boissat voulait se trouver au nombre des spectateurs. Il voulait aussi que cet homme distingué dans son art prît place à sa table. »
296. Nicolas Boileau -Despréaux, poëte et littérateur, membre de l'Académie française, né en 1636, mort en
— Fran. de Troy pinxit, P. Brevet sculpsit. In-fol. — Hijac. Ri gaud pinxit. Petr. Brevet seul., 1706. In-fol.
Boileau fut toujours le plus grand admirateur et le plus grand
ami de Molière. Voy. ses Stances à Molière et la seconde Satire, qui lui est également adressée.
Bihliogr. ynolicr., n» 1192.
Quatre ans après la mort de Molière, Boileau réconcilia Racine avec la mémoire de ce grand homme, en glissant ces beaux vers, avec la plus délicate intention, dans une épitre qu'il adressait à l'auteur de Phrdrc, injustement attaqué par la cabale des partisans do Pradon ;
Avant qu'un peu dn terro, obtenu par prière. Tour jamais sous la tombe eût enfermé Molière, Mille (le ces beaux traits, aujourd'hui si vantés, Furent des sots esprits à nos yeux rebutés. I/Ij,'norance et l'Erreur, à ses naissantes pièces, En habits de marquis, eu robes de comtesses, Vcnoient, pour diffamer son chef-d'œuvre nouveau. Et socouoient la tète k l'endroit le plus beau. Le Commaudour vouloit la scène plus exacte ; Le Vicomte indiyné sortoit au second acte. L'un, défenseur zélé des bi','ots mis en jeu , Toiu- prix d(î ses bons mots, le condamnoit au feu ; I/autre, fouj^ueux marquis, en déclarant la jjuerre, Vouloit venf^er la Cour immolée au Parterre. Mais, sitôt que d'un y-ait de ses fatales mains La Parquo l'eut rayé du nombre des humains, On reconnut le prix de sa Muse éclipsée : L'aimable Comédie, avec lui terrassée.
En vain d'un coup si rude espéra revenir Et sur ses brodequins ne put plus se tenir. Tel fut chez nous le sort du Théâtre comique.
'297. Jean Racine, membre de l'Académie française, né en 1639, niorL en 1690.
— Edelinck, d'après Santerre, 1699. In-fol. Cette estampe a deux états : dans le 1", le nom de Racine est précédé de la i)articule nobiliaire de, qui a été supprimée dans le second état. — Desrochers, 1701. In-8. — Daullc se. 175:2. In-fol.
Voy., dans VHist. de la Vie de Molière, par Tascliereau (3c édit., in-12, p. 22 et suiv.), l'origine de la brouille de Racine avec son généreux ann. Racine, (pii avait fait acte d'ingratitude à l'égard de Molière, l'accusa d'avoir compose sous le nom de Subligny la comédie de la Folie f/uerelie, représentée, il est vrai, sur le théâtre du Falais-Royal, et qui n'était qu'une parodie iVAudrotHuque. Les deux anciens ami.s ne se réconcilièrent pas, mais on peut altirmer qu'ils restèrent vis-à-vis l'un de l'autre dans les termes d'ime estime réciproque et d'une froide politesse. Quand la Fumeuse comédienne
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parut, on l'attribua généralement à Racine, mais le ton de l'ouvrage et surtout le caractère du style donnèrent lieu de l'attribuer plus justement à La Fontaine. Le président Boubier le dit positivement dans sa correspondance inédite avec l'abbé d'Olivet.
Voici en quels termes La Grange a constaté, dans son Registre, l'origine de la brouille de Molière avec Racine : « Vendredi 4 décembre (1665), première représentation du Grand Alexandre et de Porus, pièce nouvelle de Racine. » — «Vendredi, 18 décembre. Ce jour, la Troupe fut surprise que la même pièce d'Alexandre fût jouée sur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Comme la chose s'étoit faite de complot avec M. Racine, la Troupe ne crut pas devoir des parts d'auteur audit M. Racine, qui en usoit si mal que d'avoir donné et fait apprendre la pièce aux autres Comédiens. Lesdites parts d'auteur furent réparties, et chacun des acteurs eut pour sa part 47 livres. » Il sortit de là sans doute un procès entre Racine et les Comédiens du Roi, mais on n'en a pas encore retrouvé les pièces.
298. Jean de La Fontaine, membre de T Académie française, ne en 16i21, mort en 1695.
— Edelinck se. In-fol. — Fiqiœt. D'après H. Rigaud. Portrait dans un ovale sur un piédestal, avec un basrelief représentant la fable du Loup et l'Agneau. Cette estampe a trois ou quatre états, dont le 1" est avant le nom de Tartiste.
La Fontaine fut le plus fidèle ami de Molière, qui l'aimait sincèrement et qui lui reconnaissait un génie supérieur à ceux de tous ses amis, k Nos beaux esprits ont beau se trémousser, dit-il un soir après un souper chez La Fontaine ; ils n'etfaceront pas le Bonhomme. » Les relations de ces deux grands hommes sont soigneusement mentionnées dans YHist. de la vie de La Fonta'me, par Walckenaer, et dans YHist. de la vie de Molière, par Taschereau. La dernière preuve d'affection donnée par La Fontaine à Molière est la touchante et glorieuse épitaphe, qu'il composa pour être gravée sur la tombe de l'illustre poète dramatique :
Sous ce tombeau j;:isent Plaute et Térence, Et cependant le seul Molière y gît.
Leurs trois talents ne formoient qu'un esprit, Dont le bel art réjouissoit la France.
Ils sont partis, et j'ai peu d'espérance De les revoir Malgré tous nos efforts, Pour un long tenijjs, selon toute apparence, Térence et Plaute et Molière sont morts.
299. Pierre du Ryer, auteur dramatique et savant traducteur, membre de l'Académie française, né en 1605, mort en 1658.
— P. G. Cossard d(L pin\ G. Dup. se. Dans un ovale d'architecture. In-18.
Duryer, qu'on appelait le Bonhomme Duryer, quoiqu'il eût à peine cinquante ans, à cause de l'indigence dans laquelle il était tombé, fift certainement un des amis de Molière, qui avait peut-être fait jouer quelques-unes de ses anciennes pièces à l'Illustre Théâtre, car, dans l'Inventaire après décès de Molière, on retrouve les traductions de Duryer, en exemplaires de dédicace, celles des Métamorphoses d'Ovide, d'Hérodote, des Décades de Tite-Live, etc. Voy. sur la Bibliothèque de Molière les Dissertatio7is bibliographiques du bibliophile Jacob, pp. 277 et suiv.
Bibliogr. moliér., n" li22.
300. Pierre Corneille, membre de l'Académie française, né en 1606, mort en 168i.
— M. Lasne del. et se. 16i3. In-i. — L. Cossin, d'après F. Sie)'e, 1683. In-fol. — Jae, Lubiii sculp. In-fol. — A. Paillot ad vivum de!. 1663. — P. Lebrun p. Cochin del. E. Fiquet s. 1766. In-i. — P. Lfbrun p. Piquet se. Dans un ovale, avec ornements. In-8.
On a lieu d'être surpris que le grand Corneille, à qui Molière avait rendu tant de services, depuis qu'on représentait les pièces de son répertoire à VlUustre Théâtre, n'ait pas fait acte d'amitié et d'admiration à l'égard de Molière, dans quelipio poésie ou dans quelque lettre. L'exemplaire d'Anfiromède, sur lequel se trouve la distriliution des rôles pour la Troupe des Bt'jart, prouve que Molière jouait lui-même dans les tragédies de P. Corneille. C'est au théâtre du Palais-Royal que parurent pour la première fois V Attila et la Bérénice, de Corneille : on lui donna, après chacune de ces tragédies, la somme de 2,000 livres, « prix fait », dit le Registre de La Grange; somme considérable à cette époque pour des droits d'auteur.
Bibliogr. moliér., n" 1647.
Voici un éloge de P. Corneille, que François de Callières, l'ami de Chapelle, a inséré parmi les Éloges en vers, qui sont imprimés à la suite de son ouvrage intitule : De la science du monde et des counnissnjices utiles à la conduite de la vie (Paris, Est. Ganeau, 1717, iu-12, p. 233) :
MOLIERESQUE. 109
Héros du Théâtre françois,
Tu peignis les héros de Rome
Plus grands qu'ils n'étoient autrefois,
Et les mis audessus de l'homme.
Tu fus quelquefois inégal,
Mais dans ta manière de peindre,
Corneille, nul ne peut atteindre
A ton génie original.
La plus grande réputation littéraire du xviie siècle fut celle de Corneille. « Elle ne s'est pas seulement répandue en France, dit Trallage dans ses notes manuscrites, mais aussi par toute l'Europe, et l'on en peut donner pour une preuve convaincante un Cabinet de pièces de rapport, fait à Florence, qui a été vu de tout Paris et dont on avoit fait présent au cardinal Mazarin. Entre les divers ornemens qu'on y avoit employez pour l'enrichir, on voyoit aux quatre coins les médailles ou portraits des quatre plus grands poètes qui ayent jamais paru dans le monde, deux anciens et deux modernes, scavoir Homère et Virgile, le Tasse et Corneille. » Personne, à cette époque, n'aurait osé dire ou faire entendre que Molière était digne d'être placé au même rang.
301. TnoMAS Corneille, poëte, membre de l'Acadcmie française, ne en 1625, mort en 1709.
— Mignard p. Thomassinsc. 1700. In-fol. — Desrochers. In-^. — P. Mignard pînx. Dupinscul. In-i. (Collection d'Odieuvre.)
Plusieurs historiens ont prétendu, sans aucune raison valable, que Thomas Corneille s'était brouillé avec Molière, à l'occasion de trois vers de VEcole des femmes, dans lesquels Arnolphe cite le fait d'un paysan, qui, voulant s'anoblir, avait entouré son champ d'un fossé et de Monsieur de Vile il prit le Jiom pompeux. Or, Thomas Corneille, pour se distinguer de son frère, se qualifiait du nom de M. de risle. Le motif de la brouille paraissait donc assez plausible, car certainement la critique s'attaquait à cette espèce d'usurpation de noblesse. Nous avons découvert que Molière, en eiTet, avait visé, dans sa critique, non pas Thomas Corneille, mais un avocat au Parlement, nommé Louis Bertelin, sieur de Lisle, a qui Madeleine Béjart avait prêté, pendant ses voyages dans le midi de la France, une somme assez importante, qu'elle ne put jamais se faire rembourser. Il est vrai que, du vivant de Molière, Thomas Corneille faisait représenter toutes ses pièces au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne et qu'il n'en eut pas une seule jouée au théâtre du Palais-Royal, où son frère donna plusieurs tragédies nouvelles ; mais ce n'est pas la une preuve de mésintelligence entre lui et Molière, d'autant plus qu'ils se trouvaient souvent ensemble chez Pierre Corneille et chez
leurs amis communs. On sait que Thomas Corneille arrangea et mit en vers le Festin de pierre, de Molière, mais ce fut en vertu d'un traite conclu avec la veuve de l'auteur, qui l'avait chargé spécialement de ce travail.
Bibliogr. moliér., n^ 517.