Le même
— Dessiné par C. N. Cochin, d'après le buste de Coîlignon et gravé par Aug. de Saint-Aubin en 1110. Médaillon. In-i.
Taschereau dit, dans YHist. de In vie de Molière (5^ édit., in-8, p. 133) : « Il voyait aussi quelquefois le célèbre LuUy. Il s'amusait de ses contes et de ses bouffonneries, et quand il voulait égayer ses convives, il disait à l'excellent pantomime : « Baptiste, fois-nous rire! » Taschereau ne s'est pas rendu compte de l'intimité qui ne cessa de régner entre Molière et Lully, jusqu'au jour où Lully abusa de la confiance de son illustre ami, pour se faire attribuer, à lui seul, le privilège de l'Académie royale de musique, en mars 1672. Ils furent dès lors brouillés, quoique Molière eût consenti à composer avec Quinault la pastorale des Fêtes de l'Amour et de Bacchus, qui fut représentée, le 13 novembre 1672, au théâtre de Bel-Air, où avait été installée l'Académie royale de musique.
Bibliogr. moliér.y n» 206.
Trallage, dans ses notes manuscrites, s'est attaché à justifier Lully, en le présentant comme acquéreur direct de l'ancien privilège de l'Opéra, que le Roi n'aurait fait que confirmer : « M. Perrin, introducteur des ambassadeurs auprès de feu Monsieur le duc d'Orléans, ayant cru que les opéras pouvoient estre introduits en France, demanda le privilège et l'obtint. Il fit ensuite une société avec tVu M. Laml)ert,maistre de la musique do la feue Reine-Mère, dans laquelle une personne d'une qualité distinguée (le comte de Sourdeac), et qui avoit fait paroistre sa magnificence dans un spectacle qu'il avoit libéralement donné au public, et dont il avoit fait luy-mesme les machines, se fit un plaisir d'entrer. Cette nouveauté plut au public et eut assez de succez. Mais enfin ces messieurs s'estant brouillez et M. Perrin croyant avoir juste sujet de se plaindre, transporta son privilège à M. de LuUi, avec l'agrément du Roy. On voulut l'inquiéter, mais ayant droit de celuy à qui appartenoit véritablement le privilège, la justice se déclara de son costé. Après cela, le Pv.oy luy accorda tout ce qu'il put souliaitor, pour rendre l'Opéra considérable. Ainsi ceux (pii ont cru qu'au préjudice du premier privilège le Roy en avoit donné un second qui annuUoit le premier, n'ont pas esté bien instruits. Le Roy garde rè(|uité en toutes choses, et si M. de Lulli ne se fust accommodé du privilège avec celuy à qui il avoit esté d'abord donné, il n'en auroit pas obtenu un autre. »
3i2. IsAAC DE Ci:nser.\de, poëte, membre de TAcadémie française, ne en 1612, mort en 1091.
— Edeliack sculp. In-fol.
Benserade, qui fut pendant plus de vingt ans chargé do composer
les ballets du roi et qui s'était fait en ce genre une spécialité, où il croyait être sans rival, avait vu avec une certaine inquiétude la concurrence dont le menaçait Molière, très-habile et déjà exercé dans la composition des ballets ; car, outre le Ballet des Incompatibles, dansé à Montpellier devant le prince de Conti, en 1655, Molière avait composé certainement plusieurs ballets de cour, pour Gaston d'Orléans,- et un de ces ballets, le Ballet des vrais moyens de Parvenir, fut repris à Lyon en 1654 et dansé par la troupe de Molière. Benserade était connu par ses bons mots et ses épi^rammes ; il en essaya contre Molière, et l'on cite deux vers d'un intermède dos Amaids innynifiques, qu'il avait parodiés assez plaisamment. Molière lui rendit la pareille et lui prouva que la partie n'était pas égale entre eux. Lambert, qui faisait la musique des ballets de Benserade, et qui avait pour Molière un .sincère attachement, acheva la réconciliation entre les deux poètes. Benserade dut se souvenir qu'il avait lui-même proclamé, dans ce quatrain du ballet des Muses, la supériorité de Molière :
Le célèbre Molière est dans un grand éclat ; Son mérite est connu de Paris jusqu'à Rome. Il est avantageux partout d'être honnête homme, Mais il est dang'ereux, avec lui, dêtre un fat.
François de Callières, qui a vécu dans la société de Molière et des poètes contemporains, fait cet éloge de Benserade, imprimé à la fin de son ouvrage De la science du monde, on 1717 :
Les Jeux et les Amours blondins Voloient autour de Benserade, Et les Dieux enjoués, badins, Le prirent pour leur camarade.
Poëte fécond et sans art.
Il laissoit aller au hasard Son génie heureux et facile.
Les vifs et naturels portraits.
Dont il enrichit nos balots, Charmeront la Cour et la Ville, Et par des traits hardis autant quingonieux. Il sçut plaire à nos demi-dieux.
3^3. PiiiLirPK QuiNAULT, poêle dranialiqiic, membre de rAcadémie française, né en 1035, mort en 1G88.
— Edelincksculpsit. In-fol. Ses armoiries sont gravées au bas du portrait. Celte estampe a deux états : l'un avec les armoiries ébauchées; l'autre avec les armoiries achevées. — Soimù/uc. In-S, dans la collection d"0dieuvre.
Quinault avait commencé par se mettre dans son tort à l'égard
de Molière, en lui prenant le sujet de VÉtourdi, avant que cette comédie fut connue à Paris, et en y faisant représenter Y Amant indiscret ou le Maître (étourdi, en IGoi. Plus tard,, Molière se vengea de ce plagiat : quand Quinault eut mis au théâtre la Mère coquette ou les Amants brouillés, en 1GG4, il invita de Visé à faire, sous le même titre, une comédie, en cinq actes et en vers,oii il mit du sien et qu'il lit jouer sur son théâtre du Palais-Royal en 1605. Cette dernière pièce fut imprimée l'année suivante [Paris, Théodore Girard, 1666, in-12). Ils se réconcilièrent depuis, car ils étaient faits pour s'estimer l'un l'autre. Quinault devint le collaborateur de Molière et composa les intermèdes de Psyché ; ce fut le point de départ des succès lyriques de Quinault.
Nous citerons ici l'Eloge de Quinault, mis en vers par François de Callières et publié à la suite De la science du monde, en 1717 :
Toi qui, par de tendres chansons, D'une agréable symphonie^, Et d'une touchante harmonie, Sçûs si bien animer les sons ; Quinault, le plus parfait modèle De cette alliance si belle.
Ton nom jamais ne périra ; Car c'est l'union poétique De la Muse avec la Musique, Qui nous fit aimer l'Opéra.
3ii. Jean Berain, dessinateur des Menus-plaisirs du Roi, né en 1630, mort en 1697.
— /. Vivien pinx. Suzanna Sylvestre effigies sculp. an. 1711. Cl. Bufîos sculp. 1709. In-fol.
Voy. ci dessus, n» 252, le Recueil de dessins de Jean Berain, pour les Menus-plaisirs du roi. « Jean Berain, dit Mariette dans son Abecedario, avait un talent singulier pour toutes les sortes de décorations et généralement pour tout ce qui étoit susceptible d'ornements, qu'il inventoit et qu'il dessinoit avec beaucoup de facilité. Jamais il n'y a eu de décorations de théâtre mieux entendues, ny d'habits plus riches et d'un meilleur goût que ceux dont il a donné les dessins pendant qu'il a été employé par l'Opéra de Paris, c'està-dire pendant presque toute sa vie. On auroit eu peine à trouver une imagination plus féconde ; aussi, n'y avoit-il aucune fest^ de conséquence (jue l'on entreprit sans le consulter. Il présidoit à toutes celles qui se dounoient à la Cour. » On peut aflirmer que ce fut Jean Berain qui inventa les décorations et les costumes du théâtre du Palais-Royal, lorsque Vigarani, le décorateur italien, fit enlever et détruire, de concert avec Ratabon, surintendant des bâtiments (lu roi, les décorations et les machines que le fameux Torelli avait
exécutées pour le tliéâtre du Petit-Bourbon. Voy, le Bomoji de Molière, de M. Edouard Fournicr 'Paris, Dentu, 18G3, in-12, p. 96 . Trallafre, dans ses Melanj.'^es inédits, nous a conservé le nom du machiniste du théâtre de Molière ; la note est curieuse, mais nous n'en citons que ce qui se rattache à notre sujet : <» Le S"" Du Fort, machiniste ou décorateur des Comédiens iVancois à Paris, a deux filles qui dansent présentement à l'Opéra. La cadette est assez jolie et fort jeune.... L'aînée Du Fort est aimée par le duc de Valentinois.... Ces deux filles n'étoient autrefois que deux petites crasseuses que M™*' Molière souffroit, par charité, au coin de son feu, se traînant dans les cendres et lui rendant les services les plus bas. Je doute qu'elles voulussent maintenant la regarder, tant elles le portent haut. Le bonhomme Du Fort, leur père, enrage ; mais il faut prendre patience, à jieine d'estre bastonné par les amans. »
345. RoHKRT Ballahi), imprimeur du roi pour la musique. — linbcrt /JallfU'd consi(I(i7'ia' jurisdicdonis piwft'ct. an. 1606. Le Fèvre iiinx. Cl. Duflos sculp. Gr. in-fol.
Molière était en bonnes relations avec la famille dos Ballard et surtout avec Robert Ballard, qui avait un privilège du roi, datant du xvi" siècle et souvent confirmé, (pli lui attribuait exclusivement le droit d'imjjrimer tous les ouvrages de musicjue et par extension tout ce qui de près ou de loin pouvait se rapporter à la musique. C'est ainsi qu'il publiait seul les programmes des Ballets de Cour et les Relations des Fêtes, auxquelles la musique vocale ou instrumentale était appelée à concourir. Il y eut, cependant, à l'occasion de ce droit d'impression, quelques litiges entre lui et Molière, qui ne souffrit pas que ses pièces, quoique jouées à la Cour, fussent incorporées dans les programmes des ballets et des pièces en musique.
liihliorjr. moUér., chap. V, n» 190 et suiv.
I^^oTA. — Nous n'avons pas trouvé les portraits de plusieurs autres amis de Molière, que nous aurions voulu faire figurer dans ce chapitre :
Le vicomte du Buisson, (jui s'était mis de la cabale contre V Ecole (les femmes et qui redevint ensuite un des amis les plus dévoués de l'auteur.
Le comte de Jonzac, un des convives du cabaret de la Croix de Lorraine ;
Le pot'te Ilesnaut. un des élèves de Gassendi, le condisciple de Molière et de Chapelle;
Le poète athée Desbarreaux, autre convive littéraire du cabaret de la Croix de Lorraine :
L'avocat -poète Bonaventure Fourcroy , (pii fit représenter la comédie de Sntirho Vanrn sur le théâtre du Palais-Royal.
MOLIERESQUE. 135
Gauthier de Costes de la Calprenède , auteur dramatique , à qui Molière fit une avance de 2U0 livres sur une tragédie que ce poëte s'engageait à donner au théâtre du Palais-Royal.
Jean Magnon, un des auteurs de l'Illustre Théâtre et poëte tragique ordinaire de la Troupe de Molière.
Claude Boyer, autre fournisseur de pièces tragiques et comiques du théâtre du Palais-Royal.
Le poëte Bouillon, que Molière avait connu dans la maison de Gaston d'Orléans, à laquelle ce mauvais poëte était attaché.
Le poëte de S' Gilles, un des intimes de la société de Boileau, de La F'ontaine, de Molière, etc.
Le poëte de Subligny, auteur ou collaborateur de la Fo//e <7î<e?'e//e, comédie qui lut attribuée à Molière.
Le gazetier Robinet, dit Du Laurens, auteur du Pnné'jyr'ique de l'École des femmes {Bibliof/r. tnoliér., no il4G"i.
Le poëte comédien Charles Beys , le camarade de Molière à l'Illustre Théâtre et dans la Troupe des Béjart, en province.
Le comte de Guilleragues, ambassadeur à Constantinoplc, un des anciens habitués de la société de Molière et do Boileau. (On peut supposer que l'exemplaire non cartonné de l'édition de 1682, cjui revint de Constantinoplc à Paris, pour passer dans la bibliothèque de M. de Soleinne, avait appartenu à Guilleragues. 'i
Le comte de Modène, qui avait été un des premiers amants de Madeleine Béjart, et qui n'en fut que mieux l'ami de Molière.
Samuel Chappuzeau, l'auteur du Théâtre frafiçois , qui renferme de si précieux détails sur la Troupe de Molière {Bihlioyr. inoliér., n° 1207), etc., etc.
Voy. VHist. de In vie de Molière, par Taschereau, 5^ édit. in-8.