CAL VINT SME E PAPISME
SAOAQ Geneva
IT Le parallèle du calvinisme et du papisme.
Au livre du jésuite Maimbourg, dont nous avons parlé plus haut, Bayle répondit par sa Critique générale de l'Histoire du calvinisme, 1683; et la même année encore, il fit paraitre son Histoire du calvinisme et celle du papisme mises en parallèle, 1683.
Jurieu parle en ces termes des attaques contre le calvinisme :
1. Voici le titre complet: « Æistoire du Calvinisme et celle du Papisme, mises en parallèle, ou apo-
logie pour les Réformateurs, pour la Réformation, et pour les Réformez, divisée en quatre parties, contre un libelle intitulé : l'Histoire du Calvinisme par Mr Maimbourg. Première partie qui contient l'apologie pour
« Aujourd’hui le Calvinisme est attaqué avec une violence prodigieuse. Tout le monde se mêle de lzy porter des coups: les profanes en France sont devenus bigots pour le persécuter, et les ignorants se font autheurs pour escrire contre luy. C’est une affaire de concert : tout de mesmes qu’autrefois quand les payens vouloient envoyer les chrestiens aux lions, ils publioïent qu’ils étoient causes de la guerre, de la sécheresse, de la famine, de la peste, de l’inondation des barbares, et des autres fléaux qui désolaient l’Empire, ainsi la France, son clergé et ses puissances ayant conjuré la perte de la religion Réformée, l’on pousse en avant des escrivains qui la revestent d’une peau de lion, de tygre et mesme de singe; c’est-à-dire qu’on ne se contente pas de la dépeindre comme furieuse et cruelle, on veut la rendre ridicule. En la regardant comme desjà renversée par terre tout le monde se jette sur elle, chaque animal luy porte ses atteintes, les lions luy donnent de la griffe, et les asnes luy donnent du pied; ceux qui ont de la capacité et ceux qui n’en ont pas se veulent signaler contre cette pauvre Eglise affligée. C’est ce qui a obligé le sieur Maimbourg à choisir ce temps-icy pour mettre au jour son Histoire du calvinisme, et qui la porté à respandre tant de poyson et tant de fiel !. »
« Je ne l’ay pas lu, écrivit Claude à Jurieu, à propos de son ouvrage, mais je l’ay dévoré, et n’ay pu en estre distrait.» Et si le sceptique Ménage comparant l'Histoire du calvinisme et du papisme avec la critique de Maimbourg faite par Bayle, disait : « C’est l’ouvrage d’une vieille de prèche, » les catholiques en voulurent plus au livre de Jurieu qu’à celui de Bayle, car ils virent bien que, si le second se riait de l’ex-jésuite ?, le premier vengeait victorieusement le calvinisme ÿ. »
Jurieu répondit à une histoire par une histoire et à une caricature par une caricature, et même par deux.
L'édition in-4° s’ouvre par la gravure que nous reproduisons. Dans la partie supérieure, l'Eglise calviniste est crucifiée par des soldats romains, et tout autour s’agitent pape et prélats. Au-dessus de la victime on lit en latin : « Si nous souffrons avec lui, nous serons glorifiés avec
lui. » — En bas, un Satan, dont les cheveux sont de petits serpents, et qui tient à la main, enroulé, un gros serpent, s'efforce de cracher en l'air, contre l'Eglise martyre, et, à côté, un personnage Ôte son masque.
Dans l'édition in-12, la première page est occupée par un sujet analogue et différent. Dans la partie supérieure, c’est encore l’Église calviniste, sous la forme d’une femme, qui, de la main gauche, tient une palme, et de la main droite un livre fermé des sept sceaux, et sur lequel est couché un agneau. — Sous les pieds de l’Eglise sont des débris d’épées et de chaînes, tandis que sa tête est dans la lumière glorieuse. Elle est dressée au centre d’un hémicyle, d’un portique, sur la corniche duquel sont posés les bustes des Réformateurs. — C’est le triomphe céleste de l'Eglise des martyrs.
La moitié inférieure est occupée par deux personnages, assis sur un banc. L’un est un jésuite
les principaux Réformateurs, pour les Martyrs de la Réformation, pour Calvin, pour sa personne, pour sa doctrine et pour sa religion. — A Rotterdam, chez Reinier Leers, M.DC.LXXXIII. » — La même année, il parut deux éditions, l'une, in-4°, en deux volumes, l'autre, in-12, en quatre volumes. (Exemplaires du Musée de la Réformation.)
1. Préface. — 2. Le P. Maimbourg fut obligé de sortir de l'ordre des jésuites, parce qu'il avait défendu les prétentions de Louis XIV contre la papauté.
3. Lichtenberger, Encyclopédie des sciences religieuses, article Jurieu, par F. Puaux.
qui Ôte son masque. Sur ses genoux est un livre ouvert, où l’on lit: Concilium Tridenti, et de sa main droite le jésuite appuie sur ce livre un soufflet à souffler le feu. — L’autre personnage est un pape, qui, de sa main droite, tient une houlette trois fois barrée. Il montre sa pantoufle sur laquelle est une croix. Le pied du jésuite est une griffe de démon. Jésuite et pape tournent la
tête pour apercevoir l'Eglise qui triomphe, et ont leurs pieds sur deux serpents qui s’entrebaisent.
La roue de la fortune et la mappe romaine.
1. La roue de la fortune est une roue dont l’évolution fait des derniers les premiers. Champfleury la trouve pour la première fois dans un pamphlet allemand anonyme de 1525, pour soutenir les droits des paysans !.
Mais l’idée a trouvé une forme curieuse dans la roue de la fortune miraculeuse catholiqueromaine. « Le même costume s’adapte à la tête du pape, du cardinal, de l’évêque, du jésuite, du capucin, du prêtre, du chartreux et du fou. Estampe fixée à l’aide d’un fil sur une autre estampe et pivotant ; gravure à l’eau forte, anonyme, accompagnée d’une légende en allemand ?. » Il y a une rondelle, qui porte un corps revêtu d’ornements sacerdotaux. On la fait tourner, et, par une
échancrure, le corps s'adapte aux têtes qui apparaissent successivement.
«Il y en avait une [de ces roues] sur le pape Borgia, Alexandre VI. Une feuille mobile couvre la partie supérieure du dessin. Quand on baisse la feuille, on voit le souverain pontife en habit de cérémonie... quand on lève la feuille, un autre dessin s’ajuste à la partie inférieure
du premier, et le tout présente alors un démon en habits pontificaux.... Au-dessous : Evo sum papa ÿ, »
2. Dans le Musée ?, sous la signature de Ph. Chasles, nous trouvons, à propos de /4 Mappe romaine, traduite de l’anglais : The roman map, ces renseignements :
« C’est la carte et le tableau complet des crimes et des fautes que les huguenots imputaient aux catholiques. Le caractère du pamphlet est grave. L’injure y tombe de haut; elle est moins triviale, moins vulgaire, moins plaisante que celle de Saconay ; elle se rapproche de lanathème
bien plus que de l’épigramme. En un mot elle est protestante. »
1. Champfleury, p. 37, 38. — 2. Collection Hennin, X, p. 54. N° 996 [1591]. [Le premier mot manque à moitié.| Cath. Wunderselzsames Gliückrad, auch wahre abcontrefactur des antichristlichen Bapsstumb. — 3. Th. Wright, p. 232. — 4. Jaime, vol. I.