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Livre troisième

CÉPNEPIRE PREMIER

Le portrait de la collection Tronchin.

I. Portrait de la collection Tronchin. 1. Une expertise. 2. La galerie de portraits chez Bèze. 3. Les Tronchin, héritiers de Bèze. 4. Le portrait donné par Calvin. — IL. La gravure des /cones. 1. Les cones. 2. Pierre Cruche. 3. P. Cruche et Calvin. — III. Le portrait de la Bibliothèque de Genève. r. Le portrait peint par Pascal. 2. Portraits donnés à la Bibliothèque. 3. Copie du portrait de la collection Tronchin par Borninb. 4. La restauration Ferrière. 5. Avant les retouches. 6. Le portrait actuel. — IV. Le portrait de la collection Rilliet. — V. Autre portrait du seizième siècle.

Le portrait de la collection Tronchin.

Planche VIII.

À jeunesse, âge mür, dernières années : nous ne parlons pas de vieillesse. Mort à cinquante-cinq ans, Calvin n’a pas eu de vieillesse. Son esprit était dans toute sa puissance : il n’était pas vieux, il était fort. Mais son corps usé, miné, torturé, sans être vieux, était décrépit.

Le portrait capital de cette période, — et, à un certain point de vue,

le plus important de tous, — est le portrait qui fait partie de la collection

Tronchin, à Bessinges.

1. Genève possède trois portraits de Calvin, trois portraits à l’huile, dont les ressemblances frappent l’observateur le plus superficiel. Un est très connu, trop connu : c’est celui de la Bibliothèque (salle Lullin) ; un autre appartient à M. Rilliet, et le troisième est celui de M. Tronchin, à Bessinges.

Ce dernier portrait a été reproduit pour la première fois en 1908 dans le recueil genevois d'art : Nos anciens et leurs œuvres, par le directeur, M. Jules Crosnier.

Mais son heureux possesseur avait déjà, à plusieurs reprises, eu l’amabilité de me le laisser étudier de près, même de le faire déposer deux fois à la Bibliothèque publique, pour diverses comparaisons, et même de m'en donner une reproduction photographique pour faciliter mes

études personnelles. Que M. Tronchin veuille bien accepter ici mes plus sincères remerciements.

ICON. CALV. 7

so DERNIÈRES ANNÉES

— De même, M. Albert Rüilliet, et, après sa mort, son fils, M. le D: Frédéric Rilliet, ont bien voulu mettre leur tableau à ma disposition, de toutes les manières, puis-je dire.

C’est grâce à toutes ces bonnes volontés, dont je suis profondément reconnaissant, que, les 8 et 9 novembre 1905, il me fut possible de réunir, dans la salle Lullin, les trois susdits portraits, et de convoquer une sorte de jury pour une conférence, à laquelle voulurent bien prendre part quelques-uns des hommes qui s’intéressent le plus, et avec le plus de compétence, à ces sujets: MM. H. Aubert et Gardy, de la Bibliothèque, Th. Dufour, ancien directeur, Alfred Cartier, alors directeur du Musée archéologique, Ch. Borgeaud, l’auteur de L’ Académie de Calvin. Quelques autres personnes, en particulier M. Crosnier, se mêlèrent un moment aux entretiens qui remplirent trois séances. — On avait aussi envoyé chercher le Calvin de la Compagnie des pasteurs (une copie du portrait de la Bibliothèque) ; et M. Maillart avait apporté la miniature Mussard. De plus, rous avions sous les yeux le portrait si connu de Théodore de Bèze, qui fait également partie de la collection Tronchin. Et enfin nous fimes venir M. Kuhn, expert en œuvres d’art, qui jouissait, grâce à sa longue expérience et à sa grande pratique, d’une véritable autorité de spécialiste.

C’est le résultat de ces confrontations, de ces études, de ces discussions que je vais résumer.

Le Bèze de la collection Tronchin est daté : 1595.

M. Kuhn trouve que le Calvin doit être antérieur. Le Bèze pourrait avoir été peint par l’élève (?) de celui qui a peint le Calvin. — Le Calvin est plus fin, plus doux; le Bèze est un peu plus dur. Tous les deux ont même couleur, un peu rouge doré. — Le Calvin a été très restauré, le Bèze presque pas. D’une façon générale, les portraits de la collection Tronchin ont été retouchés, il y a environ soixante ans, par un peintre anglais, que M. Kuhn a connu. Des écailles furent remplacées. — Le Calvin a été très bon; il dénote une finesse d’observation à laquelle on n'arrive que de visu. Des détails, rides, pommettes, semblent révéler le modèle. Le rouge doré peut être du temps. Peut-être a-t-il été renforcé à la restauration. Les tons peuvent avoir été montés à ce moment. Il y a du reste de grandes analogies avec le portrait de Bèze, qui est daté. « Plus je regarde, plus ma conviction se fait, et plus je vois le cachet de l’époque primitive, » dit M. Kubn.

L’œil et la main méritent une mention spéciale. L’œil est devenu petit ; les paupières sont grosses d’années et de fatigues, un peu alourdies, appesanties, et le regard est plus éteint. La main est décharnée, tout à fait selon l’âge du personnage, les articulations sont noueuses. Tout cela est

très travaillé, très exact.

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