MAIS PLUS PETITE
Miniature du x' siècle, manuscrit Liber precain, BiWiothèque royale.
dans ce dessin, l'auréole est ovale et à pointe obtuse. Ailleurs la pointe est aiguë et formée par des branches qui se croisent , comme dans les arbres généalogiques ; ailleurs c'est un nuage qui encadre Marie dans un ovale qui prend la forme de son corps et l'enlève au ciel, à l'Assomption \ Dans le jugement
' Voyez, à Notre-Dame de Paris, un bas-relief encastré dans le mur latéral nord, et qui représente la Vierge enlevée au ciel par les anges; la Vierge est enchâssée dans un ovale de nuages. Dans le Campo-Santo de Pise, au jugement dernier, la Vierge, comme son fils Jésus-Christ, est assise dans une auréole et sur un arc-en-ciel.
dernier, peint au Campo-Santo de Pise par André et Bernard Orcagna, la Vierge, comme Jésus-Christ, est assise dans une auréole elliptique et sur un arc-en-ciel. La mère est honorée autant que son fds qui est à ses côtés. Au xvi'' siècle, cette auréole se débarrasse ordinairement de son rebord , de ce cadre de nuages. Alors le champ reste seul et se compose de rayons flamboyants^ ou alternativement droits et flamboyants, qui partent du corps de la Vierge sur tous les points. Ainsi l'auréole environne Marie dans quatre circonstances particulières. Premièrement, quand elle tient son enfant divin; secondement, à l'Assomption, quand elle est enlevée au ciel par les anges; troisièmement, au jugement dernier, quand elle implore la clémence de Jésus; quatrièmement, quand on la figure avec les attributs de la femme apocalyptique, symbole dont elle est la réalité. Dans le premier cas, et la planche 4^3, page 107, nous en fournit un exemple , on peut croire que l'auréole est plutôt pour son fds que pour elle-même. Dans le second cas, c'est bien à elle que l'auréole appartient. Au jugement dernier, on la voit quelquefois sans auréole; mais cet attribut est constant et des plus complets quand on lui applique le passage de l'Apocalypse : « La femme , habillée du soleil , avait la lune sous ses pieds et une couronne de douze étoiles à la tête ^. » Quelquefois aux xiif et xiv^ siècles, surtout aux xv^ et xvi% époque où se dégradent et se perdent les traditions , on hu-
' Voyez le bas-relief qui décore le tympan du pignon méridional de la cathédrale de Reims, Deux planches plus bas, p. 107, les rayons droits et flamboyants alternent.
' Apocalyp. cap. xii , v. 1 . — On lit cette inscription sur un vitrail du xvi" siècle qui orne l'église de Notre-Dame de Moulins : « Haec est illa de qua sacra canunt eulogia ; « sole amicta , lunam habens sub pedibus , stellis meruit coronari duodenis. » Le vitrail où est peinte cette inscription représente Marie tenant l'enfant Jésus ; ce qui montre bien que la femme de l'Apocalypse est la figure de la sainte Vierge, comme l'agneau égorgé est celle du Christ.
AURÉOLE. lOS
milie l'auréole jusqu'à la faire senir à 1 apothéose d'un saint ou d'une sainte. Ainsi un vitrail de la fin du xiii*' siècle, a Chartres, nous montre saint Martin, archevêque de Tours, enlevé au ciel par deux anges, dans une auréole de feu. Sur des manuscrits voisins de la renaissance est peinte, enveloppée de cette diWne auréole, Marie Madeleine ra^'ie en extase par des anges au-dessus de la Sainte-Baume. Il faut prendre garde alors de ne pas confondre Marie Madeleine avec la mère de Dieu, l'exaltation de Madeleine avec fassomption de Marie. La grotte, lâge de la sainte et d'autres caractères peuvent senir à distinguer l'une de l'autre. — Il semhle que l'honneur de lauréole ait été décerné à un saint ordinaire hien avant le XIII* siècle. On lit, en effet, dans la vie de saint Benoît, qui mourut en 090, qui] aperçut un jour l'âme de Germam. évêquede Capoue, enlevée au ciel par des anges et dans une sphère de feu ^ Ce globe de feu est bien une auréole; il est vrai qu'il enveloppait, non plus le corps, mais l'àme d'un saint . et qu une âme pareille semble se rapprocher de la divinité. C est de même dans une auréole ovale, rouge ou de flamme, qu est enlevée, à Chartres, cette âme de saint Martin '■^.
* « V idit Germani , Capuani episcopi , animam in sphera ignea ab aogelis in cœlum de- «ferri. » {Act. SS. ord. S. Bened. i" vol. ^ ie de saint Benoît.) Voici comment saint Ouen 'Vie de saint Eloi, dans d'Achery, Spicilegium, tom. II, p. ii3j raconte la mort fie saint Eloi, son ami, el comment il décrit l'auréole resplendissante, la lumière spherique, le phare qui environna l'âme du saint montant au ciel ; « Inter verba oralionis fla- «gitalum a superis emisit fEligius spiritum. Statim vero cum esset bora prima noctis.
• visas est subito velut pharus magnus ingenti claritate resplendens ex eadem domo corus- « cando conscendere, atque inter mirantium oblutus sphœra ignea crucis in se similitu-
• dinem praeferens, velocique cursu densitalem nubium praeleriens , cœli alliludinem " {>enetrare. s
' Vitrail d'une des chapelles de labside, côté du sud.
lxi.~
AME DE SAINT MARTIN DANS UNE AUREOLE ELLIPTIQUE. Vitrail du xni" siède, cathédrale de Chartres'.
L'auréole est si bien l'attribut de la puissance suprême, de la toute-puissance divine, que les anges eux-mêmes, ces créatures si voisines du Créateur, ne jouissent pas de cet insigne. Quelquefois, et les manuscrits à miniatures en fournissent de nombreux exemples, les anges sont compris dans l'auréole de Dieu, qu'ils accompagnent, soit à la création, soit sur le mont Sinaï, soit au jugement dernier; mais cette auréole ne leur est pas propre, elle appartient à Dieu, qui rayonne et qui les absorbe dans sa lumineuse atmosphère. Cependant un vitrail de la cathédrale de Chartres, dans le croisillon méri-
Ici saint Martin est nu , selon la manière accoutumée de figurer les âmes ; mais ailleurs, à Chartres même, clans le vilrail représentant l'histoire de saint Rémi, l'âme de l'évêque de Reims est totalement vêtue. On lit dans la Vie de sainte Françoise romaine [Acta SS. des Bollandlsles, 2' vol. de mars) que l'âme de saint Ambroise de Sienne monta au ciel en habits pontificaux.
dional, offre une curieuse particularité. Sur cette verrière, qui est du xiii^ siècle, est peinte la hiérarchie céleste, ou la distribution des anges en neuf chœurs. Les anges sont caractérisés chacun par un attribut spécial ; dans le premier et le plus élevé des trois groupes , on voit les Trônes représentés par deux grands anges à ailes vertes, ayant le sceptre en main , et qui sont enfermés dans une auréole rouge et de forme elliptique. Les Trônes seuls sont décorés de cet insigne; or ces anges, comme l'indique leur nom, sont les dépositaires de la toute-puissance divine. Ce fait confirme encore que l'auréole est bien l'attribut spécial de Dieu, car la divinité, en déléguant sa puissance aux Trônes , leur délègue en même temps une portion de sa majesté ^