‹ Iconographie chrétienneChapitre 62 sur 141 · LE PÈRE DIFFÉRANT À PEINE DU FILS · texte numérisé non relu

LE PÈRE DIFFÉRANT À PEINE DU FILS

Miniature française, fin du xiii° siècle.

On le voit, les nuances sont encore extrêmement fugitives.

* Bibl. roy., Heures du duc d'Anjou. Ce dessin représente la Trinité ; le Père et le Fils sont unis par le Saint-Esprit , qui va de l'un à l'autre par l'extrémité de ses ailes.

Cependant la clifFérence peut déjà se préciser davantage : ce sont deux frères encore, mais qui ne sont plus jumeaux; il y a une ou même jolusieurs années entre eux. Puis l'opposition commence à se montrer. A l'un , c'est le Père , la barbe et les cheveux sont plus longs et moins épais : le retrait des muscles commence à faire saillir les pommettes, à marquer la figure de plans plus nombreux. L'autre, c'est le Fils, reste dans l'âge où il est arrivé au xiif siècle, c'est-à-dire à trente ou trentetrois ans. :

Tout ce curieux travail iconographique se fait dans le courant du xiv*" siècle; mais, vers i36o, l'idée de paternité et de fdiation se dégage irrévocablement et se tranche de plus en plus jusqu'à nos jours, où elle est arrivée à son plus complet développement. On ne peut plus s'y tromper : Jéhovah est bien le père de Jésus, et, comme tel, il est plus âgé que son fils de vingt-cinq, trente et même quarante ans. Au commencement du xiv*" siècle, c'est encore un père trop jeune pour qu'il y ait une distance convenable entre lui et son fils; mais au xvf et surtout à la renaissance, les proportions de l'âge sont naturelles et parfaitement gardées. Ici, dans ce dessin tiré d'un manuscrit de la fin du xiv^ siècle \ le Père est bien caractérisé. Comme un père de famille entre ses deux enfants, le Père tient le Fils à sa droite et le Saint-Esprit à sa gauche; il a de vingt à vingt-cinq ans de plus que Jésus et de quarante à quarante-cinq de plus que le Saint-Esprit. En outre, par sa couronne royale , le Père semble encore plus relevé que les deux autres personnes. Enfin la place d'honneur qu'il occupe et le globe qu'il tient à la main gauche, comme un empereur, confirment la supériorité que l'âge et les dimensions de la tête indiquaient déjà.

^ Roman des trois pèlerinages, folio 226 verso, Bibl. Sainte-Geneviève.

Page 1