‹ Iconographie chrétienne. Histoire de DieuChapitre 10 sur 126 · NIMBE DE DIEU · texte numérisé non relu

NIMBE DE DIEU

Dieu, comme les anges, comme les saints, porte le nimbe circulaire ou en disque; mais, pour distinguer le créateur de ses créatures, on a divisé le champ du disque divin par deux barres perpendiculaires, qui se coupent au centre et qui forment comme une croix grecque. L'un des croisillons, le pied de la croix, est caché par la tête qui s'appuie dessus; les trois autres sont visibles, et semblent s'élancer verticalement du sommet du front et horizontalement de l'extrémité des tempes.

* Voyez plus bas, pages 84, 136 et 137, et plus haut, p. 38.

h2 : INSTRUCTIONS.

11.-—— TRINITÉ DONT CHAQUE PERSONNE PORTE LE NIMBE CRUCIFÈRE .. Miniature des Heures du duc d'Anjou, Bibliothèque royale, fin du xrr° siècle.

Que l’on ait eu réellement l'intention de décorer d'une croix le champ du nimbe de Dieu, cela semble douteux; il se peut que cet ornement, qui marque le nimbe des personnes divines, ne soit pas, comme on pourrait le croire, une forme empruntée à l'instrument sur lequel Jésus-Christ est mort. On comprendrait bien que le nimbe du Christ en fût orné; mais pourquoi le Saint-Esprit et le Père porteraient-ils cette croix? Serait-ce, en quelque sorte, la livrée du Fils qu'ils arboreraient? ce serait peu convenable. D'ailleurs les dieux indous, les dieux bouddhiques portent cette croix dans l’auréole qui entoure leurtête, et l'on ne peut pas dire que ce soit à la croix du Calvaire qu'ils l'ont empruntée.

Quand on est un saint ordinaire, un mortel qui a reçu les honneurs de l'apothéose ou de la canonisation, on porte le

! Cette Trinité est du x1v° siècle, ou plutôt de la fin du x; elle est tirée du manuscrit qui porte le nom de Louis, duc d'Anjou, et qui est une mine inépuisable pour les

iconologues. On fera observer, pour en tirer une conclusion plus tard, qu'il n’est pas

possible de distinguer ici Dieu le Père de Dieu le Fils. La Trinité est au f° 183 du manuscrit coté Lavall. 127.

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. h3 nimbe uni, l'auréole toute simple, qui est le signe de la sainteté; mais quand on est dieu cette auréole doit être plus puissante. Non-seulement le corps entier est nimbé, c'est-à-dire est cerné de l'auréole proprement dite, comme on va le voir; mais le nimbe de la tête est rayé par une croix dont un croisillon part du front, et deux autres croisillons des oreilles ou des tempes. La tête entière rayonne l, mais cependant de cette tête partent trois sources principales qui s'échappent des trois parties essentielles du crâne : l'une sort du front, le vrai réservoir du cerveau; les deux autres s'élancent des tempes, où la vie afflue, se concentre et bat dans de grosses artères. Le front, les tempes sont comme les trois points cardinaux de la sphère cérébrale.

Quand Dieu est environné de l’auréole et du nimbe, et que le champ de l’une et de l'autre est strié de rayons lumineux qui s'exhalent de tout son corps, on voit ces rayons sortir bien plus abondamment de la tête que du tronc, parce que la tête cest presque tout l'homme. Le front et les tempes rayonnent plus abondamment encore, parce que le front et les tempes sont à la tête entière ce que la tête elle-même est au tronc: ils en sont les organes essentiels.

Ainsi le dessin suivant représente Maya, la déesse indoue, pressant ses mamelles d'où coule à flots la mer de lait qui engendre et nourrit tous les êtres du monde. Le voile des idées, ou prototypes de la création, entoure la déesse richement parée. Maya est environnée d'une demi-auréole ou d'un grand nimbe ourlé de zigzags à la circonférence, et dont le champ est strié de pétillements lumineux. En outre, à la hauteur et des tempes et du front, jaïllissent trois gerbes de rayons qui

* Voyez, à l'Histoire de Jésus-Christ, une figure he du Campo-Santo, et où le Christ

lance des rayons de tous côtés.

correspondent exactement aux croisillons du nimbe divin de l'archéologie chrétienne. Plus bas, pl. 34, p. 106, on verra un jeune Jésus dont la tête rayonne ainsi par trois aigrettes de flamme. Ces aigrettes, ces croisillons représentent donc l'énergie des trois principales sources de ie tête plutôt quelles ne figurent la croix divine.

12.— MAYA, DÉESSE INDOUE ET SOURCE DE LA MER DE LAIT, ORNÉE D'UN NIMBE CRUCIFERE . Iconographie de l’Indoustan.

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