DIEU LE PÈRE À NIMBE EN LOSANGE
Miniature du xrv° siècle, manuscrit italien de la Bibliothèque royale.
Raphaël aussi donne au Père le nimbe en losange, mais à côtés droits *. Peut-être que ce losange fut regardé par les artistes comme un emblème purement mystique, comme un symbole dégagé de tout élément matériel. Dans ce cas, le nimbe en losange ne représenterait plus qu'une idée analogue à celle qui est figurée par le nimbe triangulaire. Enfin, dans l'abside de Saint-Jean-de-Latran , à Rome, une mosaïque exécutée de l'an 1288 à 1294, sous le pape Nicolas IV, offre Dieu le père, sous les traits de Jésus, sortant à mi-corps des nuages; au-dessous de lui est le Saint-Esprit, et plus bas.est la croix richement décorée, la croix gemmée. Le Père porte un nimbe qui n'est plus en losange, comme dans les exemples précédents, mais carré comme ceux des papes Grégoire et Pascal : Dieu est vivant. Mais ce nimbe carré est inscrit dans un nimbe circulaire; or le cercle est l'emblème de l'éternité : Dieu est donc éternellement vivant”. Je suis et je serai, dit l'Éternel dans plusieurs
* Le nimbe à côtés concaves est du manuscrit Speculum humanæ salvationis ; le nimbe à côtés droits est dans la Dispute du Saint-Sacrement. * M. Tournal donne cette explication , et je l'accepte trés-volontiers. Je dois à l’obli-
ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 67 passages des livres sacrés !; voilà ce que peut signifier ce carré saisi dans l'aire d’un cercle, car la vieest inscrite dans l'éternité.
Le champ du nimbe divin est ordinairement plus orné que celui des nimbes donnés aux anges, aux hommes et aux êtres allégoriques. La tête divine, foyer de toute lumière, a presque toujours projeté des rayons et des faisceaux de lumière sur le fond du nimbe. Au xv° siècle, ces rayons et ces faisceaux qui, jusque-là, s'étaient arrêtés à la circonférence, où ils sereliaient, s'isolent l'un de l'autre. La circonférence disparaît, les rayons restent seuls.
Ces rayons sont droits ordinairement et tous égaux; quelquefois ils se serrent en gerbe au front et aux tempes, et débordent les rayons intermédiaires; quelquefois ils sont tous flamboyants ou alternativement flamboyants et droits.
Pendant les époques primitives du christianisme, alors que Jésus-Christ était très-souvent, presque toujours, représenté sous la forme d'un agneau, cet agneau se montra ordinairement sans nimbe; souvent aussi il porta un nimbe circulaire. Ce fut un peu plus tard qu'on croisa le champ du nimbe; mais dès lors ce champ fut, rarement il est vrai, marqué du mo-. nogramme de la personne divine que représentait l'agneau, du X et du P, deux lettres grecques qui ouvrent le nom de XPISTOZS. Enfin l'A et l'Q, monogramme commun aux trois personnes divines, lettres qui signifient le commencement et la fin, escortèrent le monogramme spécial du Christ, comme on le voit dans le dessin suivant ?.
geance du savant antiquaire de Narbonne un dessin de cette curieuse inosaïque rélévée récemment à Rome par lui-même.
* La durée y est même plus complète encore, puisqu'elle embrasse, non-seulement le présent et l'avenir, mais encore le passé : « Ego sum... qui est, et qui erat, et qui ven- «turus est. » ( Apocalyp. c.1, v. 8.)
* Cet agneau est dessiné dans la Roma sotterranea, p. 591. I est posé sur la montagne
23.— AGNEAU DIVIN À NIMBE CIRCULAIRE, NON CRUCIFÈRE, MARQUÉ DU MONOGRAMME DE JÉSUS-CHRIST, ET DE L'& ET DE L’&.
Sculpture d’un sarcophage du Vatican, premiers siècles chrétiens.
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