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A4. — MERCURE À NIMBE CIRCULAIRE

Sculpture romaine.

Ces rayons et ces cercles sont l'emblème, ou même mieux, sont l'image de la lumière ; car, lorsque ces constellations ne sont pas personnifiées, mais représenÎées sous leur forme naturelle, elles en sont également entourées. Dans l'Egypte, on vient de trouver des peintures où le soleil est figuré lançant des rayons à l'extrémité desquels est attachée une main”; cest ainsi, à part les mains, que le Saint-Esprit est représenté sur nos monuments, à la Pentecôte, lorsqu'il s'arrête sur la tête de chaque apôtre, en forme d'une langue de feu °.

* J'ai dû à l'obligeance de M. Stanislas Julien communication de ces divers ouvrages.

* Voyez le Planisphère de Bianchini, qui est au musée du Louvre; l'Antiquité expliquée, de Montfaucon, passim , etc.

* Antiq. expliquée, tom. IT, pl. cexxiv, p. 414.

* Journal des Savants, numéro d'octobre 1840, article de M. Letronne.

* Cloître de Saint-Trophime, à Arles; chapiteaux de Sainte-Madelaine de Vezelay; plu-

Chez les Perses modernes, chez les Arabes, chez les Turcs,

la tête des personnages sacrés, bons où mauvais, de Mahomet

et d'Éblis, est surmontée d’une serbe de flamme qui s'élève,

suivant sa nature, comme une pyramide et la pointe en l'air,

ainsi qu on le remarquera ici. Ge roi, couronné d'une flamme,

est tiré d'un beau manuscrit persan que possède la Bibliothèque royale +

45. — ROI PERSAN ORNÉ D'UN NIMBE EN PYRAMIDE FLAMBOYANTE. Manuscrit persan, Bibliothèque royale.

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C'est bien une flamme qui entoure la tête de ce roi, car un autre manuscrit hindou, possédé par la Bibliothèque royale,

sieurs manuscrits à miniatures de la Bibliothèque royale. Un des plus remarquables . exemples de ces langues de flamme attachées au bout d’un rayon lumineux et se reposant sur le front des apôtres, est fourni par la grande coupole de Saint-Marc de Venise. La magnifique mosaïque qui tapisse cette coupole représente la descente du Saint-Esprit sur les apôtres. — Aux Actes des Apôtres, chap. 1, v. 3, on lit : « Apparuerunt illis dispertitæ «linguæ tanquam ignis. »

* Voyez un manuscrit persan de la bibliothèque Sainte-Geneviève, intitulé: Medgialis. Voyez en outre le Livre des Augures, manuscrit ture de la Bibliothèque royale, et qui a INSTRUCGTIONS. — II. 18

et où est représentée une veuve qui se brüle sur le bûcher de son mari, montré les flammes de ce bûcher peintes absolument comme celles qui sortent de la tête de ce roi persan. Puis vient le lambere flamma comas de Virgile, pour fortifier notre proposition; puis la SPRÈRE DE FEU, qui enveloppe l’âme de Germain, évêque de Capoue, et l'âme de saint Éloi : puis ce visage et ces cornes lumineuses qui éclairaient Moïse lorsqu'il descendait du Sinaï, après son entretien avec Dieu ; puis ce Dieu lui-même qui est comme une fournaise et qui fait fumer le Sinaï à son approche ‘; puis une foule de textes dont jextrais ceux-ci : « Tout à coup le bienheureux Ægidius est ravi en esprit, et il voit l'âme de Consalvus, débarrassée de sa masse corporelle, reluire d’une lumière éclatante; elle était emportée par les mains des anges à travers l'immensité de l'espace ”. » C'est ainsi que sur la châsse de Mauzac, en Auvergne, est enlevée par deux anges l'âme de Saint-Calminius sous la forme d’un enfant nu et sans sexe. L'âme est inscrite dans un cercle parfait, découpé en quatre lobes, dont deux s'adaptent aux épaules et deux aux hanches. Une main, la main de Dieu,

été écrit et peint pour une princesse ottomane. Le Medqialis offre un saint homme nimbé d'une flamme d'or à filets verts et rouges, donnant audience à deux démons; le Livre des Augures, riche en figures de démons, nous en présente une qui sera donnée plus bas, et qui est nimbée d’une flamme comme le roi persan et comme le saint homme du. Medgialis. Ces nimbes en flammes rappellent parfaitement la configuration si particulière des chapiteaux turcs; c'est le même principe d'ornementation. Seulement, dans les chapiteaux, la base de la pyramide ou du cône est tronquée et renversée, parce que les lois de la construction le voulaient ainsi. Une colonne turque serait-elle donc comme «un immense flambeau allumé de son chapiteau?

© «Totus autem mons Sinaï fumabat, eo quod descendisset Dominus super eum in «igne, et ascenderet fumus «ex eo quasi de fornace. Eralque omnis mons terribilis. » (Liber Exodi, cap. x1x, v. 18.) :

* «Vidit Consalvi animam, terrena mole jam deposita, fulgentissima luce radiantem , «per immensi aeris hujus :spatia angelorum manibus sursum ferri.» (Bollandistes, Act.

SS. 3° vol. de mai, p. 412, Vie du B. Ægidius, prêcheur, né en Portugal:en 1190.)

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 139 appliquée contre un nimbe crucifère, sort des nuages pour recevoir cette âme qu'on lui apporte.

«Sur la paroi du mur où reposent les restes sacrés de saint Antoine, un peintre avait tracé l'image du saint. I se préparait à placer autour de la tête de cette figure une couronne d'or, et creusait la muraille, comme 1l'était nécessaire! Mais voilà que par les fentes qu'il avait pratiquées éclate tout à coup une lumière ineffable et d'un prix infini. Elle vient frapper la figure du peintre qui travaillait et qui, ne pouvant soutenir ces rayons intolérables qui se réfléchissaient dans ses yeux, était sur le point de tomber à terre, Cependant, soutenu par la dévotion, il put achever promptement son œuvre?. » Voilà le rayonnement du nimbe accusé positivement. Dans Flodoard *, il est dit : « Un rayon de lumière partit du ciel et vint couronner la tête de Remi; une liqueur divine se répandit sur sa chevelure et l'embauma tout entière de son parfum céleste. À cette vue, l'assemblée des évêques de la province le proclama sans hésiter et le consacra évêque de-Reims.» On dirait que l'historien chrétien s'est approprié le texte où Virgile raconte que la chevelure du jeune Ascagne fut caressée par une flamme. Des deux côtés cette lumière présage de grandes des-

* Cette pratique de modeler le nimbe avant que de le peindre, qui est constante en Grèce et en Italie, qu’on retrouve à la Sainte-Chapelle de Paris, sur'le retable de Saint-

Germer et dans l’église de Saint-Julien de Brioude, est très-ancienne et très-bien constatée, comme on voit.

? « In latere muri ubi sanctæ ejus (5. Antonini, abbatis Surrientini) reliquiæ contiventur,

«in imagine ipsius designata, cum pictor coronam inauratam eapiti circumponere pararet, « parietem, prout necesse fuit, cavabat. Et ecce per rimas factas lux inæstimabiliset inenar- «rabilis subito emicans vultum dolantis faciebat. Quam per intolerabiles radios oculorum vacie reverberata non sustinens, ruinam dare in terra minabatur; sed tamen pro devo- « tionis intentione confirmatus, opus festinanter consummavit. » {Acta SS. Ord.S. Bened. 5° vol. vie de saint Antonin, abbé de Sorrento, vers 820, écrite par un anonyme de Sorrento.) ? Histoire de l'Église de Reims, iv. I.

tinées, la royauté à lüles, et presque l'empire ecclésiastique à saint Remi. Sur la tête de saint Léger, le célèbre évêque martyrisé par les ordres d'Ebroïn, une lumière était également descendue du ciel, comme au milieu d'un CERCLE et était venue briller sur son front. Les gloires qui sont réservées surtout à Dieu et à la Vierge prennent leur source dans deux textes de l’'Apocalypse. Le premier est relatif à Jésus-. Christ, qui descend juger le monde. « Le voilà qui vient sur les nuées, s'écrie saint Jean. Et au milieu de sept chandeliers d'or, je vis comme la ressemblance du fils de l’homme, vêtu d'une robe qui lui tombait aux pieds, et ceint d'une ceinture d'or sous les mamelles. Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche et comme de la neige; ses yeux étaient comme la flamme du feu. Ses pieds ressemblaient à l'or et à l'airain lorsqu'ils se mélangent dans la fournaise ardente ; sa voix était comme la voix des grandes eaux. Il avait dans sa main sept étoiles. De sa bouche sortait un glaive à deux tranchants. Sa face luisait comme le soleil dans sa force ?. » Quant à la vierge Marie, dont la femme de l'Apocalypse persécutée par le dragon est le symbole, nous avons vu qu'elle avait le soleil pour vêtement”, la lune pour escabeau et douze étoiles

" Vie de S. Léger, évêque d'Autun, par un moine anonyme contemporain, traduite par M. Guizot, Collection des Historiens de France.

? « Ecce venit cum nubibus, et videbit eum omnis oculus et qui eum pupugerunt. ... «Et conversus vidi septem candelabra aurea, et in medio candelabrorum aureorum si- «milem filio hominis, vestitum podere, et præcinctum ad mamillas zona aurea. Caput «autem ejus et capilli erant candidi tanquam lana alba, et tanquam nix, et oculi ejus «tanquam flamma ignis. Et pedes ejus similes aurichalco, sicut in camino ardenti ; et vox Cillius tanquam vox aquarum multarum. Et habebat in dextera sua stellas septem; et de «ore ejus gladius utraquée parte exibat; et facies ejus sicut sol lucet in virtute sua. » (Apocal. CAP, Vers. 7,12,719, 14 ME0186!)

5 « Amicta sole, et luna sub pedibus, et in capite ejus corona stellarum duodecim. »

(Apocalyp. cap. xi1, v. 1.) Dans l'église de Solesmes, parmi les charmantes figures qui représentent l’histoire de la Vierge, on lit un éloge de Marie, à côté de la bête à sept têtes.

pour couronne. C'est non-seulement dans l'Apocalypse mais dans les livres apocryphes que les artistes ont puisé le nimbe, l’auréole, la gloire de clarté dont ils rehaussent la figure de Marie. Ainsi l'un de ces principaux ouvrages raconte l’'agonie et le trépas de la Vierge. Les anges ayant déposé dans un cercueil la mère de leur Dieu, les apôtres mirent sur leurs épaules le précieux fardeau ’, et le portèrent au tombeau dans la vallée de Gethsémani. « Devant le cercueil de la vierge Marie était portée la palme merveilleuse qui jetait un grand éclat. La nature entière fut attentive à ce spectacle. Au moment où le corps sortit de la maison, un nuage brillant apparut dans l'air et vint se placer au-devant de la Vierge, formant sur son front une couronne transparente comme l'auréole qui accompagne la lune à son lever *.».

Il n'y a rien de plus resplendissant que tous ces textes , rien de plus concluant pour montrer que la gloire n'est que de la lumière figurée par le dessin. Rien n'est plus éclatant que le soleil, la lune, les étoiles, la laine blanche, la neige, l'or,

La fin de ce panégyrique se termine ainsi : «O tu mystica a Johanne visa mulier amicta «sole, habens sub pedibus lunam, id est affectionibus per vanitatum contemptum domi- «nari; et in capite tuo coronam stellarum duodecim moralium, seu omnium virtutum “perfectionem : habensque in utero tum mentis, tum corporis, quasi speculo et rorida «nube, sapientiam Dei se in eis efformantem. » La femme apocalyptique est done bien la figure de la vierge Marie, comme nous l’a déjà montré le vitrail de Moulins. Le manuscrit d'Herrade (Hortus deliciarum) donne un des plus beaux exemples de cette femme mystique contre laquelle la bête vomit un fleuve. La femme est debout sur le croissant de la lune, et elle a le corps appliqué contre de disque du soleil; un disque plus petit, un nimbe , lui cerne la tête, que couronne un diadème byzantin. Ge diadème est orné de douze étoiles en guise de diamants. ( Peintures et ornements des manuscrits.)

? Voir les bas-reliefs encastrés dans lè mur latéral nord de Notre-Dame de Paris. La mort, le convoi, l’assomption et le couronnement de Marie y sont sculptés en détail. C'est la traduction en pierre du livre des apocryphes.

? «De Transitu B. Mariæ Virginis, ap. Fabricium, Codex Apocryphorum Nou Testumenti.» Voyez aussi les apocryphes recueillis par Thilo.

l'acier poli, l'airain et l'or fondus dans la fournaise. C'est pour cela que les monuments eux-mêmes montrent ces auréoles, où Dieu et Mariese renferment, sillonnées par des traits de flammes. Quelquefois la gloire entière n'est faite que de flammes et que de rayons qui s'échappent de tous les points d'un centre". Dans nos églises, l'eucharistie est toute lumineuse au sein de ces ostensoirs en or qu'on expose aux grands jours de fêtes. De la circonférence de ces auréoles de métal, que du reste on appelle des soleils, s échappent des rayons sans nombre, comme il en sort des auréoles qui entourent les images de Dieu et de la Vierge que nous avons déjà données. La croix elle-même, celle qui est peinte dans les mosaïques à fond d'or de l'Italie et de la Grèce, répand la lumière de tous côtés, sous la forme de rayonnements en pierreries ou en étoiles, d'où lui vient son nom : crux gemmata, crux stellata. Voici comme Dante*? parle de la croix vivante et du Crucifié qu'il a vu en paradis : « De même que la voie lactée, parsemée de petites et de grandes étoiles, forme une trace blanche de l’un à l'autre pôle, grand sujet de doutes pour les savants; ainsi, dans la profondeur de Mars, ces rayons constellés formaient le signe vénérable que produit dans le cercle la réunion des cadrans...… Le Christ flamboyait sur cette croix, et je ne saurais trouver de comparaison pour la décrire. Mais celui qui prend la croix et qui suit le Christ excusera bien mieux encore ce que je laisse, en songeant que Jésus lui-même brillait dans cette splendeur. D'un bras à l'autre de cette croix et de la cime à sa base couraient des lumières scintillant avec force, lorsqu'elles se rencontraient et qu'elles passaient outre. C'est ainsi qu'on voit des atomes

* « Erat autem species GLORIÆ Domini quasi ignis ardens. » (Liber Exodi, cap. xxiv, Vo Le) , * Paradis, chant x1v ; traduction de M. Pier-Angelo Fiorentino.

courant et tourbillonnant, rapides ou lents, longs ou courts, se mouvoir dans le rayon qui sillonne l'ombre de la chambre, cet abri que l’homme s’est fait par son art et par son adresse. »

Puisque nous avons nommé Dante, en qui se résume l'art écrit du christianisme, comme dans la cathédrale de Reims vient se concentrer l'art figuré, il convient d'en extraire encore ce qui peut intéresser notre sujet. Tout le Paradis de Dante est rempli de clartés qui entourent chaque saint, comme le corps, ici-bas, entoure chaque âme; ou plutôt tous ces saints, la Vierge et les apôtres, les confesseurs et les martyrs, ne sont que des lumières qui s'avivent l'une l’autre. Le grand poëte dit, par exemple? : «Telle que, dans la sérénité des pleines lunes, Hécate rit au milieu des nymphes éternelles qui brillent dans toutes les profondeurs du ciel, tel je vis, parmi des milliers de clartés, un soleil qui les allumait toutes, comme fait le nôtre des étoiles; et à travers ces vives lumières apparaissait la substance divine, si éblouissante à mes yeux que je n'en pouvais soutenir l'éclat. » Plus haut ?, Dante avait déjà dit, en parlant de divers saints : «Je vis cent petites sphères qui s'embellissaient en s'éclairant de leurs rayons mutuels. La plus grande et la plus brillante de ces perles s'avança pour satisfaire ma curiosité. »

Quittons la poésie pour l'histoire, et nous verrons qu'à sa transfiguration Jésus fut entouré d'une gloire. Cette gloire était faite de lumière, et c'est ainsi que les peintres chrétiens nous ont représenté cette scène. Voici ce que dit l'Évangile: «Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, son frère. I les mena seuls sur une haute montagne à l'écart, où il monta pour prier. Pendant qu'il priait, la forme de son visage parut tout autre, et il se transfigura en leur présence. Sa face devint

! Paradis, chant xx11.

? Ibid. chant xx11.

144 INSTRUCTIONS. | resplendissante comme le soleil. Ses vêtements parurent tout. brillants de lumière, et d'une blancheur vive comme celle de la neige. Tout:à coup se montrèrent deux hommes qui sentretenaient avec lui : c'étaient Moïse et Elie. Ils parurent dans un état de gloire. Les trois apôtres virent la gloire de Jésus et les deux personnes ‘qui étaient avec lui.» Cette transfiguration du Fils de l’homme en Dieu resplendissant rappelle ces paroles de Salomon, qui, du reste, ont été appliquées à Jésus-Christ par les Pères de l'Église, en commençant par saint Paul: «Il est la vapeur de la vertu divine et une pure émanation de la clarté du Tout-Puissant : il est le rayonnement de la lumière éternelle et le miroir sans tache de la gloire de Dieu *.» Saint Paul, faisant allusion à ce passage, dit que Jésus est la splendeur de la gloire‘. Après tous ces faits, et lorsque tous les monuments figurés montrent Jésus-Christ ainsi resplendissant au milieu de ces auréoles en cercle, en ovale, en ellipse, en quatre-feuilles, on ne peut plus douter que la nature des auréoles ne soit ignée, et que la flamme, sous les diverses formes qui entourent la tête et le corps, ne soit un attribut spécial de la divinité du Créateur, ou de la sainteté des anges, ou de la vertu de la Vierge et des âmes innocentes, créatures qui se rapprochent le plus de la divinité. On a donc dù affirmer que la nature du nimbe et de l’auréole était celle de la lumière; que le nimbe était la chevelure lumineuse de la tête, et que l'auréole était le vêtement resplendissant de tout le corps. C'est

* Le visage et la face sont illuminés du nimbe; les vétements sont embrassés par l’auréole, et le tout fait une gloire complète. Voyez saint Matthieu, ch. xvir; saint Marc et saint Luc, ch. 1x. |

* Liber Sapientiæ, cap. vit, v. 25 et 26. « Vapor est enim virtutis Dei, et emanatio «quædam est clarilatis omnipotentis Dei sincera. ... Candor est enim lucis æternæ et «“speculum sine macula Dei majestatis. »

$ Ad Hebræos, Cap. 1, v. 3 : « Splendor gloriæ. »

| ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 145 une belle idée que d'avoir choisi le feu comme attribut de la puissance humaine, comme signe de l'apothéose et comme symbole de la toute-puissance divine. Le-feu est le plus fort, le plus mystérieux et le plus irrésistible des éléments; voici ce que saint Denys l'Aréopagite en dit: :

«Le feu existe dans tout, pénètre tout, est reçu par tout. Quoiqu'il donne sa lumière en entier, 1l la tient cachée tout à la fois. On l'ignore quand on ne lui donne pas une matière pour exercer sa force; ilest invisible, mais indomptable; et 11 a le pouvoir de transformer en lui tout ce qu'il touche. Il rajeunit tout par sa chaleur vitale; il illumine par des éclairs brillants. On ne saurait le tenir ni le mélanger; il divise et il est immuable. Il monte toujours.....et il est toujours en mouvement ; il se meut de lui-même, et il meut toute chose. Il a la puissance de saïsir, et on ne peut le prendre. Il n’a besoin de personne; il se gonfle en secret, et sur toutes choses fait éclater sa majesté. Il produit, il est puissant, il est invisible et présent à tout. Qu'on le néglige, on croirait qu'il n'existe pas; mais qu on frotte une substance, et soudain, comme un glaive du fourreau, il s'en échappe, reluit par sa propre nature et s'envole en l'air... On\lui touverait bien d'autres propriétés encore. Voilà pourquoi les théologiens ont déclaré que les substances célestes étaient formées de feu, et par cela faites autant que possible à l'image de Dieu. »

Ainsi Dieu n'est qu un foyer immense qui souffle sur Adam et lui met dans le corps une âme ou un rayon divin; c'est une effluve qui tombe sur les apôtres en langues de flamme; c'est un brasier projetant sur tous les saints une auréole qui est comme une -partie de lui-même. Le soleil enfin serait l'image visible et finie de cette flamme infinie et invisible qui

* De cœlesti Hierarchia, cap. xv, p. 193-194, édit. d'Anvers, 1634, [* vol.

est Dieu. La puissance; espèce: de démembrement de la divinité, devait donc s'exprimer matériellement: par la re qui compose 14 substance divine.

Un mot pour expliquer cette do idée:

Dieu n'a pas de corps, Diew est un pur esprit; toutes les fois donc qu'on à voulu le montrer, lui qui est immatériel et invisiblé, on a: dûù lui composer un corps avec la substance la plus ténueet la plus spirituelle. Sr le corps de l’homme est de l'argileivivante, son âme, qui est faite à l'image-de Dieu et qui est un souflle dela divinité, est quelque chose qui participe du feu et de la flamme: Le feu, qui est une des manifestations visibles de l'électricité, devait composer le corps de Dieu, comme les oset les museles composent celui de l’homme: Aussi Dieu, dans la Bible, dans l'Évangile, dans la Divine comédie, est-il constamment représenté environné de feu , de flammes, d'éclairs qui sortent de son corps comme eau jaillit d'une source. Sous: sa forme visible, Dieu est une lumière: son symbole naturel le plus fréquent, le plus adoré en Orient cest le soleil, foyer de toute lumière pour les hommes. Lorsque, Jésus-Christ dit : «Je suis la lumière du monde” », cette parole peut.s’entendre au réel autant qu'au figuré.

En Orient.les rois, les empereurs, les prophètes sont considérés, non-seulement comme des: délégués: de la divinité; ainsi quon les accepte chez: nous, mais comme des: émanations de Dieu, comme: des fils directs de Dieu et presque comme. des dieux incarnés. Par suite de la mêmeridée, et puisque le, soleil est le symbole visible de Diew, ces mêmes rois, empereurs et prophètes sont regardés. comme des descendants du soleil. Zoroastre chez les Perses, Manou chez les

* Evangile de saint Jean, ch. vin, v. 12; ch. xu, v. 46. Ego sum lux mundi. — « Ego lux in, mundum veni, ut omnis qui credit in. me.in.tenebris nonlmaneat. »

ICONOGRAPHIE ICHRÉTIENNE. 147 Indiens , Confucius: chez des Chinois, Hermès chez les Égyptiens, sont autant de fids de Dieu. |

Dans les cartouches SE MD qui couvrent les temples et les obéhisques de l'Égypte, etiqu on est'parvenu à déchiffrer, les Pharaons sont nommés fils du :soleil, fils de Dieu. Lies mages ne sont pas autre chose en Perse.

Puisque Dieu esta lumière, puisque de soleil est son image, les fils de Dieutet du:soleil , les rois de Perse, les rois d'Égypte, les empereurs de la Chine, peut-être même les empereurs de Constantinople, devaient hériter de Dieu, leur père, un peu de cette lumière dont il est composé. Dieu et le soleil rayonnent; leurs enfants devaient rayonner aussi et porter le nimbe, qui est la forme de ce rayonnement. | DA

Chez les Occidentaux, nations plus froides, les rois régnent bien'parda grâce de Dieu, maïs ne sont pas fils de Dieu; aussi, rarement orne-t-on leur tête d'un nimbe !. Les saints, au met émanent plus directement de la divinité par leurs

ÉA vertus, par leurs actions: le nimbe, moins lumineux toutefois

* I faut dire qu'a la cathédrale de Strasbourg une galerie de rois, dont nous avons extrait pour ces instructions Charlemagne et Henri le Boiteux, est peinte sur verre dans la nef latérale du nord; or -ces rois sont tous nimbés sans exception. Que Henri, qui est saint, porte le nimbe, rien de plus juste; que Charlemagne lui-même, qui a été canonisé (par un anti-pape, il est vrai), soit nimbé, on le conçoit encore; mais certainément le nimbe n'est:pasun signe de sainteté pour Charles-Martel, qui donna les biens et les offices du clergé à ses soldats brutaux et libertins: La légende dit que, pour ce fait, Martel après sa mort et dans sa tombe, fut dévoré par le diable. Certainement ce ne peut être un signe de sainteté pour le terrible Frédéric - Barberousse, qui fut excommunié, qui créa des anti-pâpes, qui mena une vie assez scandaleuse, et qui, dit-on, est l'auteur d’un écrit impie, si ce n’est athée. Cependant Charles-Martel et Barberousse portent un nimbe très-riche et très-large sur les vitraux de Strasbourg ; c'est donc comme chefs politiques , comme délégués de Dieu, comme émanätion du soleil éternel, et non,pas comme saints, qu'ils sont:décorés du nimbe. Ce fait curieux sufhrait à lui seul pour démontrer que ces vitraux sont byzantins, quand le costume que portent ces empereurs et ces rois, depuis leur couronne jusqu à leur chaussure, ne viendrait pas le prouver évidemment.

et moins riche que celui de Dieu, devait reluire à leur tête. Mais de plus ils sont souvent enveloppés dans la gloire de Dieu, qui les éclaire d'une manière éblouissante. Ainsi, dans nos cathédrales, le portail occidental principalement est percé d’un trou circulaire immense, auquel on donne le nom-de rose ou de rosace. Cette baïe est remplie de vitraux coloriés disposés en quatre, cinq ou six cercles concentriques, diminuant d'étendue à mesure que l'on va de la circonférence au centre. Dans le cercle central brille Dieu assis sur un trône, ou la Vierge qui tient l'enfant Jésus. Un cordon d'anges environne le créateur ou la céleste créature; puis un cordon de patriarches; puis viennent les apôtres, les martyrs, les confesseurs; enfin le cordon extérieur, celui qui confine à la circonférence, est occupé par les vierges. Tout ce personnel est enchâssé dans des médaillons de verre, transparents et lumineux autant que les saints eux-mêmes, comme des cercles de rubis, d'émeraudes ou de saphir, dans lesquels seraient saisis des diamants. Ces rosaces sont des gloires qui embrassent un monde entier, et qui entourent une multitude, au lieu de cerner un seul individu. En sculpture, il en est de même. Les voussures de ces portails sont partagées en plusieurs demi-cercles concentriques, en plusieurs cordons affectés chacun à une classe de saints. Dante lui-même donnait le nom de rose à ces épanouissements circulaires où se rangent les saints et qu'une lumière divine, qui s'échappe du centre où est Dieu, éclaire vivement, On me permettra encore de terminer ce paragraphe par un passage du Paradis qui achèvera de prouver que nimbe, auréole et gloire sont l'image de la lumière figurée par le dessin :

«Je vis une lumière qui était comme un fleuve éblouissant de splendeur, entre deux rives émaillées par un printemps merveilleux. De ce fleuve jaillissaient de vives étincelles qui

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 149 s'éparpillaient de tous côtés sur les fleurs, comme des rubis enchässés dans l'or. Puis, comme enivrées de ces parfums, elles se replongeaient dans le fleuve admirable, et lorsqu'une y entrait, une autre en sortait...» La rivière et les topazes qui entrent etiqui sortent, et les gazons qui sourient, sont les préludes par lesquels test cachée la vérité, dit Béatrix à Dante. Le poëte ajoute : «Je me penchai sur ces eaux, et lorsque le bord de mes paupières s’y fut plongé, je vis ce fleuve, de long qu'il était, devenir rond; puis, comme des gens cachés sous le masque paraissent autres qu'ils n'étaient d'abord, s'ils dépouillent l'aspect étranger sous lequel ils étaient couverts, ainsi se transformèrent en une plus grande joie les fleurs et les étincelles, et j'aperçus sans voile les deux cours du ciel 5 = Ce fleuve devenu rond, et cette surface, longue d'abord, s'étant ramassée en disque, Dante raconte” ce qu'il aperçoit dans cette ROSE, et dit : « Sous la forme d’une rose éblouissante se montrait donc à moi la sainte milice que le Christ épousa avec son sang; mais l'autre, qui en volant voit et chante la gloire de celui qu'elle aime, et dont la bonté la fit si grande, comme un essaim d'abeilles tantôt se plongeant dans les fleurs, et tantôt s'en retournant à la ruche où déjà se forme la saveur de son miel, descendait dans l'immense rose ornée de tant de feuilles; puis elle en ressortait pour revenir là où son amour demeure sans cesse. Ces esprits avaient tous le visage de flamme et les aïles d’or, et le reste était d'une telle blancheur, qu'aucune neige n'en approche. Lorsqu'ils descendaient dans la fleur de degré en degré, ils répandaient, en secouant leurs aïles, la paix et l'ardeur qu'ils venaient de puiser dans le sein de Dieu. Et ces multitudes volantes, quoique interposées entre la fleur,

! Paradis, chant xxx.

? Jbidem, chant xxxr.

et le. haut, n'arrêtaient ni la vue, ni la splendeur; car la lumière- divine pénètre tellement l'univers, selon qu'il en .est digne, que rien ne peut lui faire obstacle. »

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