ATTRIBUTS CARACTÉRISTIQUES DU PÈRE ÉTERNEL
Avant le xr° siècle, on reconnait Dieu le père à cette main qui sort des nuages, qui est bénissante ou qui tient une couronne; n1 Jésus, ni le Saint-Esprit ne sont ainsi représentés.
Au xrr° siècle, quand la figure paraît, on ne peut la définir et lattribuer avec certitude à Dieu le père qu'autant que le Fils et le Saint-Esprit sont présents. Dans ce cas, les attributs que portent les deux autres personnes servent indirectement à caractériser la première. Si l'une tient une croix et l'autre une colombe, la troisième, qu'elle ait ou n'aït pas d'attribut, est évidemment le Père. Maïs on ne doit pas encore s'occuper ici de la distinction des trois personnes réunies dans une même scène; c'est au chapitre de la Trinité qu'il en sera question.
Le globe, la boule du monde, qui se donne quelquefois aux deux autres personnes, plus rarement au Saint-Esprit et plus souvent au Christ, est presque exclusivement réservé au Père, soit parce que le Père seraït considéré comme le principal auteur de la Création, soit parce qu'il aurait la puissance en propriété particulière. Cependant ce caractère n'est pas certain, puisqu'il est attribué quelquefois aussi aux deux autres personnes. On lit dans la vie de Jeanne d'Arc, que l'héroïne d'Orléans portait à la main un étendard blanc fleurdelisé, sur lequel était Dieu avec le monde dans ses mains; à droite et à gauche, deux anges tenaient chacun une fleur de lis. Il est fâcheux que l'archéologie ne puisse pas refaire cet étendard
d'une manière certaine et affirmer que ce Dieu était le Père plutôt que le Fils. On doit cependant, malgré la grande douceur du caractère de Jeanne d'Arc, croire que c'était le Père, parce que le Père porte le globe bien plus souvent que ie Fils, et parce qu'il est surtout le Dieu des armées et des combats.
Le livre n'est pas non plus un caractère qui puisse faire distinguer le Père, car on le met à peu près indifféremment entre les mains du Père et du Fils, et même, 1l faut le dire, il se donne bien plus souvent au Verbe divin, qui est venu nous apporter l'Évangile !. |
Le nimbe crucifère, la nudité des pieds, conviennent également aux trois personnes et non pas à l'une d'elles plus particulièrement; mais le nimbe triangulaire ou en losange est ordinairement réservé au Père : il est rare que le Fils, il est plus rare encore que le Saint-Esprit le portent”.
Jusqu'ici donc, rien que d'assez vague. Vraiment, pendant: cette seconde période qui s'étend du xn° au xiv° siècle, lorsque Dieu a été représenté seul et non en trinité, il est à peu près impossible d'affirmer que ce soit le Père plutôt que le Fils. Aux xrv°, xv° et xvr° siècles, au contraire, les caractères se.précisent et se multiplient.
L'âge, dans les sujets exécutés avec soin, aide assez bien à définir le Père. Cette personne a la barbe et les cheveux plus longs que les deux-autres; la figure accuse cinquante, soixante, quelquefois quatre-vingts ans. La tête est beaucoup plus forte que la tête du Fils et surtout que celle du Saint- Esprit. Ce dernier fait, qui a de l'intérêt, n’est pas constant; mais il est assez fréquent néanmoins. Il:semble que la tête,
* La gravure 61 offre le Père avec une couronne, le Fils avec un livre et le Saint- Esprit sans attribut.
* Voyez, au chapitre du Nimbe, les pages 6o, 61 et 62.
ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. À > 1 comme le corps, grossisse avec l’âge, même quand, physiologiquement, la tête ni le corps n'augmentent plus, ou plutôt diminuent et se retirent. C'est donc une façon grossière et toute conventionnelle d'indiquer un âge plus avancé. Un dessin tiré d'un manuscrit de la bibliothèque Sainte - Geneviève, de la fin du xv° siècle, et qui sera placé dans le chapitre de la Trinité, montre ainsi le Père avec une tête double à peu près de celle du Saint-Esprit et plus forte d'un tiers que celle de Jésus-Christ. La planche 61 offre déjà en germe ce fait intéressant.
À la fin du xiv° siècle, pendant tout le cours du xv°, dans les premières années du xvi°, on s'ingénia à représenter Dieu d'une manière digne de lui. Impuissant qu'on était à traduire, par le simple jeu de la physionomie et par la seule expression morale, la toute-puissance créatrice et l'autorité souveraine qui gouverne les mondes qu'elle a faits, on chercha dans la société le type qui pouvait exprimer le mieux la puissance suprême, et on en revêtit la Divinité, afin de la rendre sensible à nos yeux. En Italie, le type le plus élevé de la toutepuissance, c'est le pape, qui est infaillible, qui gouverne les consciences, qui tient dans ses mains de roi et de pontife le corps et l'âme des hommes, qui est le représentant de Dieu sur la terre, qui est le maître des empereurs et des rois. Pour les Ltaliens, le papeest ce griffon tout-puissant de Dante, qui tire sans effort et sans remuer les aïles le char de l'Église; c'est l'animal énergique, aigle et lion, qui entraine le monde derrière lui; c'est la double nature de prêtre et de rot, spirituelle comme l'aigle céleste, et temporelle comme le lion terrestre, à laquelle tout est forcé de céder . En Allemagne, cest
* Purgatoire, chant xxx. Le pape, comme pontife, a des membres d’or dans la portion du corps où il est oiseau; dans l’autre, ie quadrupède roÿal a des membres mêlés
l'empereur, et non plus le pape, qui est le plus puissant des hommes; on y regarde comme une usurpation toute prétention de la papauté à élire, à déposer, à punir et à récompenser les empereurs; en Allemagne, la puissance impériale est l'expression visible de Tl'invisible Providence. Chez nous on révère le pape, et l'empereur y est assez honoré; maïs le roi était le maître direct et absolu de la France. Donc, en Italie où le pape est tout, Dieu a dû être représenté en pape; en Allemagne, où c'est l'empereur, cest en empereur qu'on l'habille ; en France, on en a fait volontiers un roi !. Les autres nations, l'Angleterre et l'Espagne, ont agi de même. En Angleterre, où le pape est malawu depuis longtemps, Dieu ne pouvait prendre les insignes de la papauté; en Espagne, au contraire, où le pape possède au moins autant d'autorité que la personne royale, Dieu devait se montrer aussi souvent en pape qu'en roi. C'est ainsi, en effet, que Dieu le père nous apparait ordinairement chez les diverses nations qu'on vient de nommer: ce qui ne veut pas dire qu'un Dieu roï ou empereur ne se montre quelquefois en Italie, un Dieu pape ou roi en Allemagne, un Dieu empereur ou pape en Angleterre et en France; mais ce sont des exceptions qui ne sont réellement pas en trèsgrand nombre. Une représentation de Dieu le père, pure de toute influence étrangère, pure de toute idée mystique commune à l'époque ou personnelle à l'artiste, accuse toujours les différences locales et se teint de la couleur historique qu'on vient de signaler. En France, par exemple, on voit quelque-
. de blanc et de vermeïl. Ce triomphe allégorique du Christ et de l'église, décrit si richement dans le Dante, et peint si splendidement sur un vitraïl de Notre-Dame de Brou, n'a pas été compris des traducteurs ou annotateurs de la Divine Comédie. Récemment on a pris ce griflon pour le Christ, et l'on ne s’est pas aperçu qu'en faisant traîner le char de l'Église par Jésus on imposait à Dieu un rôle indigne de lui.
* Plus haut, p. 223, pl. 61, on a donné un exemple de Dieu en roi.
ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 231 fois Dieu en pape; mais c'est dans les couvents atteints d’ultramontanisme, cest à l'époque où l'on est content-du pape régnant, c'est au moment de nos guerres en ltalie, c'est quand l'artiste a une dévotion particulière à la papauté. Même alors, et dans toutes ces circonstances, la France proteste assez souvent contre cette idée d'assimiler le Père éternel au pape, qui n en est que le vicaire, et de n'en faire ainsi qu'un vice-dieu. N'osant ou ne pouvant encore s'élever à un type nouveau, le génie français veut du moins exhausser la Divinité et la placer au-dessus de la papauté. Aïnsi la tiare papale est garnie, suivant les époques , d'une, de deux et de trois couronnes, dont le nombre indique le degré ou, comme on dirait en mathématiques, la puissance de la souveraineté. Les Français adoptèrent cette idée et, quand ils figurèrent Dieu en pape, ils lui mirent une tiare sur la tête, et une tiare à trois couronnes, puisque ce nombre indique la plénitude du pouvoir souverain; mais, plus hardis, ils portèrent ces couronnes jusqu'au nombre de quatre et même de cinq, pour déclarer que Dieu était bien au-dessus du pape lui-même. Les vitraux de Saint-Martin-ès- Vignes, à Troyes, offrent ces curieux exemples, et le suivant, qu on à fait graver et qui vient de Saint-Martin, donne ainsi Dieu le père tenant son fils attaché à la croix. Le Père est vêtu d'une aube, d’une tunique, d'une chape et d'une tiare, comme le pape; mais sur la tiare s'étagent, non plus trois couronnes seulement, mais cinq, toutes décorées de fleurons et de fleurs de lis comme celles de nos rois de France”. En Champagne, Dieu est donc supérieur de deux couronnes au pape.
! On remarquera la chaussure de Dieu dans ce dessin. En iconographie chrétienne, Dieu a les pieds nus presque toujours, comme son fils et les apôtres; ici, pour l'assimiler davantage au pape, on le chausse de ses mules. Un manuscrit de la Biblio-
thèque royale (Biblia sacra, n° 6829), qui est de la fin du x1v° siècle et tout rempli de miniatures, offre une singulière particularité. Au tableau qui représente Aaron, qu'on
63.-— DIEU LE PÈRE EN PAPE, COIFFÉ D’UNE TIARE À CINQ COURONNES. Vitraï français, fin du xvi' siècle.
RYN LR
Avant que de se montrer en pape, le Père apparaît chez nous sous le costume d'un roi. Ce roi divin porte la couronne royale comme Philippe de Valois, Jean le Bon et Charles V; il tient, comme notre empereur Charlemagne, la boule du monde; il porte la longue robe et le long manteau; seulement
vient de purifier pour qu'il soit un digne prêtre de Dieu, on voit Dieu ayant un pied nu et un pied chaussé d’un brodequin noir. YŸ a-t:il erreur, y a-t-il intention dans ce fait ? Je ne m'en rends pas comple, mais je croirais volontiers à l'erreur. On remarquera encore . l'absence du Saint-Esprit dans cette représentation de la Trinité sur le vitrail de Troyes; il en sera question dans le chapitre consacré spécialement à la Trinité divine. Les artistes, comme les copistes du moyen âge, se sont assez souvent trompés. Les copistes passaient ou défiguraient un mot; les sculpteurs ou les peintres oubliaient ou dénaturaient un attribut caractéristique. Dans une série de sujets il n’est pas rare que les artistes en oublient un ou deux. ÿ
il a les pieds nus et le nimbe crucifére, parce.qu'enfin il est Dieu. C'est à cette couronne royale et à ce globe, réunis à la longue barbe qui témoigne d'un grand âge, qu'on distingue le Père du Fils. Un seul de ces caractères ne suflirait peut-être pas, parce que, ainsi qu'on l'a dit, le globe se donne assez souvent au Fils, et même la couronne royale. Ce dernier insigne est plus rare sur la tête du Fils : car cette tête est nue, ou elle porte une couronne d'épines.
Avec ce Père en roi, on traverse tout le xiv° siècle, et tout le xv° avec le Père en pape. Ce pape est ordinairement vêtu de l'aube et de la chape; la chape est souvent absente. Ce pape, il faut le dire, est une figure quelquefois estimable, mais vénérable jamais; elle excite plutôt le mépris que la considération. Je n'en citerai pour preuve que ce Père éternel qui ouvre la série des statues dans la clôture du chœur de Notre-Dame, à Chartres. Certes, l'artiste qui a sculpté ces statues d'hommes si austères et de femmes si gracieuses n'était pas impuissant à représenter dignement Dieu le père; et cependant ce Dieu est habillé d'un costume qui na pas été fait pour lui, qui est beaucoup trop long, qui a beaucoup trop d'ampleur. Une tiare charge sa vieille tête, uné*chape couvre ses épaules, une aube emprisonne son corps, une étole pend sur ses cuisses amaïgries; sa figure est sillonnée de rides sèches et sans puissance; ce n'est pas l'expérience ni la plénitude des jours qui ont vieilli cette figure, mais l'amaigrissement des muscles et la décrépitude. Cette face n'est pas vieille; elle est usée. Ces yeux sont petits, éteints et sans force. Dans le dessin qui représente la Trinité, et dont le Saint-Esprit porte sur la tête la colombe symbolique ", le Père, qui est en pape, fait vraiment peine à voir. C'est un vieillard infirme, qui n’a plus la force de tenir sa boule du
* Ce dessin est plus bas, à l'Histoire du Saint-Esprit en homme.
monde, et qui prend la main du Saint-Esprit plutôt pour s'en faire un soutien que pour exprimer l'union qui les rapproche. Sa tête penche sur sa poitrine comme celle d'un vieillard débile; les joues sont creuses et la face allongée. Dans la Cité de Dieu !, le Père, à longue barbe blanche, est chauve et n'a plus sur le front qu'une mèche de cheveux, comme un vieillard décrépit. C'est un spectacle des plus curieux que de voir comment l'art réfléchit profondément et clairement l'époque qui l'a fait. Quand la société est gouvernée par le clergé, du v° au 1x° siècle, l'art est grave, austère; les physionomies sculptées ou peintes se teignent de la couleur générale. Jamais ces physionomies ne se dérident, même pour sourire. Quand, du 1x° au xm° siècle, on est sous le régime féodal, les attitudes sont roides; il y a dans la tournure quelque chose d'arrogant, il y a de l'audace dans l'expression. Le courage, maïs aussi la dureté, éclate dans tous les traits. Puis, du xnr° au xv°, lorsque, dans les communes émancipées, eut germé et pullulé la bourgeoisie, l'art s'assouplit. Alors la roideur des époques précédentes se plia à des mouvements nombreux: la sauvagerie descendit à la familiarité, 1a noblesse des traits à la vulgarité; l'idéal tomba dans le réel. Ce fut dans des types vivants que les artistes allérent chercher leurs modèles pour représenter le Père, et cet anthropomorphisme inférieur remplit nos monuments d'un Dieu changé en homme et animé des passions mesquines de l'humanité. Cependant l'homme de cette époque, c'était le bourgeois voulant imiter la noblesse, à laquelle il aspirait, et par conséquent ayant encore des semblants d'élévation, des velléités de distinction. Mais du xv° au xvr° siècle, dans la politique comme dans l'art, fit irruption la foule sans nom , le populaire en haillons, troué aux habits, appauvri de formes et de costumes,
? Manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève, 10°, 11° et 21° miniatures.
ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 235 porteur d'une physionomie toujours commune et d'une âme souvent grossière. Cette foule troubla l'esthétique, et donna sa physionomie épaisse à l'idéal le plus élevé, même à la vierge Marie; Marie ne se montra plus que sous les traits d’une grosse femme vulgaire, ainsi qu'elle nous apparaît dans tous les monuments de cette époque.
Il fallait que les grands artistes italiens de la renaissance, le Pérugin, Raphaël et Michel-Ange, vinssent au monde pour créer cette admirable figure de l'Éternel, de Jéhovah, de ce Vieillard divin qui fait trembler la terre, mieux que le Jupiter antique, d'un froncement de ses sourcils. Donc, avec la renaissance, et 1l était temps, renaquit l'idéal ancien. La renaissance remonta à la source de toutes choses, aux origines du christianisme aussi bien que du paganisme, et la source est toujours plus limpide que l'embouchure. Elle clarifia le courant esthétique que les deux périodes précédentes avaient troublé de leur bourgeoisie vulgaire ; elle rajeunit Dieu le père, ou plutôt elle le transforma, comme tous les autres types du christianisme. La renaissance dépouilla Jéhovah de latiare, qui l'assimilait à un pape, et qui en faisait un vicaire de Dieu plutôt qu'un dieu; elle fit retomber de sa tête sur ses épaules une chevelure blanche et puissante à la fois. Quand on regarde ces images -de Dieu le père, peintes ou sculptées par les artistes de la renaissance, on sent comme Job un frisson qui vous agite : on est sous le charme imposant, quelquefois terrible, qu'on éprouve à l'aspect d’un homme de génie qu'on voit pour la première fois. Cette belle divinité, ce magnifique vieillard si serein et si puissant, c’est bien réellement l'Ancien des jours, le IlæAcios ray fwépor des Grecs.
La renaissance est donc l’époque où Dieu le père triompha de l'oubli, des injures, des hérésies, des grossiéretés, des
vulgarités des époques antérieures. Ce soleil divin eut enfin la force de percer toutes les couches de nuages jaloux ou vulgaires que les époques chronologiques avaient amoncelés autour de lui. Depuis trois cents ans, à peu près, la première personne de la Trinité est en possession du rang le plus élevé. Cette réhabilitation, quoique tardive’, a produit d'assez bons monuments. Ici, comme on ne doit pas dépasser le xvr° siècle ni la renaissance proprement dite, 1l suffira de donner les indications qui précèdent. La Dispute du saint Sacrement, entre autres tableaux de Raphaël, offre un Père éternel d’une grande beauté. Ce Jéhovah, que Raphaël nous a montré créant les grands luminaires de notre globe, et lançant d'une main le soleil dans l'espace tandis que de l'autre il y jette la lune, est une admirable création. Le peintre Martin a surpassé Raphaël lui-même, dans la cosmogonie qu'il a dessinée d'après le Paradis perdu de Milton; je regrette que les limites imposées à mon travail ne m'aient pas permis de reproduire cette gravure.
Dès lors on ne s'inquiète plus de la théologie. On ignore : que Dieu le père ne doit pas être figuré, puisqu'en parlant rigoureusement on ne la pas vu; on ne sait pas ou l'on oublie que Jésus étant le Verbe, la parole de Dieu, 1l serait convenable de représenter le Fils toutes les fois que Dieu parle. On s'en tient à la réalité historique, et l'on représente Dieu le père dans toutes les scènes de l'Ancien Testament, à la Création, comme au mont Sinaï, comme à l'élection des juges et des rois, comme à la vocation des prophètes. Quant aux scènes
* En Italie, où l’art est plus hâtif, la réhabilitation avait déjà été tentée au x1v° siècle. Ainsi une sculpture sur bois, qui date de cette époque et dont on donnera le dessin plus bas, montre le Père sortant du ciel à mi-corps pour bénir son fils que saint Jean baptise
dans le Jourdain. Dieu le père est déjà un assez beau vieillard et fait pressentir les admirables représentations des grands artistes italiens du xv° et du xvr' siècle.
ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 237 du Nouveau Testament, on fait assister Dieu le père au baptême, à l'agonie, à la mort et à l'ascension de son fils.
Enfin, au xvi° siècle, on représenta la divinité par son nom seul et une figure géométrique. Le triangle, avons-nous dit au chapitre du nimbe, est la formule linéaire de Dieu et de la Trinité divine, Dans ce triangle on écrivit en lettres hébraïques le nom de Dieu, de Jéhovah, et l'on plaça le mot et la figure au centre d'un cercle rayonnant qui représentait l'éternité.
64. — NOM DE JÉHOVAH INSCRIT DANS UN TRIANGLE RAYONNANT. Sculpture en bois, xvn° siècle.
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Dieu le père ou Jéhovah occupe donc le champ de la Trinité, qui est inscrite elle-même dans l'éternité. Cette formule abstraite eut beaucoup de succès, et aujourd'hui, dans une foule d'églises, au centre de ces gloires dont nous avons parlé, ou bien au milieu du maïître-autel, ou sur les voiles des calices, ou sur le grémial des évêques, ou sur le chaperon des chapes et le dossier des chasubles brillent en or ces lettres, ce triangle et ce cercle rayonnant. Une belle tapisserie du
xvi' siècle, qui se conserve dans le trésor de la cathédrale de Sens, offre un des plus brillants exemples de cette représentation; celui que nous donnons est émprunté à l'église de Haut-
villers, près de Reims. Dans la chapelle du palais de Versailles, au centre de la GLOIRE qui garnit le fond du sanctuaire, brille un triangle divin et lumineux à peu près semblable.
Après le chapitre sur le nimbe, l'auréole et la gloire, nous n'avons plus rien à dire sur la forme de ces attributs que l'on donne à Dieu le père. Le nimbe de Jéhovah est circulaire et timbré d'une croix ; mais quelquelois Raphaël et les ltaliens mettent à leur Père éternel en ancien des jours le nimbe carré, le nimbe en losange, le nimbe triangulaire ou le nimbe rayonnant. D'autres fois, le nimbe disparaît, l'auréole elle-même s'évanouit, et, du corps entier de Dieu, sort une lueur diffuse, ou bien une lumière à rayonnement tantôt droit et tantôt flamboyant ou onduleux. Alors on se rapproche des textes sacrés et de l’idée que les grands poëtes, comme Dante, se faisaient de ‘la Divinité. Dans l'Ancien Testament, en eflet, Dieu marche constamment environné de feux et de flammes. Quand Ézéchiel entrevoit Jéhovah sous la forme d'un homme, il dit : «J'eus une vision. QuELQu'uN me parut comme un feu ardent. Depuis les reins jusqu'en bas ce n'était qu'une flamme; depuis les reins jusqu'en haut c'était comme une splendeur et une apparence d'or mêlé à de l'argent !.»
Quant à Dante, il fait de la lumière divine, où se plongent les anges et les saints, cette description éblouissante : « Une lumière est là-haut ; elle rend le Créateur visible à la créature qui, à le voir lui seul, sait mettre toute sa paix. Elle s'étend en une figure circulaire si démesurée, que sa circonférence serait pour le soleil une ceinture trop large. Tout ce qui en apparaît n’est qu'un rayon réfléchi sur le sommet du Premier Mobile, qui prend de là sa vie et sa puissance. Et comme dans l'eau qui baigne sa base se mire un coteau pour voir, il
* Ezechiel, cap. var, v. 2. ‘
ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 239 semble, sa parure, et combien il est riche et d'herbe et de petites fleurs; ainsi, suspendues tout autour du fleuve lamineux, je vis sy murer, sur plus de mille degrés, toutes les âmes qui, de notre monde, sont retournées là-haut. Et side rang le plus bas concentre en lui tant de lumière, quelle n'est pas la splendeur de cette rose dans ses feuilles les plus hautes? Alors, vers le cœur doré de la rose éternelle qui se dilate, s'étage, et qui exhale un parfum de louanges au soleil, cause du printemps sans fin, Béatrice m'entraïna ”.»
C'est dans ce centre, c'est au foyer de cette éternité lumineuse, que resplendit la divinité. Dante a voulu sans doute décrire une de ces rosaces à mille feuilles qui éclairent les portails de nos plus grandes cathédrales ?; rosaces contemporaines du poëte florentin, et qu'il avait vues dans son voyage en France. Là, en effet, au milieu du calice de cette rose en verre coloré, éclate la majesté divine. De tous les degrés de la corolle, disposée en amphithéâtre; de tous les cordons hiérarchiques de la rosace, semblent accourir, pour se:mirer dans la source centrale, d'abord les innombrables légions des anges, puis les âmes des patriarches , des juges, des rois et des prophètes; enfin celles des apôtres, des martyrs, des confesseurs et des’ vierges.
DIEU LE FILS
Si la figure du Père, exposée au mauvais vouloir et même aux injures des hérétiques, à la vulgarité ét à l'impuissance des artistes, a souffert pendant toute la durée du moyen âge, il n’en a pas été ainsi de celle du Fils. Jésus est l'auteur du
! Divine Comédie, Paradis, chant xxx.
? Particulièrement à Paris, à Reims et à Chartres.
christianisme; c'est de lui et non pas de Jéhovah que la relision nouvelle prend son nom. Aussi les chrétiens lui furentils reconnaissants comme des enfants envers un père. Dans les sentiments comme dans l'art, qui est le miroir et l'expression matérielle des idées, Jésus-Christ eut un règne glorieux depuis les ‘catacombes jusqu'à nos jours. C'est la personne divine à laquelle l'art a toujours rendu et rend encore les plus grands honneurs.
Le christianisme n'a pas élevé une seule église à Dieu le père en particulier; il en a dressé, au contraire, une quantité considérable à Dieu le fils, sous le nom de Saint-Sauveur !, de Sainte-Croix, de Saint-Sépulcre, de Sainte-Anastasie. La cathédrale d'Aix est dédiée à Saint-Sauveur, celle d'Orléans à Sainte-Croix. La célèbre église de Florence, où reposent Dante, Michel-Ange, Machiavel et Galilée, s'appelle Santa- Croce. Les églises de la Résurrection ou de Sainte-Anastasie abondent en Orient. Les églises du Saint- Sépulcre sont assez communes chez nous, où les chapelles de ce vocable sont extrêmement nombreuses; à Cambridge et à Northampton, en Angleterre, deux églises circulaires s'appellent Saint-Sépulcre. Il paraît même que la Sainte-Sophie de Constantinople aurait été consacrée plutôt à la sagesse divine de Jésus-Christ qu à celle du Père ou-de la Trinité complète. À Paris, l’église du Val-de-Grâce est dédiée à Jésus enfant ?.
? Des églises, des abbayes, des villages, des bourgs et même des villes portent le nom de Saint-Sauveur; un gros village du département du Nord, près de Valenciennes, s'appelle Saint-Saulve, Jeanne d'Arc, dans ses derniers moments et sur le point d’être brûlée à Rouen, demanda une croix; on lui apporta celle de la paroisse Saint-Sauveur, qui était voisine (M. Michelet; Histoire de France, V° vol. p. 172). À Redon, il existe encore une église de Saint-Sauveur. La France possédait autrefois vingt-trois abbayes de Saint-Sauveur; celle de Redon en faisait partie. i
? Jesu NASCENTI, comme dit l'inscription tracée sur la frise du portail.
De nos jours encore, dans l'office de l’église, à la fin de chaque psaume, on chante deux versets, une espèce de refrain annonçant que le psaume est terminé et qu'on va commencer lantienne, qui en est le couronnement. Ces versets sont connus de tous : « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit; comme au commencement, à présent, toujours et dans tous les siècles des siècles !.» C'est une glorification de la Trinité tout entière; mais, dans le diocèse de Reims, quand on la prononce, le nom du Père passe sans attirer l'attention. À peine, au contraire, la première syllabe de Fizro a-t-elle retenti, que les enfants de chœur se lèvent et font une respectueuse révérence en se tournant vers le grand autel; les prêtres et les chantres saluent ce nom adoré en Ôtant leur coiffure, et les fidèles sinclinent pieusement devant ces divines syllabes. On se redressé, on se rassied, on se recoiffe. Puis arrive le nom du Saint-Esprit, et ce nom passe comme a passé celui du Père. Le GLoria Parri nomme le Père avant le Fils; mais cette préséance est généalogique, et non pas honorifique. Elle exprime la relation des personnes divines entre elles, et non la diflérence du culte ou de l'honneur qu'on doit leur rendre.
En chaire, quand les prédicateurs nomment le Père ou le Saint-Esprit, on n'aperçoit pas le moindre mouvement parmi les auditeurs; mais que le nom de Jésus-Christ soit prononcé, et sur-le-champ vous verrez les hommes baisser la tête pour saluer, et les femmes se signer de la tête à la poitrine, et d'une épaule à l'autre.
Il fallait être Newton, et l’on cite ce fait comme une particularité curieuse, pour ôter son chapeau en entendant prononcer
* Guillaume Durand (Rationale divin. offic. b. V, cap. 11) dit que les deux versets du Gloria Patri ont été composés par saint Jérôme et envoyés par lui au pape Damase, qui ordonna de les chanter dans les psaumes.
INSTRUCTIONS. — Il. 31
le nom de Dieu. Aujourd'hui personne ne se découvre à ce nom tout seul. Mais, quelque peu religieux que l'on:soit, que cela tienne à l'éducation des mères, ou à la tradition, ou à la réflexion, on n'entend pas nommer Jésus-Christ sans être saisi d'un grand respect. C'est involontaire peut-être, mais par cela même ce n’en est que plus puissant. Au nom de Jésus, s'écrie saint Paul, il faut que tout genou fléchisse dans le ciel, sur la
terre, aux enfers !:
Il semble que Jésus-Christ résume-en lui la divinité tout entière”. La croisure du nimbe, avons-nous dit plus haut, fut
* «Ut in nomine Jesu omne genu flectatur cœlestium , terrestrium et infernorum. » (Epist. ad Philipp. cap. 11, v. 10.) — Quand on chante le symbole de: Nicée, (dit G. Durand (Rat. div. off. lib. IV, cap. xxv, de Symbolo), «et cum dicitur 1b1 : Et homo « factus est, debemus genua flectere, quia Christum hominem factum et pro nobis cru- . « cifixum adoramus. » Encore aujourd'hui, on fléchit les genoux, ou du moins on s’incline profondément. M. l'abbé Gaume, qui veut bien relire.les épreuves de mon tra: vail, me fait observer que ces honneurs sont rendus à Jésus, parce qu'il est mort pour nous, et non parce qu'il est la seconde. personne divine, le fils de Dieu. Comme seconde personne de la Trinité, le Fils n’est pas plus honoré que le Père et quele Saint- Esprit. C’est uniquement devant le nom de Jésus que l'on se prosterne, parce que.ce nom rappelle directement l’auteur de la rédemption. Quand on dit le fils de Dieu, le Verbe et même le Christ, on ne salue pas plus qu'en prononçant le nom du Père et du Saint-Esprit. Dans le diocèse de Reims, si l'on s'incline au Filio du Gloria Patri, c'est une exception; partout ailleurs on ne salue qu'à la fin du Gloria, pour rendre hommage à la Trinité entière, aux trois personnes réunies. M. l'abbé Gaume est persuadé qu'on rend et qu'on a toujours rendu des honneurs égaux à chacune des trois personnes divines; dans:le culte comme dans le dogine, le Fils n'a jamais été plus que le Père et que le Saint-Esprit. Je défère respectueusement à cet avis, et j'aurais corrigé sans peine sur le manuscrit ce que j'ai dit et ce que je vais dire d'opposé à cette conviction; mais il faudrait remanier entièrement plusieurs feuilles d'impression. Ce n’est pas une ou plusieurs phrases que je devrais modifier, mais l'esprit de tout ce chapitre que j'aurais à faire disparaître. Je conserve donc ce qui est imprimé après les explications que je donne et les réserves que je viens de faire.
? Dans le symbole des apôtres, sur douze propositions, une seule en quatre mots concerne le Saint-Esprit {Credo in Spiritum Sanctum), une seule en neuf mots est relative au Père (Credo in Deum Patrem, omnipotentem, creatorem.cœl et terræ) ; mais. il y a cinq propositions entières pour Jésus-Christ, lesquelles font matériellement la plus forte moitié de tout le symbole.
ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 243 le signe qui caractérisa le Fils comme les deux autres personnes; mais cette croix est un insigne qui vient du Christ et dont se parent les deux autres personnes de la Trinité. En outre, la plénitude de l'être , la toute-puissance, ne devrait pas plus appartenir à Jésus-Christ qu'au Père et qu'au Saint-Esprit; car elle réside dans la Trinité et non pas spécialement dans une seule personne. Si l'une des trois personnes divinés devait se. *'APPLORIRCS de préférence, ce serait plutôt Dieu le père assurément”. Cependant, chez les Grecs surtout, la toutepuissance et la source de l'être sont attribuées très-souvent et presque exclusivement à Jésus-Ghrist. Ainsi, dans le ciel des grandes coupoles byzantines, brille sur fond d'or la gigantesque figure du Tout-Puissant, du Pantocrator. Ce mot de Tout-Puissant, qui réveille chez nous l'idée du Père plutôt que du Fils ou du Saint-Esprit, est en opposition avec cette figure qui a trénte ans, la barbe fine et courte, lestraits doux et jeunes. Cette image pourrait donc être celle du Pèresousla figure de son fils, comme la rigueur du dogme théologique semblerait le vouloir ; mais à côté de l'inscription 0 Ialoxeglowp, on lit celle-ci : IC X°C. On ne peut sy méprendre: c'est Jésus-Christ qui domine l'Église grecque comme il domine le monde. D'ailleurs, dans les croisillons de son nimbe crucifère, on Voit o wv. Ainsi le Christ est tout à la fois l'être et la puissance par excellence. Les beaux manuscrits grecs que la Bibliothèque royale possède peuvent fournir dans plusieurs de leurs miniatures la vérification de ce fait.
* « Credo in Deum patrem, OMNIPOTENTEM, creatorem cœli et terræ, et in Jesum « Christum, filium ejus unicum, etc. » Le symbole des apôtres attribue donc spécialement la puissance à Dieu le père. Toute la tradition chrétienne est constante à cet égard; dans le chapitre consacré à la Trinité, nous donnérons un texte de Richard de Saint- Victor, qui est formel sur ce point. — Dante (Divine comédie, chant x du Paradis) dit également que c'est le. Père qui crée et ordonne le monde.
* Voyez, entre autres, le manuscrit ‘grep 1128.— Guillaume Durand remarque dans
Jésus-Christ semble donc plus honoré que son père. Le langage usuel en fournit une nouvelle preuve. Dieu le père ny est pas considéré comme notre souverain, comme notre roi, tandis que nous donnons ce titre à son fils. En tête du nom de Jésus-Christ, on met Notre-Seigneur, comme on dit Notre-Dame en parlant de la vierge Marie. C'est qu'en effet il y a surtout deux personnes qui gouvernent notre cœur, Marie et Jésus, la mère et le fils. Voilà les deux étoiles vivantes qui rayonnent sur la chrétienté.
En iconographie, le Dieu par excellence, cest Jésus. À toutes les époques et sans interruption , il a été représenté sous toutes les formes par l'art, et l’art est la contre-épreuve des croyances. Âu temps où le Père ne montrait que la main, Jésus apparaissait en pied et à tout âge, imberbe ou barbu, à dix-huit ou trente ans. Il faut même dire qu'alors il est trèssouvent et presque toujours représenté sous la forme d'un beau, d'un adorable adolescent imberbe, à figure douce, de quinze à dix-huit ans, à longs cheveux abondants et bouclés sur les épaules; il est quelquelois orné d'un diadème ou d'une bandelette au front, comme un jeune prêtre des dieux païens. C'est une figure chérie et que l’art caresse avec amour”. À une époque opposée, au xv° siècle, alors que le Père est défiguré par l'art et abaissé à la condition d'un pape usé de vieillesse et
le Rationale (lib. T, cap. 11) que, même dans l'Église latine, la toute-puissance est attribuée à Jésus. H dit : «Imago Christ. picta ut residens in throno, seu in solio excelso, præ- «sentem indicat majestatem, quasi dicat : Data est ei omnis potestas in cœlo et in terra. »
* Voyez les sarcophages dessinés dans la Roma sotterranea, édition de Rome, 1632, pages 285, 293, 295. Voyez plusieurs sarcophages trouvés dans les Aliscamps d'Arles et disséminés aujourd'hui dans plusieurs villes du Midi, notamment à Marseille et peut-être à Toulouse. Dans la petite ville de Saint-Maximin , à Tarascon et à Clermont-Ferrand, j'ai vu de ces sarcophages où brille ce Jésus imberbe. Dans un village de l'arrondissement de Reims, dans la cathédrale de Reims même, des sculptures des x° etxrm° siècles montrent le même gracieux adolescent entre les pèlerins d'Emmaüs , après sa passion, et dans
tombé en décrépitude, Jésus conserve toute sa beauté, tout son éclat, toute sa dignité. L'art italien est précoce et devance le nôtre de cent ou même deux cents ans; par conséquent, il a trouvé, 1l a exécuté, un siècle ou deux avant nous, le portrait de Dieu le père. Cependant Buffamalco, dans la première moitié du xIv° siècle, peignait encoresur les murs duCampo-Santo de Pise Jésus-Christ, et non pas Dieu le père, faisant sortir le monde du néant. Dans la figure de ce créateur, il est impossible de reconnaître le Père éternel. Sa jeunesse, les ondes abondantes de sa chevelure, la finesse et la rareté de sa barbe, la douceur de sa physionomie, trahissent tous les traits qui signalent Jésus- Christ”. Dans le dessin suivant, la personne divine, qui fait naître les neuf chœurs des anges sous le souflle de sa bouche et la bénédiction latine de sa main, se révèle encore sous la figure du Fils et non pas sous celle du Père *. Ce Dieu de trente à trente-cinq ans tient le globe, image de l'univers qu'il a créé.
les eaux du Jourdain, à son baptême. Dans la cathédrale de Reims, c’est contre la muraille occidentale, et à l'intérieur, qu'on voit ainsi Jésus imberbe. Il se montre jeune et souriant à Moïse, du haut du buisson ardent. Puis il passe, toujours imberbe et toujours plein de sérénité, devant la foule à qui saint Jean dit : « Voici l'agneau de Dieu. » Il convenait bien en effet que cet agneau divin, à forme humaine, fût représenté dans un âge tendre. Enfin Jésus est imberbe lorsqu'il descend dans le Jourdain pour être baptisé par saint Jean. Ces statues et toutes celles qui tapissent la paroi occidentale de cette cathédrale sont. des chefs-d'œuvre à soutenir la comparaison devant les plus belles statues de l'antiquité; le geste, l'expression et le dessin sont presque toujours irréprochables.
? Le dessin de cette belle peinture est donné plus bas, au chapitre de la Trinité.
? Notre dessin est tiré du Psalterium cum figuris, Suppl. fr. 1132 *, Bibl. roy. — On remarquera les neufs chœurs des anges, qui sont groupés trois à trois; cette ordonnance est allégorique et se trouve expliquée dans la Céleste hiérarchie de saint Denys l’Aréopagite. Il en sera longuement question dans l'Histoire de l’Ange. Remarquons, cependant et au préalable, que ces neuf chœurs sont identiques dans notre dessin. Il est impossible, faute d’attributs spéciaux, de distinguer les Séraphins, les Chérubins et les Trônes, qui composent le premier groupe; les Dominations , les Vertus et les Puissances, qui forment le second; les Principautés, les Archanges et les Anges, qui entrent dans le troisième. Les Grecs caractérisent les anges beaucoup plus nettement.
65. LE CRÉATEUR SOUS LA FIGURE DE JÉSUS-CHRIST. Miniature italienne, fin du x siècle.
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Ainsi donc, pendant tout le cours du moyen âge, le fils de Dieu n'a cessé d'être représenté sous toutes les formes possibles. Ici, on ne doit point parler de l'homme divin, ni faire la biographie archéologique de Jésus; cest plus tard, et dans un travail à part, quon fera l'histoire du Christ depuis son 1incarnation dans le sein de Marie jusqu'à son ascension. En ce moment, on ne considère Jésus que comme Dieu, que comme seconde personne de la Trinité. La plupart des dessins qui vont suivre montreront donc le Fils dans l'exercice de ses fonctions divines et non humaines. On va le voir parlant à son père près de qui il est assis, ou créant le monde, ou condamnant Adam et Eve au travail, ou enchaînant la mort et foulant aux pieds le lion et le dragon, l'aspic et le ba-
ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 247 silic; ou remontant au ciel après sa vie terrestre, ou rayonnant dans une gloire, au sein du paradis et les pieds posés sur le ciel ; ou porté dans l'immensité de l'espace sur les ailes des Séraphins, ou bénissant le monde du haut-du ciel, ou debout sur la montagne sacrée, d'où sécoulent les quatre fleuves mystiques et-du haut de laquelle il donne sa loi à l'univers, son Évangile à ses apôtres; ou jugeant les hommes à la fin des siècles, ou, enfin,- vivant: au sein de la Trinité entre le Père et:le Saint-Esprit. C'est encore sous la forme de: l'agneau ou du bon pasteur qu'on le verra, parce que le symbolisme ôte à ces représentations tout caractère humain.
Cependant quelques dessins le montreront. homme et naissant dans le sein dela Vierge, plongé dans le Jourdain et baptisé par saint Jean, attaché à la-croix et mourant en présence-de Marie, sa mère, et de saint Jean, son ami, parce que ces diverses représentations serviront à préciser certains points d'iconographie divine. On donnera aussi plusieurs variétés de croix, parce que la croix sans le crucifié est un symbole comme l'agneau ; mais, on le répète, 1l est question ici dela seconde personne.divine, du fils de Dieu et non du fls de l'homme, non de Jésus-Christ ou-du divin crucifé.