Iconographie de sainte Cécile
i?^&> par ffîgr X. Bartuer De ffiontault. ^v^ (Extrait ûe la Eeïnte De l'&ct chrétien*
r- (Tome V, 4me livraison, 1887.)
■EXTRAIT DE LA REVUE DE L'ART CHRÉTIEN. l837. — 4,l,e LIVRAISON.
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la science des images.
Or par images on entend , d'une manière générale, toute représentation figurée, quels qu'en soient le mode et
De création récente en ecclésiologie, car elle a été devancée par l'iconographie profane, elle a pu fixer assez promptement ses principes et ses règles. Née de l'observation des monuments, contrôlés par les textes, elle apprend à connaître, décrire et apprécier les œuvres de l'art, vraiment esthétique ou simplement populaire. Son domaine est très étendu et ses investigations confinent, d'une part, à la liturgie, dont elle est une des formes, tant pour la dévotion publique que pour la dévotion privée et, de l'autre, à l'archéologie, qui la renseigne sur tout ce qui est de sa compétence, comme les dates, les inscriptions, le procédé d'exécution, etc.
L'iconographie de sainte Cécile est encore à faire. Je regrette qu'elle n'ait tenté personne. C'eût été un utile et agréable complément à la vie publiée par Dom Guéranger à la librairie de Firmin-Didot. Sans doute les illustrations, nombreuses et choisies, qui la rehaussent, en fournissent pour ainsi dire la matière première, mais tous ces éléments, un peu disparates, auraient gagné à être groupés méthodiquement et expliqués scientifiquement.
Les notes que j'ai recueillies à Rome, pendant bien des années, et il y a longtemps
déjà, dormaient dans mes cartons. Voici le moment venu, je crois, de les utiliser, bien qu'incomplètes : peut-être donneront-elles, ce que je souhaite vivement, le désir et le goût d'aller plus loin et d'approfondir davantage unsujetpar lui-même si attrayant. Un hiver passé dans la Ville Eternelle, un voyage rapide à travers l'Italie, permettront, j'en suis convaincu, de recueillir quantité de documents qui ne sont pas à dédaigner dans un ensemble de ce genre, où je vais étudier successivement la vie, les souvenirs, l'invention du corps, les attributs et les vertus de sainte Cécile, l'illustre vierge et martyre du IIe siècle.
LA vie comprend, d'ordinaire, trois phases distinctes : la vie proprement dite, la passion et la glorification. Celle de sainte Cécile, sous ce rapport, ne diffère pas des traditions admises. Elle se base, dans les représentations peintes, sur les Actes, qui furent d'autant mieux connus au moyen âge qu'ils ont passé presqu'entièrement dans le Bréviaire et la Légende cC or, ces livres que tout le monde avait entre les mains.
Rome possède quatre vies : deux remontent au XIIIe siècle, qui fut une époque si féconde et si belle ; et les deux autres au XVIIe, où l'art avait atteint un haut degré de perfection. La place qu'elles occupent mérite d'être signalée. A Sainte-Cécile au Transtévère, une série de fresques tapissait le portique ouvert, en sorte que les fidèles, avant d'entrer, pouvaient contempler les
iconographie ht aainte Cécile*
actions d'éclat de la sainte qu'ils venaient vénérer. Là était la vie militante, l'initiation ; au sanctuaire, à la conque de l'abside, audessus de l'autel, était mise en évidence l'apothéose au ciel, récompense éternelle d'un sacrifice généreux fait pour Dieu.
A Saint- Laurent hors-les-murs, le XIIIe siècle à ses débuts, c'est-à-dire sous le pontificat d'Honorius III, avait aussi embelli par la couleur et Yhistoire, comme on disait alors, le portique qui précède l'entrée principale et y avait réuni les deux diacres Etienne et Laurent, dont les corps reposent dans des sarcophages, sous l'autel papal. C'était donc une sage et pieuse coutume, qui excitait à la fois le sentiment religieux et la confiance des dévots.
La seconde série se voit à Saint-Urbain alla Caffarella, près de la voie Appienne, et autour des murs de cet ancien temple transformé en église. Elle date aussi du XIIIe siècle et a parfaitement sa raison d'être, car on montre, dans la crypte, l'endroit où le pape saint Urbain se retira pour se soustraire à la persécution et où il conféra avec les deux époux Cécile et Valérien. Ce lieu est donc encore plein de leur mémoire. Leur vie s'ajoute à celle du Christ, que l'Église a proclamé le roi des martyrs (:), parce que ceux-ci se sont inspirés dans leur immolation de l'exemple sublime offert par leur chef (2).
i. « Rex gloriose martyrum,
Corona confitentium, Qui respuentes terrea Perducis ad cœlestia. ))
(Hymne du commun des martyrs.) 2. « Pœnas cucurrit fortiter
Et sustulit viriliter Fundensque pro te sanguinem alterna dona possidet. »
« Invicte martyr, unicum Patris secutus Filium, Victis triumphas hostibus, Victor fruens cœlestibus. »
(Ibid.)
(Ibid.)
La troisième série est l'œuvre du cardinal Sfondrati : elle suit de très près la seconde invention et fut achevée l'an 1600.
La quatrième série de peintures, également murales, nous transporte en plein XVIIe siècle et à Saint- Louis des Français, notre église nationale, car toutes les nations ont leur lieu de réunion et de prière dans cette ville bénie. Elle décore une chapelle latérale, insigne monument de la piété d'un écuyer apostolique, né en France et de sa famille, qui reconnaissait sainte Cécile pour patronne et protectrice.
En combinant ensemble tous ces documents et en les complétant par d'autres empruntés à l'Italie, à cause de la similitude des types et de la connexion des traditions, nous arrivons à reconstituer ainsi la vie de sainte Cécile en dix-huit tableaux, qui la présentent sous tous les aspects notés dans sa légende.
1. Cécile, chrétienne, sous l'œil des anges, lit et médite l'Evangile. « Csecilia, virgo clarissima, absconditum semper evangelium Christi gerebat in pectore et nec diebus nec noctibus a colloquiis divinis et oratione cessabat » (Bartolini, p. 4).
2. Cécile épouse Valérien, qui lui met un anneau au doigt (1). « Hsec Valerianum quemdam juvenem habebat sponsum, qui juvenis in amore virginis perurgens animum, diem constituit nuptiarum » (Bartolini, p. 6) (2).