Iconographie et description de chenilles et lépidopteres inédits
Ann. Soc. ent. Fr. (1850), séance du 26 décembre 1849, pl. 8. — Ramb. Cat. Syst., p. 378. — Maurice Girard, les Métamorphoses des Insectes, p. 263, fig. 211 et 212.
La plus belle de toutes les conquêtes que l’entomologie a pu faire en Europe depuis cent ans, et plus peut-être, c'est assurément celle de la magnifique Saturnia Isabellae, découverte en Espagne par le docteur Mariano de la Paz Graëlls, il y a vingt ans.
Espérant donner plus d'intérêt au sujet dont il va être question, je
2 CRENILLES B9 LÉPIDOPTÈRES INÉDITS.
crois devoir rapporter littéralement un passage du, mémoire de M. Graëlls. «Ce magnifique lépidoptére, dit-il, a été l'objet de mesdésirs et de mes recherches pendant onze années consécutives. Récemment établi x Madrid, j'eus le plaisir de connaître M. Jean Mieg, célèbre professeur de physique de S. M., et naturaliste distingué qui, dans nos conversations entomologiques, m'assura plusieurs fois que la Saturnia Luna existait dans notre faune. Cette affirmation surprenante stimula ma curiosité de telle sorte, qu'après avoir pris tous les renseignements nécessaires , je résolus de faire les plus grands efforts pour retrouver ce beau lépidoptère américain. Mes recherches furent vaines jusqu'au printemps de 1848, époque à laquelle je rencontrai une chenille qui, par ses caractères génériques, me fit soupçonner de suite qu’elle appartenait au papillon que je cherchais ; car je n’avais aucun doute sur le genre dont elle faisait partie, et j'étais sûr que ce n’était pas la chenille des quatre espèces de Saturnia connues en Europe. Au printemps de cette année (1849), je retournai au même endroit, et après trois jours de recherches continuelles et minutieuses, j'eus le bonheur de rencontrer, non le lépidoptère que le professeur Mieg croyait avoir vu et que je cherchais avec ardeur, mais bien l’espèce que je viens de décrire, et qui avait donné lieu à l'erreur de mon savant ami. En effet, la S. Zsabellae a une certaine ressemblance avec a S. Luna, mais elle s’en distingue d’une manière très-précise par les caractères que j’ai indiqués dans ma description. Comme toutes les espèces du même genre qui vivent dans notre pays, l'insecte parfait naît au printemps, sa chenille vit deux mois, après lesquels elle se transforme en une chrysalide, état où elle passe les dix autres mois. »
« Quand j'aurai complété l'étude des mœurs de cet insecte, je me propose d’en faire part à mes savants collègues, comme je l'ai déjà fait pour des découvertes moins importantes. »
M. Graëlls n’a fait connaitre que la 9 de ce remarquable lépidoptère, et, comme il n’a pas dit plus tard, ainsi qu’on s’y attendait, sur quel arbre ou arbrisseau vivait la chenille de la Sat. Isabellae, la recherche de ce papillon n'avait guère été possible, et, par le mystère
Saturnia [sabellue. 3 qui semblait l’entourer, certains lépidoptéristes ont douté et doutent encore de son existence en Europe. Cependant M. Staudinger qui déjà a tant fait pour la science, entreprit de se rendre lui-mêmeen Espagne, et alla à la recherche de ce bel insecte. Ce n’est qu’à la fin de son secondvoyage en cette terre promise des entomologistes, qu'il réussit à obtenir des renseignements sur l’Zsabellae, lesquels l’amenèérent peu à peu à découvir lui-mème la chenille qu'il élève depuis. Chaque année cette larve lui est envoyée d’Espagne ; mais ce n'est pas sans beaucoup de peine, paraît-il, qu’il amène l’insecte à bonne fin, car la chenille est fort délicate. Espérons qu'avant peu les collections importantes possèderont toutes cette Safurnia qui conserve toujours un prix trèsélevé.
J'ai dit que le o” d'Zsabellae n’était pas connu (1). Les entomologistes verront avec intérêt, j'ose lespérer , la figure du o” que je fais représenter, celle de la chenille (2), celle de la chrysalide qui n’est point encore connue, et, enfin, la véritable plante qui nourrit cette larve laquelle n’est pas moins remarquable que son brillant insecte parfait.
Elle est cylindrique, avec le fond d’un beau vert pomme ; la région du dos est marquée d’une large bande continue d’un brun rougeûtre, et lisérée de blanchâtre de chaque côté, du 4° au 10° anneau inclusivement. De plus, ces mêmes segments sont cerclés de pourpre obscur ; chacun des cercles est, de chaque côté, partagé régulièrement par
(4) Cependant il vient d’être question du & dans la deuxième édition du volume de M. Maurice Girard , p. 263. Ce & a été représenté par la gravure sur bois, fig. 212, mais d’une manière qui laisse à désirer pour l’exactitude de la forme. D'ailleurs, M. Girard ignorait quel est l'an qui nourrit la chenille, ainsi qu’ij nous le dit lui-même.
(2) Cette chenille, figurée dans les Annales de la Sociélé entomologique de France , laisse beaucoup à désirer pour la forme et la couleur ; j’ai l'espérance d'avoir réussi à la rendre plus exactement.
deux taches diagonales d’un blanc jaunâtre. La région#du ventre est d’un ferrugineux pâle ; enfin tout le corps est aspergé de nombreux points d’un blanc jaunâtre, lesquels sont plus apparents sur les parties du corps teintées de brun rougeñtre que sur le fond de la chenille d’un vert pomme. Le premier anneau présente en dessus une plaque écailleuse (4) dont le fond est d’an noir luisant aspergé de points blanchâtres. Cette plaque est partagée en deux par un large sinus : elle est en outre entourée de toute part d’un filet jaunâtre. Le cercle des deux premiers anneaux est uniformément jaunâtre. La tête est globuleuse, noire, luisante, présentant de nombreuses stries jaunätres, ou mieux plusieurs séries de points qui se touchent et qui forment des stries claires. Les stigmates, placés assez haut et au centre de la partie foncée de chacun des cercles, sont ovales, d’un fauve obscur, entourés de noir et partagés au centre par un trait foncé, délié et perpendiculaire. Les pattes écailleuses sont robustes et d’un pourpre obscur; les membraneuses sont alternativement jaunes et rougeñtres ; ces dernières sont terminées par une sorte de ventouse ayant le bord divisé en deux partieset garni d’un rang d’épinescourtes, brunes, dont les pointes du bord supérieur sont projetées en haut, et celles du bord opposé sont dirigées en bas; de plus, une membrane charnue, garnie de poils très-courts, dépasse les pattes et semble protéger extérieurement leurs épines. Ce ne sont plus les pattes du Saturnia Pyri dont la couronne est garnie d’un cercle de petites épines. Ces pattes membraneuses ainsi conformées paraissent évidemment indiquer que la chenille de l’Isibellae vit fixée aux feuilles longues et déliées d’un pin, feuilles qu’au repos elle n’abandonne pas pour se eramponner aux branches (2). C’est effectivement aux dépens des feuilles d’un conifère, du Pinus maritima, Lam. que vit la chenille
(1) M. le Dr Graëlls a omis dans sa description de parler de ce caractère important.
(2) 11 en est de même pour la chenille du Lasiocampa Pini, que j'ai souvent observée dans la nature, et dont les pattes membraneuses ont, à peu de chose près, la même conformation que celle des pattes de la larve d'Isabellae.
Saturnia Isabellae. 5
de la Sat. Isabellae ; l'arbre, suivant M. Staudinger, est fort abondant sur les hauteurs qui avoisinent Madrid, véritable patrie de la belle Saturnia qui nous occupe. Les deux pattes anales présentent, à peu de chose près, la même forme que les ventrales. Le corps de la chenille est en outre garni de points tuberculeux surmontés de poils d'un brun fauve sensiblement plus longs sur les 2° et 11° segments que sur les autres. |
Lorsque cette larve est inquiétée, elle fait entendre un petit bruit particulier qui a été souvent remarqué.
Au. moment de da, transformation qui arrive à la fin de juin, la chenille qui a vécu. deux mois environ, construit une coque pyriforme, d’un brunrougeâtre, qu’elle place dans les feuilles ou dans les gerçures de l’écorce du pin, et bientôt a lieu la transformation. Selon que la chenille a été plus ou moins abondamment nourrie, la coque diffère de couleur, depuis le brun rougeûtre (c’est la coque que j'ai ficurée, pl. 101), jusqu’au blond presque blanc. La crysalide est assez courte, d’un brun foncé mat, avec le dernier anneau garni de plusieurs pointes courtes et noires. L'état léthargique, ainsi que ce qui se passe chez nos Saturnia européennes, dure près de dix mois.
Ces mœurs de l’Zsabellae me remettent en mémoire celles de la . Gæœcropia, belle saturnide dont, pendant trois ans, j'ai fait à Lyon l'éducation en plein air (4). Contrairemeut à cette grande espèce de Amérique du Nord, et, ainsi que je l’ai fait observer plus récemment à l'égard du Lasiocampa Pini des environs de Cannes (2), la S. Zsabellae n’a pas deux générations.
INSECTE PARFAIT
L'envergure de la $ qui a été figurée par M. Graëlls, me parait
(1) Ann. Soc. ent. Fr. Année 1853, p.
(2) Bulletin des Ann. soc. ent. Fr., année 1858, XCI.
exagérée. La $ que j'ai sous les yeux, en nature, ne mesure que 0% 074 (1); le o en mesure 80. Ce dernier, contre l’ordinaire chez les Saturnides, serait donc plus grand que la $ ?
Cette Saturnia qui doit former, sinon un genre séparé, au moins un groupe à part (2), est, en effet, l’unique représentant européen connu de la section des Caudaiæ, de Cramer, dont fait partie la S, Luna. |
Les ailes du o” de l’Zsabellae sont grandes, bien développées, d’un beau vert clair qui se fonce un peu par la dissécation de l’insecte, à moitié diaphane, avec les bords et les nervures d’un rouge ferrugineux. Les secondes ailes sont ornées d’une longue queue dont la pointe se dirige extérieurement et qui est des plus caractéristiques ; elle donne à l’insecte un faciès vraiment exotique. Au centre de chacune des quatre ailes, on voit une grande tache ocellée formée des plus riches couleurs; la pupille est diaphane, et la partie qui lui est opposée est d’une belle couleur pourpre. L’anneau qui suit est partagé en deux couleurs, la partie externe est d’un jaune de chrôme : et la partie interne d’un blanc bleuâtre vif; le tout enfin, est entouré d’un anneau noir, un peu plus large intérieurement qu’extérieurement. La base des ailes supérieures est d’un jaune vif; une large bande d’un vert jaunâtre précède le limbe, qui est d’un rouge ferrugineux ; cette bande est elle-même précédée par une ligne noire qui la borde de chaque côté et qui est doublée intérieurement. Aux ailes inférieures cette bande noire interne est simple. Ces larges bandes d’un noir lavé de jaunâtre, sont coupées aux quatre ailes par les nervures ferrugino-vineuses qui viennent aboutir à la frange. Les der-
oo
(4) J'ai vu dans la collection de M. Dardoin, une @ de la S. Isabellae qui était de même grandeur que celle que je possède. |
(2) « Cette espèce, si différente des précédentes (1), pourrait peut-être former un genre» Ramb. Cal. Sysl.des.Lépid. de l'Andalousie, p. 378. « Au reste, ajoute M. Rambur, elle diffère moins de nos espèces que Île Cœcigena, quaoiqu'elle fasse un groupe à paré. »
A) Attacus Pavonius L. et Pavontellus, Scop. (Pavonia minor).
Fyphonia Phryganiluqubrella. 7 nières nervures des secondes ailes, celles de la queue, sont presque entièrement jaunes ; le bord interne des inférieures est orné de longues franges soyeuses et concolores. Le dessous des quatre ailes est, à peu de chose près, la répétition du dessus ; la seule différence appréciable est le bord supérieur des secondes ailes qui est d’un jaune vif. Les antennes, qui sont médiocrement longues, sont remarquablement pectinées ; elles sont entièrement d’un brun ferrugineux ; la hampe est fine et se termine par une pointe aiguë ; les barbules sont réunies par deux et non disjointes à l'extrémité. La tête est jaune avec les yeux noirs; le thorax, fourni de longs poils, est vineux, et le prothorax est jaune ainsi que les ptérigodes. Le corps est très-villeux, jaunâtre, marqué de vineux en dessus et finement annelé de noirâtre.
La © s'éloigne principalement du o” parson envergure plus petite , les queues des ailes inférieures très-courtes et anguleuses, par les antennes qui ne présentent qu’une légère ciliation, etc.
* Mon cabinet : un d’et une Dex larvd, et six cocons de couleurs diverses.
Collection Dardoin, à Marseille ; un ©.
: Typhonia Piryganilugubrella à.
(PI. 102, fig. 4 à 3).
Cette Typhonia d est peut-être distincte de la Phryganilugqubrella, Brd. dont l’auteur de la monographie des Psychides n’a connu que la 2; mais la confusion dans ce genre difficile me parait déjà s1 did que j'aime mieux, jusqu'à nouvelle information, ne voir en ce lépidoptère que l'espèce précitée dont l’histoire des premiers états est à peu près inconnue. Bruand n’a donné sur la chenille qu’une indication très-vague et un dessin assez peu exact (4). Cet iconographe
(1) Ce dessin à été fait d'après une chenille morte dans son fourreau, depuis longtemps desséchée, et chez laquelle les couleurs des plaques ecailleuses étaient devenues très-confuses.
avoue quel’exemplaire unique qui a servi à sa figureet à sa description, «aëété rapporté par MM. Lederer et Herrich-Schæffer à la Lugubrosella «(Lugubris apud Germanos). I] est possible, ajoute cet auteur, que ce ne soit là qu’une variété bien plus petite, et à antennes plus grosses, au contraire. » À cela je répondrai que si les insectes varient souvent par la taille, plus petite ou plus grande, il n’en doit être de même à l'égard desantennes, et que puisque la Phryganilugubrella ç alesantennes beaucoup plus épaisses que la Lugubrosella $ (Lugubris) qui, elle, les afiliformes, celle-là est bien évidemment une espèce distincte. De plus, et ce fait doit paraitre concluant, c’est que les trois oobtenus ex larvé, que jerapporte à la Phryganilugubrella, Brd. n’ont, chez aucun, les points blancs et si caractéristiques des ailes supérieures. Pour— rai-je encore ajouter un dernier fait militant en faveur de mon opinion ? c’est que « M. Stentz a pris plusieurs couples de Lugubrosella in copulà en chassant, il y a une dizaine d’années, près d’Ulreichsdorf, en Styrie, où il recueillit une centaine d'exemplaires de cette rare Psychide, dans une forêt récemment coupée où se trouvaient beaucoup de troncs pourris desapins. Les o” voltigeaient en grand nombre autour des ©. Plusieurs de celles-ci étaient posées sur des troncs pourris où M. Steutz trouva des chrysalides semblables à celles des Sesia et engagées dans le vieux bois. Il en conclut que ces chrysalides étaient celles des Lugubris et que la chenille vivait à la manière des Sesia. » (1) (Monographie sur la tribu des Psychides, par Th. Bruand; p. 26). Et, dans ce même ouvrage, l’auteur nous dit, à l'introduction, p. 4 : « M. Lederer m'a assuré avoir pris des Lugubris, Hb. incopulà et fraîchement éclos dans les Alpes d'Autriche, près de leurs chrysalides engagées dans le bois pourri de vieux troncs d’arbres. » La chenille de la Phryganilugubrosella, au contraire, habite un fourreau tubulaire qu'elle traîne sans cesse après elle, et où l’insecte opère ses
(4) Je dois ajouter que Bruand croit que M. Stentz s’est trompé, et que les chrysalides qu’il a découvertes appartiennent réellement à des Sesia.
Typhonia Phryganilugubrella. 9 diverses métamorphoses à la manièré des Psychides, ainsi, du reste, que je vais le dire.
Dès le mois de septembre on la rencontre, à moitié taille, trainant son fourreau. Elle passe l'automne, l’hiver et une partie du printemps ; elle grossit donc lentement et n’est parvenue à tout son développement que vers la fin de mai. Enlevée de son fourreau à cette époque, cette chenille vermiforme s’est ainsi montrée à mes yeux : elle est longue, cylindrique, un peu atténuée postérieurement, faiblement carénée sur les côtès, à seize pattes, avec les trois premiers anneaux et le dernier recouverts d’une plaque écailleuse noire et luisante. Le fond est d’un jaunâtre ambré chaud, largement marqué de gris foncé sur les six premiers et les deux derniers segments. Le chapet anal et les points trapézoïdaux jaunâtres et luisants sont très-petits, mais visibles à l'œil nu. La tête est rétractile, noire et marquée de deux points jaunâtres fronteaux. La plaque des trois premiers segments est de son côté marquée de plusieurs lignes d’un ton jaunâtre ; le tube intestinal, d’un vineux bleuâtre, est très-visible sur les 7°, 8° et 9° anneaux ; les stigmates, quoique blanchâtres, sont à peine indiqués. Les pattes, écailleuses ainsi que toutes celles de Psyche destinées à traîner un fourreau, sont robustes, relativement longues et noires ; les huit ventrales sont petites, concoloreszavec la couronne brune.
Cette larve, après avoir été retirée de son fourreau, et ensuite remise à sa portée, s’y est précipitée; mais je n’ai pas remarqué qu’elle ait réussi à s’y retourner , ainsi que le font les Psyche et Fumea en pareil cas. |
On trouve la chenille de Phryganilugubrella, qui paraît avoir les mœurs de la Ciliaris, Tr., sur plusieurs plantes basses et arbrisseaux ; cependant c’est l’esparcette qu’elle m’a paru préférer. Je l’ai rencontrée en grande quantité, aux environs d’Ax (Ariége), sur les pelouses,
rocheuses les mieux exposées. Pour se chrysalider, æette chenille ne quitte pas son fourreau, demeure sur,le sable nu ou sur le gazon court, enfermée dans son enveloppe tubuleuse, laquelle présentant un certain poids, n’est point emportée par le vent, ainsi que le seraient ceux des Psyche, formés le plus souvent de fétus de paille ou de brins de mousse.
Le fourreau est allongé, cylindrique, tubuliforme, grisâtre, tissé de soie grise et recouvert de grains de sable et de parcelles rocheuses. II ressemble à celui de la T. Ciliaris, Tr.
Le o,toujours plus petit que la® , mesure 0" 020 à 0" 024; il aun peu le port de la Lugubrosella, Br. et de la Ciliaris Tr. bien que plus petit. Les quatre ailes sontd’un noir fuligineux, opaque, mat, uniforme, bordé à la côte et en deça de la frange, d’un liseré d’un noir profond. Cettefrange, médiocrement longue aux quatreailes, est blanchâtre(1). Les antennes sont sensiblement pectinées, pas très-longues, finissant en pointe aiguë, et entièrement noires ; le thorax est assez robuste et noir ; l’abdomen, dépassant à peine les ailes inférieures, finit en deux pointes grisâtres. Le dessous ressemble au dessus, cependant le noir des ailes est moins intense, et si les pattes sont noires, elles sont annelées de blanc à l’extrémité ; les postérieures ne possèdent qu’une seule paire d’éperons ; la 9 en a deux paires.
La Thyph. Phryganilugubrella S et $ , avant d’avoir été trouvée dans le département de l'Ariège, avait été rencontrée à Marseille, puis à Hyères (Var) par feu Donzel. Depuis, je l’ai retrouvée une fois aux
(1) Ce caractère des franges blanches chez le &, alors qu'elles sont plus ou moins obscures chez la @, est partagé par sa congenèfe la Ciliaris, Tr. (Melas Ciliaris, Dup.).
Psyche Abencerragella. 11 environs de Cannes où l'espèce paraît fort rare. Cependant à Axsur-Ariège, comme je l’ai dit, elle est des plus abondantes (1).
Collection Donzel : un o” et une ©
Mon cabinet : trois o” ex larvé, et deux 2, dont l’une aservi à Bruand à créer l'espèce. |
Obs. Bien qu’il ne me soit éclos que des ©”, j'incline fortement à penser que ceux-ci appartiennent à, la Phryganilugubrella de Bruand ; en effet, une © a étéprise au vol dans un lieu où, à Ax, de nombreux fourreaux du © furent rencontrés.
Psyche Abencerragella, Mir.
(Species nova.) (PL. 109, fig. et 5.)
Si, comme j'essaierai bientôt de le démontrer, la prétendue variété constante de la Psyche Albidella (Ps. Millierella, Bd.) est une espèce bien distincte, j'ai tout lieu de croire qu'une variété supposée de la Ps. Malvinella, constamment de couleur fuligineuse, est également distincte du type, et doit constituer une espèce séparée ; elle est de plus inédite ; car personne, que je sache, n’en a encore parlé.
(4) L'espèce appartient aussi à la faune napolitaine ; en effet , lors de mon voyage en Italie, je remarquai dans le cabinet entomologique de l’Université de Naples, deux individus, un & et une @ decette rare Typhonia sous les noms de Chimera lugubris. Ces deux sujéts sont en tout semblables à ceux d'Hyéres, de Cannes et d’Ax; ils ont élé capturés par M. Achille Costa lui-même, directeur du muséum de Naples: la @ aux environs de la ville, le g sur le versant méridional d’Aspremonte.
Voici la description de cette nouvelle Psyche : .
Envergure : 0" 013 à 0" 014. Sa taille est un peu plus grande que celle de sa congénère Malvinella ; cependant la coupe des ailes de l’une n’est pas exactement celle de l’autre. En effet, Abencerragella a les quatre ailes un peu plus allongées, les antennes plus développées et mieux fournies d’écailles, le thorax plus robuste et l’addomen plus gros, Ce qui frappe tout d’abord chez cette nouvelle Psychide, c’est la teinte des quatre ailes qui, bien qu’un peu diaphanes, sont entièrement d’un noir fuligineux, avec les antennes, les poils du thorax et ceux de l’abdomen en dessus, d’un noir profond et mat. Les franges, la poitrine et les pattes sont d’un noir de charbon; cependant les poils de l'abdomen sont, en dessous, moins noirs qu’en dessus.
Je regrette de ne pouvoir faire connaître les premiers états de cette Psyche. Sa chenille etson fourreau doivent sans doute avoir beaucoup de rapports avec ceux de l’espèce voisine Malvinella.
La P. Abencerragella a été prise aux environs de Grenade (Andalousie), par M. Staudinger. Elle vole au premier printemps, au soleil le plus ardent.
Dans le Catal. Stgr., elle portera le n° 161 bis.
Cabinet Stgr. : plusieurs o”.
Mon cabinet : quatre mâles.
Psyche Cinerella, Dur.
Supp. IV, p. 61, pl. 56, fig. 4. — Br. Monog., p. 53, n° 30 a et 306. — Villosella. Ramb. Cat. Syst. de l’Andal., p. 295,
(PI. 109, fig. 5 à 12.) Bien que M. Rambur, dans son savant livre, p. 295, nous dise en
parlant de la Psyche Villosella, Och : « Nous ne sommes pas certain que cette espèce habite l’Andalousie, ayant cru seulement la recon-
Psyche Cinerella. 13
naître d’après le fourreau de la chenille. » Et, qu'au renvoi qui suit, M. Rambur ajoute : « Cette espèce est commune dans le midi de la France, et on ne peut douter que ce ne soit elle que Fonscolombe ait désignée sous le nom de Febretta : etc;» bien, dis-je, que l’habile observateur que je viens de citer ait cru reconnaître une Vallosella dans la Psyche méridionale dont il va être question , je crois qu’il y a eu erreur de sa part. Il ne me paraît pas moins certain que c’est encore par erreur que la Febretta Fons. ait été rapportée par M. Rambur, à la Ginerella, Dup. bien distincte, et par sa chenille et par ses mœurs, ainsi que je vais essayer de le démontrer.
La P. Cinerella paraît remplacer aux environs de Marseille, d’Hyères, de Cannes et de Nice, la P. Graminella si commune dans le Lyonnais, et si rare aux environs de Cannes oùje ne l’ai 000 qu'une fois mêlée aux ?. Cinerella.
La Psyche Febretta = Magnella, Brd., Monog., fig. 34, a et b — Maritimella, Brd. Ann. Soc. ent. Fr. 1858, pl. 12, fig. 2 Vetulella, Ramb. (1). ’
La Febretta, dis-je, est une Psyche tout-à-fait séparée de la Cinerella, Dup., laquelle ne me paraît pas être la Villosella des Allemands.
Avant de décrire la chenille de la Cinerella, je crois devoir citer textuellement ce qu'a dit, de la Febretta, Boyer de Fonscolombe qui habitait Aix-en-Provence : « On la rencontre, dit-il, dans les
(1) Selon moi, la Vetulella ne peut être que la vraie Febretta, Fons., et bien que M. Rambur ne dise pas à quelle époque éclot sa Vetulella (1), j'ai acquis la certitude que cette Veulella n’éclot jamais au printemps; d’ailleurs, la description de la chenille s'accorde avec ce que Boyer de Fonscolombe a dit de celle de sa Febrelta, et, mieux encore, avec ce dont j’ai pu m’assurer par mes notes recneillies pendant plusieurs années et mes dessins sur nature. Enfin, je crois que feu Bruand n’avait pas tort lorsqu’à son article Febretta, p. 51 de la Monographie des Psychides, il nous dit: « M. Rambur m'a communiqué récemment (sous le nom de Vetulella) une Psychide qu’il regardait comme nouvelle et qui n'est autre que la vraie Febretla. »
(4) Dont la chenille n'est parvenue qu'aux deux tiers de sa taille lorsque paraît le papillon de la P. Cinerella.
Au © CHENILLES ET LÉPIDOPFÈRES INÉDITS. | champs dès les premiers jours du printemps. Elle reste ordinairement vingt-six où vingt-huit jours en chrysalidé, et donne son papillon à la fin d'août. » Je souligne ces quatre derniers mots pour bien faire remarquer l’époque d’éclosion de la Febretta, tandis que la Cinerella, ainsi que la précédente Psyche, passe l’hiver et éclot invariablement du 45 au 20 mai.
Voici la description de la larve de la P. Cinerella:
Dès le mois de novembre elle a atteint toute sa grosseur; elle cesse de manger en. décembre, se fixe près du sol à un tronc d'arbre, à une branche d’arbrisseau ou à une tige desséchée de plante basse, rarement elle s'attache à une pierre. Elle passe ainsi les deux plus mauvais mois de l'hiver ; décembre et janvier. En février, elle recommence à manger; mais elle ne grossit plus d’une manière appréciable, se fixe définitivement au commencement d'avril, mais moins près du sol qu'avant l'hiver, et se transforme.
Parvenue à son entier développement, cette larve, enlevée de son fourreau, est médiocrement longue, cylindrique, très-plissée, rase, avec une large plaque écailleuse noire, luisante, séparée par un sinus, sur les trois premiers anneaux et une plaque entière sur le dernier. Le fond de la chenille est noir sur les anneaux précités, les segments intermédiaires sont d’un brun vineux sur le dos, et d’un.jaune livide sur les flancs et le ventre. Les stigmates sont gros, ovoides, de couleur pourpre, cerclés de noir et comme en saillie. La tête, qui est petite et globuleuse, est rétractile ; elle est marquée deplusieurstaches blanches, et, au centre, d’un T renversé de même couleur (fig. 10). Les mandibules sont entièrement noires, les palpes également noirs, avec la base blanchâtre. Les trois premiers segments sont marqués au sommet par le sinus concolore qui partage la plaque écailleuse, puis,
Psyche Cinerella. 15 de chaque côté, par une large bande blanche, et au-dessous par deux autres bandes de même couleur, mais étroites. Les six pattes écailleuses sont remarquablement robustes, principalement la troisième ‘paire, avec le premier article clair et les deux autres d’un noir de jais et luisants. Ces pattes, ainsi que le sommet des trois premiers seg— ments, sont seuls garnis de poils fins et courts. La plaque du dernier anneau est à peine plus obscure que le fond. Les dix pattes membraneuses sont fort courtes et petites, d’un vineux clair, et, vues à une forte loupe, présentent au centre une tache ovale, orangée, formant ventouse, c’est-à-dire, disparaissant pour reparaitre à la volonté de la chenille. Cette tache est entourée d’un dessin en fer à cheval ouvert du côté interne et formé par la réunion de petits traits noirs régulièrement placés les uns à côté des autres (fig. 12).
La chrysalide est allongée, cylindrique, atténuée aux deux bouts, d’un brun foncé ; couleur qui s’affaiblit aux extrémités.
Après l’acte copulatif, la @ de la Cinerella sort à moitié de son fourreau et demeure ainsi, la tête en dehors, jusqu’après la ponte, puis elle rentre dans son enveloppe où elle tarde peu à mourir.
Le fourreau qui varie autant pour la forme que celui de Graminella, est, chez le type, construit avec des pailles, quelquefois assez grosses et assez longues, placées les unes à côté des autres et quelques fragments de feuilles sèches de couleur plus ou moins foncée. Au reste, si ce fourreau varie, cela tient aux matériaux qui le composent, aux lieux que les chenilles ont habités. On les rencontre aussi bien dans la plaine que sur les petites montagnes, dans les lieux humides que dans les bois de pins bien exposés et très-secs (1). Il est bon de faire observer que si le fourreau de la Cinerella varie beaucoup, celui de la Febretta, au contraire (Vetulella, Ramb.), varie fort peu. Ce dernier fourreau a été exactement reproduit par M. Bruand , pl. I,
(4) Les chenilles qui traînent ces fourreaux semblent cependant affectionner le voisinage des habitations; plusieurs fois je les ai trouvées dans mon jardin , d’autres fois je les ai vues fixées aux murs de ma maison , à Cannes.
fig. 34 b, et par M. Rambur, pl. HL, fig. 6. Quoi qu’il en soit, il n’est pas possible de confondre ce fourreau de la Febrefta avec celui de la Cinerella.
Je me résume et dois dire que n’ayant pu me procurer la chenille vivante de la P. Villosella des Allemands pour la comparer, il ne m’est pas prouvé d’une manière absolue quela Cinerella, Dup. n’est pas une espèce identique aveccette Villosella, mais que cependant jesuis certain que la Vetulella de M. Rambur, est la même Psyche que la Febretta de Boyer de Fonscolombe, précédemment nommée. Enfin, je fais observer que la chenille de la P. Villosella de Freyer (Tab. 663), est trop différente de celle de la P2. Cinerella, pour supposer la chenille de là Villosella même espèce que la larve de Cinerella.
INSECTE PARFAIT
La figure 30 de la monographie Bruand me paraît vraie et la plus exacte de celles que j'ai vues; seulement, comme le sujet a dû être peint d’après un exemplaire qui avait vieilli en collection, je dois reconnaître que cette figure est pâle, point assez fuligineuse, que la tache cellulaire des ailes supérieures n’est pas assez grande, et l'abdomen pas assez teinté de fauve à l'extrémité.
Le o” de cette Psychide possède à un haut point la faculté d'être attiré par sa ® , ce dont bien souvent je fus témoin à Cannes. En effet, ayant dans mon cabinet des © écloses, les o s’y introduisaient souvent par la fenêtre ouverte et se posaient sur la cage qui contenait ces ®. D’autres fois je les trouvais le matin endormis contre les barreaux de la cage placée sur un balcon. Enfin, je ne dois pas oublier de signaler pour cet insecte un trait de mœurs que je n'ai encore observé chez aucune autre Psyche; je veux parler de l’instant de l’éclosion. Après avoir élevé ex larv& un grand nombre de P. Cinerella , j'ai toujours remarqué que cette espèce, contraire-
Psyche Cinerella. 17 ment à la plupart de ses congénères, éclosait, non pas dans la matinée, mais toujours vers la tombée de la nuit, c’est-à-dire entre cinq et sept heures, et, dès qu'arrivait le crépuscule du soir, commencait à voler; ce qu'elle continuait à faire pendant une partie de la nuit.
L'acte copulatif a lieu pendant la nuit. ét non pendant le jour, ainsi qu’il arrive pour les autres Psyche.
Le Oo” est très-vif; s’il m'arrivait de ne point voir éclore quelques sujets , le lendemain ils étaient à peine reconnaissables, tant ils avaient volé dans la cage qui les enfermait.
La 9 a certaine ressemblance avec celle de la Mayniferella, Brd. (1) “mais elle s’en éloigne par la taille plus petite, la couleur générale moins obscure; la teinte des plaques des trois premiers segments, lesquels, au lieu d’être noirâtres, sont jaunâtres; l'absence de la tache au-dessus de l'œil. Cette ç s'éloigne surtout de sa congénère par la présence de deux petites antennes, alors que celles-ci n'existent pas chez la Magniferella.
Six ou sept jours après l’acte de la copulation, les œufs éclosent, et presque immédiatement les jeunes chenilles, après s'être construit une petite enveloppe portative, s’échappent rapidement à la recherche de leur nourriture.
Obs. Tout récemment j'ai pu m’assurer que la P. Cinerella fait partie de la faune napolitaine; en effet, le © existe, en un seul exemplaire, il est vrai, dans la collection entomologique de l’'Université de Naples, parmi les insectes appartenant à la région des environs de cette ville.
Le 8 mars, j'ai trouvé moi-même quatre fourreaux que j'ai raPportés à ceux de la Cinerella ; ils avaient donné leur insecte parfait l'an née précédente. Ces fourreaux étaient fixés aux murailles mises à jour de l’antique Pompéi. Puis, le 20 du même mois, j'ai rencontré
(1) Que cet auteur rapporte, mais d’une manière incertaine , à la Villosellu, Ochs. « Il serait donc possible que Magniferella ne fût qu’une Vällosella. » (Monogr., p. 55.).
au jardin botanique de Naples, une chenille de la Ginerella, point encore fixée(1), qui ne diffère en rien de celles des environs de Cannes. A Velletri, sur le territoire pontifical, j'ai recueilli plusieurs fourreaux de cette même Psyche, qui sont, ainsi que leurs chenilles, identique: à ceux des Alpes-Maritimes. Mais à Rome et aux alentours de la ville. c’est bien vainement que j'ai cherché le fourreau de la Cinerella. Après de patientes investigations, je suis demeuré à peu près con vaincu que cette Psychide n’appartient pas à là faune lépidoptérique des environs de Rome; au reste partout ici les Psyche doivent être d’une grande rareté puisque je n'ai vu que la seule ?. Crassiorella. Gn. dont les fourreaux étaient appendus aux vieilles murailles.
Psyche (2) Millierella, BDv.
Soc. ent. Fr. 1832 — Plumosella, Bri., p. 48. — Albivitrella, var. abdomine nigro, Brd., p. 48 — Var. Albida, Ramb. Cat. Syst. p. 310.— Var. Albidella, Sigr. Cat. n° 158 b.
(PI. 102, fig. 13 à 17.)
Les auteurs qui persistent à ne pas vouloir séparer la Psyche Millierella, Bdv. de la P. Albidella, Esp. (Albida), de laquelle ils ne font qu’une variété constante (3), ne connaissent pas les habitudes de chacune d’elles. La plupart de ces naturalistes n’établissent ce rappro-
(4) Elle ne s’est métamorphosée qu’à la fin de mai.
(2) Genus Ptilocephala, Ramb.
(3) Bruand excepté, qui la considère comme la Plumosella , Ramb. Il faut que feu Bruand n'ait pas vu la véritable Plumosella en nature pour rapporter celle-ci à la Millierella. Cette P. Plumosella doit être réunie à une autre espèce. Ne serait-ce pas plutôt à la Lorquinella, Brd. (Monogr., p. 46,fig. 25), puisque cette dernière Psychide a le sommet des ailes supérieures seul « légèrement noirâtre, tandis que chez l’autre (la Plumosella), cette portion a une teinte de suie ou de fumée, » ?
Psyche Millierella. 19 ebement des deux Psvchides que sur la forme des fourreaux (1). Indépendamment de ce que les chenilles différent entre elles, ce dont on pourra juger par le dessin de la tête et celui des premiers anneaux de ces deux larves (pl. 102, fig. 46 et 17), les insectes parfaits s'éloignent toujours l’un de l’autre.
L'habitat de la P. Millierella, Bdv. est plus étendu que je ne l’avais d’abord pensé. L'espèce est fort répandue dans le haut Bugey, dans la Savoie et dans toufe l'étendue de la vallée de Saint-Rambert ; mais elle ne dépasse pas Ambérieux (Ain). J'ai retrouvé cette Psychide ” sous ses divers états, et surtout des mieux caractérisée sous celui d’insecte parfait, à Celles-les-Bains (Ardèche), à Amélie-les-Bains (Ariège), et à Nice, Grasse et Cannes (Alpes-Maritimes). Cependant les départements de la Loire (2), de l'Isère ne me l'ont jamais fournie.
Bien que les chenilles d’Afbidella et de Millierella diffèrent l’une de l’autre, elles ont entre elles plusieurs points de rapprochements, ne serait-ce que les mêmes formes générales et les mêmes mœurs. Voici les caractères qu’on découvre sur chacune d’elles après les avoir sorties vivantes de leur fourreau : Le fond de la peau d’Albidella est 16gèrement ambré, tandis que celui de sa voisine est plus obscur, avec les derniers anneaux qui sont presque noirs. Les trois premiers segments de la première de ces chenilles sont garnis de trois doubles plaques écailleuses, noires et luisantes, au lieu que, chez Müillierella, ce sont des taches noires allongées, irrégulières de forme, sur un fond
(1) La forme du fourreau est très-peu stable chez plusieurs Psyche, particuliérement chez Albidella et les espèces voisines, Graminella, Cinerella, ete.
(2) C’est par erreur que M. Rambur, d’après Bruand, sans doute , a dit (Cat. Syst. Lép., p. 311), que cette espèce a été prise au mont Pilat, aux environs de Lyon. Je ne l'ai jamais cap{urée, ni personne à ma connaissance, sur les flancs de cette montagne, ou à son sommet haut de près de 3,000 mètres, lieu cependant où sa voisine la P. Albidella est commune, soit à l’état de chenille, soit à celui d’insecte parfait des mieux caractérisés, c’est-à-dire relativement petit et presque d'un blanc lacté mat au moment de J'éclosion. Les Albidella de ces hauteurs m'ont paru plus petites et peut-être plus blanches encore que celles des zônes inférieures, notamment les sujets qu'on prend aux portes de Lyon.
gris. Si les pattes écailleuses d’Albidella n’ont que le “ernier article noir et les stigmates de forme circulaire, l'espèce voisine a les écailleuses entièrement noires et les stigmates sensiblement elliptiques : indépendamment, bien entendu, de la petitessecomparative de la chenille d’Albidella, de sa transformation qui à lieu vingt ou vingt-cinq jours plutôt de la blancheur de l'insecte parfait au moment de l’éclosion (1) et enfin de son vol qui a quelque, chose d’extravagant et qui esi d’une rapidité excessive.
Les chenilles de ces deux Psyche placées hors de leur fourreau, paraissent fort embarrassées ; elles marchent très-aifficilement, et leurs corps, au tiers recourbé, semble beaucoup les incommoder dans leurs mouvements. |
Lors de la métamorphose, la Psyche Müillierella fixe son fourreau (2) soit à une pierre, soit à une tige de plante desséchée. L’éclosion a lieu vingt jours après, c’est-à-dire du 4° au 20 juin dans le Bugey et en Savoie, et du 1°” au 25 mai en Provence et dans l’Ardèche.
L’insecte parfait (3) est relativement grand et robuste ; il est entiè-
(1) Cette extrême blancheur de l’insecte lorsqu'il éelot disparaît en partie pour peu qu'il vieillisse en collection, et la teinte de blanche qu’elle était devient grisâtre.
(2) Chez les deux Psychides dont il est question, la forme du fourreau et sa couleur ne sont nullement des caractères différentiels de chacune d'elles ; en effet. dans les pays mon'agneux du département de l'Ain, on trouve des fourreaux d’Albidella formés en mousse à côté d’autres recouverts de brins de graminées desséchées. Chez l’espèce voisine, le même fait se présente; le tout dépend des lieux qu’habitent les chenilles ; si ce sont des terrains moussus, un peu humides, lamousse ne leur manqueront pas, et c’est ce dont elles se serviront de préférence pour recouvrir leur enveloppe; si, au contraire, ce sont des terrains secs, comme ceux du Midi, la larve emploiera des tiges d’herbe pour la composition de ce travail important.
(3) Voici ce que j'ai encore remarqué à l'égard de cette Psychide. Le & m'a paru attiré par la @, alors que celle-ci était encore à l’état de chenille et n’était point fixée pour se transformer. Je pense avoir eu la preuve de cette particularité intéressante, qui n’a pas encore éle signalée, par l’arrivée de plusieurs & fraîchement éclos qui sont venus se placer sur'une cage en toile mécanique, dans la-
Acidulia Cervantaria. 21
rement et uniformément d’un noir fuligineux très-accusé et beaucoup plus intense que lorsqu'il a vieilli en collection.
Au moment de l’éclosion, cette Psyche rappelle par sa couleur la teinte de l’Atra, Dev. (Stomoxella, Bay.). is
Obs. Les Psyche Albidella et Millierella, autant que j'ai été à mème d’en juger par les Psychides qui existent au muséum de Naples, n’appartiennent pas à la faune des environs de cette ville ; elles y sont remplacées par la Psyche Apiformella, Brd. (Monog. p. 39, fig. 18 a et 18 b) = Apiformis, Rossi, — B. Fucella, Hub., dont j'ai vu un certain nombre d'individus ©” bien conservés recouverts de poils d’un fauve vif aux ptérygodes et surtout à l'abdomen.
J'ai rencontré, le 8 mars, une dizainede fourreaux del’Apiformella à Pompéi contre les murailles extérieures de l’antique ville. Ces lieux étaient recouverts de Ronces, et les plantes herbacées y étaient fort clair-semées. La chenille de cette Psychide pourrait bien vivre sur la Ronce frutescente, ainsi que Ochsenheimer l’a dit le premier. Cette opinion n’est pas celle de Bruand (Monog. p. 39).
Acidalia Cervantaria, Mix.
(Species nova.)
(PL. 103, fig. 1 à 3.)
Cette petite Acidalie, d'origine espagnole, que M. Guenée et moi considérons comme inédite, est voisine de l’Asellaria, Herr.-Sch. :
quelle plusieurs chenilles de la même Psyche Q cherchaient un lie1 convenable pour opérer leur transformation.
L'opinion de notre savant collègue, M. Guenée, à qui j'ai soumis ce fait curieux, s'accorde assez avec ce que j'en pense moi-même. « C'est, dit-il, un fait très-intéressant de la production des effluves, qui paraît presque en opposition aux lois naturelles ; car, pour remplir leur fonction. ces effinves ne devraient être émises que par l'animal arrivé à l’état parfait, »
mais j’ai reconnu qu'elle en diffère par la coupe d’ailes, l’apex plus aigu, le ton général jaunâtre et non d’un aspect vineux. Elle aurait plutôt la taille et la couleur de la Wiserata, Ramb. (Cat. Syst. pl. 18, fig. 3), Acidalia nouvellement figurée et dont la Cervantaria s'éloigne par les antennes pectinées (pl. 103, fig. 3), la forme des ailes plus élancée, la ligne coudée fine, entrecoupée de points nervuraux cunéiformes, et par les points subterminaux qui ne sont pas placés sur la frange même, car ils la précèdent, et qui ne sont pas ronds, mais bien sous forme de petits traits allongés. Ce dernier caractère, à défaut d’autres, pourrait suffire à la rigueur pour différencier cette espèce nouvelle de ses voisines. Voici la description de la Cervantaria.
Enyerg. : 0” 016 à 0" O7.
Les quatre ailes sont relativement allongées, avec l’apex des supé— rieures aigu ; elles sont, ainsi que le corps, d’un jaune argileux chaud, avec les lignes et les points bien indiqués, quoique fins et déliés ; le tout est aspergé d’un sablé fin, brun et serré. Sur les premières ailes on distingue quatre lignes transverses presque droites partant toutes de la côte pour aboutir au bord interne ; la coudée est festonnée, dentelée extérieurement et noire : l’espace médian est occupé par une ligne brune assez large, du même ton et présentant les mêmes formes que la ligne extrabasilaire ; la subterminale est claire, concolore, présentant deux angles internes obtus et ombrés de brun vineux intérieurement. Les points qui précèdent la frange sont rectangulaires et au nombre de sept aux quatre ailes. Les franges sont concolores et assez longues. On voit aussi sur chaque aile un très-petit point brun cellulaire. Les inférieures seraient la répétition des ailes supérieures, si la ligne extrabasilaire ne manquait pas. Les antennes sont concolores, pectinées bien que faiblement ; la hampe est brune, les lamelles doubles vont en diminuant de longueur jusqu’à la pointe; le vertex est concolore; le thorax est assez robuste, il est concolore ainsi que l'abdomen. Le dessous des quatre ailes est d'un gris jaunâtre un peu violacé, les lignes sont à peine indiquées et le sablé a dis-
Sesia Monspeliensis. 93
paru, cependant le point cellulaire est plus visible qu'en dessus. Les pattes n'ont qu'une seule paire d’éperons aux inférieures.
Cette espèce, que je dois à l’obligeance de M. Himmighoffen, vole en mai et probablement en juillet, aux environs de Barcelone.
Je ne sais encore rien de la chenille.
L'Acidalia Cervantaria portera dans le Species général lern° 748 bis et, dans le Cat. Stgr.. le n° 64 bis.
Mon cabinet : deux ©” d’une extrême fraicheur.
Sesin Monspeliensis , STRG.
L. c. p. 223, 257; Cat. 68; — Tengyraef. B. Gen., p.42. (PI. 103, fig. 4 et 5).
Cette jolie Sesia a été décrite en Allemagne; mais elle n’a point encore été figurée ; ses premiers états sont, jusqu’à ce jour, restés ignorés.
La S. Monspeliensis rappelle assez sa voisine la Sesia Astatiformis, Herr.-Sch., bien qu’elle soit plus sombre et qu’elle présente de légères différences de coloration, notamment aux pattes postérieures qui sont annelées de noir, tandis que chez l’Astatiformis ces mêmes pattes sont unicolores. Ces caractères différentiels pourraient bien n'être que le résultat d'influences climatériques. Mais attendons de conpaître la chenille de ces deux Sesia pour affirmer ou nier la validité de la Monspeliensis.
Cette Sésie qui vole en mai, ne paraît pas rare aux environs de Montpellier.
Mon cabinet : deux o” et deux 9.
Sesia Himmighofl'eni +. SrGer. (PI. 103, fig. 6). J
Je n'ai, dans l’une de mes précédentes livraisons, figuré quela de cette Sesia (PI. 89, n° 4). Aujourd’hui, je représente le: o” qui est assez différent de l’autre sexe, el qui n’était point encore connu. Cette espèce, dont les premiers états sont toujours ignorés, provient des environs de Barcelone où, chaque année, en mai, M. Himmighoffen la récolte en certain nombre, butinant sur les fleurs, au soleil le plus ardent.
Sesia Agdistiformis, STGR.
Stett. ent. Zeit. 1866.
(PL. 403, fig. 7.)
Une des Sesia les plus caractérisées est certainement l’Agdishformis, Stgr., découverte depuis peu de temps. Elle a été décrite en 1866, dans les annales entomologiques de Stettin, mais elle n’a point encore été figurée. En faisant connaître le o” de cette Sésie si tranché, je regrette de ne pouvoir figurer la 9; mais j'apprends que celle-ci n’a pas encore été découverte.
La $S, Agdistiformis © porte une envergure de 0” 095. Elle a de srandes ailes délicates, soyeuses, et des plus luisantes. Son corps est grèle, c’est-à-dire que le thorax présente pour de si grandes ailes une remarquable ténuité. Ses antennes sont courtes et fines; son abdomen très-minee est {erminé par une touffe de poils épais et soyeux. Les pattes sont aussi fort délicates el très-longues; on voit deux paires d’éperons aux inférieures.
Sesia Diffusalis. 25
La teinte des ailes supérieures est d’une couleur assez pâle, tandis que toutes les Sésies les ont très-noires et rehaussées ou de jaune vif ou de rouge éclatant. Cette couleur pâle des ailes supérieures laisserait supposer que l’insecte est défloré; il n’en est rien pourtant, car sa fraicheur est telle que, vu à la loupe, on le croirait obtenu ex larva.
On ne sait encore rien des premiers états de la S. Agdistiformis, et, comme je l’ai dit, la $ n’a pas encore été découverte.
Cette remarquable Sesia appartient à la Russie méridionale.
Cabinet Staudinger : plusieurs ©’.
Botys Diffusalis, G\.
p. 340.—Stgr. Cat. 139 = Carnealis, Dup., p. 322, pl. 232, fig. 4.
(PI. 103, fig. 8 à 12)
Elle est caractérisée par une grosse tête, seize pattes, et par sa couleur qui est d’un vert d’eau bleuâtre lavé de jaunâtre sur les flancs, avec les lignes ordinaires un peu plus claires que le fond; ces lignes sont continues et ainsi disposées : la vasculaire est très-fine et se distingue à peine, mais la sous-dorsale est très-large et liserée de vert foncé en dessous ; la stigmatale est d’une largeur médiocre et sensiblement ondulée dans toute sa longueur. La première paire de points trapézoïdaux est plus développée que la seconde; ces points, ainsi que tous les autres, sont relativement gros; ils sont cerclés de blanchâtre: chacun d’eux donne naissance à un poil assez long. La tête est d’un testacé faiblement jaunâtre, avec la continuation des lignes sous-dor- Sales.
Cette chenille vit sur le Marrubium vulgare (1) dont elle lie les feuilles, et aux dépens desquelles elle grossit rapidement en été. Elle demeure dans les feuilles qu’elle a réunies en paquet jusqu’au moment de l’éclosion du lépidoptère, car c’est là qu’elle se transforme en chrysalide.
L'espèce qui a trois et peut-être bien quatre générations en été, passe l’hiver en chenille sous une toile forte, double, serrée et blanche. Cette larve ne se transforme en nymphe qu’en avril, et éclot en mai. C’est à partir de cette époque que commenceront les générations de l’été, lesquelles se continueront jusqu’en automne (2).
La chrysalide, placée horizontalement au centre de sa toile, est allongée , rougeâtre, avec la gaine des ailes fortement prolongée en pointe. ’
Très-souvent, c’est-à-dire dans les proportions des deux tiers, un petit Hyménoptère éclot à la place du papillon attendu. Le plus ordinairement la chenille meurt au moment où la larve du parasite abandonne sa victime pour se transformer.
INSECTE PARFAIT
L'individu 9, figuré par Duponchel (pl. 232), est beaucoup trop grand, et sa couleur trop foncée ne donne qu’une idée imparfaite de la Diffusalis, Gn. (Botys rapporté par l’auteur du Species à la Carnealis, Dup.)
Le type mesure 0",017 à 0",018 d'envergure; les ailes sont entiérement d’un rougeûtre carné, ainsi que les franges assez longues aux quatre ailes.
La $ est un peu plus grande que le o”; elle est d’un carné argileux
(1) Aux environs de Barcelonne (Espagne), on la rencontre parfois sur les Lavatera, suivant M. Himmighoffen. En mars, je crois l'avoir remarquée au pied d’un Marrubium, en suivant le chemin de Resinaau Vésuve.
(2) Renseignements fournis par M. Himmighoffen,
Phyllophila Oblitera. 27 plus ou moins prononcé. Cette $ ayant été représentée imparfaitement, je donne une figure de l’un et l’autre sexe de cette Pyralite.
La Diffusalis paraît abondante aux environs de Barcelone (Espagne). Elle fait partie des faunes de Nimes, Montpellier , Marseille , Celles-les-Bains , Cannes, etc. Je l’ai prise sur les terrains rocailleux des environs de Cannes, où croît le Marrubium vulgare. Bien que je ne l’aie pas vue au muséum de Naples, je pense qu’elle apparitent à la faune de ses environs.
Mon cabinet possède plusieurs o'et 9.
Phyllophila (1) Gbliterata (2), Ram.
Ann. Soc. ent. Fr. (1833). — Stgr. Catal. 841 = Wimmeriü, Tr. X, p.148 (1835). — Frey. IL, pl. 162, fig. 4et 5. — Dup. Sup. IT, p. 16, pl. 44, fig. 2. — Bdv. n° 1391. — Gn. VI, p. 254. — Herr.-Sch., 255.
(PI. 103, fig. 43 à 13.)
On ne connaissait qu’imparfaitement cette larve : c’est ce que nous a dit l’auteur du Species général. « On sait seulement, dit-il, qu’elle est de couleurs vives, avec les lignes ordinaires blanches, bien tranchées, et qu’elle vit sur l’Artemisia absynthium.» Au reste, cette chenille n’a point encore été figurée.
Vers la fin de juin de l’année dernière, je recevais de M. Mabille, qui habitait alors Bastia (Corse), plusieurs larves de la Phyllophila Obliterata parvenues à leur entier développement , lesquelles ont peu tardé à se métamorphoser.
(4) Genre créé par M. Guenée aux dépens des Anthophila. (2) Le nom'spécifique de M. Rambur doit primer celui qui a été imposé postérieurement à la même espèce par Treitschke.
Cette chenille est allongée, cylindrique, avec les 410$et 11° segments très-faiblement relevés ; elle est parée de couleurs vives , avec la tête semi-lenticulaire, le clapet anal formé, et 16 pattes normales. Le fond est d’un vert clair lavé de rougeâtre aux extrémités ; il passe au vert bleuâtre en dessous. Les trois lignes sont bien marquées, très-blan— ches et continues ; la dernière de ces lignes, la stigmatale, est liserée de vert foncé en dessous; le ventre est unicolore ; la tête est un peu aplatie, concolore, lavée de jaunâtre sur les côtés, avec les ocelles noirs ;les stigmates sont elliptiques, grands, carnés et très-nettement cerclés de noir; les 46 pattes sont concolores, mais les écailleuses ont le dernier article noir; les poils sont clair-semés, courts et blanchàtres. « Cette larve, me mande M. Mabille, vit en Corse, sur l'Artemisia caerulescens, L. » Jel’ainourrieencaptivitéavecl’Artemisia campestris, dont elle rongeait les feuilles préférablement aux fleurs. Deux jours avant la métamorphose, qui a eu lieu au commençement de juillet, l'éclat des lignes blanches avait disparu et la chenille était devenue d’un vert mat uniforme. Elle s’est transformée dans la mousse sans avoir formé de coque. La chrysalide est cylindrico-conique, assez courte, à pointe obtuse, d’une jaune rougeâtre, lavée de vert à la hauteur des ailes, avec l'enveloppe de celles-ci un peu saillante. L’insecte parfait a paru pendant les derniers jours de juillet à la tombée de la nuit,
INSECTE PARFAIT
Les individus d’un gris cendré rougeâtre qui nous arrivent de la Hongrie, sont considérés comme représentant le type, tandis que ceux qui proviennent de Corse seraient « d'un gris blanchâtre fortement sablé de brun, avec tous les dessins plus distincts, et notamment l'ombre médiane, les lignes de la base et les points terminants ». (Gn, VI, p. 255.)
Les sujets qui me sont éclos, tout en se rapprochant du type pour le gris cendré sensiblement rougeätre, présentent des lignes trans-
Xylocampa Lithorhixa. 29 versales claires bien accusées; la coudée est oblique, anguleuse aux deux tiers, avec le coude largement arrondi; cette ligne n’est nullement sinueuse ou dentelée. Les ailes inférieures sont grandes, largement développées et d’un gris roussâtre.
Cette Anthophilide, suivant M. Rambur, n’est pas rareen juin aux environs de Bastia, dans les lieux marécageux des bords de la mer où sans doute croît communément l'Artemisia caerulescens. Elle a le vol rapide et il est très-difficile de la prendre fraiche.
Mon cabinet : un Oo et une ® ex larvä.
Kylocampa Lithorhiza, Bork.
140. — Tr. HE, p. 66, ct Sup. p. 118. — Dup. IV, p. 191, pl. 112. —.Frey. pl. 70. — Step. If, p. 187. — Gn. Ind., p. 246. — Bdv., 1207. — Gn. VI, p. 110. — Sigr. Cat. 640. — Areola, Esp. 141. = Operosa, Hb. 398. = La Brunûtre, Eng., 200, a. b.
(PI. 404, fig. 1 à 3.)
C’est principalement par la chenille que cette espèce se sépare de toute autre Noctuelle, et forme genre. Déjà cette larve a été observée avec soin par l’auteur du Species général, qui nous a fourni sur elle d’intéressants détails, mais aucun iconographe, je crois, ne l’a encore représentée. Cette chenille de la Lithorhisa est effectivement des plus bizarres par la forme et les allures; elle est aussi des plus remarquables par la couleur. Au premier abord, il est presque impossible de ne pas la prendre pour une larve d'Ophiuside; il faut que l’éclosion de l’insecte parfait vienne vous prouver à quel point vous vous trompiez.
L'œuf éclot quelques jours après qu’il a été pondu, c’est-à-dire en février et mars dans la Provence, et en avril au centre et au nord de la France. La petite larve grossit très-vite; jusqu’à sa troisième mue elle est d’un gris ardoisé plus ou moins obscur, et, en la faisant tomber dans le parapluie, elle se montre des plus frétillantes. Lorsqu’arrive la quatrième mue, six semaines environ après Sa nais— sance, sa livrée pâlit et les lignes se prononcent; elle descend de l'arbre où jusqu'alors elle à vécu à découvert, se cache au pied, près du sol, et, le soir, remonte au sommet des branches pour ronger les fueilles récentes dont elle fait sa nourritureexclusive. Parvenue à son développement, cette chenille est très-allongée, fusiforme, rase,. avec le pénultième anneau surmonté d’une petite caroncule bifide. Elle est généralement d’un gris argileux, avec seize pattes dont les ventrales et anales sont longues et bien développées; la tête est petite et lenticulaire. Sur le fond clair, les lignes se montrent ainsi : la vasculaire est fine, blanchâtre,, divisée par un filet qui n’est bien visible que sur les incisions ; cette vasculaire est accompagnée, de chaque côté, d’une large bande foncée visible seulement sur les 2°, 3°, 4°, b° et 6° segments, et sur l’incision des 1°, 7°, 8° et 9° anneaux. Cette tache, qui varie du gris foncé au brun, est toujours plus prononcée sur le 7° segment que sur tout autre; la sous-dorsale est fine, double, gris foncé, à peine indiquée; la ligne stigmatale est étroite, un peu ondulée, blanchâtre, continue et ombrée de brun en dessus, principalement sur les quatre derniers anneaux. Les stigmates sont gros, elliptiques, clairs et cerclés de noir; ils reposent sur la ligne mème. La tête est concolore et marquée de deux petits traits bruns parallèles à la ligne sous-dorsale; les trapézoïdaux sont blancs et cerclés de noir; la petite éminence bifide du 41° anneau est trèsbrune; le ventre est, ainsi que chez les chenilles de Catocala, mar-
Xilocampa Lilhorhiza. 31
qué de grandes taches noirâtres; les pattes sont concolores; les membraneuses sont marquées extérieurement de petits points bruns superposés.
Cette Xylocampa est peut-être plus commune en Provence que partout ailleurs; mais elle ne paraît rare nulle part. Elle vit sur les divers Lonicera, notamment le æylosteum (Chamécerisier des buissons). Mais à Cannes, à Hyères, à Amélie-les-Bains, je l’ai rencontrée plus spécialement sur le L. caprifolia.
Pour se chrysalider la chenille, qui doit passer neuf à dix mois dans son état de repos, tisse sur la terre une coque papyracée, dans la composition de laquelle il entre des débris de végétaux. La chrysalide n’est pas moins remarquable que la chenilile : « Elle a aussi ses singularités, nous dit M. Guenée, chacun de ses anneaux porte un dessin arqué qui paraît sculpté avec art, et son extrémité anale est rugueuse et coupée carrément. Elle n’a aucune trace d’appendice ventral. »
La Xyl. Lithorhiza qui, à elle seule, ainsi que je l’ai dit, compose le genre, semble ne pas varier dans nos départements du centre ; cependant on rencontre dans le Midi des sujets plus sombres et de taille plus grande, mêlés au type. Comme c’est un des premiers lépidortères qui se montrent et qu'il doit avoir besoin de se garantir du froid, il est revêtu d’une chaude fourrure. Si, dès le mois de mars, on trouve dans nos environs et autour de Paris, la Lithorhiza appliquée contre les murs et comme engourdie par le froid, en Provence on la voit éclore dès le mois de janvier et en février ; mais c’est en vain que, dans cette partie de la France, on la chercherait appliquée aux murailles, aux rochers ou aux troncs d’arbrek. A ce propos, je ferai part d’une observation que j'ai faite bien souvent : c’est qu’on ne rencontre Jamais ou presque jamais en Provence des lépidortères appliqués contre les troncs d’arbres, les murs etc., comme on les voit
si souvent dans le centre de la France (1). A quoi cela tient-ii et comment peut-on raisonnablement expliquer ce fait,” puisque c’est par tous les temps qu'il se produit ? Les vents excessifs qui règnent bien souvent en Provence et dont l’effet tend à soulever et à emporter tous les corps légers qui ne sont pas adhérents à ceux qui les supportent, n’en sont-ils pas la cause? Mais non, ce ne peut être cela, car on trouve des Noctuelles et des Géomètres dans ces conditions chez nous par les vents les plus violents.
Obs. Les larves de deux grands parasites, d'ordre bien différent, un Diptère et un Hyménopière, attaquent l’un et l’autre deux chenilles, celle de la Lithorhiza, que je viens de décrire, et celle de la
Poly. Sericinæ, dont la description sera le sujet de l’article suivant. La larve du Diptère (pl. 104, fig. 3) est celle de l'Echinomyia Fera,
espèce répandue un peu partout. L'autre larve, qui est celle d’un Ichneumonien, ne me paraît pas non plus très-rare. Je n’ai pu le détermiser encore d’une manière sûre. Il semble attaquer plus spécialement la larve de la Sericina. Au reste, cet Hyménoptère parasite m'a été fourni par d’autres chenilles de genres fort éloignés les uns des autres.
Polyphaenis Sericina, Lanc.
. Verz., 493. — Esp., p. 183, pl. 188, fig. 4. — Bork. 47. — Ga. VI, p. 74. — Stgr. Cat. 407. — Linogrisea, Hb., pl. 4 — Prospicua, Tr. I, p. 60. — Dup. IT, p. 398, pr. 97, fig. 4.— Gn. Ind. 245. — Bdv., 1033. — Viridis de Vil. HT.
(PI. 104, fig. 4 À 8.)
L'œuf doit éclore au commencement de mars ; la jeune larve, pen-
(1) Cependant le 41 avril, après avoir quitté la Spezzia (Italie), pour me rendre à Gênes, je trouvai sur la partie la plus élevée de la route, à près de 2,500 m.,
Polyphaenis Serisma. 33
dant les premières périodes de sa vie, estd’un vert faiblement bleuâtre, à demi diaphane, molle, délicate. A sa troisième mue, la couleur verte change de ton et devient glauque. Vers lami-avril, cette chenille est parvenue à son entier développement ; elle est alors médiocrement allongée, rase, cylindrique, très-faiblement bombée sur le 11° segment, et sa couleur générale a passé au marron clair, Sur le fond on distingue des lignes ainsi disposées : la vasculaire, qui commence au second anneau, aboutit au 41°. Elle est assez large, continue, et d’un brun noir prononcé. Cette ligne présente sur chaque segment, près de l’incision postérieure, et sur le dernier tiers de chacun d’eux, un petit trait blanc rectangulaire. On voit à peine la sous-dorsale, mais les côtés sont occupés par une bande large, continue, foncée, sur la lisière inférieure de laquelle reposent les stigmates petits, blancs et entourés de brun. La tête et les pattes écailleuses sont d’un blanc clair ; les ventrales et anales, d’un vert livide; les stigmates sont trèspetits et noirs.
Cette chenille est caractérisée dans ses mœurs par une habitude qu’elle semble partager avec plusieurs espèces du genre Cymatophora;: en effet, au repos, pendant le jour, elle se tient sur une feuille, contournée en hélice, c’est-à-dire la tête touchant le centre du corps, Elle vit aux environs de Cannes sur divers Lonicera, notamment le æylosteum, et sur le Phyllirea angustifolia, au milieu de la forêt de l'ile Sainte-Marguerite ; c’est toutefois là que je l’ai rencontrée en notable quantité. |
A Celles-les-Bains, j'ai remarqué cette larve vers la même époque sur le Locinera caprifolium, à la porte même de l’hôtel. À Lyon, où l'espèce est rare, c'est la chenille de la variété Prospicua qu'on trouve de loin en loin, et plutôt sur le L. æylosteum que sur le L. caprifolium.
sur une crête presqu’entièrement dénudée, une Eëfhorhiza fraîchement éclose appliquée contre une borne du chemin. Ce sujet est grand, d’un gris foncé, avec les taches du milieu des supérieures presque noires,
La chenille de la variété Prospicua, Bork., figurée par M. Freyer, tab. 213, paraît différer de celle de la Provence ‘par la couleur beaucoup plus pâle et par la taille plus petite; cependant les lignes principales se retrouvent, bien que mal indiquées. « Elle est représentée eur l’Alsine media; mais M. Freyer n’affirme pas que ce soit là sa nourriture réelle, puisqu'on l’a trouvée sur des feuilles sèches, et prête à subir sa métamorphose. Si l'observation confirmait ces difiérences, cette variété, malgré sa ressemblance avec la Sericina, devrait être érigée en espèce.» (Gn. VI, p. 72.)
La chenille que je figure, malgré ses dissemblances apparentes avec celle de l'iconographe allemand , représente, à n’en pas douter , la même espèce, c’est-à-dire celle de la Polyph. Sericina type.
Pour se métamorphoser, cette chenille, qui ne vit à découvert que jusqu’à sa troisième mue, construit une coque solide formée de grains de sable liés fortement avec des fils de soie, et se transforme bientôt.
La chrysalide est brune, à pointe courte, garnie à la base de crins recourbés à l'extrémité. L'éclosion du lépidoptère, qui n’a qu'une génération, arrive à la mi-juin, et ordinairement à la tombée de la nuit.
INSECTE PARFAIT
J'ai dit que la race du midi de la France est toujours la Sericina; dans le Lyonnais, c’est invariablement la variété Prospicua, Bork., laquelle présente une envergure plus grande, avec une coloration vert olive obscure moins blanchâtre à l’espace médian.
La Poly. Sericina type appartient non-seulement à la France méridionale, à l'Italie (4), à la Dalmatie ; mais elle semble ne pas être rare dans la Catalogne et dans tout le nord de l'Espagne.
Le D' Eversmann, dans ses « Moctuëéliles de la Russie » , ne fait nulle mention de cette Polyphaenis.
(1) Je l’ai vue figurer au muséum de Florence et à celui de Naples.
Heliothis Nubigera. 39
Hellothis Nubigern, Friv.
Herr.-Sch., p. 366. — Stgr. Cat. 784. — Eversmann, Noctuélites de la Russie, p. 465.
(PI. 404, fig. 9 et 10.)
Cette Noctuelle, découverte depuis peu d’années, n’est point comprise dans le Species de M. Guenée. Ni l’un ni l’autre des sexes de cette Héliothis n’est encore figuré. Elle est de la taille et présente assez le faciès de sa congénère Peltigera; elle s’en distingue cependant par un caractère très-important: un pinceau de longs poils concolores (pl. 104, fig. 10), dont sont garnis le fémur et le haut du tibia des pattes postérieures du ©”. Ce caractère essentiel et qui est constant, n'existe pas chez la © , laquelle diffère du ©” par les caractères suivants : les ailes supérieures tournent à l’argileux foncé, et les inférieures sont plus brunes que chez le o”; cependant les dessins des ailes sont tout aussi bien accusés que chez l’autre sexe.
La Nubigera à pour patrie la province de Sarepta (Russie méridionale) (1). Elle a également été trouvée aux environs de Beyrouth, Syrie) par M. Lederer, qui a bien voulu me confier les deux sexes de cette rare Heliothis , lesquels sont d’une conservation irréprochable.
Il ne m'a rien été appris des mœurs de la chenille, qui doivent être celles de la plupart des larves congénères, notamment de la Peltigera. Ces larves, comme on sait, vivent constamment à découvert de la fleur d’une foule de plantes. Je dirai à cette occasion que, surtout à Hyères , à Cannes , à Menton, pendant toute l’année, on voit
(1) Dans ses Noctuélites de la Russie, le Dr Eversmann dit avoir rencontré la Nubigera dans les montagnes de Gouberlinsk, du gouvernement d'Orenbourg.
abondamment les chenilles de la Peltigera sur tous lesarbustes indigènes et exotiques, et que, par leur grand nombre, ces larves maudites à bon droit, causent aux amateurs de jardins et aux pépiniéristes un préjudice notable.
Je crois que personne ne possède en France l’Heliothis Nubigera
EXPLICATION DES PLANCHES
EXPLICATION DES PLANCHES De la 25e Livraison (1868).
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Fig. 1. Chenille de la Saturnia Isabelle, GRAEL.