TRENTIÈME LIVRAISON
Catocala Elocata Esp.
p. 127, pl. 99, fig. 1 et ? — Tr. — God. IL, p. 58, pl. 46 — Curt. — Gn. VII, p. 83 — Stdg. 1951 = Nupta, Fab. p. 148 — Uxor, Hb. 328 = Marita, Hb. 494. Ab.
(PI. 129, fig. 4 à 6.)
C'est la dernière des Catocala à ailes inférieures rouges qu'il nous restait à connaître autenthiquement sous ses premiers états ; elle était à peu près inconnue.
Bien qu’assez répandue partout, excepté dans le Midi où elle est rare, la chenille d’Elocata avait échappé jusqu’à ce jour aux recherches des entomologistes. Elle éclot à la fin de mai, opère successivement ses trois premières mues en juin, pour devenir adulte au commencement de juillet; elle est alors allongée, faiblement aplatie en dessous, avec la tête coupée en biseau, celle-ci d’un carné vif, striée de brun au centre, et encadrée d’un liseré noir. Le huitième anneau présente une caroncule assez grosse, concolore et placée en travers. Le onzième anneau porte aussi une caroncule, mais elle est plus petite, très-inclinée en arrière, et liserée de noir sur les bords. Le douzième nous en
montre également une, mais relativement petité et garnie de deux ou trois poils bruns et raides. Cette chenille est très-plissée, et d’un gris foncé presque noir en dessus et sur les flancs, couleur due à la présence d’une infinité de points noirs. Sur ce fond obscur, les lignes ordinaires sont fort mal indiquées, mais les stigmates jaunâtres, elliptiques et cerclés de noir, sont trèsvisibles ; ils sont de plus partagés de haut en bas par un trait noir. Sur un fond blanchâtre lavé de vineux aux incisions, le ventre est maculé de larges taches noires. Les pattes écailleuses sont grises, les dix autres chargées d’atomes noirs et serrés. Les trapézoïdaux sont un peu saillants, avec la seconde paire teintée de jaunâtre en dessus.
La chenille d’Ælocata vit sur plusieurs espèces de peupliers ; mais elle préfère le pleuplier noir (Populus nigra) au peuplier blanc (P. alba) et au peuplier d'Italie ( P. fastigiata). Bien que je l’aie figurée sur le Populus alba, ce n’est que rarement qu’on l’y rencontre dans la nature.
Les divers saules qui nourrissent les Catocala Nupta (), Electa et Puerpera ne m'ont jamais fourni la chenille d’Elocata. A
Pendant le jour, elle se cache dans les gercures du tronc et réussit à se soustraire aux regards de ses nombreux ennemis. C'est dans la mousse, les feuilles sèches, ou, le plus souvent, sous une légère couche de terre qu’elle se transforme en chrysalide dans une coque molle, état qui se prolonge rarement au delà de vingt-deux à vingt cinq jours.
INSECTE PARFAIT
Il varie, mais rarement. Dans les saulées du Lyonnais où abondent les peupliers précédemment cités, et où l’£locata est
(1) Je ne partage pas l'avis des entomologistes qui pensent que la chenille d’Ælocata a les mœurs de la Nupta.
Steganoptycha Minutana 255
des plus communes, certains sujets se présentent avec les ailes supérieures très-sombres et le rouge des inférieures obscurci.
La C. Marita, Hb. n’est qu'une variété d’Elocata; il doit en être ainsi de la Nurus du même auteur, laquelle, suivant M. Boisduval, ne serait qu'une variété de l’£locata, opinion qui n’est pas celle de l’auteur du Species général. (VIT, p. 84).
L’Elocata, qui est rare dans le département des Alpes-Maritimes, a été prise dernièrement à Saint-Martin-Lantosque, par un jeune entomologiste, M. Albert Tinchant. Elle a été vue à Cannes sur les bords de la Siagne. En août, M. Bruyat la prend de loin en loin aux environs de Nice, où elle est rare, ainsi que, on le sait, partout en Provence ; sa véritable patrie semble être la vallée du haut Rhône à partir de Lyon, s’avançant jusque sur les rives du lac Léman.
Steganoptycha Minutana Hb.
Pr Dup. IX, pl. 250, £ 9: H.:8. fig. 174-175 = Wilk 125 — Hein. 220 — Stgr. 1249 — Achatana, Froel 221 — Paediscana, Stgr. Sett. e. Z. 1859, 233.
(PI. 129, fig. 1 à 3.) CHENILLE
Après avoir atteint son entier développement vers le milieu de mai, elle est d’un blanchâtre livide, un peu aplatie, convexe en dessus, avec seize pattes bien développées. La tête est cordiforme, brune, luisante, et le premier anneau se présente avec une large plaque écailleuse foncée.
Certaines années, celte chenille cause aux peupliers blancs (Populus alba) un dommage regrettable. Elle se montre alors en si grand nombre, qu’au milieu de l'été ces beaux arbres ont”
perdu la plus grande partie de leurs feuilles. À peine celles-ci
se sont-elles développées” que la chenille de la Hinutana les réunit par deux, les lie au moyen de nombreux fils de soie blanche, et, ainsi abritée, ronge alternativement la partie inférieure et la partie supérieure des feuilles qui l’abritent. Ces dernières feuilles suffisamment rongées sont abandonnées par la chenille qui en réunit d’autres jusqu’à ce qu'elle ait atteint toute sa grosseur, ce qui a lieu vers la fin de mai ou les premiers jours de juin.
C’est ordinairement au pied de l’arbre, parmi les mousses ou les feuilles sèches, que la petite larve se transforme.
Le Tortricide se montre vers les premiers jours de juillet.
INSECTE PARFAIT
Il se distingue de ses voisins par deux lignes transverses, blanchâtres, qui se détachent sur un fond de couleur porphyre brun rougeñtre variant en plus clair. La première de ces bandes présente extérieurement un coude saillant. Les ailes inférieures sont uniformes el d’un gris très-obscur.
Une race ou variété constatée de la Hunitana se montre communément en France et en Allemagne. Chez cette variété, les ailes supérieures sont entièrement de couleur porphyre rouge brique. Une seconde variété, fort abondante à Saint-Martin-de-Lantosque (Alpes-Maritimes), très-pâle avec des dessins mal indiqués, vit sur le Salix viminalis des ravins. Cette aberration peut bien représenter une espèce indépendante, d'autant que la chenille a seulement la tête et la plaque du premier anneau d’un jaune clair, et non plus d’un brun foncé.
Cette Tortricide n’a qu'une génération ; elle est fort commune dans le Lyonnais, notamment à Lyon au pare de la Tête-d’Or. Cependant elle m'a paru rare aux environs de Cannes.
Boarmia Selenaria 257
Voici ce que savait seulement de la Minutana le continuateur de Godard : « L’insecte parfait vole en Autriche et en Saxe. La chenille n’est pas connue. » Dup. p. 296. »
Le genre Boarmia est tranché et nombreux; les auteurs se . sont assez entendus pour lelimiter aux espèces qui le composent actuellement ; tel toutefois que l’a restreint l’auteur du Species général, et, plus récemment MM. Staudinger et Wocke dans leur grand Catalogue.
La B. Rhomboidaria est répandue partout, et tout le monde connaît sa chenille; celle-ci me servira de point de comparaison avec celle de la Consimilaria, Dup., dont l’insecte parfait a été jusqu'à ce jour assez mal connu, à cause, sans doute, de sa ressemblance avec la Cinctaria et plus particulèrement avec la Rhomboidaria. Les deux autres espèces sont de remarquables Phalénites; l’une, l’'Umbraria, est peu commune, et l’autre, la superbe Selenaria, W.-V., est un très-rare lépidoptère qui n'avait pas encore été rencontré en France; je viens de le retrouver à Cannes. Je parlerai d’abord de cette dernière espèce.
Boarmia Selenaria, W.-V.
Tr. [, p. 194 — Hb. 163 — Dup. IV, p. 362, pl. 160, fig. 1. — Evers. — Frey. — Bdy. — H.-S- fig. 374-376 — Gn. 389.— Stgr, et Wock. 2372 = Furcaria, Fab. 44? = Dianaria, Hb. 483 Var. ?
(PL. 130, fig. 1 et 3).
À sa sortie de l’œuf, elle est d’un brun verdâtre, avec les lignes vasculaire et stigmatale larges et continues. Dans le jeune âge
elle est d’un jaune paille; après sa troisième mue, elle passe au vert très-clair , et, parvenue à toute sa grosseur, sa couleur est d’un jaune de Naples (1) lavé de verdâtre aux extrémités. Elle est cylindrique, allongée, et présente comme caractère distinctif sur les cinquième et onzième anneaux, une petite caroncule formée par une double pointe aurore surmontée elle-même d’un point noir. L’éminence du cinquième anneau est précédée d’une tache rectangulaire noire, et, en dessous, d'un gros point de même couleur. La tête est convexe, picotée de noir et lavée de rouge brique sur chaque joue. Le premier segment porte une plaque cornée, concolore, mate et imparfaitement indiquée; les trois lignes ordinaires sont à peine visibles. En dessous du corps on remarque une large bande claire et continue. Les stygmates sont jaunâtres et éclairés de blanc au centre ; celui du cinquième anneau est enclavé dans le point noir latéral précité. Enfin, les dix pattes sont concolores et lavées de vineux à l’extrémité.
Cette Boarmia, contre l'ordinaire des chenilles du genre, se développe rapidement, en été du moins, lors de la seconde génération ; elle vit sur des arbustes dont elle ronge uniquement les fleurs, semblant préférer, dans les parterres, les plantes exotiques aux indigènes. Ainsi, par exemple, ce sont les fleurs des Mimosa longifolia et dealbata, celles des Salvia, du Crataegus glabra et autres sur lesquels, dans mon jardin, à Cannes, j'ai remarqué les premiers individus de la Selenaria. Cependant, j'ai rencontré, en automne, en pleine campagne, cette chenille sur une Ombellèfere, la Pémpinella nigra? et le 21 octobre, parmi les pins maritimes, sur un arbousier, un grand sujet de la Selenaria $ qui n’est éclos que le 23 mai de l’année suivante.
(1) Couleur due sans nul doute à son genre de nourriture : la fleur des Mimosa. Cependant les sujets recueillis dans la campagne sur la Pimpinella nigra sont d’un vert plus ou moins obscur, et ceux de l'Arbutus unedo d'un rougeûtre vineux.
Boarmia Selenaria 259
J'ai dit que cette chenille grossit très-vite ; la chrysalidation a duré à peine seize à dix-huit jours en été, mais cet état léthargique se prolonge, pour la seconde génération, pendant tout l'hiver et une partie du printemps. Je dois ajouter que lors de la saison chaude, la transformation a lieu dans les feuilles réunies, sur la plante même, et qu’à l’arrière saison la chenille s’enterre et se métamorphose sans former de coque.
INSECTE PARFAIT
À cause de son facies particulier, il ne sera jamais confondu avec une autre Boarmia. Les lignes transversales des ailes sont dentées, bien visibles, accompagnées d’une bande de couleur d’ocre, et continue. La tache cellulaire est grande, elliptique, noire, blanche au centre; cette même grande tache est entièrement noire en dessous et se détache sur un fond blanchâtre. Un caractère unique peut-être chez les Boarmia, c’est que les antennes de la Selenaria & sont simplement crénelées.
Cette remarquable Phalène qui fait aujourd’hui partie de la faune française éclot, ainsi que je l’ai dit, une première fois en mai, et reparaît en août. Pendant le jour, elle fuit la lumiere, mais on n’a pas de peine à la faire déloger des buissons touffus ; pourtant son vol est lourd et de courte durée.
La fécondité de cette espèce qui a pondu près de cinq cents œufs m'a paru dépasser tout ce qui a été observé jusqu’à ce jour, chez les insectes de cette famille. Ces œufs sont ovales, entièrement lisses et d’un vert bleuâtre prononcé.
La Diania, Hb. ne serait, suivant M. Guenée, qu’une variété de la Selenaria (IV, p. 254). C’est aussi l’opinion de MM. Staudinger et Wocke, p. 165.
Boarmia Consimilaria, Dup.
IV, p. 386, pl. 162, fig, 1. — Gn. 378 — Bdv. 1560 — Cinctaria, Var. Stor. Cat. 2356.
Cette larve est bien différente de la Rhomboidaria, car elle est toujours dépourvue de la triple caroncule latérale du cinquième anneau. Allongée, cylindrique, sans éminence, avec des lignes assez distinctes sur le dos et sur les côtés, sa couleur est l’argileux plus où moins chaud, avec les lignes vasculaire et sousdorsale interrompues et brunes. La stigmatale est un peu plus claire que le fond, ondulée et continue; il existe, en outre, une éclaircie blanchâtre sur le ventre, accompagnée à droite et à gauche d’une ligne brune et continue. La tête est carrée, aplatie en avant, rougeâtre au sommet, et éclairée de blanchâtre sur chaque calotte. Les dix pattes sont concolores, ainsi que le clapet anal qui est à peine formé; celui-ci est terminé par trois petites pointes horizontales. Les stigmates sont d’un jaune blanchâtre, cerclés de brun.
On rencontre assez souvent cette chenille, en été, dans toute la vallée du Cannet, sur deux plantes essentiellement méridionales, et qui sont fort abondantes en ce lieu: la Malva malacoides ? et la Psoralea bituminosa dont elle semble ronger préférablement les fleurs. Elle vit sans cesse à découvert sur ces plantes herbacées dont la floraison se prolonge du commencement de mai à la fin de juillet. Elle croît avec une extrême lenteur eu égard au temps de son développement; en effet, sortant de l’œuf en mai, elle n’atteint son entière grosseur qu’à la fin de juillet
Boarmix Rhomboidaria 261
ou les premiers jours d'août, Cependant l’éclosion du lépidoptère tarde peu, puisque l’état léthargique dure à peine dix-huit ou vingt jours.
INSECTE PARFAIT
Il est extrêmement voisin de la Rhomboidaria. Ge qui doit aider le plus sûrement à la séparation de ces deux Boarmides, c’est la taille toujours plus petite de la Consimilaria, son aspect général plus grisètre; mais par dessus tout la question des mœurs, ignorée jusqu’à ce jour, laquelle me paraît si importante dans l'étude des insectes en général, c’est-à-dire dans le cas présent, l'unique éclosion de la Consimilaria qui ne se montre qu'une fois, alors que la Rhomboidaria a au moins deux générations, et qu’enfin la chenille de cette dernière passe l'hiver.
La véritable patrie de la Consimilaria me paraît être la Provence où croissent les plantes herbacées qui nourrissent la chenille.
Boarmia Rhomboidaria, Kléem.
W.-8. — Tr. — Dup. — Frey. — Gn. = Gemmaria Bra. — Stgr. — Consobrinaria, Haw. — Step. — Wood = (Var.) Perfumaria, Newman.
(PL. 130, fig. 6.) CHENILLE
C’est sans doute avec raison que M. Guenée, citant les auteurs qui ont figuré cette larve, n’a pas mentionné l’iconographe Hubner. Celui-ci a bien donné une figure de la Rhomboïidaria (Geometræ, I, fig. ?, a.), mais la triple caroncule latérale si caractéristique du cinquième anneau n’est nullement indiquée.
Je crois qu'ici le consciencieux iconographe” allemand s’est trompé et qu'il n'a pas représenté la véritable Rhomboidaria, laquelle, ainsi que je le dirai à l’article suivant, ressemble à s’y tromper à l'espèce congénère Umbraria.
On sait que la chenille de la Riomboidaria vit sur üne foule d'arbres, arbrisseaux, sous-arbrisseaux et même sur plusieurs plantes herbacées.
Il existe, dit M. Guenée, plusieurs variétés de cette Phalénite, ce sont : la Rhomboidaria, Step. IIT, p. 187; l’Abstersaria, Bdv. érigée en espèce par l’auteur de l’Index methodicus.
Je rappellerai en même temps cette curieuse variété accidentelle de l'Ardèche : Ic. Liv. 3, pl. 10.
Boarmia Umbraria, Hb.
340. — Dup. IV, p. 353, pl. 199, fig. 1. — Gn. 3954. — Ev. F. U. 379. — Ster. 2,363.
(PI. 130, fig, 4 et 5.)
. Si à l’état parfait la B. Consimilaria a les plus grands rapports de forme avec la Rhomboidaria, bien que les chenilles des deux espèces se ressemblent assez peu, tout le contraire se présente pour l’Umbraria comparée à la Rhomboidaria. En effet, les chenilles se ressemblent tellement que, pendant longtemps, je les ai confondues ; cependant les insectes parfaits sont si différents l’un de l’autre, qu'il n’arrivera à personne de ne point les distinguer.
Elle est cylindrique, généralement d’un gris brun un peu vineux, et présente le facies de la Rhomboidaria dont elle partage ce caractère important : la caroncule latérale du cinquième
Boarmia Umbraria 263
anneau Le quatrième anneau présente aussi une caroncule, mais celle-ci est allongée, mince à peine saillante et diagonale. La tête est carrée et aplatie en avant. Les lignes ordinaires n'existent pas, sauf sur la région dorsale où il règne un double trait fin, brun et continu; mais des lozanges dorsales rappellent assez celles de l’espèce congénère. Les flancs sont obscurcis par un large espace brun imparfaitement limité. Il existe en dessous une éclaircie blanchâtre coupée sur chaque segment par trois taches brunes, carrées, qui se suivent. Enfin, les stigmates sont ovales, d’un jaune orange et cerclés de noir.
Cette chenille, qui est des plus rigides et qui passe l’hiver, doit être commune dans toute la région desoliviers; c’est, en effet, sur ce grand arbre qu'elle vit le plus ordinairement{(1). On se la la procure en assistant,en février et mars,à la cueillette des olives, lorsqu'on fait tomber celles-ci à grands coups de gaule, sur un drap étendu à terre. J’ai négligé pendant longtemps de ramasser cette chenille que je confondais avec la Raomboidaria.
INSECTE PARFAIT
Cette remarquable Boarmia possède les lignes et les taches des quatre ailes vigoureusement écrites. Elle ne varie pas ou presque pas aux environs de Cannes, de Nice et de Fréjus. La seule chose qui semble séparer les sexes est la différence de taille et celle des antennes; chez le & celles-ci sont très-peclinées et finissent en pointe aiguë.
Il n’est pas douteux que la ®, si différente du $, mentionnée dans le Species général IX, p. 237, n’est qu’une variété très-accidentelle, et qu’elle ne représente pas le type; car, je le répète,
(1) Je l'ai fait tomber quelques fois des chênes-verts.
la © diffère à peine du &; j'en juge d’après un bon nombre d'exemplaires des deux sexes.
Bien que la chenille d'Umbraria soit communeñsur les oliviers, je n’ai jamais rencontré l’insecte parfait à l’état libre. Une seule fois pourtant, un & de la seconde génération est venu se jeter sur mon réflecteur.
Cette Boarmide a deux éclosions, mai et juin, puis août et septembre. J'ai l'espoir que, connaissant aujourd’hui les mœurs de la chenille, celte espèce, demeurée rare jusqu’à ce jour, se répandra bientôt dans les collections. À
Melanippe Oxybiata, Mill.
Revue de Zoologie, 1871-1872. — N° 2, p. 61.
(Species nova.)
(PL. 186, fig. 1 à 3.)
Ne sachant à quelle époque il me serait possible de publier, dans mon iconographie, cette Phalénite nouvelle, et désirant obtenir rang de priorité, j'ai, au commencement de la présente année, envoyé à la Revue Zoologique de M. Guérin-Méneville, éditée par M. Deyrolle fils, la description de cette espèce, ainsi que celle de plusieurs autres Lépidoptères inédits.
J'ajouterai aujourd’hui quelques détails à la description que j'ai donnée alors de la Melanippe Oxybiata. | |
Notre savant M. Guénée s'exprime ainsi en me parlant de cette Phalénite que je lui ai soumise et qu'il n’a pas connue : « Espèce curieuse ; au premier abord on peut la prendre pour une variété foncée de Galiala. »
En comparant les deux Melanippe, la Galiata et l'Orybiata, on voit que la nouvelle venue diffère de sa voisine par plusieurs ça-
Melanippe Oxybiata 265
ractères sérieux. Indépendamment de la taille plus petite, de l’espace médian plus foncé, des ailes inférieures plus obscures, on reconnaît que cet espace médian est relativement plus large, entièrement d’un brun noir, avec le bord interne presque droit. Le bord externe, très-dentelé, est suivi d’une bande large, parallèle, continue et d’un blanc parfait, caractères qui n’existent pas chez la Galiata. On constate en-dessous les mêmes différences relatives, entre autres la bande blanche sublerminale, qui est aussi large et continue qu'elle l’est en dessus.
La © est sensiblement plus grande que le 6, et sa teinte générale est encore plus foncée. Les antennes, ainsi que chez le &, sont complétement filiformes. |
Parlerai-je de l’époque d’apparition de l’Oxybiata comme nouveau point de comparaison ? Ce n’est pas en mai et août qu’elle se montre, ainsi que le fait la Galiata, mais en juillet et octobre. C’est, en effet, à cette dernière époque, vers le 10 ou le 15 du mois, que j'ai rencontré, aux environs de Cannes, dans le voisinage de mon habitation qui touche à des terrains inculles, plusieurs exemplaires des deux sexes de cette Phalénite nouvelle. Le ? novembre, je vis encore un & fixé au tronc d’un olivier, mais 1l était défloré. Enfin, le 6 juillet 1872, un & de cette espèce fut pris au réflecteur.
La Melan. Orybiata trouvera place après la Galiata.
Obs. Le 9 octobre 1870, j'ai dù attendre, avant de m'en saisir, qu'une @ d’Orybiata, en train d’éclore au pied d’un olivier, fût entièrement développée.
Melanippe Thulearia, H-$S.
p. 156, fig. 387. — Gn. X, 389. — Stor. Stett. e. Z. 1857, p. 259. — Steg. Cat. (1871) 2,687.
(PL. 130, fig. 4 à 6.)
Je viens compléter l’histoire de cette larve, c’est-à-dire indiquer l’arbre qui la nourrit, la figurer, et parler d’une variété dont il n’a pas encore été question. De plus, je ferai connaître une bien curieuse variété de l’insecte parfait, laquelle, eu égard à sa constance, pourrait bien porter un nom.
Cette chenille, qui est, en effet, courte, épaisse, entièrement noire, avec un écusson luisant sur le premier anneau, « passe sa vie enfermée entre deux feuilles ou dans une feuille roulée et attachée avec de la soie. » Gn. X, p. 387.
La variété de cette chenille est de couleur d'ocre; ici la stigmatale et la sous-dorsale sont brunes, fines, continues. Chez le type et la variété, les stigmates et les points pilifères sont blancs.
Cette Phalène, qui a pour patrie l'Islande et le Groënland, vit en juillet sur les bouleaux bas et rampants, lesquels semblent être l'unique végétation arborescente de ces contrées lointaines et désolées par un hiver de près de dix mois.
L’insecte parfait type qui est l'intermédiaire de l’Hastula, L., et del’Hastulatu, Hb., a été représenté par M. Schæffer, f. 387. Mais il n’a pas encore été question d’une variété constante de l'espèce, chez laquelle les bandes transversales et les franges, aux quatre ailes, sont entièrement blanches en dessus et en dessous, chez les deux sexes. Elles se détachent d'autant mieux que ces diverses bandes reposent sur un fond noir fuligineux et uniforme.
Melanippe Fluctuata 267
Cette remarquable variété, qui présente de nombreuses sousvariétés, pour revenir insensiblement au type où les lignes transverses sont à peine indiquées, cette variété, dis-je, provient d'Islande où elle a été élevée en grand nombre. Enfin, je dirai qu'une variété accidentelle, sombre, rapportée du même lieu, est entièrement enfumée, et qu'ici les lignes ont à peu près disparu.
Mon cabinet : type et variétés 10 exemplaires.
Melanippe Fluctuata, L.
(Var. Neapolisata.)
(PL. 130, fig. 7.)
Il ne m'est pas certainement prouvé que cette curieuse variété de la Fluctuata ne soit pas une espèce séparée, mais, dans le doute, je ne dois la considérer que comme variété constante.
Ce lépidoptère est pour moi un nouveau souvenir d'Italie où mes chasses entomologiques, aux environs de Naples, n’ont pas été aussi fructueuses qu’elles l’eussent été deux ou trois mois plus tard. Dans cette partie de l’ancien royaume des Deux-Siciles, cette variété ou race particulière de la Mel. Fluctuata, semble avoir remplacé le type qui paraît ne pas y exister, au moins je ne l’y ai pas vu. Cette aberration est donc des plus constantes. Ce qui distingue la Var. Neapolisata, c’est que, chez le à, les antennes sont plus cilicées que chez le tÿpe, et que, chez les deux sexes, la surface des quatre ailes est d’un gris foncé faiblement lavé de verdätre aux supérieures. Le fond blanc a disparu en presque totalité ; couleur qui ne se montre plus que sous forme d’un filet délié encadrant l’espace médian. Le dessous des quatre ailes participe de cette teinte obscure. Gette Phalénite semble emprunter aux terrains volcaniques de la campagne de Naples
leur aspect sombre et triste à cette époque de l'Année moe où la végétation herbacée se montre à peine.
C'est aux environs de Pompeï que ce lépidoptère m'a semblé assez commun, fixé soit aux arbres, soit aux vieilles murailles. Je l’ai recueilli dans Naples même, appliqué aux trones de chênes-verts de la villa Reale.
Le type de la Fluctuata a, aux environs de Cannes, le fond très-blance, et l’espace médian presque noir.
La chenille vit en automne sur certaines Crucifères, telles, par exemple, l’Alyssum maritimum et le Lepidium ruderale.
L'insecte parfait se montre dans les Alpes-Maritimes, dès le milieu de février. La seconde génération ne paraît à Saint-Martin- Lantosque qu'en juillet et août.
Acidalia Zephyrata, Mill.
(PI. 120, fig. 1 à 8.)
Voici un lépidoptère très-voisin des Acidalia Elongaria Rb. (Aridata, H.-S.) et Canteneraria, Bdv., mais il en diffère par des caractères essentiels qui me paraissent suffisants pour le coneidérer comme une espèce indépendante.
J'ai fait connaître la chenille de Canteneraria, mais en attendant que celle d'Elongaria Vienne, par sa différence spécifique, confirmer la validité de la Zephyrata, je donnerai aujourd’hui l'histoire complète de la nouvelle Acidalie dont l’époque d'éclosion s'éloigne de celle de ses voisines.
Par la forme générale, elle rappelle ses congénères Canteneraria et Cervantaria, bien que muins allongée que celles-"1.
La première génération de Zephyrata commence seulement à
fa
Acidalia Zephyrata 969
voler à la mi-juin, alors que disparaît les dernières Canteneraria dont elle partage l'habitat. La seconde génération passe l'hiver en chenille, laquelle se transforme vers le commencement de mai.
Médiocrement allongée, atténuée antérieurement, plissée, sensiblement carénée sur les côtés, à tête petite, arrondie en dessus et aplatie en avant. Elle est d’un argileux pâle, couleur qui s’obscurcit sur les premiers et les derniers anneaux. On ne voit pas de dessins dorsaux, mais à la place il règne une ligne claire, large et continue. La stigmatale qui repose sur la carène est également large, claire et continue. Sur les 3°, 4° et 5° anneaux, on voit un gros point noir placé au-dessus du stigmate. Celui-ci est très-petit, noir et invisible à l’œil nu.
La chenille de Zephyrata vit sur beaucoup de plantes basses et sous-arbrisseaux ; elle est donc polyphage.
La chrysalide n’a rien de remarquable.
INSECTE PARFAIT
Envergure : 0,018"m, à 0,019m"®,
La Zephyrata est toujours plus grande que l’Elongaria, avec les ailes relativement moins allongées, et l'aspect général d'un gris roussâtre plus accusé. Elle rappelle aussi PAridata, H.-S. (pl. 66, f. 407). Cependant, la couleur générale de celle-ci est d’un blanc bleuâtre et le point cellulaire manque en-dessous.
Chez la Zephyrata existent, sur un fond blanchätre sablé de grossiers atomes noirs, mais rares, quatre lignes tremblées et continues d’un gris roussâtre. Le point cellulaire est gros, noir et se voit toujours aux quatre ailes. Une série de points noirs al-
longés règne sur la frange. On voit encore uné ligne de points nervuraux sur la bande qui suit la coudée; cependant, ces derniers points noirs ne sont pas constants. Le vertex est concolore, avec le front noir. Les antennes sont entièrement filformes.
Les ailes en-dessous sont plus obscures qu’'en-dessus, où quelques bandes transverses se montrent, ainsi que le point cellulaire; celui-ci est toujours bien marqué. Souvent les permières ailes sont légèrement enfumées (fig. 6).
La © est quelquefois un peu plus grande que le 6, elle a aussi la teinte générale plus rousse. Sur l’abdomen, bien développé, on voit sur chaque anneau une petite crète noirâtre.
Cette Phalénite présente une variété constante (fig.7) où le fond chez les deux sexes est plus blanchâtre que chez le type, et où la coudée est large et brunâtre sur les quatre ailes. N'ayant pas obtenu ex larvé cette variété, après avoir vu éclore, chez moi, le type en assez grand nombre, je me demande si ce n’est bien là qu'une variété constante (1). ù
La première éclosion de l’Acid. Zephyrata vole de la mi-juin à la fin de juillet, et la seconde, du milieu d'août au 15 septembre. Elle est commune sur les terrains à base granitique qui existent de loin en loin dans la vallée du Cannet, ne de Cannes, en grande partie formée de calcaires.
On la prend au réflecteur, ainsi que dans les maisons, appliquée aux plafonds.
La nouvelle Acidalie prendra naturellement place après l’Zlongaria du Species général; elle portera le n° 2153 bis dans le orand Catalogue Star.
— £ D RTE = 2e — ES
(1) Depuis lors, j'ai obtenu ab ovo cette variélé constante.
Acidalia Subtilata 271
Acidalia Subtilata, Christoph.
Stett. e. Z. 1867, p. 236. — Sigr. n° 2213
(PL. 132, fig. 9.)
L'espèce n’a encore été rencontrée que dans les steppes de la Russie méridionale. Elle a été publiée en 1867 dans les Annales déla société entomologique de Stettin, mais sa description n’était pas accompagnée de figure ; c’est pour combler cette lacune que je la fais représenter. Cette charmante Acidalie, dont les premiers étants sont inconnus ne se distingue de la Decorata, Hb. sa voisine, que par sa grande taille et ses couleurs vigoureusement acèusées sur les quatre ailes, en-dessus et surtout en-dessous. Ces différences, chez la Subtilata, étant toujours les mêmes, doivent, par leur constance, séparer cette race de la Decorata et en faire ce qu'on est convenu d'appeler une espèce indépendante.
Obs. Au milieu de juillet dernier j'ai recueilli, sur les bords de la Vésubie, un sujet intermédiaire des mieux conservés.
Cannes. Avril. 1872.
P. MiLLIÈRE.
EXPLICATION DES PLANCHES
Le
Fig. 1. Chenille de la Steganoptycha Minutana, Hb. 2. id. à moitié cachée entre deux feuilles.