TRENTE-DEUXIÈME LIVRAISON
Je viens de découvrir dans les terrains incultes qui avoisinent la villa des Phalènes, à Cannes, deux espèces de chenilles à peu près inconnues; celle de la Cladocera Optabilis et celle de l'Agratis Obesa. Les auteurs ne sont pas tous d'accord sur le classement définitif du premier de ces lépidoptères, et je me suis demandé si c’est avec raison, ou sans raison, que feu Rambur a fait entrer, dans la famille des Agrotides, l’Optabilis et la Boetica avec lesquelles il a composé son genre Cladocera. Jugeant du genre par l’Optabilis que je viens d'étudier sous ses divers états, je crois reconnaître que l’auteur de la faune entomologique de l’Andalousie a bien fait, car cette Oplabilis est plutôt, ce me semble, une Agrotide qu’une Episémide ; elle doit donc appartenir à la première de ces deux familles, aussi bien par le genre de vie de la chenille et le mode de transformation de celle-ci, que par l’époque d’éclosion de l'insecte parfait, qui a lieu en septembre et non pas au printemps. Cependant la trompe des deux Cladocera est assez peu développée, tandis qu’elle l’est passablement chez les Agrotis propres; mais si cette différence dans le peu de développement de la spiritrompe de l’Optabilis et de la Boetica peut les séparer du genre Agrotis, cela ne doit pas les éloigner de la famille des Agrotides.
Si nous jugeons des Æeliophobus à l'état d'insecte parfait
par la Popularis dans le genre de laquelle plusieurs entomologistes placent encore l'Optabilis et la -Boetica, nous reconnaissons que les /eliophobus ont des mœurs particulières ; en effet, le vol extravagant de la Popularis surprend tout chasseur à la lanterne vers laquelle ce lépidoptère accourt de fort loin, tandis que je n’ai jamais rien remarqué de pareil pour l'Optabilis qui éclot dans mon jardin à quelques pas de mon réflecteur. Enfin, je répéterai que l’Optabilis éclot en septembre et non en avril, et que cette dernière époque est toujours celle où la chenille est parvenue à son entier développement.
Cladocera Rb. Optabilis, Bdy.
Je. pl. 74, f. 2 et 3 — Gn. Ind. 241 — Dup. Sup. IT, pl. 16, fig. 2. — Her.-Sch. pl. 16, f. 2. — Gn. I, p. 171 — Stgr. 1331 = Fictilis, Frey. pl. 394, Î. 3 et 4.
(PL. 137, fig. 4 et 5)
Elle est assez courte, pleine, légèrement atténuée aux extrémités, avec les seize pattes normales et une plaque cornée sur les premier et douzième anneaux. Sa couleur est le gris argileux elair où les lignes ordinaires sont assez mal indiquées ; elles se présentent ainsi : la vasculaire, moins accusée que
les autres lignes, n’est visible que sur les deux premiers
segments; la sous-dorsale est brune, interrompue sur chaque anneau ; la stigmatale est assez large, ondulée et d’un jaune clair. La tête est petite, concolore et bordée de brun; les stigmates sont noirs et précédés de deux gros points pilifères ; les trapézoïdaux sont petits, bruns et luisants. La plaque du
Cladocera Optabilis 301
premier anneau est brune antérieurement et traversée par trois petites lignes claires correspondant à la vasculaire et aux sous-dorsales, la plaque du douzième est brune, luisante et porte l'empreinte des trois lignes précitées. Cette chenille qui doit éclore au commencement de l'hiver et grossir lentement, ne m'a paru se rencontrer que dans les terrains incultes, à base calcaire. Elle n’atteint son entier développement que dans la seconde quinzaine d'avril. Pendant le jour elle s'enfonce assez profondément en terre où on pourrait penser que cette larve vit de racines de graminées ou celles d’autres plantes basses; il n’en est rien cependant, car la nuit elle remonte à la surface du sol et attaque de préférance à toute autre plante herbacée, la Pterotheca nemausensis dont elle dévore les nombreuses fleurs.
Pour se transformer la chenille de l'Optabilis s’enterre à quinze ou vingt centimètres de profondeur, et forme une grosse coque en terre, oblongue,; assez peu solide, car il n'entre pas de soie dans sa composition, et d’où l’insecte parfait s'échappe vers le milieu de septembre, presque toujours dans la matinée.
INSECTE PARFAIT
Tout le monde connaît aujourd'hui cette jolie noctuelle considérée comme fort rare il y a peu d'années; elle ne l’est cependant pas. Ses habitudes étant celles des Æpisema, il doit être facile de se la procurer en la cherchant la nuit, la lanterne à la main, dans les lieux où a vécu sa chenille, et où elle doit se tenir, ainsi que je l'ai observée chez moi, fixée aux tiges des plantes. Bien que le & de l’Optabilis ait des antennes très-pectinées, il ne m'a pas semblé voler autant
les autres Agrotides. L'espèce tiendrait-elle#de ces dernières par la chenille, et des Apamides par l’insecte parfait? L'Optabilis ne varie pas, ici du moins.
Agrotis Obesa, Bdv.
Ind., Ico. pl. 75.— Gn. Ind. 241.— Dup. ILE, p. 173, pl. 16. — Gn. I, 259. — Sigr. 1466. — Eversmanni, Led. — Ledereri, H.-S. Text.
Elle est allongée, épaisse, cylindrique, rase, luisante, avec seize pattes courtes et minces à l’extrémité. La tête est petite, et le premier anneau porte une plaque cornée concolore. Elle est d’un gris argileux livide, tirant sur le brun en dessus; sa peau est tellement fine qu'il est très-difficile, m’écrit M. Fallou, de la souffler sans accident; opération délicate, qui demande, pour réussir, de grandes précautions. Les lignes ordinaires sont à peine indiquées; on ne voit guère que des traces de la sous-dorsale et de la stigmale lesquelles sont marquées en plus elair que le fond. Les trapézoïdoux sont petits et bruns, les stigmates gros, à bord légèrement relevé, et entièrement noirs. La plaque du cou est rectangulaire, testacée et lisérée de brun sur les bords.
Cette chenille a tout-à-fait les mœurs de l’Optabilis, et vit dans les mêmes lieux et de la même manière que cette Cladocera, c'est-à-dire que pendant le jour elle se tient profondément enfouie dans la terre, remonte la nuit à sa surface et se nourrit
Agrotis Obesa 303
également des nombreuses fleurs de la Pterotheca nemausensis, dont elle fait au commencement d'avril un grand dégât.
Comme cette chenille est lourde et conformée pour ne pas s'élever de terre d'où, le plus souvent, elle ne sort guère que la moitié du corps, elle doit employer pour atteindre les fleurs disposées en corymbe, sur un long pédoncule, un moyen qui peut paraître ingénieux. Elle coupe la tige vers sa base et fait tomber ainsi sur le sol le groupe de fleurs qu’elle a bientôt fait disparaître. C'est du milieu à la fin d'avril qu'il convient de la chercher.
Au commencement de mai, l'Obesa s'enfonce en terre à quinze ou vingt centimètres, se transforme, en juillet seulement, après avoir formé, ainsi que l'Optabilis, une grosse coque ovale en terre friable qui cède sous la pression des doigts.
Le papillon éclot dix ou quinze jours plutôt que l’Optabilis, c'est-à-dire pendant la seconde quinzaine d'août.
INSECTE . PARFAIT
C’est une grande et belle noûtuelle qui a bien quelques rapports de forme et d’habitudes avec l’Heliophobus Populuris. C’est pour ce motif peut-être que Duponchel a fait de son Obesa une Heliophobus. En effet, elle vole avec bruit, se jette impétueusement sur le réflecteur; à peine posée, elle s'envole avec rapidité pour revenir aussitôt. Elle ne se montre que pendant les nuits les plus sombres.
La ®, qui a un abdomen démesurément développé, et que j'ai fait représenter avant qu’elle ne fût desséchée, la ©, dis-je, n’est pas, comme on pourrait le croire, impuissanle à voler; je l’ai prise une fois au réflecteur, sur lequél elle est venue s'abattre lourdement. Sa fécondité est grande, puisqué cette
même Obesa a pondu environ 250 œufs. Ceux-ci sont entièrement sphériques et d’un jaune pâle uniforme. Ces œufs ne sont point éclos chez moi.
L’Agrotis Obesa que j'ai obtenue ex larvé en certam nombre l'automne dernier, varie de temps en temps; …l est des & en effet, dont les ailes supérieures sont lavées au bord interne d’une teinte aurore remarquable, et d’un cendré clair à la côte. Cette superbe noctuide appartient non-seulement à la Provence, mais encore à la Russie méridionale, suivant le D' Eversman, p. 238.
Symmoca Oxvybiella, Mill.
Petites Nouv. Ent. N° 43, |. janvier 1872.
Cette charmante espèce qui n'est peut-être pas une vraie Symmoca, est assez voisine de la Signatella, Hb. fig. 380, et de la Designatella, HS , fig. 384; cependant elle est toujours un peu plus petite que ces deux espèces, ses congénères, dont elle s'éloigne par le dessin des ailes supérieures; celles-ci sont arquées à la côte, aiguës à l’apex, avec le fond d’un blane de lait, sur lequel se détachent deux groupes de deux points superposés et reliés par une tache d’un fauve vif; de telle sorte que ces deux groupes présentent deux bandes transverses disposées l’une au tiers de l'aile et l’autre aux deux tiers. Une série de points noirs précède la frange; la côte est d’un gris bleuàtre dans toute son étendue. Les ailes inférieures sont uniformement grises, avec leurs franges lavées de fauve obseur.
La ® est toujours plus grande que le &. | + Depuis l'époque où je signalais cette Tinéide, j'ai cherché
Œcophora Cryplogamorum 305,
la chenille au priniemps et à l’automne sur le romarin où je supposais qu'elle put vivre, mais bien vainement; il n’est donc pas probable que ce soit cet arbuste qui la nourrisse.
La Sym. Orybiella doit avoir deux générations : elle vole à partir du 15 juin jusqu’à la fin d'août. Aux environs de Cannes elle est fort abondante, mais on la remarque plus particulièrement sur les terrains à base calcaire, notamment dans la vallée du Cannet. Elle vient facilement au réflecteur.
OEcophora Cryptogamorum, Mill.
Petites Nouv. Ent. N° 34, 1 janvier 1872.
(PI. 138, fig. 3 et 4.)
Les ailes supérieures sont courtes, rectangulaires, arrondies aux deux angles, d’un gris argileux et traversées par trois bandes brunes placées à égale distance l’une de l’autre ; les inférieures sont d’un gris obscur, mattes, sans dessins, avec une frange courte et concolore. La tête, légèrement laineuse, est d’un blanchâtre obscur, ainsi que les palpes qui sont plutôt projetées en avant que relevées en crochet.
L'espèce varie en brun.
J'ai pris une fois au réflecteur la Cryptogamorum, le 14 septembre; mais, du 15 au 25 juillet précédent, je l’ai fréquemment rencontrée contre un mur exposé au Nord et chargé de cryptogames; circonstance qui me ferait penser que la chenille doit vivre aux dépens de ces plantes.
Cette Œcophora qui a peut-être bien deux générations, est voisine de la Fuscescens, Haw., dont cependant elle est distincte, suivant M. Stainton.
Psyche Vesubiella, Mill
Petites Nouv. Eutom. n° 64, 15 novembre 1872.
{PL 138, fig. 5 à 12)
Cette Psychide a une envergure de 24 à 26 millimètres ; elle est de la taille de la Graminella L., mais elle n'appartient pas au groupe de cette espèce; c’est à celui des Psyche Graslinella, Atra, Albida, Leschenaulti, etc. qui sont plus petites, et qui se distinguent par leurs ailes d’un aspect vitreux ou semi-vitreux.
Les quatre ailes de la Psyche Vesubiella sont grandes, allongées, noires, luisantes en dessus et en dessous, vitreuses, avec la côte d’un noir profond et les franges étroites et plus noires que le fond. La tête, le thorax et l'abdomen sont entièrement recouverts de longs poils noirs légèrement teintés de gris. Les antennes sont grandes, très-noires et garnies de lamelles relativement très-développées.
La ©, ainsi que toutes celles du genre, est entièrement aptere ; elle pond dans son fourreau ses œufs fécondés, puis meurt bientôt après.
Le fourreau, qui rappelle celui de la Psyche Atra (Atribombycella, Brd.), est composé de pailles courtes, placées en travers et recovertes d’une soie épaisse et blanchâtre. Ce fourreau est fusiforme, mais déprimé en dessous. Il est ordinairement fixé, lors de la transformation de la chenille, à cinquante ou soixante centimètres du sol, le plus souvent contre la surface extérieure et verticale d’un rocher ou d’un gros silex, et retenu par de nombreux fils de soie. A
La chenille, qui a dû passer l'hiver sous une épaisse couche de neige, retirée dans son fourreau ouaté, et complétement
Psyche Vesubiella | 307
fermé, n'est parvenue à sa taille que du 15 au 25 juillet. Elle vit, c'est probable, sur des graminées ténues et rares qui croissent à la base d'énormes silex qui, détachés des hauteurs voisines, se sont accumulés sur les bords et dans le lit du torrent sur lequel un pont à été jeté, le « pont de la cascade, » situé non loin de la frontière d'Italie, à quatre kilomètres environ de Saint-Martin-Lantosque.
Trois semaines après que la cheuille à fixé définitivement son fourreau, c’est-à-dire pendant la première quinzaine d’août, a lieu l’éclosion de l’insecte parfait.
La Psy. Vesubiella s'éloigne, par son apparition tardive, de toutes les Psychides connues, sauf pourtant la P. Febretta, dont, je l’ai dit précédemment, l’éclosion a lieu vers les premiers jours du mois d’août.
Dans le catalogue Stgr. elle prendra place après la Graslinella et portera le numéro 827 bis.
La chenille de la Ps. Vesubiella a la conformation, les mœurs, les habitudes de la plus grande partie de ses congénères. Elle a seize pattes ; les écailleuses sont longues et robustes, notamment la troisième paire; les membraneuses, qui ne servent jamais à la locomotion, sont au contraire très-courtes. Les trois premiers anneaux présentent de larges plaques cornées, relativement épaisses; ces plaques sont largement maculées de brun et luisantes.
Cette larve vit de graminées; sa croissance, ainsi que celle de la plupart des Psychides, est fort lente; elle doit se prolonger pendant dix mois au moins.
Mon cabinet : 20 exemplaires. -
Hadena Alpigena, Bdv.
Icon. pl. 84. — Gn. Ind. p. 224. — Gn. II, p. 93. — Stor. 1299.
(PL 139, fig. 1)
Cette espèce des Alpes dauphinoises n’a pas été reprise. Elle a été soigneusement décrite par l’auteur du Species général. Si je la fais représenter, c’est que la figure qui a été publiée n’en donne, à cause de sa médiocrité, qu'une idée très-imparfaite.
Cette noctuélite est assez voisine de la Meissonieri, Gn., dont le & seul est connu. Ce & ne serait-il pas celui de l’A/pigena dont on ne connaît encore que la @?
L’Alpigena Q fait partie de la collection de feu Donzel.
Agrotis Engadinensis, Mill.
Revue et magasin de Zoologie, 1873, n° 1, p. 3
(PL 139, fig. 2)
C'est avec l’Agrotis Ocellina qu’elle a le plus de rapport pour la taille et la coupe d'ailes; cependant les lignes et les taches de ces deux nocluides et ieur couleur respective les éloignèrent l'une de l’autre. Voici la description de cette nouvelle et curieuse Agrotide :
Envergure : 31 millimètres. — Les ailes supérieures sont relativement étroites, allongées, rectangulaires, coupées carrément au bord terminal, d’un jaune de cuir, sur le fond desquelles se montrent d'une manière assez vague deux lignes brunes et
Eupithecia Magnata 309
transversales. La première ne commence qu'au-dessous de la tète et aboutit au bord interne; cette ligne est traversée par un trait brun qui à son point de départ à la base de l'aile. La coudée est entière, assez large, continue et légèrement arquée en dehors. Cinq taches sagittées et noires rayonnent dans le sens de la frange; celle-ci est large, concolore et précédée de sept petits points noirs triangulaires. La tache réniforme, seule visible, imparfaitement formée, est bordée de noir intérieurement et de blanchätre extérieurement. Les ailes inférieures sont bien développées, arrondies, plus obscures que les supérieures, c’est-à-dire légèrement enfumées, En dessous les premières ailes sont plus obscures qu’en dessus, et les lignes et dessins ont disparu. Les inférieures sont plus claires qu’en dessus. Le thorax est bien développé; il participe, ainsi que l'abdomen, de la couleur des premières ailes. Les antennes sont fillformes et brunes; les yeux sont bruns.
Je fais ma description d’après un sujet & qui est d’une conservation irréprochable et qui provient, me mande M. Zeller, de la haute Engadine, où il a été pris, en juillet 1871, par M. Hnatch, lépidoptériste zélé, qui habite le village de Sils, dans la vallée de l’'Engadine, et qui, espérons-le, retrouvera cette intéressante Agrotis.
Cabinet Rod. Zeller, à Zurich.
Eupithecia Magnata, Mill.
Revue et magasin de Zoologie (1873, n° 1) p. 2.
(PI. 139, fig. 3)
Voici une Phalénite qui, par sa grande envergure, semble s'éloigner de toutes les Æ£upithecia qui ont été observées
jusqu'à ce jour. «Il y en a bien peu qui dépassent la taille la plus minime.» Gn. X, p. 299.
M. Mann, à qui cette espèce a été soumise, reconnaît en elle, m'écrit M. Zeller, une très-grande Eupithécie. C’est, en effet, au genre £upithecia qu’appartient cette curieuse Phalène, genre dont elle a, sauf la taille gigantesque, tout le facies, toute la coupe d'ailes.
M. Rod. Zeller qui a, le 25 juillet 1871, capturé lui-même ce remarquable lépidoptère, n’a, je le regrette vivement, rencontré que cet unique exemplaire qui est une @® « volant en plein jour sur un gazon court du mont Muottas, près de Célérina (Suisse). »
Envers. 32". — Les ailes sont très-allongées, aiguës à l’apex, grises, nébuleuses, finement aspergées de noir, et lavées d’une très-légère teinte aurore sur toute leur surface ; ces ailes sont, en outre, traversées par plusieurs lignes blanchâtres et fortement dentées. La côte est presque droite, et le point cellulaire est très-oros, elliptique, noir et placé au centre de quatre très-petits points d’un blanc vif. Cependant, aux inférieures, la tache cellulaire est très-petite. Les franges sont précédées de: lunules noirâtres qui les bordent, et de points de même couleur placés entre chaque nervure sur les franges mêmes. Les taches et les points se reproduisent en dessous, mais ils sont beaucoup moins accusés qu’en dessus. Les antennes sont courtes, filiformes et brunes ; la tête est petite, le thorax robuste et l'abdomen très-développé; le tout participant de la couleur des ailes. es
Collection Rod. Zeller.
Thalpochares, Communimacula 311
Thealpochares, Led. Communimacula, S. V.
p. 84. — Hb. I, 1, 3.— Och. — Bork. — Esp. — Tr. — Dup. VIE, pl. 193, fig. 6. — Stgr. et Wocke, Cat. 1876. (PI. 139, fig. 4 et 5)
MM. Staudinger et Wocke ont fait, dans le genre Thalpochares de Lederer, un assemblage de Noctuélites qui me paraît anormal; celui d’un grand nombre d'insectes de cette famille. Ce sont tout ou partie des genres Micra, Gn., Anthophila, Tr., Glaphyra, Gn., Microphysa, Bdv. et Leptosia, Dup. Cependant, lorsque les chenilles des papillons qui composent cette agglomération. forcée auront été observées et publiées, elles apporteront, la chose est certaine, de sérieuses modifications dans l’arrangement de ces Noctuides, établi par nos modernes classificateurs.
Par une cause difficile à expliquer, M. Guenée a omis dans son Species général de comprendre la jolie Communimacula. Connaissant la sûreté de coup-d’œil de cet habile maître, je suis persuadé que si cette omission n’est pas involontaire, c’est qu'il a, sans doute, à la vue de l’insecte parfait, soupçonné que sa larve devait présenter de curieuses particularités.
La chenille de la Communimacula, autant que je puis en juger par un sujet des mieux préparés qui m'a été fourni par M. Standinger, n'a que dix pattes; six écailleuses et quatre ventrales ; la place des anales n'étant pas même indiquée par un rudiment de patte. Par ce caractère important qui est peut-être unique parmi les nombreuses Thalpochares (1)
(1) Cependant il existe, parmi les Acontidae, un genre dont les chenilles, les Acontia, n'ont que dix pattes, mais ces chenilles sont « très-allongées, très-effilées, » dès lors ne peuvent être comparées à la Communimacula, qui vst courte et épaisse. Ceïle-ci n’est donc pas la seule Thalpochare n'ayant que dix pattes.
du grand Catalogue allemand, la Communicul® devra être séparée des espèces congénères actuelles, ce que je ne fais pas moi-même; je me contente, en figurant cette singulière chenille, d'appeler sur elle l'attention des classificateurs.
Elle est courte, cylindrique, à tête relativement petite et n'a que dix pattes, dont six écailleuses et quatre ventrales placées, la première paire sur le huitième anneau, la seconde sur le neuvième; le douzième segment en étant dépourvu d’une manière absolue. Cette larve qui rappelle assez, sauf la question des pattes, la chenille d’une grosse Tortricide, est de couleur blanc jaunâtre ; le premier anneau seul est teinté de vineux. Elle est Sans aucune ligne, sans nulle tache, ne portant sur le premier segment qu’une plaque écailleuse étroite, noire, luisante, partagée par un sinus. La tête est cordiforme, noire, luisante, avec le centre d'un rougeñtre pourpré. Les pattes écailleuses sont assez petites, noires avec le dernier article ltestacé. Les quatre pattes membraneuses sont rougeàtres. Les stismates, chose remarquable, sont placés très-haut, c'est-àdire entre la sous-dorsale et la stigmatale absentes. Ces organes de la respiration ne sont indiqués que sous forme d'un imperceptible point rougeûtre. Cette chenille doit vivre de la moelle de quelque plante dicotylédonée ou peut-être dans l’intérieur d'un bolet. S
L’insecte parfait ne me paraïl pas varier. IL est resté jusqu'à ce jour étranger à la France; mais il fait partie des faunes d'Autriche, de Hongrie, de Dalmatie et de Grèce.
Stephania, Puniceago 313
Stephania, Gn. Puniceago, Bdv.
Ind. 1185. — Gn. Ind. 242. — Dup. IV, p. 254, pl. 70. — — H:-S. 43. — Gn. VI, p. 173. — Stgr. 1488.
(PI. 139, fig. 6 et 7)
Sa forme semble la rapprocher de sa voisine l’Aspila Rheriae d’Abbot, dont j'ai sous les yeux la figure que nous à laissée cet habile iconographe. Cependant la conformation exceptionnelle de la tête de l’insecte parfait nous prouve que M. Guenée a eu non-seulement raison de séparer cette Héliothide du genre Aspila composé de trois espèces exotiques, mais encore de la faire sortir des Xanthia, genre dans lequel M. Boisduval l'avait comprise. |
La chenille de la Puniceago, dont les mœurs me sont inconnues, ce que je regrette vivement (1), m'a été envoyée par. M. Staudinger, avec cette simple indication : Russie méridionale.
(1) Je retrouve, dans ma correspondance avec feu Rambur, une de ses lettres, en date du 13 décembre 1856, qui apporterait quel-, ques lumières sur la nourriture de cette chenille :
« Je vous envoie un dessin assez mauvais (‘), représentant des chenilles de diverses couleurs de la Stephania Puniceago. Cependant j'ai quelques doutes sur ce que peut être la nourriture de ces chenilles ; si vous les figurez, n'oubliez pas d'exprimer ces doutes : malgré la forme de la plante qui ressemble à une sorte de groseillier, il faudrait les peindre sur un Chenopodium. »
J'ai effectivement représenté la Puniceago sur une plante appartenant à cette famille; l’Atriplex littoralis.
Enfin, M. Staudinger me mande au dernier instant :
« La Puniceago vit en octobre et en novembre sur l’Atriplexæ nitans et sur le Chenopodium polyspermum dont elle ronge les graines vertes. »
(*) Dessin exécuté, je crois, par Kindermann, ou reproduit par ses ordres, mais que je n’ai pas cru devoir faire graver à cause de son imperfection. P. M,
Cette chenille, dis-je, est moniliforme, cylindrique, rase, médiocrement allongée, d’un jaune verdâtre, et les lignes vasculaire et sligmatale sont à peine indiquées en rose ou en rougeâtre. La sous-dorsale est tellementsconfuse qu’on ne peut la distinguer sans le secours de la loupe. La tête est petite, aplatie en avant et d’un testacé jaunâtre. Les seize pattes sont concolores; les membraneuses ont la couronne rougeûtre. Les stigmates sont concolores et ne seraient pas visiblés, s'ils n'étaient finement cerclés de noir. La plaque cornée du premier anneau est également concolore.
Le docteur Eversmann, en parlant e la Puniceago dans ses « Noctuelles de la Russie, » p. 135, nous dit qu’elle habite les provinces du Volga méridional.
Cette noctuélite n’a jusqu'à ce jour élé rencontrée qu’en
Russie.
Je viens essayer de prouver qu'une Choreutis, la Pretiosana, Dup. est réellement une espèce séparée de sa congénère, la Bjerkandrella, Thnb. Au reste, on ne sait à peu près rien des chenilles de ces deux Choreutis, et ce que je vais en dire peut avoir son utilité et présenter de l'intérêt.
La Pretiosana fut érigée en espèce par Duponchel. Quelques années après, elle ne fut plus considérée que comme une simple variété dela Bjerkandrella, présentant une forme méridionale (forma merid. Ster. et Wocke, p. 265). Cependant, si ces deux Choreutis ne sont pas très-distinctes, chacune d'elles nous montre des mœurs particulières. De plus, non-seulement Îles plantes qui nourrissent ces larves ne sont point les mêmes, mais celles-là sont loin d’appartenir à la même famille. La Choreutis Pretiosana vit sur les /nula, et l'espèce congénere vit sur un £ryngium. Gette année, j'ai élevé en grand nombre
Choreutis Bjerkandrella 315
cette dernière à Saint-Martin-Lantosque, sur l’Eryngium spinaalba. Vill., et, l'année précédente, j'ai élevé tout aussi abondamment la Pretiosana sur l’Inula conyza DC.; j'ai donc pu les observer et les étudier à loisir. La Bjerkandrella vit en juin et juillet, et l’autre en septembre et octobre. Le premier de ces lépidoptères ne doit avoir qu’une seule génération, par la raison que la plante qui nourrit sa chenille, étant très-peu aqueuse, se dessèche d'autant plus vite que les lieux où elle se développe sont toujours découverts et placés aux expositions les plus chaudes.
Choreutis Bjerkandrella, Thnb.
1, 58, p. 36 — Tr. III, 23-4 — Hein. IL, 1. 2 — Stgr. . et Wocke, 1302 = Vibrana, Hb. — Tr. — Dup. IV, pl. 65, f. 8. — H.-S. — Stt. = Var. Pretiosana Stgr. et Wocke. | (PL. 140, fig. 3 à 6)
Elle est médiocrement allongée, atténée postérieurement, avec seize pattes normales, et d’un jaune clair un peu verdâtre supérieurement. Elle est, en outre, recouverte de gros points pilifères noirs et luisants; la tête est lenticulaire, d’un jaune vif, cerclée de noir en dessus, avec les ocelles et mandibules noires. Le premier segment porte une plaque étroite également d’un jaune vif et ceinte de très-petits points noirs. Cette plaque est limitée à chacune des extrémités par un gros point également noir.
La Bjerkandrella vit abondamment dans les lieux où je l’ai
rencontrée, de la fin juin au 20 juillet environ, sur l’Eryngium
spina-alba, aux expositions Est et Sud, surslles rochers les plus escarpés des environs de Saint-Martin-Lantosque. |
Placée dans le pli d'une feuille, sous une toile en soie fine, dont, elle ronge la surface supérieure, cette chenille subit pendant la moitié du jour l’action directe du soleil le plus ardent, aussi grossit-elle {rès-vite. Souyent quatre, six et même huit de ces petites larves attaquent une seule plante d’£ryngium, laquelle, après leur passage, semble à peu près desséchée. Pour se transformer, l’insecte construit un petit hamac fusiforme, mou, composé d’une triple couche de soie, qu'il place dans le pli de la feuille épineuse, sur Sa nervure principale, car c'est toujours sur la plante qui a nourri cette chenille que celle-ci subit sa métamorphose. Deux jours après s'être enveloppée dans son hamac, elle se change en une chrysalide jaunâtre qui éclot à dix-huit ou vingt jours de là.
Ainsi que la Choreutis Dolosanx dont j'ai raconté les mœurs (Ann. S. Ent. Fr. 1856), la Bjerkandrella vole peu, se tient soit sur la plante, soit dans le voisinage de celle-là. Son vol est particulièrement brusque, rapide et de courte durée.
Toutes les espèces de ce genre charmant sont des plus richement parées; la Bjerkandrella ne le cède en rien à ses voisines, et sa livrée ainsi que celle de la Wyllerana l'emportent sur celle des autres Choreutis par l'éclat des couleurs métalliques dont sont ornées leurs ailes supérieures.
Dés la fin de juillet les dernières Bjerkandrella sont écloses, et quelques jours après, il n’est plus possible d'en voir une seule dans le voisinage des Zryngium desséchés en grande partie.
L'espèce, comme je l'ai dit, ne doit avoir qu'une seule
génération.
Choreutis Pretiosana 317
Choreutis Pretiosans, Dup.
- Sup. IV. pl. G5, fig. 9 — Australis, Zell. Is. 1847, p. 643 — Bjerkandrella, Sigr. et Wocke, 1302. .
(P1.,140,, fig: let 2)
Peu après son éclosion, elle est d'un blane d'os; parvenue : à toute sa grosseur, elle est fusiforme, d'un vert tres-clair ‘et présente seize pattes bien conformées. La tête est cordiforme et d’un jaunâtre ambré. Le premier anneau porte une plaque écailleuse concolore. Les trapézoïdaux et autres points piliférés sont assez gros, foncés et bien visibles. Cette larve a bien quelques rapports de forme avec la Bjerkandrella, mais elle en diffère principalement parce qu'elle est fusilorme et non simplement atténuée postérieurement, et par la plaque du premier anneau plus grande et non pas entourée de petits points noirs connue chez sa congénère.
Cette chenille vit d’abord à la maniéré des mineuses en rongeant le parenchyme des feuilles de l’/nula où je l'ai remarquée. Devenue adulte elle laque la feuille en dessous, et ménage la pellicule supérieure sous laquelle elle s’abrite.
Cést dans*la plaine, du 15 au 30 septembre, qu'on doit la chercher sur l/nula conyza, et non en juin et juillet sur un Æryngium, comme sa voisine de la montagne. Pour se transformer elle s'enveloppe dans une toile en soie fine où a lieu la transformation, sur la plante même le plus souvent, mais quelquefois à sa base, dans une feuille sèche ou autre détritus végétal.
L'état de chrvsalide de la Pretiosana est fort court; trois
semaines après la transformation de la @henille, c’est-à-dire du 10 au 15 octobre a lieu léclosion du petit lépidoptère.
Indépendamment de ce que l’époque d'églosion de l’insecte parfait est bien différente de celle de sa congénère, la Pretiosana est toujours plus petite d’un tiers environ, avec les ailes supérieures plus aiguës à l’apex, la nervure costale plus droite, les taches métalliques moins grandes et relativement moins éclatantes que chez la Bjerkandrella.
Gelechia Nigromaculella, Mill.
Pet. Nouv. Ent. n° 43, 1. janvier 1872 (PI. 140, fig. 10)
Les quatre ailes sont assez étroites et garnies de longues franges. Les supérieures aiguës à l’apex, avec le fond d’un argileux chaud, sont marquées de six grosses taches noires ainsi disposées : les quatre premières occupent la première moitié de l’aile et forment par leur disposition un carré lozange; les deux autres placées au centre et à la suite l’une de l’autre, occupent la seconde moitié. Le bord terminal est souillé de brun, Les aiïles inférieures participent de la couleur des supérieures. La Gel. Nigromaculella est voisine des Gel. Salinella. Z., et Halymella, Mill.
Deux exemplaires de cette espèce tranchée ont été capturés les 20 et ?2 juillet 1871.
Depuis cette époque j'ai pris trois nouveaux sujets de la Nigromaculella, deux à la fin de mai 1872, au réflecteur, à Cannes, et un à Saint-Martin-Lantosque pendant la seconde quinzaine de juillet suivant. Ce dernier exemplaire est grand et plus foncé que ceux des environs de Cannes.
Je crois deux générations à la Gelechia Nigromaculella
Scopula Institalis 319
Scopula Institalis. Gn.
— Hb. 182, — Dup. pl. 80, fig. 8. — H.-S. p. 41 — Gn. p. 393 — Stgr. et Wocke. (Var. Ferraralis, Dup. p. 317, pl. 231, f. 6).
(PI. 140, fig. 7 à 9)
Cette jolie Scopula vit assez communément aux environs de Cannes, non dans la plaine où l'Eryngium qui nourrit la chenille ne croît pas, mais sur les petites montagnes des environs, notamment celle du Grand-Pin. La chenille, qu'on élève sans difficulté, a été également rencontrée à Celles-les- Bains (Ardèche) par M. Guenée qui de son côté l’a élevée sans peine. R |
Cette chenille dont on ignorait complétement les mœurs, atteint tout son développement à la mi-juin. Elle est alors assez épaisse, molle, atténuée aux deux extrémités, d’un jaune citron clair lavé de verdâtre sur les derniers anneaux, el présente seize pattes bien développées, avec la tête petite, cordiforme, d’un noir de jais et luisante ainsi que la plaque du premier anneau qui est relativement grande. Les pattes écailleuses également noires sont annelées de blanc, les ventrales sont concolores, et les anales verdâtres. Il n'existe pas de lignes, mais les points pilifères sont bien développés, d'un noir de jais et luisants; sur les second et troisième segments, ces points, disposés autrement que sur les autres anneaux, sont aussi plus développés. Enfin, les stigmates sont très-petits, grisâtres et invisibles à l'œil nu.
Cette chenille vit sur l’Eryngium spinosa ? dont elle lie les jeunes feuilles, au centre desquelles elle se tient au repos
pendant le jour, après avoir fixé leurs bords par de nombreux fils de soie blanche.
La transformation a lieu au commencement de juillet, et, quinze ou vingt jours après, se montre le lépidoptère.
INSECTE PARFAIT 2
Le type ne doit pas appartenir à la faune française, mais il existe en Hongrie, en Espagne et en Italie. Nous ne possédons que la variété constante, la Ferraralis, Dup., qui est caractérisée par l'absence de dessins aux quatre ailes: à l’exception toutefois de la frange et du petit trait apical aux supérieures, lesquels sont d’une belle couleur ferrugineuse.
Toutes les collections possèdent aujourd’hui cette charmante Scopula dont la vétusté semble ne pas altérer les jolies teintes.
Cannes, janvier 1873.
P. MILLIÈRE
EXPLICATION DES PLANCHES
DE LA 32° r1vRAISON (1873)
Fig. 1. Chenille de l’Agrotis Obesa, Ba.