‹ Iconographie et description de chenilles et lépidopteres inédits (volume 4)Chapitre 40 sur 70 · TRENTE-TROISIÈME LIVRAISON · texte numérisé non relu

TRENTE-TROISIÈME LIVRAISON

Les descriptions qui suivent : celles du Botys Auralis, Peyer., Biston Pomonarius, Hb. (Femina masculina) et, plus loin, celles des Scoparia Gallica, Peyer., et Retinia Amethystana, Peyer , sont dues à M. de Peyerimhoff. Je suis heureux, en accueillant ces descriptions dans mon Iconographie, de donner un nouveau témoignage de confraternité à notre collègue. Je lui en laisse en même temps tout à la fois le mérite et la responsabilité.

Botys Tr. Auralis de Peye.

Petites Nouv. Ent. n° 42 (15 décembre 1871) et 58 (15 août 1872)

(PL. 141, fig. 1 à 3)

Ce nouveau Botys est l'intermédiaire exact de Flavalis Schiff. et de.Hyalinalis Hb., à la fois pour la taille, le dessin et la couleur. Cependant, c'est avec le premier qu’il peut être le plus facilement confondu, et je ne serais pas étonné qu'il fût mélangé avec Flavalis dans plus d’une collection.

Envergure : 26 à 27 millimètres. Cette taille est un peu plus

forte que celle de Flavalis, mais d’un bon quaft moindre que celle de Hyalinalis.

Les ailes supérieures sont d’un beau jaune d’or, à peine citrin chez le mâle, et un peu roussätre vers les bords chez la femelle, et sur les ailes inférieures des deux sexes, de même que le long de la côte.

Le dessin consiste 1° en une ligne sinueuse extérieure commune aux deux ailes et ayant exactement la même direction que chez Hyalinalis; ?° en une seconde ligne transverse, antérieure et interrompue; 3° en trois taches, une réniforme, et deux orbiculaires placées exactement comme chez Flavalis; l’une au-dessous de l’autre; enfin, en un point discoïdal à peine visible sur les inférieures. Ces dessins sont roussâtres et peu tranchés. La frange est d’un roux grisâtre luisant.

Le dessous des quatre ailes diffère à peine du dessus par une teinte plus pâle au centre, plus roux grisâtre sur les bords, plus luisant et par des dessins plus visibles. Mais on n’y trouve pas, comme chez Flavalis, presque toute la surface saupoudrée de oris foncé, de telle sorte que la couleur jaune pur n’apparaisse plus qu'entre les nervures et le dessin.

Le corps est en dessus du même jaune que les ailes, et en dessous d’un blanc jaunâtre très-luisant, de même que les pattes. Les palpes sont jaunes en dessus, noirâtres sur les côtés, et blancs en dessous

Ce joli Botys vole en juillet. Il habite les pentes chaudes, sèches, déboisées, mais herbues des collines alsaciennes. Je l’ai rencontré sur les terrains calcaires comme sur les terrains plus anciens. |

Je regrette vivement que mon départ de l'Alsace m'ait empêché de faire connaître la chenille, qui vit probablement en mai sur le Verbascum Lychnis, car c’est dans le voisinage des groupes de cette plante que j'ai surtout capturé l'insecte parfait.

Biston Pomonarius 327

D'après ce que me mande M. Staudinger, le Botys Auralis serait très-voisin du Biternalis Mann., qui habite l’Asie mineure. Je n’ai pu comparer les deux espèces.

Biston Leach., Pomonarius Hb.

(Femina masculina )

(PI. 141, fig. 6)

J'ignore si l’on a déjà observé et fait figurer une monstruosité du genre de celle dont il est question ici. Chacun sait qu'outre les cas assez nombreux d’hermaphrodisme constatés chez les insectes, on a parfois trouvé des femelles présentant certains caractères du mâle et surtout sa couleur. C’est à ce dernier point que se borne le plus souvent la variation.

Chez la femelle de Bision Pomonarius que nous faisons représenter, la transformation est beaucoup plus considérable, car non-seulement elle porte des antennes bipectinées comme le mâle, au lieu de les avoir filiformes, mais encore les moignons d'ailes particuliers à la femelle ordinaire se sont allongés autant que les ailes du mâle. Elles ont pris une charpente consistant en une nervure costale et une nervure sous"costale soudées ensemble jusqu’à une certaine distance de l'extrémité des ailes, où elles se bifurquent avec l’organe qu’elles soutiennent. On aperçoit sur ces singuliers rudiments quelques légères traces irrégulières des dessins qui ornent les ailes du mâle. À cela près, cet exemplaire est constitué, du moins en apparence, comme les femelles ordinaires.

C'est dans un bois humide des environs de Colmar où le Pomonarius n’est pas rare certaines années, que ce singulier insecte m'est tombé sous la main.

I fait aujourd’hui partie de la collection du Musée de Colmar.

Ephestia Egeriella, Mill.

(PL. 141, fig. 4et 5)

Cette nouvelle Phycide est .assez voisine de l’Ephestia Gnidiella; mais voici ce qui l’en diffère : taille plus grande, ailes supérieures beaucoup plus larges, couleur générale grise et non pas rougeâtre. Enfin, chose concluante à mes yeux, l’espace médian plus resserré, moins oblique, est toujours placé-plus à l'extrémité de l’aile que chez la Gnidiella.

Les lignes coudée et extrabasilaire sont épaisses, blanchâtres et ombrées de brun intérieurement. La frange est précédée, aux supérieures, d’une série de très-petits points noirs. La tache cellulaire est assez bien indiquée aux ailes supérieures; elle est nulle aux inférieures ; ces dernières sont uniformément grises. Le dessous des quatre ailes est d’un gris luisant, mais les supérieures sont brunes à la côte.

Cette espèce n’a encore été prise qu’au réflecteur où elle arrive à partir de dix heures seulement, et par les nuits les plus obscures. Elle se montre une première fois à la mi-mai, et une seconde fois à la fin de juillet.

L’Ephest. Egeriella qui varie pour la taille et la vivacité des couleurs trouvera place avant la Gnidiella, et suivra la Polyxenella dont elle est aussi très-voisine, mais dont elle diffère par l’étroitesse relative des ailes supérieures, la présence de la tache cellulaire, et celle des points noirs ante-marginaux. C'est par une fâcheuse erreur que ces mêmes points ont été gravés chez la Polyxenella, pl. 135, fig. ? et 3. L’Egeriella portera, dans le catalogue Stgr. et Wocke, le n° 638 bis.

Macroglossa Croatica 329

Macroglossa Croatica, Esp.

PI. 43, f. 2 — Och. II, 191 — Bdv. — Dup. — Frey. — Stgr. — Sesia, Hb. pl. 89, f. 136

Elle a quelques rapports de forme et de couleur avec celle du Stellatarum et celle du Bombyliformis, mais elle est plus allongée que ses congénères, et a la pointe cornée du onzième anneau plus déliée et plus longue. Cette chenille est cylindrique, fusiforme, d’un vert d’eau plus ou moins clair, lavée de rougeâtre et finement chagrinée de points blancs. La tête est petite, globuleuse, d’un jaune de Naples et également chagrinée. Il n'existe qu'une seule ligne, la sous-dorsale, qui commence au second anneau; cette ligne est déliée en commençant et en finissant, large, continue et blanchâtre sur les anneaux du milieu et nullement arrêtée sur les bords. Une plaque écailleuse, concolore, imparfaitement limitée, existe sur le premier anneau. Les seize pattes sont concolores et teintées de rougeâtre à la pointe des écailleuses, et à la couronne des membraneuses. Les stigmates sont elliptiques, rougeûtres, cerclés de brun avec un point blanc interne en haut et en bas de l’ellipse. La pointe cornée du onzième anneau, longue déliée, est d’un rougeâtre amarante, sauf l'extrémité qui est noire. « Cette chenille, m'’éerit-on, vit du commencement de juillet à la mi-août sur les Scabiosa, la Cephalaria centaureoides, et quelquefois aussi sur certaines Centawrea » (),

(1) Suivant Duponchel : Supp. II, p. 28, Dahl aurait laissé une note, trouvée dans ses papiers après sa mort, où il est dit que la chenille du Croatica vit sur l’Asperula calabrica.

La chenille se transforme vers le 15 août en une chrysalide conico-cylindrique, allongée, sans aspérités, d’un brun rougeâtre mat, avec la pointe abdominale robuste, assez courte, très-aiguë. L’insecte parfait n’éclot que l’année suivante. Plusieurs chrysalides du Croatica m’ayant été envoyées pendant l'hiver de 1871-72, sont toutes écloses au mois de juin suivant.

Ce Macroglosse qui n’a qu’une génération, selon toute apparence, est un fort bel insecte de la Russie méridionale. IL appartient encore à la Morée, et tout récemment, J. Lederer l’a retrouvé dans le Caucase.

Je ne sais ce qui a pu faire dire à Duponchel que le Croatica participe du Stellatarum et du Fuciformis (Bombyliformis) dont, ajoute-t-il, on le croit un hybride.

Le Croatica ne m'a paru varier que par la taille. Il est resté rare pendant longtemps; aujourd’hui presque toutes les collections le possèdent.

Onectra Pilleriana, Schiff.

S. V. 126. — Hb. 172. — Tr. — Step. — Dup. — Gn. — Stgr. = Pillerana F.M.= Vitana F.E.S.— Luteolana Hb. f. 136.

(PL. 142, fig. L et 2) (CHENILLE)

Voici cette fameuse larve qui a causé à diverses époques de si grands dommages aux vignes, de la Bourgogne notamment, et dont le papillon est généralement connu sous les noms impropres de Pyrale, Pyrale de la vigne, etc. Cette chenille est assurément polyphage, car non-seulement elle ronge les feuilles de la vigne, mais elle vit encore sur, entre autres plantes, le

Onectra Pilleriana 331

Stachys germanica; cependant, ce qui m’a semblé être sa principale nourriture, à la haute montagne où la vigne n’a jamais existé, est l’Asclepias vincetoricum.

J'ai remarqué, pendant la première quinzaine de juillet, à mi-chemin de Saint-Martin -Lantosque à Notre-Dame-des- Fenestres, une grande abondance de Püilleriana sur l’Asclepias précitée, dont elle avait lié les feuilles au sommet.

Cette chenille est allongée, atténuée postérieurement, avec seize pattes et une large plaque écailleuse noire sur le premier anneau. Tout le corps est d’un vert glauque s’affaiblissant en dessous. La ligne vasculaire, fine, continue, d’un vert foncé, est seule visible. La tête est petite, cordiforme et noire. Les pattes écailleuses sont rougeûtres et noires à la base; les dix autres concolores. Les trapézoïdaux sont blanchâtres, et les stigmates invisibles à l’œil nu.

Dès le 20 juillet, on ne rencontrait plus une seule de ces chenilles sur l’Asclepias vincetoxicum dont elles étaient alors descendues pour se transformer. A la fin du même mois a paru l'insecte parfait qui varie énormément aussi bien pour la taille que pour l'intensité des reflets dorés et cuivreux dont sont ornées les ailes supérieures. *

De la hauteur de douze cents mètres environ où j'ai rencontré si abondamment la Pilleriana (1), ainsi qu’à toutes les altitudes précédentes, le littoral, voire même les îles Lérins, j'ai remarqué ce lépidoptère qui, toutefois, n’est nulle part si abondant que sur les collines qui bordent la haute Vésubie.

La Pilleriana est très-rare en Angleterre, m'écrit M. Stainton.

(1) L'espèce est plus rare à Berthemont, sur les rochers qui domiminent le Spaillard.

Sciaphila Penziana, Hb.

Fig. 85. — Tr. — Dup. IX, pl. 256, £. 1.— Wood. — H.s. — Wilk. — Stgr. et Wocke — Bellana, Curt. = Conspersana, Dougl. — Candidana. Lah. = Perterana, Gn.

(PI. 142, fig. 5 à 7)

Je soupçonne que la Sciap. Ociomaculana, Doub. est une aberration constante de la S. Penziana, Hb., qui varie d’une manière remarquable. En 1872, j'ai élevé cette Sciaphila en grand nombre, à Saint-Martin-Lantosque où elle est fort commune, et j'ai obtenu plusieurs variétés considérées par quelques entomologistes comme autant d'espèces distinctes; ce sont la Bellana, Curt., la Conspersana, Doug., la Candidana, Lah., etc. La chenille n’était pas connue, ou, toutefois, n’a jamais été publiée. Cette larve vit en juin et juillet, dans les montagnes de nos Alpes-Maritimes, notomment à Saint-Martin, à Levens, à Berthemont, etc., à partir de mille mètres environ et au-delà. Je l'ai rencontrée une fois sur des rochers bien exposés, à une altitude de près dé deux mille mètres. Elle se nourrit de plusieurs espèces de Sedum, notamment les a/sinefolium, album et stellatum, et quelquefois aussi sur une Joubarbe, le Sempervivum arachnoideum

Cette chenille est allongée, fusiforme, d’un verdâtre livide, avec seize pattes normales, une tête cordiforme, de couleur terre de Sienne, et bordée de noir au sommet. La plaque du premier anneau est étroite et noire, couleur qui est celle des pattes écailleuses; les stigmates sont très-petits et noirs. La ligne dorsale est d’un vert foncé.

Cette larve vit isolément, enveloppée dans une sorte de fourreau mou composé d’une soie grisâtre, fixé à la base de

Orectis Massiliensis 333

la plante dont elle ronge pendant la nuit seulement les feuilles charnues.

La métamorphose a lieu rapidement, et l’insecte parfait se montre quinze jours après. Les générations de la Penziana se succèdent pendant tout l'été. L’insecte parfait se tient pendant le jour appliqué aux rochers et aux murs en pierres sèches où se développent les plantes grasses précitées.

Si cette Sciaphila est des plus répandues dans toutes les montagnes élevées de la France et des pays voisins, elle est complétement inconnue sur le littoral.

Orectis Massiliensis, Mill

Ic. I, p. 350, pl. 42, 1-3 — Ster. et Wocke, p. 52, n° 678

(PI. 142, fig. 8)

J’ai publié cette espèce, il y a quelques années déjà, d’après un sujet unique reçu de Marseille. Je la considérais alors comme une Vudaria (?) tout en reconnaissant dès cette époque que ce n'était peut-être pas une ZLithoside. Depuis ce jour, ayant eu occasion de retrouver de loin en loin à Cannes ce rare lépidoptère, et m'étant assuré, d’après les divers sujets recueillis à mon réflecteur, du 20 août au 15 septembre environ, que bien décidément la Massiliensis n’est point une Nudaria, je crus devoir la soumettre à notre savant M. Guenée qui m'a écrit les lignes suivantes que je transcris textuellement :

« Ce n’est ni une Vudaria, ni une Nola, comme vous l'avez bien reconnu, mais ce n’est pas non plus une Leptosia comme vous le pensiez ensuite. C’est une Deltoide du genre Orectis, Led. Elle est très-voisine de l’Or. Proboscidatalis (que Zeller

avait nommée Calenalis, la prenant aussi pour une ANola) mais après l'avoir comparée avec attention à l’exemplaire sicilien que je possède de ce dernier, je reconnais qu'il y a des caractères suffisants pour les séparer. — Les ailes sont plus étroites, plus arrondies, et leurs dessins moins nombreux et moins compliqués. Les taches costales sont plus épaisses et au nombre de quatre seulement, tandis qu'il y en a huit chez Proboscidatalis, presque toutes linéaires. La tache cellulaire est ici très-épaisse et ronde, tandis qu'elle forme chez l’autre un trait étroit et perpendiculaire. Les taches terminales sont aussi plus épaisses et, partant, plus serrées. En fait de lignes, on ne distingue guère ici que la coudée dont la denture est arrondie, tandis qu’elle est en dents de scie aiguës chez sa congénère. Cette dernière à, en outre, une ligne interrompue à la place de l'ombre médian et qui manque ici. Les lignes des inférieures, presque nulles ici, sont doubles et bien écrites chez Proboscidatalis. Enfin, le dernier article des palpes me paraît un peu plus long.»

Phtheochroa Rugosana, Hb.

Fig. 84. — Froel. n° 17. — Wood. — Dup. IX, pl. 256, f. 3. — H.-S. — Hein — Stgr. et Wocke — FEES Don.

Nat. Hist. T. 371, fig. 1.

(PL. 142, fig. 9à 11)

Je lis dans Duponchel, p. 396 : «M. Frœlich, seul auteur qui ait parlé de la Rugosana, dit qu’elle se trouve sur les monts Unterkochen, dans les environs d’Elwagen, où elle est rare. »

Je me suis depuis longtemps assuré que non-seulement cette

Phtheochroa Rugosana 339

Platyomide appartient à la faune française, mais qu’elle est assez commune certaines années, aux environs de Marseille, Nice, Fréjus et Cannes où la chenille vit sur plusieurs espèces de Cucurbitacées, notamment sur l’Echallium elaterium.

La chenille de la Rugosana a seize pattes ; elle est fusiforme, d’un vert clair, lavée faiblement de rougeâtre sur la partie dorsale, de consistance molle, sans plaque cornée sur le premier segment, mais à la place de celle-là, quatre taches rectangulaires brunes, sagittées, appuyées à l’incision. La ligne vasculaire, d’un vert foncé, continue, existe seule. Les stigmates sont très-petits et noirs. La tête est lenticulaire, jaunâtre et tachée de brun au sommet. |

C’est sur l'arrière saison, même en janvier, qu'en Provence, on doit chercher cette chenille sur l’£cballium elaterium dont elle ronge non-seulement la feuille épaisse, mais la tige charnue et aqueuse, dans laquelle elle s’introduit profondément. Placée dans ces conditions, elle disparaît complétement, et, pour la découvrir, il est nécessaire de fendre un assez bon nombre de tiges de la plante qui la recèle. Elle se transforme ordinairement soit à la fin de décembre, soit en janvier, dans une coque en soie blanchâtre fixée très-souvent le long de la tige de l’Ecballium. |

D’autres Cucurbitacées doivent sans doute nourrir la Rugosana, car à Lyon par exemple, et à Châteaudun, où ne croît pas spontanément l’Ecb. elaterium, se montre au printemps l'insecte parfait (1).

Cette Platyomide éclot en mai et juin; je n’ai pu m’assurer si elle a, ou non, plusieurs générations. Elle varie pour la taille et la vivacité des couleurs aux premières ailes qui perdent en

(1) M. Guenée me mande que la Rugosana n'est pas bien rare à Châteaudun, sur les haies d'aubépine.

bonne partie par la dessiccation l’éclat des jolies nuances dont elles sont ornées.

Retinia Amethystana, de Peye.

Petites Nouv. Entom. n° 60 (15 septembre 1872)

(PI. 142, f. 12)

Je regrette de publier cette espèce d’après un individu unique, mais elle est tellement caractérisée qu’elle constitue sûrement une spécialité, et je ne prévois pas d'occasion prochaine et certaine de la retrouver.

Envergure : 20 millimètres. Port et taille de Ref. Resinella L. La seule différence dans la coupe des ailes est que l'angle apical des supérieures est plus aigu, quoique le bord externe soit plus vertical.

Les ailes supérieures sont d’un brun bronzé chatoyant en violet pâle. Sur ce fond se détache une réticulation noirâtre très-espacée, et dont notre figure seule peut faire connaître la disposition. Tout ce que peut comporter une description, c’est de dire que les bandes pâles transversales qui apparaissent à travers cette réticulation ne traversent pas l’aile régulièrement, comme chez les autres Retinia, mais sont totalement déviées et interrompues par le dessin. La frange est d’un brun foncé. La côte présente sept paires de stries blanches, mais qui ne

sont distinctes qu'à la loupe.

Les ailes postérieures sont d’un noir brun, avec la frange blanche.

Les supérieures sont, en dessous, d’un brun foncé luisant, avec les stries costales plus marquées qu’en dessus.

Les inférieures sont du même brun avec une éclaircie centrale longitudinale blanchâtre, nébuleusement mouchetée de brun.

Retinia Amethystana 337

Le reste du corps participe de la couleur des ailes.

Les palpes sont bruns et dépassent la tête d’une longueur.

La plus proche voisine de notre espèce, et la seule avec laquelle elle puisse être confondue, est la Margarotana, H.-$., à laquelle nous n'avons pu la comparer en nature.

D’après la description de Von Heynemann, Margarotana aurait les ailes supérieures « d’un brun rouge avec de larges lignes plombées d’un violet gris rougeâtre finement bordées de noir. » La tête ainsi que les palpes, qui dépassent celles-ci d’une longueur, seraient d’un brun ferrugineux. Comme chez notre espèce, les bandes tranverses seraient déviées et interrompues, surtout vers l’extrémité de l'aile. Les ailes inférieures auraient également une éclaircie blanche en dessous, mais à la côte et non au milieu. |

De la comparaison de cette description avec notre insecte résulte ce qui suit :

Margarotana a les ailes supérieures traversées par de larges lignes (ou bandes) plombées, d’un violet gris rougeâtre, ce qui équivaut pour nous, à peu près, à la teinte d’un brun bronzé chatoyant en violet pâle d’Amethystana. Mais chez Margarotana, ces bandes sont bordées à droite et à gauche d’un mince filet noir, et entre elles existent d’autres bandes (la couleur du fond pour Heynemann) qui sont d’un brun rouge. — Chez Amethystana, ces bandes n'existent pas; la couleur chatoyante a tout envahi, et ce qui reste de la couleur brun rougeâtre de Margarotana consiste en une réticulation d’un noir profond, surchargeant, quand on s’arme de la loupe, des lignes d’un brun à peine distinct.

Margarotana a, chez les deux sexes, les ailes inférieures d’un gris brunâtre, avec la frange gris clair. Amethystana les a d’un brun noirâtre, avec la frange blanche.

Margarotana a ces mêmes ailes brunes en dessous avec la côte blanchâtre et mouchetée de brun. — Chez Amethystana, l’éclaircie blanchâtre est médiane et non costale.

Margarotana a la tête et les palpes d’un brun ferrugineux. Amethystana a ces mêmes parties d’un brun noirâtre, et faiblement saupoudrées de gris.

La conclusion qu’il est permis de tirer de ce qui précède est qu'Amethystana est séparée de Margarotana par les différences les plus caractéristiques. J’ajouterai que si je n’ai pu comparer moi-même les deux espèces, cet'e constatation a été faite par M. Staudinger, aux yeux de qui leur identité est loin d’être certaine.

J'ai pris Amethystana dans nos montagnes, près de Colmar, dans le courant d’avril, sur un épicéa ou un sapin. L’exemplaire est du sexe femelle.

SBcoparia Gallica, de Peye.

(Species nova)

Cette espèce se distingue, au premier coup d’œil, de ses congénères par ses ailes à La fois étroites et coupées carrément à leur extrémité chez la femelle, sa couleur dense, pulvérulente et opaque, son aspect robuste, et enfin, comme détail, par une troisième petite strie longitudinale qui se dessine, presque toujours, entre les deux ombres ou taches ordinaires, contre le bas de la première bande pâle transverse. |

Envergure : 22 à 25 millimètres. Taille d’une grande Ambigualis Tr., de Zelleri Wck, d'Ingratella Z. La femelle est un peu plus petite que le mâle et égale à peu près des grandes femelles de Murana Curt: Cette envergure me semble être

Scoparia Gallica 339

très-uniforme, car les six exemplaires © que j'ai sous les yeux sont identiques sous ce rapport.

Les ailes supérieures sont étroites, proportions gardées, comme chez Valesialis D., Imparella Lah., Sudetica Z.; mais elles ont le bord externe beaucoup moins oblique, surtout la femelle, qui les a coupées presque aussi verticalement que Dubitalis Hb., et à peu près comme Zelleri Wek. De plus, elles sont plus larges dès leur naissance et paraissent moins triangulaires. Le bord externe et les angles sont très-sensiblement arrondis. Le bord antérieur est droit jusqu’avant l’apex, et le bord interne faiblement sinueux.

La teinte générale de ces ailes est un cendré à peine rougeûâtre, dense, foncé, opaque et assez uniforme.

La première bande pâle transverse est peu sinueuse, verticale sur le bord interne et arrondie vers la côte, où elle se rapproche de la base; elle est nettement accusée chez la Q, sans l'être beaucoup moins chez le &. L'ombre noirâtre qui s'appuie extérieurement contre elle est très-marquée à la côte, ainsi qu’au milieu de l’aile et vers le bord interne; de ces deux derniers points partent deux stries noirâtres extérieures, dont l'inférieure est très-caractéristique chez cette espèce. Au-dessus de ces deux stries en part une troisième, le plus souvent peu marquée, quelquefois absente, et qui rejoint la tâche orbiculaire, laquelle n’est elle-même représentée que par un point plus ou moins fugitif ou apparent.

La seconde bande pâle transverse est très-rapprochée du bord externe; elle est perpendiculaire contre la côte, fait un petit sinus extérieur, à son premier tiers, puis se dirige, un peu plus obliquement que le bord externe et presque sans sinuosité, jusqu'un peu au-delà du deuxième tiers, du bord interne.

L'ombre marginale qui sépare la bande extérieure de la frange est étroite, presque toujours entière, amincie en face

du sinus, et recouvre presque tout l’espace marginal; elle est d’un gris brunâtre uni et repose sur un fond moins roussâtre que le reste de l'aile.

La tache réniforme a la forme d’un x couché et allongé; elle est peu accusée, à peine sensiblement remplie de roussâtre, un peu séparée de la bande externe, et située en face du sinus formé par cette dernière. Entre elle et la place de l’orbiculaire le champ de l'aile s’éclaircit visiblement.

Une rangée de points bruns précède la frange; celle-ci est d’un gris roussâtre pâle, plus foncé à l'extrémité, avec une rangée de points bruns radicaux alternant avec les points bruns ante-marginaux. (Cette disposition élégante est, on le sait, propre à un grand nombre de Scoparia.

Les ailes postérieures sont d’un gris roussâtre pâle, mais un peu plus foncé que chez la généralité des espèces du même genre.

. Cette description est surtout faite d’après la femelle ; le mâle en diffère en ce que la teinte générale est plus claire, plus uniforme et à dessins moins accusés. Ses ailes supérieures sont aussi un peu moins carrées à l’extrémité.

Le peu de caractères spécifiques saillants que présentent les Scoparia rendent indispensable la comparaison des espèces les unes ‘avec les autres. Nous allons dire en quoi celle-ci diffère de sés congénères.

Elle a les ailes moins larges que /ncertalis Dup., Perplexella Z., Ambigualis Tr., Zelleri Wck., Ingratella Z., Dubitalis Hb., ete.

Elle les a moins larges et beaucoup moins triangulaires que Resinea Hw., Lactella Z., Pelrophila Stdf., Truncicolellla Stt., Crataegella Hb. et ane Stt.

Elle diffère de Manifestella H.-S. par son apex non aigu, son bord externe plus vertical, par la présence des points marginaux, par la tâche réniforme qui est bpte, c’est-à-dire en 8, chez Manifestella, etc.

Acidalia Strigilaria 341

Ellé diffère de Phaeoleuca Z. par une taille plus grande, Île bord externe plus vertical, la réniforme ouverte et non en 8, la direction de la deuxième bande transverse, qui ne forme pas de courbe médiane rentrante, etc.

Elle diffère de Valesialis Dup. par une taille un peu moindre, une surface pulvérulente et non satinée, la réniforme non en 8, l'ombre marginale très-étendue, l’apex moins aigu, le bord externe plus vertical, etc.

Elle diffère de Valesialis encore, ainsi que de Zmparella Lah., Sudetica Z., Gracilalis Stt., Petrophila Stt., par la forme de la femelle, qui est presque de même taille que le mâle chez Gallica, tandis qu’elle est plus petite et à ailes supérieures plus étroites chez les espèces précitée$, etc., etc.

La Scoparia Gallica paraît à la fin de mai et en juin. Je l’ai trouvée, mais peu abondamment, sur les pentes qui descendent : de Notre-Dame-des-Trois-Epis vers la plaine alsacienne, c’està-dire à quelques kilomètres de Colmar. Elle se tient aux endroits ombragés, soit contre le tronc des pins, soit contre les talus des chemins creux.

Je l’ai nommée Gallica à raison de son habitat alsacien.

Elle devra être placée entre Dubitalis Hb. et Manifestella H.-S.

Acidalia Strigilaria, W.-V.

— Hb. 109. — Dup. 177.— Frey. 114. — Gn. IX, p. 507. — Stgr. 2202 — Mediata, Fab. — Variegata, Step. — Prataria, Bd.

(PL. 143, fig. 1 et 2) CHENILLE

Elle est très-allongée, à peine carénée latéralement, a tête petite, carrée et aussi haute que le premier anneau. Sa couleur

générale est le jaune clair un peu verdätre. Sur le dos et les flancs il existe de nombreuses lignes fines, droites, continues, lesquelles sont à peine visibles; cependant la stigmatale est large, blanchâtre, continue sur les douze segments. Le ventre est gris avec une ligne claire non interrompue. Stigmates trespetits, rougeâtres et cerclés de noir. Trapezoïdaux foncés et presque invisibles à l'œil nu. Les dix pattes sont unicolores.

Cette chenille est polyphage, vit à découvert sur les plantes basses, ef, par sa rigidité au repos, se confond avec les brindilles qui lentourent. Après avoir passé l’hiver, elle se transforme en mai et éclot en juin.

INSECTE PARFAIT

C’est bien l’Acidalie des Thérésiens allemands, laquelle se distingue, en effet, par l’angle très-prononcé des ailes inférieures. Je crois reconnaître que les Sérigilaria authentiques sont toutes de grande taille. Une famille de cette Acidalie, élevée ab ovo et composée de bon nombre de sujets, qui tous, sans exception, sont arrivés à bonne fin, montre ceux-ci avec une envergure de près de 30 millimètres. Les individus sensiblement plus petits, présentant les mêmes lignes, ne doivent pas être des Strigilaria. La vraie Strigilaria ne doit paraître qu'une seule fois, en juin dans la plaine, et en juillet à la montagne, tandis que les autres, celles dont la taille est moins développée, ont, je crois, deux générations et éclosent en juin et en septembre.

L'Acid. Strigilaria abonde sur les rives boisées de la Vésubie, dans la vallée de Lantosque, mais surtout à Berthemont-lesbains. Elle est moins répandue aux environs de Cannes, où elle fuit la grande lumière et se réfugie dans les ravins ombreux et herbus, notamment dans ceux du Cannet.

Acidalia Contiguaria 343

Obs. — Les Strigilaria des collections acquièrent promptement une teinte plus ou moins roussâtre qui n’est plus celle que possède l’insecte vivant. Cette Phalène, au moment de l’éclosion, est entièrement d’un blanc verdâtre très-tendre.

Acidalia Contigaaria, Hb.

= Dup. — Tr - Steph. — Bdv. — H.-8. — Lah. — Gn. — Stgr.

(PI. 143, fig. 3 et 4)

À ma connaissance, cette Acidalie n’a jamais été rencontrée qu’en montagne, à une moyenne hauteur; c’est-à-dire à mille ou douze cents mètres. Elle est commune au mont Pilat, près de Lyon; cependant, d'après M. de Laharpe, p. 32, « elle est fort rare dans le Valais. » Je l’ai retrouvée assez abondamment sur les hauteurs de Saint-Martin-Lantosque. Sa chenille, qui était restée inconnue jusqu'à ce jour, a la forme, la grosseur et les habitudes de la Cervantiaria; toutefois, les tâches dorsales sont différentes.

La Contiguaria de la‘seconde génération éclot vers le milieu d'août, quinze ou vingt jours après que l’œuf a été pondu. Elle grossit très-lentement, passe l'hiver sans manger, même chez moi à Cannes. Elle doit demeurer trois à quatre mois engourdie, ensevelie sous la neige à son habitat ordinaire. Vers la fin de mars ou au commencement d'avril, elle revient de sa longue léthargie, se remet à manger, grossit très-vite et acquiert tout son développement dans la seconde quinzaine de mai. Elle est à ce moment médiocrement allongée, atténuée sur les premiers anneaux, très-carénée sur les côtés, plissée transversalement, d’un argileux rongeâtre, passant au brun foncé

en dessous, avec la tête coupée carrément et Marquée de brun de haut en bas. La ligne vasculaire est double, large, continue, foncée; elle n’est pas visible sur les trois premiers anneaux, et se prononce en brun noirâtre sur les derniers. La stigmatale placée sur la carène est très-ondulée et un peu plus claire que le fond. Les pattes écailleuses sont rougeätres et annelées de noir.

Cette chenille qu'on élève difficilement est polyphage; cependant, c’est le Polygonum aviculare qu’elle a préféré à toutes autres plantes mises à sa disposition.

Je ne pense pas que cette Acidalie qui éclot d’abord en juin ait plus de deux générations. Les transformations de la première ponte doivent avoir lieu pendant un espace de temps assez court. La Contiguaria se tient ordinairement appliquée contre les rochers, assez près du sol.

L'espèce varie souvent; j'ai reçu d'Angleterre, de M. Doubleday, une variété sombre de Contiguaria, qui pourrait bien être la Typicata, Gn. Bien qu’assez rare en tous lieux, cette Acidalie semble appartenir à toute l'Europe où elle n’habite toutefois que les contrées montagneuses.

Acidalia Confinaria, Herr.-Sch.

fig. 915 à 911. — CN. IX, p. 489.

(PI. 143, fig. 5 et 6)

Si je rapporte cette Acidalie à la Confinaria du D" Herrich- Schaeffer, c’est avec doute, car les figures qu’en a données cet auteur sont comparativement bien petites. L’insecte que je fais représonter peut paraître de taille un peu grande, c’est qu'aussi les Confinaria des Alpes-Maritimes se présentent très-souvent

TR

Acidalia Confinaria 345

avec celte remarquable envergure. Quoiqu'il en soit, je ne puis admettre que cette espèce soit rapportée à la LZuridata, Zel., à

en juger toutefois par la Luridaria figurée par M. Herr.-Schaeffer

sous le n° 419, et rapportée par M. Staudinger comme type de la Confinaria.

L’œuf pondu le ?5 juillet 1872, cette-—larve m'est éclose le 2 août. Je ne sais si elle passe l’hiver, mais voici ce que j'ai remarqué. Les chenilles qui se sont assez bien nourries jusqu’à la troisième mue inclusivement, de la feuille et de la fleur de diverses plantes basses, ont, après cela, cessé de manger, et, sauf deux, sont toutes mortes misérablement. Ces deux larves restantes se sont transformées dans les feuilles sèches, et les papillons devront sans doute éclore au commencement de juin 1873, car je crois que cette Acidalie a deux générations.

La chenille adulte rappelle assez celle de l’Acidalia Romanaria, mais elle est relativement plus épaisse, et s’en distingue en outre par la présence de taches dorsales et de points noirs sur les trois petits segments. Elle est allongée, très-carénée sur les côtés, d’un gris argileux lavé de bleuâtre d’où se détachent

les lignes vasculaire et sous-dorsale ondulées, blanchâtres et

interrompues. La stigmatale également blanche est très-large et continue. En dessous apparaissent deux ou trois lignes claires, assez mal écrites. IL y a sur les trois premiers anneaux, tout près de l’incision, un gros point noir rond, et, sur les autres segments, jusqu’au neuvième inclusivement, une tache rectangulaire également noire.

Les deux chenilles qui n’ont point péri se sont métamorphosées le 20 septembre en une chrysalide d’un marron foncé. L’insecte parfait varie beaucoup; il présente des passages insensibles, aussi bien pour l’envergure, que pour l'intensité des

lignes transverses. J’observe au reste ces mêmes différences chez des Confinaria de provenances diverses.

Acidalia Emutaria, Hb.

— Tr, — Dup. — Bdv. — Step. — Wood. — H.-$S. — Gn. Stgr. — Subroseata, Haw.

(PI. 143, fig. 7et8)

Cette Acidalie, franchement méridionale, me parait, à cause de la forme de sa chenille, assez bien placée dans le groupe V du Species général (Genus Calothysanis, Hb.). En eftet, sa forme effilée et son habitude de se rouler sur elle-même au moindre danger la rapprochent de l’Zmitaria (Ic. II, pl. 72), qui paraît être Le type du groupe.

La chenille de la seconde génération éclot vers le 15 septembre, douze jours environ après que l'œuf a été pondu. Pendant le premier mois, la jeune larve se nourrit bien et grossit assez rapidement; mais à la fin d'octobre, après sa troisième mue, elle cesse de manger, et pendant près de trois mois, touche à peine à la plante fraîche qui ne lui manque jamais. Au commencement de mars, l’Emutaria se remet à manger, et, dans l'espace de six à huit semaines, acquiert son entier développement. Elle est effilée, atténuée antérieurement, plissée en travers et carénée sur les côtes. La tête est coupée carrément et concolore. Le fond est d’un gris jaunâtre, sur lequel les lignes vasculaire et sous-dorsale se montrent très-imparfaitement en gris foncé; cependant, la première de ces lignes est assez bien marquée sur les trois ou quatre derniers anneaux. Les stygmates sont blancs et cerclés de brun; les dix pattes concolores.

Acidalia Vesubiata 347

Cette chenille paraît vivre dans les lieux frais, plus spécialement sur le grand liseron, Convolvulus sepium, dont elle ronge les feuilles, que sur toute autre plante basse. Cependant j'ai une fois trouvé l’insecte parfait à Montpellier, au bord de la mer, posé sur une feuille de Séatice limonium dont la chenille doit également se nourrir, car, si je m'en souviens bien, c'était la seule plante existant en ce lieu. Elle se métamorphose en avril, et le lépidoptère éclot une première fois au commencement de juin, pour reparaître en août.

L'insecte parfait ne me semble pas varier sensiblement, du moins, aux environs de Cannes; il se localise, c’est dire qu'on ne le trouve pas’ partout. La © de l’£Enutaria m'a toujours paru beaucoup plus rare que le &; ce que j'explique difficilement, puisqu'elle est aussi bien organisée pour le vol que ce dernier. Par l'éducation en captivité, j'ai obtenu autant de Q que de &.

Cette Acidalie appartient à la Provence, à l'Espagne, à la Dalmatie, à la Hongrie, etc.

Acidalia Vesubiata, Mill.

Revue de Zoologie, n° 1, 1873, p. 6.

(PI. 143, fig. 9 à 11)

Elle est bien différente de sa voisine /ncanaria; elle n’appartient donc pas au groupe de cette dernière; c’est plutôt à celui des Acidalia Helianthemata, Politaria et autres qui se distinguent par leur forme courte, ramassée, rugueuse, grossièrement chagrinée; caractères qu'on peut appliquer à la Vesubiata, auxquels se joindra la lenteur extrême du développement et la rusticité des habitudes.

La Vesubiata a été nourrie avec toutes sortes de plantes, et souvent elle a préféré les fenilles entièrement desséchées aux fraîches qui ne lui ont jamais manqué.

Cette chenille est courte, atténuée antérieurement, carénée sur les flancs, trés-plissée en travers, avec les lignes dorsale et stigmatale claires et se détachant sur un fond brun rougeâtre.’ Il existe sur la stigmatale, aux incisions du milieu, un gros point noir présentant une légère saillie. La tête est petite et noire; les pattes écailleuses sont brunes et les anales rougeñtres. La Veswbiata n’atteint son entier développement qu’à la fin de mai, après être demeurée plus de dix mois en chenille. Elle n’a donc, contrairement à ce que je pensais d’abord, qu’une seule génération; nouveau point de séparation avec l'espèce congénère /ncanaria qui a trois ou quatre éclosions.

L'état léthargique dure fort peu; vingt-cinq jours environ

Cette nouvelle Acidalie ressemble au premier abord à certaines variétés foncées de l’Incanaria, mais en comparant les deux espèces on reconnaît de suite en quoi la Vesubiata diffère de sa voisine. En effet, la ligne coudée, au lieu d’être représentée par une série de points noirs reliés entre eux par un trait fin, est indiquée par une ligne courbe, noirâtre, continue et trèsdentée, les points ronds et noirs, placés sur la frange même chez l'Incanaria, sont remplacés, chez la nouvelle Acidalie, par autant de petits traits rectangulaires, également noirs et situés en deça de la frange. Ces caractères, peu importants, ont. leur valeur puisqu'ils sont constants.

La Vesubiata mesure 20 à 22 millimètres. Elle a la coupe d'ailes de l’ncanaria, cependant les supérieures sont plus

Nephopteryx Satwreiella 349

allongées et l’apex est plus aigu. Sur le fond d’un jaunâtre qui varie en brun, les trois lignes ordinaires transverses sont très-dentées et plus ou moins visiblement écrites en noir. Le tout est aspergé d’atomes foncés. Le dessous est assez la répétition du dessus, mais il est plus obscur et les lignes sont assez vagues. La @ est presque toujours d’un ton plus clair que le #4. Chez les deux sexes le point cellulaire est mieux marqué en dessous qu’en dessus.

Cette espèce semble remplacer à Saint-Martin - Lantosque, et à Berthemont-les-bäins, l’/ncanaria si abondante presque partout ailleurs. Elle vole assez communément en juillet sur les bords de la Vésubie et ceux du Spaillard. C’est appliquée aux rochèrs qui bordent ces torrents impétueux que je rencontrais fréquemment la Vesubiatu laquelle trouvera provisoirement place dans les catalogues, après l’încanaria.

Nephopteryx Satureiella, Mill.

Revue de Zoologie, n° 1, 1873, p. 7.

(PL. 144, fig. 1 à 4)

Sur la montagne du Grand-Pin qui domine Cannes, croît abondamment une jolie plante sous-ligneuse, la Satureta montana, laquelle nourrit une petite chenille. Vers la fin de mai, cette larve lie les rameaux supérieurs, ronge les jeunes pousses, et arrête ainsi le développement de la plante. Au 20 ou 25 juin, elle est parvenue à son entier développement. Tout le jour elle se tient enfermée dans un sac tubulaire formé de ses excréments desséchés et retenus par des fils de soie.

Cette chenille est fusiforme, allongée, très-plissée, d’un verdâtre foncé, presque noir antérieurement, avec seize pattes

EC

350 CHENILLES ET LÉPIDOPTÈRES INÉDITS bien visibles. La plaque du premier anneau, la tête et les

pattes écailleuses sont d’un noir complet et luisant. Sur le douzième segment il existe un écusson également noir. La tranformation a lieu vers la fin de juin; quelquefois sur la plante, dans le fourreau qu’elle a construit. Le lépidoptère vole en juillet.

INSECTE PARFAIT

Au premier abord on le prendrait pour une variété de la Nephop. Dahliella, dont il possède assez la taille et la coupe d'ailes; cependant, les supérieures sont plus élancées, plus étroites, plus obscures. Voici ce qui distingue la nouvelle espèce de sa voisine : 1° absence au tiers de l’aile du trait noir transversal accompagné extérieurement d’une large tache rougeâtre ; — ?° ligne claire subterminale presque droite et sans la dent aiguë interne qui existe toujours chez la Dahliella; — 3° points noirs précédant la frange, absents chez l'espèce congénère. |

La Satureiella a une envergure de 20 millimètres. Les ailes sont allongées; les supérieures étroites, rectangulaires, coupées carrément au bord terminal, brunes, largement éclairées de blanc à la côte, avec deux groupes de chacun deux points noirs superposés, l’un au tiers de l’aile, l’autre aux deux tiers. Un large trait noir prend naissance à la base de l’aile et s’avance jusqu’au second groupe de points. Un autre trait noir, qui part de lapex, descend obliquement et tend à se réunir au premier trait. Une série de points noirs très-petits précède la frange. Les ailes inférieures sont grisâtres et enfumées sur les bords. Les antennes sont épaisses à la base et présentent une nodosité sensible.

Myelois Bituminella 39!

La ©, qui est de la grandeur du &, ne s’en distingue que par ses ailes inférieures plus sombres.

J'ai élevé en nombre la Nephop. Satureiella, qui ne varie pas; elle n’a qu’une génération. Dans le catalogue Stgr. et Wocke, elle trouvera place après la Dahliella.

Myelois Bituminella, Mill. et de Peye.

Revue de Zoologie, n° 1, 1873, page 8.

(PL. 144, fig. 9 à 11)

Si je me reporte à ce que j'ai dit de cette prétendue variété de Transversella; Ic. III, p. 155, je vois que, dès lors, je la soupçonnais espèce distincte. Ce que j'ai su depuis de cet insecte m'a prouvé qu'il est réellement séparé de la Transversella.

La chenille à été rencontrée pour la première fois, à Cannes, par M: de Peyerimhoff, vers le milieu de mars 1870, c’est donc à lui que revient l’honneur de la découverte de cette Myelois. Cette chenille vit seule, au centre de plusieurs feuilles radicales de la Psoralea bitwminosa liées par le haut, et dont elle se nourrit. Jusqu'à sa troisième mue inclusivement elle paraît entièrement d’un vert noirâtre; à la mi-avril elle est parvenue à toute sa grosseur. Elle est alors allongée, atténuée postérieurement, très-plissée, d’un vert foncé lavé de jaunâtre sur la région dorsale avec de nombreuses lignes longitudinales très-obscures qui la recouvrent en dessus et sur les flancs. La tête est petite, brune, et marquée de jaunâtre au sommet. La plaque du premier anneau est grande, convexe et concolore. Les pattes écailleuses sont noires.

La transformation a lieu au pied de la plante, et c’est en

de CHENILLES ET LÉPIDOPTÈRES INÉDITS

mai qu'éclot l’insecte parfait. Celui-ci est toujours plus grand et plus sombre que l'espèce congénère Transversella.

Sur le fond d’un gris obscur, les ailes sont traversées par une large bande d’un jaune vif ombrée de noirâtre extérieurement. L’extrémité, ou le bord externe, est largement lavée d’une teinte couleur de Sienne. Les ailes inférieures sont d’un gris foncé. Le thorax est robuste et teinté de jaunâtre; le point cellulaire est petit et noir. Le dessous des quatre ailes uniformément gris et luisant.

La © est toujours plus grande et plus obscure que le &; cependant, la tache transversale jaune et la tache rougeâtre de l’apex sont toujours plus accusées que chez l’autre sexe.

La Myel. Bituwminella n’est pas rare dans la vallée du Cannet, où croît abondamment la Psoralea bituminosa. Elle paraît à deux époques, en mai et en août. On la prend au réflecteur.

Obs. — Ce qui d’abord m'a fait ne voir dans la Biéwminella qu'une simple variété de la Transversella, est que les chenilles des deux espèces vivent sur la même plante, à la même époque et dans les mêmes lieux. Cependant, lorsqu'il est possible de comparer ces larves en nature, on reconnaît qu'au troisième àge elles sont bien différentes l’une de l’autre; en effet, la Transversella est, sur un fond carné, rayée longitudinalement de nombreuses lignes roses ou vineuses, tandis que chez sa congénère, ce sont des couleurs très-obscures, à ses divers âges, qui la distinguent. De plus, la première de ces chenilles forme, au pied de la plante, parmi les racines, une galerie perpendiculaire où elle descend au moindre danger; ce qui n’a jamais lieu pour la Bituminella, laquelle se tient, comme je l'ai dit, dans les feuilles réunies par des fils de soie.

Myelois Asteriscella 393

Myelois Asteriscella, Mill.

Revue de Zoologie, n° 1, 1873, p. 9.

(PI. 144, fig. 5 à 8)

A la fin de mars 1879, le hasard m'a fait rencontrer, dans les garigues de la vallée du Cannet, une petite chenille qui m'était inconnue, vivant sur l’Asteriscus spinosus dont elle rongeait les feuilles radicales. Retirée sous de nombreux fils d’une soie grise, elle trouvait là nourriture et abri. Cette larve, qui avait dû passer l'hiver, ne fut parvenue à toute sa grosseur qu'aux premiers jours de mai. À cette époque, elle est presque cylindrique, d’un vert obscur, avec une tête petite et rougeâtre, et présente seize pattes. La plaque du premier anneau est également rougeâtre, ainsi que celle du onzième; cette dernière est étroite et transversale. Les trapézoïdaux sont relativement gros et luisants, ceux des deuxième et troisième segments sont sensiblement plus développés que les autres; les stigmates sont très-petits et noirs, les pattes écailleuses sont brunes et annelées de blanc.

Au moment de la métamorphose, cette chenille quitte la plante qui l’a nourrie et se transforme à terre dans une coque en soie pure. La chrysalide est médiocrement allongée, rougeâtre, à pointe obtuse. L’insecte parfait éclot à la mi-juin ().

La Myelois Asteriscella mesure 22 à 23 millimètres. Elle présente les principaux caractères du genre, et rappelle assez, pour la coupe d’ailes, la Mye, Robiniella (Ice. pl. 61). Aïles supérieures allongées ; ailes inférieures grandes et arrondies. Palpes

(1) Cependant cette année, un mois plus tôt, le 14 mai, je le prenais au vol, en un lieu inculte de la vallée.

labiaux longs, minces et horizontaux, antenues épaisses à la base où il existe une faible nodosité. .

Les ailes supérieures sont d’un gris ardoisé, lavé de ferrugineux au bord subterminal et au bord interne. Une bande transverse noirâtre forme la basilaire, et une autre bande, de même couleur, partant de l’apex, descend obliquement.

Un large trait, également noir, commence à la base de l’aile et s'avance jusqu’à la première transversale. Des trails nervuraux noirs aboutissent à la frange, celle-ci est médiocrement large et concolore. Les ailes inférieures sont d’un blanc hyalin faiblement roussâtre sur la frange. En dessous les quatre ailes sont assez la répétition du dessus. Le thorax est robuste et de la couleur des premières ailes ; l'abdomen est allongé et blanchâtre.

La © ne diffère du & que par l’abdomen plus développé et les secondes ailes lésèrement enfumées au bord supérieur.

L'espèce n’est pas commune; non-seulement la chenille est rare, mais il est bien difficile de rencontrer l’insecte parfait, qui est très-vif, mais dont le vol est court, parmi les Asferiscus spinosus dont les terrains incultes de mon voisinage sont couverts. |

La Myel, Asteriscella portera dans le catalogue Stgr. et Wocke le n° 552 bis.

Metoptria Monogramma, Hb.

— Tr.— God. — Gn. — Berce. — Stgr. — Mill. Catalogue des Lépidopt. des Alpes-Maritimes, p. 120.

(PI. 144, fig. 12 à 14)

Intéressante espèce seule de son genre jusqu’à ce jour, aussi bien en Europe que partout ailleurs. Sa chenille, que je viens

Metoptria Monogramma 399

de découvrir, qui a seize pattes, ne permet pas de réunir l'insecte parfait aux Zuclidia, dont les chenilles n’ont que quatorze pattes, et-dont elle a été séparée par l’auteur du Species général, qui a créé, pour cette unique espèce, le genre Metoptria. Voici ce qu'est cette larve dont on ne savait absolument rien.

Elle est assez courte, épaisse, cylindrique et très-atténuée aux extrémités. Elle a seize pattes bien conformées et toutes propres à la préhension et à la marche, mais ces pattes sont inégales ; les écailleuses sont longues et fortes, et la première paire des membraneuses est sensiblement plus courte que la seconde, qui est elle-même plus courte que la troisième. Ne changeant que très-peu de couleurs à ses divers âges, elle est toujours d’un vert assez foncé avec les lignes ordinaires blanches et continues se détachent d’une manière nette. Trois de ces lignes, la vasculaire et les deux sous-dorsales, sont fines, continues et d’un blanc vif, mais sali par places. La stigmatale est très-large, ondulée, continue, d’un blanc éclatant, et partagée, dans sa longueur, par un fin liséré vert, au-dessus duquel existent les stigmates gros, ronds et noirs. L'espace qui sépare la sous-dorsale de la stigmatale est uniformément d’un vert très-foncé ou même noir. Tête petite, roussâtre et maculée de brun. Premier segment avec plaque écailleuse noirâtre, luisante, où la ligne vasculaire et les deux sous-dorsales se détachent en clair. Les seize pattes sont concolores, et les trapézoïdaux blanchâtres.

Cette chenille vit dans toute la Provence, en juin et en juillet, sur la Psoralea bituminosa aux dépens de ses nombreuses fleurs dont elle ronge la base des pétales, et dont elle détruit une grande quantité. Parvenue à sa quatrième mue, elle descend,

pendant le jour, au pied de la plante; avant cette époque, elle vit à découvert, et on peut se la procurer sans peine. En captivité, on parvient difficilement à l’amener à bonne fin; elle périt le plus souvent à l’époque de la métamorphose. Elle se transforme à la fin de juillet, dans la terre, après avoir formé une légère coque. La chrysalide est relativement courte, d’un vert clair, avec les yeux et les palpes proéminents sous leur enveloppe. Les stigmates sont indiqués en rougeâtre.

L’insecte parfait éclot en avril ou en mai de l’année suivante ; il n’a donc qu’une génération.

La Monogramma, qui présente un type à part par sa conformation, vole en plein jour, mais plutôt lorsqu'on la dérange de son repos en passant dans les hautes herbes qui lui servent d'abri. L’ayant toujours remarquée parmi les touffes de la Psoralea, je soupçonnais depuis longtemps déjà que cette plante devait nourrir sa chenille.

Cannes, avril 1873

P. MILLIÈRE

EXPLICATION DES PLANCHES

Fig. 1. Botys Auralis &, de Peye.

à. Id. Q.

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