‹ Iconographie et description de chenilles et lépidopteres inéditsChapitre 1 sur 45 · Iconographie et description de chenilles et lépidopteres inédits · texte numérisé non relu

Iconographie et description de chenilles et lépidopteres inédits

En 1856, lorsque je publiai dans*les Annales de notre Société Linnéenne l'histoire de l'Æeidalia Asbestaria, accompagnée de dessins, mon intention était de commencer une série de petites descriptions iconographiques et historiques d'insectes, qui, pour diverses causes qu'il est inutile de rapporter, fut interrompue dès le principe. Aujourd’hui désirantcontinuer ce travail, si la Société le juge convenable, je ui soumettrai chaque année l'histoire d’un certain nombre de chenilles qui ne sont pointencore connues, et que j'aurai observées avec le plus grand soin. Celte étude pénible et minuteuse ne sera pas, j'ose l’espérer, sans quelqu'intérèt pour notre chère science.

Bon nombre de naturalistes, mais plus spécialement Hubner et Freyer, se sont occupés de l'étude et de liconographie des chenilles. Tous deux, surtout le premier, ont fort bien réussi 2 à rendre ces insectes. La plupart des planches d'Hubner

? sont autant de charmantes compositions exécutées avec tant de naturel et de vérité, qu aucun peintre, jusqu'à ce jour ,

n'est parvenu à les égaler. Cependant malgré les longs et minutieux travaux de ces deux naturalistes consciencieux , 1l reste beaucoup à faire; car de nombreuses larves de Lépidoptères, appartenant à toutes les familles de nocturnes, sont encore inconnues à la science. Si j'entreprends ce travail, ce n'est pas pour essayer de combler ce vide dans la Lépidoptérologie européenne, mais seulement pour apporter modestement quelques matériaux de plus à l'édifice entomologique, auquel grands et petits concourent d’une manière plus ou moins heureuse. Je ne me dissimule pas la difficulté de la tâche que je me suis imposée; elle est grande pour mes forces; mais avec la patience nécessaire, je ne désespère pas de voir mes observations obtenir un résultat utile.

Chaque description de chenille sera accompagnée de sa figure rendue le moins mal possible, du dessin de sa chrysalide, quand j'aurai pu la peindre, et de celui de son insecte parfait que je crois important de représenter à côté de ses premiers états.

I est bien fächeux que les chenilles d'Hubner, peintes avec une si remarquable perfection, ne soient accompagnées

‘chacune de leur insecte parfait. Une autre lacune regrettable dans cette belle œuvre, c’est l'absence de toute description.

Je terminerai cette sorte d’avant-propos en disant que les insectes nouveaux, et même les variétés remarquables inédites de l'ordre des Lépidoptères, à quelque famille qu'ils appartiennent, trouveront place dans cette publication annuelle, lorsque l'occasion me sera fournie de les publier.

Coccyx Juniperana. 3

Coccyx Juniperana, MicciÈère (Species nova.) {Planche 1. Fig. 41 à 5.)

Lyon, par son admirable position géographique, est un des points de Ia France les plus riches sous le rapport de la Botanique et de l'Entomologie. Cette ville privilégiée offre dans plusieurs parties de son territoire quelques coins de la belle Provence au ciel si chaud et si pur. Aussi me suis-je souvent étonné que plusieurs de nos collègues aillent à de grandes distances, au prix de nombreuses fatigues, chercher ce qu'ils rencontreraient sous leurs pas.

De toutes les localités qui entourent Lyon dans un rayon de dix à quinze kilomètres’, la plus remarquable pour les plantes et pour les insectes est sans contredit La Pape. Ses vallons et ses côleaux sauvages, peu fréquentés par les promeneurs, sont généralement incultes, et leurs pentes, chaudement exposées, sont remarquables par une maigre végétation, particulière à ces terrains, où le botaniste et l'entomologiste trouvent une ample récolte de richesses naturelles.

Il est surtout un de ces côleaux, escarpé et assez étendu , qui, par son exposition méridionale, est littéralement brûlé pendant les fortes chaleurs de l'été, Ce lieu n'a pour toute végétation qu un gazon très-court parsemé de quelques touffes d’£rica vulgaris et de rares bouquets de Juniperus communis. Ce dernier arbrisseau, hérissé de feuilles dures, étroites, aiguës et serrées, abrite en toute saison un grand nombre d'insectes de plusieurs ordres. Ce sont surtout des Lépidopières et Coléopières de diverses familles, certains Hémiptères, Hyménopteres et Diptères qui y trouvent un refuge, soit conire les chaleurs de l'été, soit contre le froid des hivers. Plusieurs Lépidoptères appartenant aux Géométrides, Piatyomides, Coléophorides et Lithocollétides vivent à l’état de larve sur ce Conifère, aux dépens de ses feuilles et de son fruit.

Je ne n''occuperai dans ce mémoire que d'un insecte de la tribu des Platyomides. Il est nouveau pour la science, et je crois que les mœurs toutes particulières de sa chenille ne seront point lues sans intérêL.

A la vue des baies du Genévrier si souvent flétries avant d'être complètement müres, l'œil exercé du naturaliste ne tarde pas à reconnaitre la présence d'insectes destructeurs. En effet, si vers le mois de février, on ouvre quelques-uns de ces peuts fruits, on trouvera des larves qu'on reconnaitra, non sans peine, pour appartenir à la division des Microlépidopières.

Pour obtenir l'insecte parfait dont la chenille vit dans la baie du Juniperus communis, voici le moyen que j'ai mis en usage pendant plusieurs années : vers le 25 au 50 avril j'ai recueilli une certaine quantité de baies de Genévrier en secouant avec force dans un parapluie renversé les branches de cet arbrisseau. À cette époque la chenille du petit Lépidoptère dont Je trace l'historique, est le plus souvent transformée en nymphe, car cest ordinairement à la fin de mars qu'elle prend cette forme. Cette larve choisit toujours, pour se métamorphoser, l'intérieur du fruit qui la abritée et nourrie depuis le commencement de sa croissance : c'est sur ce fruit que, Pannée précédente, la mère, avec cette admirable prévoyance inspirée par la nature, à déposé un œuf. Cet œuf enduit d’une liqueur visqueuse adhère bientôt à la baie du Genévrier qui, très-verte alors et très-saine, fournira une nourriture abondante à la petite chenille qui va naître quelques semaines après. En effet, aussitôt après son éclosion, elle perce le fruit qui la supporte, commence à en ronger la chair et ne tarde pas à disparaitre sous la pellicule qu'elle a soulevée.

A la fin de l'été elle est encore presque imperceptible, ce nest guère qu'à la fin de novembre qu’elle a atteint la grosseur qu'elle doit avoir. A cette époque les froids arrivent, la

Coccyx Juniperana. 5 chenille s’engourdit et demeure dans un repos complet pendant toute la durée de l'hiver. Cependant les premiers rayons du soleil de mars se faisant sentir, le ver rongeur sort de sa léthargie; mais alors il ne mange plus ou presque plus, ne tarde pas à filer quelques brins de soie blanchätres et trèsfins, se place sur le dos, au centre du fruit creusé par sa dent, et se métamorphose bientôt en nymphe. L'état de chrysalide dure ordinairement de cinq à six semaines : dès qu'arrive le mois de mai, l'insecte se dépouille de ses langes et s'échappe brillamment paré.

I n’est pas mutile de faire observer que si la plupart des chenilles de ce petit Lépidoptère se contentent d'attaquer une seule baie, d’autres en rongent plusieurs d'une manière plus ou moins profonde. J'ai observé dans les mœurs de €. Juniperana un fait qui nest pas nouveau pour la science , et qu'on à déjà remarqué chez plusieurs insectes : les femelles déposent toujours leurs œufs sur certains bouquets de Genévriers vieux, maladifs, presque desséchés et chargés de fruits morts pour la plupart, et cela, préférablement à des tiges de la même plante placées tout à côté. et couvertes de fruits intacts, charnus et pleins de vigueur.

L'insecte parfait, de même que la plupart des Lépidoptères, a des allures qui lui sont propres. Ainsi que Choreutis Dolosana, (Ann. Soc. Entom. de France, séance du 27 septembre 1856) C. Juniperana semble parfois ne pas faire usage de ses ailes : lorsqu'il est inquiété, il saute d’un point à l’autre et paraît alors ne pas se servir du moyen de locomotion qu'il a nouvellement acquis. Ses ailes pourtant sont bien propres à le soutenir, car elles sont relativement grandes et fortes. Sa marche est très-lente; mais lorsqu'il est chassé d'un lieu qu'il occupe, ses mouvements sont brusques et rapides.

Ce Micro est certainement un Coccyæ, bien que cependant

la côte : elle commence seulement en dessous de deux ou trois taches métalliques allongées , placées presque à l'angle apical et appuyées à la côte. Le bord extérieur de l'aile qui précède la frange, est accompagné d'un large liseré noir. L'écusson semi-lunaire placé près du bord de l'aile est, ainsi que chez la plupart des Carpocapsa, entouré presque entièrement par la bordure métallique ; l'intérieur de cet écusson est occupé par deux, trois ou quatre taches allongées, noires, parallèles aux nervures. Les ailes inférieures sont brunes ; leur base est légèrement plus claire, et leur frange est séparée du fond par une ligne claire et très-étroite. Le dessous des quatre ailes est d'un gris brun très-luisant. La frange en dessus et en dessous, est de la couleur générale de l'insecte. Les antennes, simples chez les deux sexes, sont de moitié moins longues que les ailes. La tête, le corselet et l'abdomen sont, en dessus, d’un brun foncé mat, et, en dessous, d'un brun très-luisant. Les pattes participentde la couleur du corps ; elles ont un caractère qui distingue cette espèce de la plupart des autres Coccyx : les tibias sont renflés et presque aussi longs que les fémurs.

De tous les Platyomides ornés de taches métalliques, il n'en est aucun où elles varient autant pour la forme, le nombre ou pour l'intensité de Ia couleur.

En suivant la classification de Duponchel, je placerai mon C. Juniperana à la fin du genre, immédiatement après Fenustant, H., afin que ce nouvel insecte fasse le passage aux Carpocapsa dont il se rapproche par plusieurs caractères , ainsi que je lai dit plus haut.

Abraxas Grossulariata. 9

Variétés de l'Abraxas Grossuiariata, MourFer, Go+DART, GUENEE,e — Zerene Grossuiaria, Boisr, Dur.

(Planche 1. Fig. 6 et 7.)

Rejativement au Lype, les deux variétés dont il va être question sont, pour Îa couleur et la disposition des taches. l'exagération des deux extrêmes. Ni lune ni l'autre n'ont encore été publiées soit en France, soit ailleurs. Ces deux intéressantes Æbraxas, dont l'une S’et l'autre 9, sont fort grandes, la femelle surtout ; cette dernière mesure jusqu'à 45 millim. d'envergure. Je tiens le 7 d’un entomologiste zélé de Chalon-S.-S., M. Faivre-Courdier qui a bien voulu se dessaisir en ma faveur de cet unique exemplaire pris au vol, le soir, près de haies de groseillers, à quelque distance de la ville. La ©, bien autrement remarquable que le «7, appartient à M. A. Guillemot, de Thiers, qui l'a recue d'un de ses correspondants de Lille (Nord). Cette Géomètre a dû également être prise au vol, car elle porte en plusieurs endroits des traces de déchirures plus ou moins profondes.

Grossulariata varie peu, c'est du moins ce que j'ai toujours observé. M. Guenée dans son Species général des Lépidoptères, tome X, page 204, dit en parlant de cet #braxas : « Grossulariata varie pour le nombre, la taille et Fintensité « des taches noires. Toutefois, si l'on veut observer que « c'est la Géomètre la plus commune, on trouvera que ses « variétés, même accidentelles, ne sont pas bien fréquentes.» Ce naturaliste ajoute plus loin : « Cette espèce est à la fois « si vulgaire et si nette de dessin, que les plus anciens au- « teurs l'ont connue, et qu'on la reconnait sur les figures les « plus grossières. »

Voici en quoi consistent les caractères de ces deux aberraüons de Grossulariata. Chez le a les taches noires des ailes su -

périeures sont si nombreuses, ont tellement envahi la surface

des deux premières ailes, qu'il reste fort peu de la teinte blanchâtre du fond, et que c'est à peine si l'on soupconne la ligne fauve et transversale qui est très-apparente chez le type. Cette ligne n'est figurée de loin en loin que par de très-petits points fauves. La base de l'aile ue presente qu'un point. de même couleur, allongé et qui disparait presque entièrement sousla teinte noire. Les taches fuligineuses des inférieures sont aussi trèsdéveloppées, surtout les terminales ; mais elles ont envahi une moins grande surface que les taches noires des ailes supérieures. Les taches du dessus sont répétées en dessous ; seulement elles sont moins accusées. Les points fauves très-faiblement écrits se devinent plutôt qu'ils ne se voient.

La variété ? est tout le contraire du & : sur le fond d'un jaune pale, les taches noires, presque entièrement oblitérées, sont réduites à des séries de petits points noirs et triangulaires. Le point discoïdal, de même qu'un trait noir qui accompagne la ligne fauve centrale, est assez marqué. Les points fauves de la variété 4 sont ici remplacés par une large bande transverse, sinueuse, d'un fauve-orangé, et qui traverse l'aile sans interruption vers les deux tiers de son étendue. Les ailes inférieures presque blanches ne laissent apercevoir que des points fuligineux très-petits, occupant la place des taches noires du type. Le dessous des quatre ailes serait absolument sans tache, si au centre de chacune d'elles, on ne voyait un faible point noirâtre. L'abdomen des deux sujets présente aussi des caractères distincts : la série de taches du dessus et les deux séries latérales, chez le , sont très-largement accusées, tandis que chez la ?, la série dorsale seule est visible, et les taches latérales n'existent pas.

La variété de cette Grossulariata sera désignée par la lettre À et la variété ? par la lettre B (1).

(1) Depuis la rédaction de cet article, ayant eu à Lyon la visite de M. Guence, l’auteur du Species général des Lépidoptères, ce savant me fit

Dasydia Obfuscata, 11

Dasydia OChfuscaia.

(Planche 2. Fig. 4 à G.)

Vieu.-Verz. 1-1 2—Treits. I p.164 et IT p. 501.—Dup. V. p. 2925 pl.185 fig. 5.—Bdv. 1582. —Herr.-Sch. p.76.—(Gue. 492. — Canaria Hb. 344. — Frey. IV pl: 377 fig. 1-2. — Limosaria Hb. 360. — Delah. 124.— Operaria Steph. IN p. 267.— Nitelaria Esp. pl. 52 fig. 2?

À sa sortie de l'œuf cette chenille est jaunätre, la tête et les pattes écailleuses sont noires. Un mois plus tard elle peut avoir deux centimètres, est toujours d'une teinte foncée, avec la stigmatale fine, blanchätre et d'autant plus apparente qu'elle repose sur un fond plus sombre. Arrivée à toute sa taille, elle mesure au moins quatre centimètres. Elle est alors cylindrique, rugueuse et passe au jJaune-clair tirant sur le verdâätre. La ligne vasculaire est interrompue, peu visible, et accompagnée en avant de chaque incision d'une tache grisätre, en forme de fer de flèche. Il existe sur les côtés des chevrons à peine marqués qui descendent obliquement et aboutissent au dessus de la stigmatale ; celle-ci est blanchatre, large et légèrement ondulée. Les stigmates assez gros, sont ronds, noirs et cerclés de blanc. Le ventre est marqué d'une large tache longitudinale faiblement violacée et divisée par un filet blanchatre. Les points trapézoïdaux sont saillants, grisatres et surmontés d'un poil court. Le onzième anneau présente deux caroncules charnues s’in-

observer que ma variélé B. de Grossulariata avait été figurée dans Hubner sous le n° 82. Cependant la variété de l’auteur allemand est bien moins remarquable que la mienne qui a les taches orangées des supérieures plus étroites, et les Laches noires des quatre ailes, infiniment moins accusces, Enfin l'aberration que j'ai figurée est beaucoup plus grande que celle d’'Hubner.

sentai d'abord des feuilles de Quercus sessiliflora, puis de Fraxinus excelsior; mais elles n'y touchèrent qu'à peine. Je leur avais offert auparavant des feuilles de diverses plantes basses qu'elles avaient refusées. J'aurais infailliblement perdu ces précieux insectes si je n'avais eu la pensée de leur donner du Genista hispanica qu'elles mangerent avidement. Cependant je dois faire observer que M. Bellier de la Chavignerie m'a aflirmé qu'il n'existait aucun Genista dans les lieux où furent prises abondamment les Obfuscata rapportées par lui, et que même il ne se trouvait que beaucoup plus bas des arbrisseaux ou sous-arbrisseaux.

Ayant reconnu que le Genista hispanica était, de toutes les plantes que j'avais offertes à mes chenilles, la seule qui leur convint, je les mis en plein air sur cet arbrisseau pour leur faire passer l'hiver. Elles cessèrent donc de manger pendant toute la mauvaise saison et durent attendre l'arrivée des | jeunes pousses du Genista pour continuer à se nourrir. Ce jeûne forcé et si long les avait beaucoup amaigries, mais à dater de l'apparition des feuilles du Genista, leur croissance fut tres-rapide.

L'attitude rigide de ces insectes fait que dans l'état de repos , Ils ressemblent à s'y tromper à de petites branches de bois mort; toutefois si on vient à les inquiéter, ils marchent rapidement, mais tardent peu à reprendre leur complète immobilité.

C'est vers la moitié du mois de mai que ces chenilles eurent atteint toute leur grosseur; elles commencèrent alors à filer sous la mousse une coque lâche, composée de soie, de grains de terre, de débris de végétaux, et se métamorphosèrent en nymphe pour donner, à un mois de là, leur insecte parfait d'une tulle tout aussi grande que Îles individus pris en liberté dans la haute montagne.

L'état de larve d'Obfuscata avait duré huit mois environ.

Cleogene Lutearia. 15

Cieogene Lutearia (1).

( Planche 2. Fig. 4 à 3.)

Fab. E.S. 52.— Esp. pl. XXIV fig. 1.—Treits. IT p. 250.— Gue. 1189. — Tinctaria Hb.121.—Dup. V. p.141 pl. 180 fig. 3.— Steph. IT p.291.—Bdv.1411.—Herr.-Sch. p. 62 fig. 361. —Delah. 100.

CuENILLE.

À sa sortie de l'œuf, la jeune chenille est d’un fauve clair, faiblement rayée de brunâtre. Arrivée à toute sa taille, elle est presque cylindrique, épaisse, courte, orthosiforme , sensiblement atténuée aux extrémités, et d’un roussâtre ochreux. Il est cependant des sujets qui ont le fond plus sombre, tirant sur le violet plus ou moins foncé. Chez tous la vasculaire et la sous-dorsale sont d’un gris noirâtre. Ces lignes sont épaisses, bien continues et liserées d'un filet blanc très-étroit. La ligne vasculaire est largement interrompue sur les anneaux du milieu, point apparente sur les trois premiers. Les derniers segments présentent en dessus, un dessin en forme de fer de flèche. Le dessous du corps est d’une teinte violette bien décidée. La tête est petite, globuleuse et rétractile; les pattes sont concolores, sauf l'extrémité des antérieures qui est cornée et noiratre. Les stigmates sont ronds, noirs et cerclés de blanc.

Cette chenille pendant le jour se soustrait à la lumière.

INSECTE PARFAIT

Cette Phalénite ne pouvant être confondue avec aucune autre, je me bornerai à faire une légère description de l'in-

secte parfait.

(1) Généralement connue sous le nom de Tinctaria.

Les ailes du mâle ont une envergure de 52 à 55 millim. ; elles sont d'un jaune de chrôme vif(protochromate de plomb), sans aucun dessin. Les nervures, du même jaune que le fond, ne sont apparentes que par l'effet de leur ombre. Franges concolores. Tête et corps jaunes. Barbules des antennes et palpes noirs. La femelle, toujours plus petite, est d'un jaune plus pâle. Elle a lesailes supérieures plus aiguës, les inférieures plus étroites et moins arrondies. Les antennes sont filiformes. L'abdomen est gros ; il est garni à l'extrémité d'un faisceau de poils ochreux.

C’est encore à notre collègue, M. Bellier de la Chavignerie, que je dois de connaitre la chenille de cette Cleogene, dont 1} m'envoya une ponte.

Pendant tout l'été £Zutearia est tres-commune dans les pâturages subalpins des montagnes de la Suisse. Elle parait ne pas exister dans le Jura, d’après M. le docteur Delaharpe. Cette Géometre dont notre faune lyonnaise s’est depuis longtemps enrichie, se trouve au Mont-Pila où elle ne semble pas ètre rare.

Le mâle de Zutearia vole en plein jour en juin et juillet ; la femelle, qui a des ailes plus courtes que le mâle, reste cachée dans les hautes herbes. Elle vole peu, car elle a proportionnellement un corps assez gros; ce qui la rend difficile à trouver.

Les œufs qui me furent envoyés des Basses-Alpes le 21 août 1856, m'ont paru sphériques et d’un jaune clair; ils sont éclos le 27 du même mois. Depuis leur éclosion jusqu'au tiers de leur croissance, les jeunes chenilles, presque toujours appuyées sur les pattes de derrière, le corps à moitié recourbé et projeté en avant, s’agitaient en tous sens, au moindre bruit, ainsi que le font dans leur jeune âge les chenilles de Gnophos Glaucinata, Pullata et Mucidaria.

Les larves de Lutearia, qui m'ont semblé polyphages, man-

Emydia Coscinia. 17 veaient de préférence les feuilles de Plantago et celles de Leontodon.

De même que les chenilles d'Æyria Auroraria que j'ai également élevées ab ovo, mes Lutearia préféraient les feuilles flétries et même desséchées, aux feuilles fraiches qui leur étaient abondamment fournies. M. Guenée, dans sa Monographie des Phalénites, nous fait connaitre que ce goût singulier s’est déjà remarqué chez l’Acidalia Pusillaria et Y Herminia Tarsipennalis.

Ces chenilles de Cleogene passèrent très-bien l'hiver ; mais vers la fin d'avril, quand arriva le moment de la transformation en nymphe, la plupart de ces insectes périrent malgré tous mes soins. Une seule réussit à former sur la terre une coque lâche composée de grains de terre, de brins de mousse liés au moyen d'une soie fauve, dans laquelle elle se

dessécha sans avoir eu ia force de se métamorphoser.

Emydina Coscinia.

(Planche 4. Fig. 1 à 3)

Ochseuh. Ip. 500 pag. 59.— Bdv. Ind. meth. pag. 59. Îconog. Fp.91pl. 67 f. 1et2.— God. V. pag. 28.—Dup. Supp.

IE p. IT pl. 1 fig. 2. = Chrysocephala, Hub. 251. = Bomb. Herr.-Sch. 75-78.

Voici une espèce considérée par la plupart des entomologistes comme bien distincte de Candida. Cependant Coscinia dont Je viens de faire l'éducation ab ovo, m'a semblé n'être qu'une variété locale de Candida, qui elle-même n'est peutêtre qu'une aberration de Cribrum. Quoi qu'il en soit, Je n'essalerai pas d'enlever à cette espèce le nom qui lui a été imposé par Ochseuheinser ; mais jJ'appellerai l'attention des Lépidoptérophiles sur l'identité plus ou moins certaine des trois Lithosides que je viens de citer. Je dois dire que la

chenille de Coscinia m’a semblé se rapprocher beaucoup de sa congénère Cribrum, sauf pourtant la couleur de la peau qui, chez celle-là, est fauve.

Je n'ai vu nulle part la description de la larve de Coscinia, je ne sache pas qu'il y en ait une de Candida. Je vais décrire aussi exactement que possible la chenille de Coscinia et ne m'appesantirai pas davantage sur le rapprochement qui existe entre Cribrum, Candida et Coscinia.

C’est à l'obligeance de mon ami, M. Staudinger, de Dresde, que je dois la connaissance de cette chenille originaire des environs de Cadix. Le 28 mai dernier, je recevais de cet entomologiste plusieurs espèces d'œufs, notamment ceux d’une Emydia qui m'était désignée du nom de Coscinia. Ces œufs, qui avaient été pondus par un sujet pris au vol, commencaient à éclore à leur arrivée à Lyon. Ils étaient sphériques et bruns au moment de l'éclosion de la jeune larve (4). Vers la fin de juillet, c'est-à-dire deux mois après leur éclosion, les chenilles arrivèrent à leur taille ; elles se chrysalidèrent peu de temps après, et trois semaines plus tard donnèrent leur in-

secte parfait.

Eîle a mange indistinctement un orand nombre de plantes basses que je lui ai présentées ; mais elle a préféré les Plantains, Graminées et certaines Composées. Cette chenille était d'abord d'un fauve clair, velue, avec les poils relativement très-longs. Plus tard sa peau s'est foncée, et sa tête a brum sensiblement. Sa croissance s'est faite assez lentement, eu

(4) Les œufs, quand ils viennent d'être pondus, sont d'un jaune paille ; c'est ce que j'ai pu oberver sur ceux qui ont été pondus par les femelles qui me sont écloses. Chacune en a produit plus de 200. Je n'ai pu observer un seul accouplement en captivité.

Emydia Coscinia. 19 égard à la saison. Ce n’est que vers le 10 juillet qu’elle à subi sa quatrième mue. Le fond de sa livrée est alors d'un fauve obscur en dessus et sur les côtés ; le dessous est gris bleuâtre. La vasculaire, assez large, est d’un blanc bleuûtre ; la sousdorsale , de même couleur, est beaucoup plus étroite. Tout le corps est recouvert d'une quantité de tubercules noirs trèslisses et très-luisants, garnis de poils bruns, longs, raides, parmi lesquels s’apercoivent quelques rares poils très-blancs. Au milieu de cette abondante villosité 1l m'a été impossible de reconnaitre les organes de la respiration. La tête est noire et très-lisse. Vue de face, elle laisse soupconner au centre une tache fauve. Les pattes écailleuses sont grisatres, avec le dernier article noir ; les pattes membraneuses sont fauves.

Cette Emydia, qui se cache avec soin pendant le Jour , ne doit paraïtre qu'une fois par an.

CnRYSALIDE.

La chenille de Candida, sentant le besoin de se métamorphoser, descend sous la mousse, file une soie brune dont elle forme un réseau à mailles très-lîches, lie quelques feuilles sèches, et se transforme trois jours après. Cette chrysalide est ohtuse, ramassée, ovoïde, d'un brun noiratre avec reflets d'un marron obscur, recouverte sur toute sa surface, mais principalement vers la partie anale, d’une villosite roussatre, trèscourte, placée par petits faisceaux réguliers. La tête, les veux, et surtout les antennes, sont très-proéminents. Vue à la loupe, cette nymphe paraît finement chagrinée.

INSECTE PARFAIT

Ia le port d'Emydia Cribrum ; cependant sa taille est plus grande, celle de la femelle surtout : les ailes de celle-ci sont plus allongées, plus pointues à Fapical que celles du mäle. Le dessus des supérieures est d'un blanc luisant avec un léger

reflet bleuâtre. La tête est Wres-légèrement tentée de jauni-

tre. Aux deux tiers de Faile, il existe toujours ou presque toujours chez le mâle, deux points noirs placés l'un au-dessus de l'autre, et un seul chez la femelle. Certains sujets de ce dernier sexe ont souvent ce point caractéristique à peine accusé. Les ailes inférieures sont d'un gris cendré chez le mâle, plus clair chez la femelle, où cette teinte s'affaiblit tellement en arrivant à la frange, qu'elle passe au blanc pur. Le dessous des premières ailes est d’un gris plombé avec la côte et la naissance de l'aile lavées de jaune orangé. Le dessous des secondes ailes est d'un gris roussâtre, et laisse voir très-apparente la tache grisätre et allongée du centre, à peine accusée en dessus. La frange des quatre ailes, en dessus et en dessous, est d’un blanc pur. Lä tête et les pattes sont d’un fauve orangé ; les épaulettes sont très-légèrement teintées de fauve. Les antennes du mäle sont pectinées, avec la côte blanche et les barbules noires; celles de la femelle sont fihiformes. Le corselet est blanc pur. L’abdomen du mâle est blanchätre lavé de fauve à l'extrémité.L'abdomen de la femelle, qui est beaucoup plus gros que celui du mâle, est du même blanc; mais le fauve de l'extrémité est à peine senti; cette

couleur disparait souvent.

Fsodos Alpinata (1).

(Planche 4. Fig. 4 à 3.)

W.-V. — Gue. 500. — Hb. 197. — Treits. [. p. 255 — Equestraria, Fabr. 178.— Dup. VIEE. p. 550, pl. 208, f. 3. —Bdv. 1935.— Herr.-Sch. p. 104. — Delah. 171. — Quadrifaria, Sulz. Gesch. pl. 25, f. 4.

Au sortir de l'œuf, la petite chenille est verte : elle peut avoir alors de 5 à 6 mil. de long. La tète et les pattes sont

(1) Plus généralement connue sous le nom d'Equestraria.

[el

jaunâtres. Les lignes longitudinales et les chevrons qui plus tard seront très -accusés, sont déjà visibles. Arrivée à toute sa taille, cette chenille est presque cylindrique, légèrement aplatie vers les derniers anneaux. Le fond de sa couleur estd’un

Psodos Alpinata.

jaune clair mat, avec les premiers et derniers segments lavés d'une légère teinte rougeâtre.Les points trapézoïdaux sont noirs et très-apparenis. La ligne vasculaire et la sous-dorsale sont à peine indiquées. La stigmatale, blanche,est largement liserée de brun en dessus et finement en dessous. Chaque intersection d’anneau est coupée obliquement parun chevron brun partant des trapézoïdaux du dos et venant aboutir à la hauteur de la sous- dorsale. Les stigmates, noirs et cerclés de blanc, sont à peine visibles à la loupe. Le dessous du corps présente dans toute son étendue des lignes géminées blanchitres, dont celle du centre plus large est liserée très-finement de brun extérieurement. La tête, globuleuse et rétractile, est, ainsi que les pattes antérieures, d'un rougeâtre obscur. Les pattes anales sont concolores. Cet insecte est très-lent dans tous ses mouvements ; au repos il se tient légèrement courbé en arc; pendant le jour il se cache soigneusement parmi les feuilles sèches ou la mousse, ne sort que ia nuit pour manger, se nourrit bien et grossit rapidement. Au moindre bruit cette chenille redresse vivement la partie antérieure du corps, demeure immobile pendant plusieurs minutes et semble écouter. Elle varie peu: quelques sujets cependant m'ont paru d'un jaune plus clair que le type.

CHRYSALIDE

Lorsqu'4lpinata veut se métamorphoser, elle se cache sous la mousse, rassemble quelques débris de feuilles sèches et quelques grains de terre qu'elle lie au moyen de fils de soie, dont elle forme une coque molle, mais assez solide. Celle-

Lo)

c1 est Lapissée intérieurement d'une soie blanche,fine et serrée. La transformation s'opère bientôt après.

La chrysalide peut avoir de dix à douze mil. de long. Elle est cylindrico-conique, relativement épaisse, et n'a pas de pointe sensible à son extrémité anale. Généralement d'un rougeûtre clair, elle a la place des ailes teintée de jaune vif. Les nervures sont brunes, très-accusées et tranchent sur le fond ; enfin les incisions des anneaux sont d'un blanc ver- «ire,

INSECTE PARFAIT

Cette Phalénite est entièrement noire, et ses quatre ailes sont en dessus, de même qu'en dessous, d'un fuligineux uniforme. Ces ailes sont ornées d'une grande tache ovale d’un beau jaune aurore, occupant presque toute la moitié extérieure de l'aile. La couleur de cette tache est aussi vive en dessus qu'en dessous.

Cetie Géomètre, qui est une des plus remarquables de Îa famille, est tellement iranchée qu'on ne peut la confondre avec aucune de ses congénères.

Soit le jour, soit la nuit, j'ai toujours remarqué qu'4lpinata, dont le vol est essentiellement diurne, portait les ailes relevées pendant le repos. Dans cet état, elle ressemblait plutôt à un Polyommate ou à un Thecla qu'à une Phalénite.

Cette Psodos est très-commune dans la plupart des montagnes alpines de nature granitique (1), depuis juin jusqu'en août. Les chenilles que j'ai élevées ab ovo proviennent du Mont-Dore (Auvergne).

Schranck, puis Treitscke, et plus récemment Duponchel

(4) <lpinata, suivant plusieurs naturalistes, n’a jamais êté trouvée dans es calcaires.

Crocallis Tusciaria. 25 ont pensé que cette espèce devait vivre à l'état de chenille sur le Rhododendrum hirsutum (1).

M. Guenée dit dans son Species qu'Ælpinata fut élevée par M. Siebenhaar avec le £. Taraxacum et FApargia autumnalis. Mais l’entomologiste allemand n’a donné qu’une notice imparfaite sur cette chenille ; il n’est donc pas inutile d’en compléter l'histoire et d’en publier le dessin. Du reste, elle n'a encore été figurée nulle part.

Les œufs qui avaient été pondus le 16 juillet 1856 , sont éclos le 20. Les chenilles sont polyphages, mais se sont nourries de préférence avec diverses espèces de Leontodon. Leur croissance fut rapide, puisque trente jours après l’éclosion des œufs, elles se sont métamorphosées. L'état de chrysalide a duré quarante jours. Les insectes parfaits provenant de cette éducation étaient fort beaux ; ils se sont accouplés chez moi et ont pondu une abondante quantité d'œufs qui, à leur tour, fournirent de jeunes larves. Celles-ci ont passé l'hiver. Cette Géomètre doit donner au moins deux fois par an.

Crocaïlis Tusciaria 2).

( Planche 3. Fig. 4 à 5.) Scriba p. 217 pl. XVII f. 10-11. — Gue. 269. — Extimaria, Hb. 21 — Treits. [ p. 155 et IL p. 501.— Dup. VII 2° p. 178pl. 146 £.4.— Bdv.1460.—Herr.-Sch. p.{Afig. 22-24.

Longueur : cinq centimètres environ. Allant en grossissant O I 5 , mais d'une manière insensible, depuis la tête jusqu'au der-

{1} Cctte plante n'existe pas en Auvergne.

(2) Nom imposé par le naturaliste Seriba, et, qu'à l'exemple de M. Guenée, je conserve à l’insecte que je vais décrire.

Tusciaria est généralement connue des Lépidoptéristes sous le nom d'Extimaria. .

nier anneau. D'un gris terreux mélé de brun. La vasculaire est brunûtre, interrompue; la sous-dorsale est brune, ondulée et continue; la stigmatale est fine, grisâtre et peu accusée. Il existe en outre, entre celles-ci, deux autres lignes brunàtres, fines, geminées et légèrement ondulées, en bas desquelles sont placés les stigmates ; ceux-ci sont ovales, carnés, cerclés de noir et très-visibles. La région ventrale, dont le fond est d'un gris bleuâtre, présente plusieurs lignes brunes, fines, ondulées, fort peu visibles. Les points trapézoïdaux, assez prononcés, la seconde paire surtout, simulent de légers tubercules. Le onzième anneau supporte une double pointe brune, blanchätre à l'extrémité, s'inclinant en arrière. Cette caroncule possède à son sommet, ainsi que les trapézoïdaux, des poils raides, bruns et passablement longs. La tête, aplatie en avant, légèrement velue, carrée, concolore, est sensiblement bide. Les pattes écailleuses et anales rappellent les couleurs

du fond.

Cette espece vit à découvert.

CHRYSALIDE

Au moment de sa transformation, la chenille cherche sous la mousse un lieu convenable pour cette importante opération, puis elle rassemble quelques grains de terre qu'elle he au moyen de fils de soie, en forme une coque molle, et se transforme quatre jours après. La chrysalide est cylindricoconique, et relativement allongée. Sa pointe, retenue à une feuille sèche faisant partie de sa coque, est longue et forte; elle est presque noire. Sur toute sa surface, sauf les intersections abdominales, cette chrysalide est finement chagrinée.

Au moindre bruit, au moindre contact, Tusciaria s’agite

Lrés-vivement dans sa coque.

+5 Lo!

Crocallis Tusciaria.

Les ailes ont plutôt la silhouette de celles de Dardouinaria . Don. ( Aglossaria, Bdv.) que la coupe des ailes de sa congé- ‘nère Elinguaria. Pourtant Tusciaria s'éloigne de Dardouinaria par plusieurs caractères.

Les supérieures sont d’un jaune ochreux avec des points bruns terminaux très-sensiblement accusés. Ces ailes sont traversées par deux lignes brunes très-prononcées, ombrées intérieurement. Tout l'espace médian est d'un brun rougeàtre, et plus vivement écrit que chez les autres Crocallis. La, premiere des lignes transverses présente un coude au tiers de sa longueur, la seconde en forme quatre plus ou moins accusées. La tache discoïdale est brune et très-bien marquée. Les ailes inférieures sont plus pales; elles laissent voir faiblement écrite une ligne transverse, brunatre, surmontée de la discoïdale à peine visible, et une rangée de points terminaux nettement accusés. Les quatre ailes en dessous sont moins foncées ; elles n’ont qu'une seule ligne brune avec la tache discoïdale et les points terminaux tout aussi distincts qu'en dessus. Les supérieures, outre que l'angle apical est plus aigu, ne possèdent que deux ou trois points terminaux, et les inférieures aucun. La bande transverse de celles-ci est beaucoup mieux marquée chez la femelle, qu'elie ne l'est chez le mäle; c'est du moins ce que je remarque sur les femelles que j'ai sous les yeux. Les antennes, dans les deux sexes, sont rougeatres avec la côte blanche ; elles sont faiblement pectinées chez le mâle, et ciliées chez la femelle. L'abdomen du mâle présente à l'extrémité un faisceau de poils; celui de la femelle est plus gros et se termine par une pointe obtuse.

Cette espèce, qui pendant longtemps a été fort rare, n'ap-

partient que depuis peu d'années à notre faune francaise.

Après avoir élé observée dans le midi de la France, elle fut, l ya peu de temps, rencontrée à Lyon pour la première fois par M. Gaynau qui la prise la nuit en chassant au lierre. Cependant M. Donzel, auquel l'Entomologie est redevable

de nombreuses découvertes, et de précieuses observations dans les notes qu'il a laissées à notre Société, fait connaître que de son temps déjà, cette rareté avail été prise une fois à Fontaines-sur-Saône (Rhône),

Le 12 juin dernier, M. Mary, lépidoptériste lyonnais, prit sur le Prunus-spinosa, à Poleymieux, situé à 8 ou 10 kilomètres de notre ville, une chenille qui, élevée avec soin, donna, le 25 septembre d’après, une Tusciaria femelle de grande ‘taille. Cette Crocallis pondit une quinzaine d'œufs : ceux-ci sont ovales, aplatis sur les pointes, et d'un vert glauque.

Tusciaria ne doit avoir qu'une génération par an.

Je ferai observer qu'avec une seule chenille de cette espèce, Je suis arrivé à la connaissance presque complète des premiers états de cette belle Ennomide.

Je dois dire, avant de terminer cet article, qu'il a déjà été question de cette chenille, mais d’une manière très-sommaire. Voici en effet ce qu'en à dit notre collègue, M. Bellier de la Chavignerie, dans ses Observations sur les Lépidoptères de la Lozère, publiées dans les Annales de la Société entomologique de France , séance du 24 septembre 1851. « Eclose chez moi. La chenille, que je n'ai vue décrite ni « figurée nulle part, ressemble beaucoup à celle d'Elinquaria, « avec laquelle je l'avais confondue. Elle vit sur le Prunus « spinosa. Environs de Florac. »

Chaonia Hybris. 97

Chaonîia Ely bris, (Planche 3. Fig. 4 à 4.)

Steph., Dup. = Notodonta Hybris, Bdv. Icones pl. 71, n° 2 (1). = Drimonia Hybris, Ramb.

Les œufs de Chaonia Hybris ont une forme étrange qui les distingue de tous ceux que j'ai observés jusqu'à présent, et qui les rapproche assez de la graine de certaines Malvacées. Le dessin que je donne de l'un de ces œufs (plan. 5, fig. 5) fera comprendre mieux qu'une deseriplion celte forme remarquable. [ls sont plats, blanchâtres, et adhèrent très-fortement au corps sur lequel ils ont été déposés, à tel point qu'on les brise, si on veut les en détacher.

La chenille, au sortir de l'œuf, est d’un blanc d'os avec une tête relativement très-forte. Elle est, pendant les premiers jours, presque plate, très-glabre, très-fortement cramponnée à la feuille qui la supporte, sur la surface de laquelle elle demeure sans cesse. Cette chenille ne mange que la nuit, et. au repos, a toujours le corps replié, la tête placée à la hauteur du huitième anneau, ainsi que certaines Cymatophora pendant leur sommeil. À celte époque de sa vie, ce jeune insecte, par suite d'un besoin ou d’une crainte quelconque, élève par intervalles la partie antérieure du corps et l’agite fortement à droite et à gauche. Quinze jours après, 1l à beaucoup grossi ; sa peau est devenue d'un vert d’eau très-clair, et les pointes rouges, qui plus tard caractériseront si bien cette espèce, commencent à se faire voir. Arrivée à loute sa taille vers le 10 juin, la chenille d'Hybris a le corps légèrement convexe.

(1) Dans son Icones historique des Lépidoptères M. le Dr Boisduval figure une femelle d'Hybris, mais ce dessin est sans texte.

faiblement aplati en dessous et atténué aux deux extrémités. Cette larve, sans lignes n1 taches, est d'un beau vert en dessus et sur les côtés; mais cette couleur est plus claire en dessous. La vasculaire, ainsi que les points trapézoïdaux, sont jaunâtres et se détachent à peine du fond. Je n'ai vu nulle trace de la sous-dorsale. La stigmatale est à peine accusée. Les stigmates, d'un vert foncé, sont cerclés de blanchâtre. La tête, tres-rétractile, est, ainsi que les pattes écailleuses, d'un vertbleuâtre rappelant la couleur de la couperose bleue (sulfate de cuivre). Les pattes abdominales sont concolores ; les anales sont carnées. Le premier anneau porte sur les côtés latéraux deux petites pointes teintées de rose; ces pointes sont plutôt ascendantes qu'incombantes. Le second anneau supporte au sommet une pointe semblable à celles du premier, mais un peu plus forte.

La chrysalide, après l'éclosion de l’insecte, n'ayant pas été conservée, je ne puis en donner ni description, ni peinture: du reste elle ne présente rien de plus cu que les autres chrysalides de Notodontides.

INSECTE PARFAIT ©

Chaonia Hybris ressemble pour la taille à certains individus de Querna ; cependant pour la coupe des ailes et le facies général , il se rapprocherait plutôt des petites Dicranura avec lesquelles il peut bien avoir quelques rapports de mœurs.

Le dessus des premières ailes est gris bleuâtre foncé, forme par un fond blanchätre semé de très -petits atomes bruns. Ces premicres ailes sont traversées par trois teintes ou bandes principales. La première est noire, très-large, et occupe tout l’espace situé entre le trait brun qui est la limite de la bande, et la base de l'aile. La seconde, qui est fortement dentelée et

Chaonia Hybris. 29 concave à sa base, est formée par une ligne noire, sinueuse, ombrée de gris ardoisé,dont l'extrémité est tournée en dehors. La troisième de ces bandes consiste en une ombre grise festonnée et éclairée de blanchâtre extérieuremeut. L'orbiculaire et la réniforme sont peu apparentes, mais existent cependant. La tache discoïdale est des mieux écrites. L'intervalle qui sépare la deuxième bande de la troisième, est, ainsi que le centre de l'aile, largement lavé de roussâtre clair. Le dessus des ailes inférieures est blanc et orné d'une très-large bordure gris-noir plus fortement accusée à l'angle interne. La frange des quatre ailes est d'un gris foncé entrecoupé de blanchatre.

Le dessous des premieres ailes est lavé très-largement de gris ardoisé vers l’apical. La tache discoïdale est très-apparente. Les inférieures sont également d'un gris soyeux, mais moins foncé qu'aux supérieures. Il existe aux deux Uers des ailes inférieures une bande étroite à peine visible. Le corselet et l'abdomen sont d'un gris bleuûtre, faiblement lavé de roussatre. Les pattes sont grises et annelées de blanc. Les antennes sont rousses et filiformes.

Le mâle ne m'est pas connu.

Cette espèce, intéressante à plus d'un titre, appartient à l'Europe méridionale. A cause de la chenille dont la forme n'est pas précisément celle de ses congénères, Hybris ne devrait-il pas constituer un genre distinct ? En effet, cette chenille n’est ni complètement lisse, ni rayee longitudinalement, ainsi que les Chaonia de Stephens. Si donc je laisse cette Notodontide dans le genre créé par l'entomologiste anglais, elle devra former un deuxième groupe isolé de Roboris, Querna et Dodonea, groupe qui, par le fait, est un genre provisoire. Hybris formant plus tard un genre distinct du genre Chaonia, celui de Drimonia, créé par M. le docteur

Rambur. devra prévaloir.

Ce fut M. Staudinger qui me procura la connaissance de cette rareté. Vers la fin d'avril dernier, 1l m'envoya, de Cadix, trois œufs d'Hybris. Lors de leur arrivée à Lyon , ces œufs demeurés douze jours en route venaient d'éclore. Je présentai de suite aux jeunes larves des feuilles de Populus nigra, qu'elles rongerent aussitôt. Je ne dirai pas de quelle regrettable facon je perdis deux de ces precieuses chenilles ; heureusement il m'en restait une qui devint lobjet de tous mes soins, et'que j'eus le bonheur d'amenér à bien. La croissance de cette unique chenille fut rapide, puisque le 16 juin suivant elle rassemblait quelques feuilles de peuplier fixées encore à la branche, les lait au moyen d’une soie blanchâtre très-forte, formait une coque mince, mais des plus solides, et se transformait en chrysalide pour donner son insecte parfait à vingt-trois jours de à, c'est-à-dire le 9 juiller.

C. Hybris doit certainement donner deux fois par an. La génération qui éclôt en été se contente de faire une coque fixée seulement au milieu des feuilles de l'arbre qui l'a nourrie; mais les chenilles qui passent l'hiver en chrysalide et éclosent en fevrier de l'année suivante, construisent une coque d’une firme bien différente, et qui rappelle celle des Dicranura ,

ou mieux celle de L Harpya Milhauseri.

Psyche Malvinella, STaAUDINGER, MiLLiÈRE (Species nova). ( Planche 4. Fig. À à 5.)

Jé terminerai cette première série de chenilles inédites et de Lépidoptères nouveaux, par historique et la description d'une charmante Psychide encore inconnue sans doute. Elle’ fut découverte par M. Staudinger, qui m'a autorisé à la publier. Voici ce que, vers la fin de janvier, me mandait à cet égard cet entomologiste distingué. « Avant-hier j'ai eu la sausfaction de prendre au vol une Psyche fort imtéressante, qui

doit être nouvelle. S'il en est ainsi, je désire qu'elle s'appele

Psyche Malvinella. 31 Malvinella. » Plus tard, M. Staudinger m'informait que cette espèce se montre depuis la fin de janvier jusqu'au commencement d'avril, et que c'est après midi, de deux à trois heures et demie , qu’elle vole le plus ordinairement. La femelle , ajoutait-il, est fort diflicile à rencontrer; elle fixe son fourreau, qui esl très -petit, soit sur le sol, soit à une petite pierre, ou bien à une tige de plante desséchée. Sans le secours du male qui, par ses recherches, décèle la retraite de la femelle. il serait certainement impossible au chasseur de la découvrir à travers les plantes basses dont cette espèce se nourrit exclusivement. Parmi ces dernières, 1l est un petit Erodium que la chenille semble préférer.

7 INSECTE PARFAIT MALE

Cette Psychide, une des plus jolies du genre, a, pour le facies, sauf la taille, les plus grands rapports avec 4{bivitrella. Brd. (4lbida auctorum), Lorquinella, Brd., Millierella , Bdv. (Plumosella, Ramb. ).

Malvinella est d'un tiers plus petite qu'Ælbivitrella, et de moitié moins grande que HMillierella. Bien qu'ayant du rapport avec ces deux dernières, elles a les quatre ailes beaucoup plus arrondies, avec la base et les franges d'un noir fuligineux qui tranche d'une manière assez nette. Le bord des ailes supérieures , qui est dénudé, se détache également du fond recouvert d'écailles d'un blanc de lait. Les nervures ne sont bien apparentes qu'aux antérieures, dans la partie dépourvue d'écailles. Les antennes sont assez longues et plumeuses ; elles ont ceci de remarquable, qu’elles sont de deux couleurs : le dessus de la côte et des barbules est d'un blanc pur, le dessous est noir de suie. La tête disparait sous les longs poils dont elle est recouverte. Le corselet, l'abdomen et les pattes sont très-noirs ; ils sont recouverts d’une épaisse villosité fuli-

gineuse à la base et blanche au sommet. Les poils de l'extre-

mité du corps, qui sont d'un blanc parfait, divergent et dépassent à peine la longueur de l'abdomen. M. Staudinger ajoute que Malvinella mâle varie pour la taille et l'intensité des poils noirs et blancs.

Pour décrire Malvinella femelle d'une manière convenable, il eùt été utile de le faire sur l'insecte vivant. Cette facilité ne m'a pas été fournie. Je dirai seulement que Malvinella femelle est de moitié moins grande que la femelle d'4lbivitrella, et qu'elle ressemble beaucoup à cette dernière pour la

couleur et pour la forme.

Page 1