SIXIÈME LIVRAISON
(Frésentées à la Société Linnéenne de Lyon, le 40 février 4869. )
Eupithecia Gueneata Mir. (Species nova.
(PL 4, fig. 4 et 2.)
Envergure : 0,025 à 0,024 mill.
C'est de la Centaureata Ross, qu'elle se rapproche le plus :
elle en a le port; mais elle en diffère par des caractères
essentiels et qui sont constants. Sa parure est un peu celle de la Linaria W.-V., cependant ces deux espèces s’éloignent l'une de l’autre par la taille et le facies.
La forme générale de Gueneata est relativement moins élancée que celle de sa congénère Centaureata, bien que l'apex soit plus aigu. Les lignes transverses ont bien aussi certains rapports de formes avec celles de la Centaureata, mais elles ne sont nullement semblables,
Voici au reste la description exacte de ma nouvelle Phalénite. |
Les ailes supérieures sont Jancéolées; les inférieures, assez courtes. Ces quatre ailes ne sont pas concolores comme dans le plus grand nombre des Æupithecia.
Les supérieures, d’un rouge brique, sont traversées par une large bande vivement écrite en brun ct liserée de clair en dehors. La ligne coudée présente toujours un angle extérieur assez aigu. L’extrabasilairé ést mal indiquée. Le bord extérieur de l'aile, à partir de la troisième nervure, ainsi que tout le bord interne, sont légèrement enfumés. Le point cellulaire est gros et noir. Les traits nervuraux pläcés en avant de la frange sont noirs : ils sont précédés par quatre ou cinq points également noirs, placés entre chaque nervure du milieu de l'aile.
Les ailes inférieures, grises, sont faiblement carnées sur le bord: elles sont iraversées par plusieurs lignes sinueuses, dentées, assez mal écrites. Le point cellulaire ést très-petit : il manque tout-à-fait si linsecte n'est pas fraichement éclos. à
En dessous, les quatre ailes n'ontrien de remarquable. Elles sont grises, et les supérieures sont très-faiblement carnées à partir de la coudée : celle-ci, mal indiquée, paraît confuse. C’est le contraire aux inférieures: les lignes transverses; ondées et dentées du dessus, reparaissent ici, bien que mal indiquées. On distingue le point cellulaire sur les quatre ailes. Les franges sont concolores. Les antennes, assez couries, sont grèles et pubescentes. La tête et le thorax sont carnés. Les yeux, assez gros, sont gris. L’abdomen, faiblement crèté sur chaque segment, teinté de brun dans la première moitié de sa longueur, est d'un carné vif. La poitrine et les pattes sont grises.
La femelle, un peu plus grande que le mâle, lui res-
Pieris Krueperti. 259 semble par la coloration et la disposition des dessins. Elle a Pabdomen conique et terminé en pointe.
Guencata devra trouver place après la Centaureala et porter le n° 1398 (bis).
Cette charmante Eupithecia ne varie pas d’une maniere appréciable. Elle est originaire de Celles-les-bains (Ardèche) où, notre collègue M. Dardoin et moi, en avons pris, l’année passée, en août, plusieurs exemplaires.
Pendant le jour elle se tient dans les lieux frais plantés d'Aulnes. Elle se place Ie plus ordinairement sur le revers d’une feuille. Nous l'avons également trouvée la nuit sur la Bruyère en chassant à la lanterne.
J’ai dédié cette Géomètre à mon savant ami, M. Guenée, auteur du Species général des Lépidoptères.
Gueneata fait partie de la collection de M. Dardoin. Je la possède moi-même en plusieurs exemplaires.
Pieris HKHrueperi, Srer. Wien. Mis. 1860, p. 19.
(PL 4, fig. 3 à 5.)
Cette Piéride nouvelle tient de la Vapi et de la Callidice pour la coupe des ailes et la taille : cependant le corps est relativement moins robuste que chez ses voisines.
Le mâle mesure 0,040 à 0,042 mili. Les ailes, d'un blanc légèrement azuré, sont très-faiblement lavées de jaune de Naples à la base. Les supérieures sont marquées de cinq taches sasittées, noires, dont la première large, et la dernière très-petite; celle-ci manque chez certains sujets. Une tache triangulaire, noire, dont le plus petit côté s'appuie à la costale, dirige sa pointe dans le sens d’une septième tache
arrondie, posée à la hauteur des troisième et quatrième taches sagittées du bord de l'aile. La côte est finement sablée d'atomes noirs à sa base.
Les ailes inférieures possèdent au sommet une tache triangulaire, noire, appuyant l'un de ses côtés au bord extérieur. En outre, on distingue cinq points nervuraux noirs, petits, à peine écrits, lesquels précèdent la frange. Celle-ci est blanche aux quatre ailes.
Le dessous des supérieures est blanc, avec le sommet teinté de jaune verdâtre. La tache triangulaire indiquée en dessus est écrite ici en verdâtre. La tache noire, arrondie, du dessus, placée entre les quatrième et cinquième nervures ; est très-apparente.
En dessous, les secondes ailes sont lavées de jaune verdâtre, avec la tache triangulaire plus large qu’en dessus, mais cependant moins bien écrite. Les petites taches nervurales sont ici mal indiquées.
Les antennes, annelées de blanc et de noir, proportionnellement longues, sont terminées en massue ovoide. Les yeux sont d'un brun rougeûtre. Le corps, assez grèle, est recouvert d'une villosité blanchätre.
La femelle , un peu plus grande que le mâle, a les ailes supérieures arrondies. Les taches noires sont larges et se touchent par les côtés, sauf la dernière qui reste isolée.
Les inférieures ont aussi les taches très-accusées : les nervurales surtout sont plus larges et mieux écrites que chez le mâle.
Les quatres ailes sont en outre finement saupoudrées de noir à leur base.
Le dessous ne présente rien de plus remarquable que chez te male.
Calocala Puerpera. 261
(Aberr. A.)
Il existe une variété vernale mâle de cette Piéride. Je l'ai figurée (pl. 1, fig. 5). Elle diffère par les taches ordinaires plus petites et moins noires que chez le type, et par la tache triangulaire des inférieures, remplacée par un point noir. Les taches nervurales n'existent pas ici.
Le dessous est remarquable en ce que les ailes inférieures, blanches, lavées de jaune à la base, possèdent une trèslarge tache verte, sablée de noir, irrégulière et qui envahit plus de la moitié de l'aile.
Cette espèce, originaire de [a Grèce, a été découverte depuis peu de temps par M. Krueper, auquel M. Staudinger l'a dédiée.
J'ignore si la Krueperi est élevée de chenille, mais je ne sais rien de celle-ci.
Catocala Pacrpera.
Giorna Cal. ent. p. 242 — Tr. IL, p. 558 et Sup. p. 163 — Pellex, Hb. 455, 594, 605 — God. If, p. 76, pl. 46 — Gn. nd. p. 249 — Bdv. 1557 — Gn. Sp. VIL, p. 86.
(PI. 2, fig. 4 à 3.) CHENILLE.
Longueur, 0,060 à 0,062 m. Allongée, fusiforme, faiblement bombée en dessus, aplalie en dessous. La tête, coupée obliquement, est d'un jaune rougeitre. Le huitième anneau n'a pas, ainsi qu'on le remarque chez les espèces voisines, la caroncule qui distingue la plupart des Catocala proprement dites. Cependant le onzième segment présente une tres-petite éminence liserée de noir, bifide, s'inclinant en ar-
rière. Les trapézoïdaux, faiblement indiqués en brun, ne sont pas saillants.
Cette chenille, qui est d’un gris de souris, a les lignes ordinaires mal écrites. La vasculaire est double, fine, brune, interrompue. La sous-dorsale, fine, géminée, continue et jaunâtre. La stigmatale, claire, élroite, est moins apparente peut-être que les précédentes lignes. Les stigmates, relativement petits, ellipsoïdes, bruns, sont finement pupillés de jaune. Les intersections des anneaux sont indiquées en orangé clair.
Les pattes antérieures sont carnées, les ventrales et anales sont concolores. Le ventre est d’un blanc bleuatre : chaque anneau, du troisième au dixième compris, est marqué d’une large tache noirûtre.
Dans nos environs on ne rencontre jamais cette chenilie que sur le Saule helix (Salix helix L.) qui borde les rives du Rhône ; et c’est vainement, je le crois, qu’on la chercherait sur les Salix alba, vitellina et autres.
À l’époque du jeune äge elle vit à découvert, mais arrivée à sa Lroisième mue, elle descend pendant le jour au pied de Par. buste, ou cherche un abri dans le voisinage, et se cache avec un soin extrême.
C'est au zèle et à la persévérance de deux jeunes entomologistes, MM. Auguste et Prosper Ferrouillat, que je dois de connaître la chenille de Puerpera, qui, jusqu'à ce jour, avait échappé à mes constantes recherches.
Pour se métamorphoser, l'insecte, vers la fin de juin, se place dans un réseau de soie suspendu entre les feuiiles qu’elle a rassemblées, ou descend parmi les feuilles sèches.
La nymphe, relativement plus allongée que celle de ses congénères, est sans aspérités ; elle est recouverte d'une couche de poussière d'un gris bleuâtre. Les derniers anneaux tournent au vineux.
LA
Catocala Puerpera. 26
Les stigmates, bien visibles, sont oblongs et bruns.
Le dernier segment est terminé par une pointe longue et bifide. Cette bifurcation diverge à droite et à gauche.
L'insecte, qui demeure environ un mois en chrysalide, éclot le soir entre huit et dix heures.
Des cinq ou six Catocala qui font partie de notre faune lyonnaise, c'est Puerpera qui éclot la première. Elle parait dès le commencement de juillet, et on la voit voler jusqu'à la fin d'août.
Envergure : 0,060 à 0,062 mill.
Les ailessont longueset épaisses. Les supérieures, d'un gris teinté de jaunätre, sont saupoudrées d’atomes noirs. Il n'y a de bien marqué que les lignes basilaire et coudée, assez écartées l'une de l’autre. La subterminale est mal indiquée. La tache réniforme, très-apparente, est large et entourée de nombreux atomes noirs. Les points noirs éclairés de blanc qui précèdent la frange, sont bien écrits. La frange est concolore.
Les ailes inférieures, dentées, d'un rouge brique pâle, sont largement bordées de noir. Cette bordure est interrompue vers les trois quarts de son parcours. Il existe en outre une seconde bandenoire, plus étroite, présentant deux angles, et n'atteignant jamais le bord interne. La frange , assez large, est d'un blanchâtre carné.
Les supérieures sont en dessous blanchäires et marquées de trois larges bandes dont les deux dernières flexieuses. Les ailes inférieures, également blanchätres et lavées de rouge brique au bord interne, présentent les mêmes bandes qu'en dessus,
Les antennes sont longues et grèles. Le thorax, de la cou-
leur des ailes supérieures, est convexe, squammeux et muni d’une crête assez courte. L’abdomen est long, conique, velu ct terminé par un petit bouquet de poils.
La femelle est semblable au male.
Il existe des variétés de Puerpera à ailes supérieures trèssombres, et d'autres dont le fond est d’un gris blanchâtre.
Bien que la chenille de cette Noctuelle soit fort difficile à trouver, l'insecte parfait vole abondamment dans certaines localités de nos environs plantées de Salix helix.
Non seulement l'espèce appartient à la faune de la France centrale, mais elle s'avance jusque dans l'Ardèche, la Drôme, le Puy-de-Dôme, etc. Elle fait partie des faunes suisse et piémontaise.
Puerpera n'a pas encore été rencontrée en Provence.
Anophia Ramburii.
Clerk. — Ramb. Ann. de la Soc. d'Obs. 1829, p. 263. — Bdv. Ind. Mth. Add. p. 7. — Treits. Sup. p. 159. — Dup. Sup. IE, p. 550, pl. 46. — Gn. Ess. p. 81, Ind. 248. — Bdv. 1325. — Costa, pl. XV, f. 1, 2 (non 5.) — Leucomelas, Clerck, pl. 1, f. 2 — .4depta Hb. — Gey. 792, 795. — Gn. VIIT, p. 1380. — Sigr. Cat. 754.
(PI. 2, fig. 4à7.) "
Lorsqu'on connait la chenille de Ramburi on ne peut
laisser l'insecte parfait dans les Catephia; c'est donc avec
raison -que l'auteur du Species a fait entrer cette Noctuelle
dans son genre Ænophia , composé de quatre espèces dont deux exotiques.
La chenille de Ramburii que j'ai observée et que je vais
décrire appartient à la catégorie des chenilles de Noctuelles
Anophia Ramburii. 265
ordinaires, et ne présente nullement les formes bizarres de celles du genre Catephia dont les trapézoïdaux sont saillants et pyramidaux.
Allongée , cylindrique, rase, avec le pénultième anneau très-faiblement renflé. Elle est d'un gris brun ou bleuâtre, pointillée de noir et à lignes ordinaires vivement colorées.
Les vasculaire et sous-dorsale, fines, continues, sont d’une teinte aurore vive. La stigmatale, large, faiblement ondulée, continue, d’un jaune de chrome, est finement liserée de blanc de chaque côté.
La stigmatale est suivie d’une bande large, continue, d'un noir profond, liserée elle-même d'une teinte fauve nébuleuse.
Les stigmates, gros, noirs, cerclés de blanc, reposent sur un fond bleuâtre clair. Le ventre, d’un vert obscur, est marqué, entre chaque paire de pattes, d’une large tache noire, à la manière des Catocala.
La tête, petite, arrondie, bleuâtre, est également poinüllée de noir.
Les seize patles sont concolores.
Entre la deuxième paire de trapézoïdaux, le pénultième segment présente une tache blanchätre.
La chenillede Ramburii, qui mange aussi bien le jour que la nuit et qui grossit très-vite, semble vivre exclusivement sur le grand Liseron (Convolvulus sepium L.) dont elle dévore les feuilles et les fleurs.
Bien qu’elle se métamorphose et qu’elle éclose en peu de temps, la chenille de Ramburii s'enfonce profondément dans le sol et se construit une coque en terre fort solide, dans la composition de laquelle il n'entre pas de soie.
La chrysalide est faiblement obtuse, d'un brun rougeître, luisante, avec l'extrémité garnie de trois ou quatre poils raides, courts, divergents, et qu'on ne peut distinguer qu’à la loupe.
L'insecte parfait éclot au commencement du mois d'août, entre trois et cinq heures de l'après-midi.
Cette espèce n’a qu'une seule génération.
La chenille de Ramburii était déjà connue, mais comme, à mon avis, elle n’a pas été figurée d'une manière exacte, je crois qu’on me saura gré de donner un nouveau dessin de celte espèce.
INSECTE PARFAIT
Envergure : 0,056 à 0,058 null.
Les ailes supérieures, étroites à la base, oblongues, dentées, ont le bord interne légèrement creusé. Elles sont nojrâtres, un peu mordorées, avec les lignes ordinaires assez mal écrites. La coudée et la médiane, écartées, fines, noires, sont continues. Il existe au centre de l'aile une éclamcie jaunâire sur laquelle repose ia réniforme : celle-ci est éclairée de blanchatre extérieurement.
Les inférieures, d'un blanc mat, sont très-largement bordées de noir.
Les quatre ailes, en dessous, d’un blanc faiblement nacré, possèdent une large bordure noire ; la tache réniforme est. vivement écrite en noir.
Les antennes, filiformes, sont assez courtes. Les palpes, courts et ascendants. Le thorax, robuste, convexe, velu, est de la couleur des ailes supérieures. L'abdomen, également foncé, est velu, crêté et terminé par un bouquet de poils.
Cette espèce, figurée par le naturaliste Clerck, est depuis
longtemps connue.
Timia Margarila. 267
Il paraïtrait que Linné , qui a dü voir la figure et l’original de Clerck, a confondu cette Ænophia avec la Leucomelas, puisqu'en décrivant cette dernière il cite dans sa synonymie la Ramburii.
Les individus provenant de l'Espagne semblent plus petits et moins colorés que ceux qu’on élève à Montpellier.
L'espèce, qui n’a jamais été prise dans notre département, est assez répandue aux environs de Marseille.
L'Italie, la Sicile et l’Afrique possèdent aussi cette jolie Noctueile encore rare dans les coliections.
Une chenille de Ramburii m'a donné un parasite femelle aptère, appartenant à la grande famille des Ichneumoniens. J'ai figuré cet Hyménoptère (pl. 2, n° 8).
Mimia () Margariin
Hb. Noct. 514. -- Bdv. Ind. p. 101 — Dup. Sup. 111, p. 494. pl. 49, fig. 4, Soc. ent. Fr. 1845, Bull. p. 50 — Bdv. Gen. 1382. — Herr.-Sch. p. 537. — Gn. 1298 — Cimelia Margarita, Led. — Stgr. Cat. 387.
(PL. 3, tig. 4.)
De tous les Lépidoptères, c’est peut-être cette charmante espèce qui a le plus intrigué les auteurs qui en ont parlé. Elle est très-anciennement connue, puisqu'elle faisait partie de la collection de Franck, et que depuis longtemps Hubner l'a figurée.
M. Boisduval, qui l'a placée dans ses Noctuo-Phalénides,
(!) Du grec riuu;, précieux.
n'était cependant pas sûr que celte espèce füt une Noctuelle, puisqu'il dit dans son Genera, qu'il inclinait à en faire un Bombyx.
Duponchel, lui aussi, en a faitune Noctuelle, et a créé pour elle une tribu séparée. Ce naturaliste est allé fort loin dans ses suppositions, puisqu'il a comparé Margarita aux Bombyx, puis aux Géomètres, enfin aux Deltoïdes.
Les derniers auteurs qui ont parlé de cette Timia, l'ont considérée comme une Géomèire. Ce sont MM. Herrich- Schaeffer, Guenée, Lederer et Staudinger.
Margarita occupe-t-elle enfin sa véritable place? rien ne le prouve encore. La découverte de la chenille doit seule éclaircir cette question délicate.
Duponchel a dit quelques mots de la femelle de Hargarita (Sup. I, p. 497). Est-il bien certain qu'il l'ait vue ? Ce que nous dit M. Guenée me semble plus vrai : « La femelle ne me « parait pas encore authentiquement connue. Les quelques « individus qu'on m'a montrés me paraissent de simples va- « riétés du mâle. »
J'ai eu dernièrment le bonheur de voirune femelle de #argarita d'une fraicheur parfaite et qui est bien différente du mâle. Elle fait partie de la riche colleuion de Lépidoptères de M. Dardoin, de Marseille, qui n’a jamais possédé que ce seul individu femelle, bien que cependant, depuis bon nombre d'années, il prenne le mâle tous les ans. Get entomologiste a consenti à me confier cette pièce précieuse pour en faire un dessin, et je la publie aujourd'hui comme nouvelle.
Si la femelle de Margarita était mal organisée pour le vol, on comprendrait que depuis si longtemps elle ait échappé aux recherches des entomologistes, mais elle a au contraire de grandes ailes qui doivent facilement la soutenir; d'où vient donc son excessive rareté? Le mâle, on le sait, vole La nuit avec une tres-grande rapidité autour des lumières.
Timia Margarila. 269
M. Dardoin et les hommes qu’il emploie à chasser cette espèce, ne l'ont jamais prise au vol pendant le jour.
Voici la description de Margarita femelle.
Elle est sensiblement plus grande que le mâle (elle mesure 0,030 m.) Les ailes supérieures sont relativement moins anguleuses que celles du mâle. Les inférieures sont d’une teinte fuligineuse, tandis que chez l’autre sexe, ces mêmes ailes sont toujours plus ou moins blanches. Enfin, cela est concluant: l'abdomen est renflé et plus fort que celui du mâle.
Les taches ordinaires sont ici bien développées et trèsbrillantes.
Les ailes supérieures sont d'un rose vif avec une tache basilaire ochreuse et entourée de deux lignes couleur argent qui la ceignent presque entièrement. Une large bordure terminale couleur d'or, qui finit en pointe à l'angle apical, règne dans toute la largeur de l'aile. Cette bande est bordée du côté interne par une ligne de couleur argenL.
La tache argentée de la cellule est ici très-développée.
La tête et le thorax sont roses, lavés de jaune au sommet. Les antennes, assez largement pectinées, le sont cependant moins que chez le mâle. L’abdomen est d’un blanc jaunûtre, conique et terminé en pointe.
Margarita ,} a été pris une seule fois aux environs de Marseille:On ne trouve cette espèce que de Join en loin dans la campagne de Montpellier. Les environs d’Aix en Provence paraissent être sa véritable patrie.
Catocala Optata.
God. If, p.65, pl. 47. — Tr. Sup. p. 162. — Gn. Ind. p.248. — Bdv. 1554. — Gn. VIL, p. 87. — Stgr. Cat. 898. — Optabilis Hb. — Gey. 753-756.
(PI. 3, fig. 2 à5.) CHENILLE.
Longueur, 0,056 à 0,058 m. Demi arpenteuse, très-aplatie en dessous, sensiblement atténuée aux extrémités et, ainsi que ses congénères, garnie de pelits appendices charnus sur les côtés. |
Jeune, elle est d’une teinte plus foncée qu'elle ne le sera après sa quatrième mue; elle a aussi les caroncules et les trapézoïdaux relativement plus gros qu'ils ne le seront.
Arrivée à sa taille, elle a de grands rapports de forme et de couleurs avec la chenille d’Zlecta. Elle est alors d'un jaune isabelle clair, ou d’un gris cendré un peu jaunûtre.
Le huitième anneau est surmonté d’une caroncule d'un jaune serin, cerclé de rougeûtre, et teinté de blanchâtre au sommet. L'éminence du onzième segment, à demi couché en arrière, descend en fer à cheval jusqu'à la sous-dorsale. Les trapézoïdaux, bien visibles, sont d'un fauve plus ou moins foncé. Les lignes ordinaires sont généralement mal écrites. La vasculaire est double, droite, continue. La sousdorsale est fine, ondulée, grise. La stigmatale, également grise, est irrégulière et très-finement liserée de brun. Les stigmates, blanchâtres, cerclés de noir, sont moins visibles que précédemment. Le ventre, d’un gris blanchatre, est lavé au centre d'une teinte carnée sur laquelle repose, entre
Catocala Optata. 271
chaque paire de pattes membraneuses très-écartées entre elles, la tache noire qui est commune à toutes les espèces du genre.
La tête, aplalie, coupée en biseau, bleuâtre, est ceinte d’un large trait jaune aurore liseré de noir.
Les pattes antérieures sont carnées; les autres sont d'un gris bleuâtre.
M. Manuel, de Montpellier, sur ma prière, m'a envoyé plusieurs chenilles d'Optata, ce qui m'a permis de les observer ct de faire connaître les mœurs de cette intéressante espèce.
Optat& habite le centre de la France (Gn. VIE, p. 87). Elle vit communément aux environs de Montpellier, sur les Salix caprea et viminalis.
Vers la fin de juillet, la chenille tisse une coque légère entre les feuilles de l'arbre qui l’a nourrie. La nymphe est bientôt formée, et environ six semaines après que l'insecte a cessé de manger, il apparaît à la lumière; ce qui arrive toujours quelques heures après le coucher du soleil.
La chrysalide, de forme ordinaire, arrondie, avec l’extrémité garnie d’une pointe unique, assez longue, noire, faiblement inclinée, est terminée par deux crochets divergents, destinés sans doute à maintenir la nymphe dans son hamac. Elle est recouverte d’une efflorescence d’un bleuitre violacé, qui disparait au contact des doigts. Privée de cette efflorescence, la nymphe est d’un brun rougeûtre.
INSECTE PARFAIT
Envergure : 0,058 à 0,060 mill.
Les ailes supérieures, moins grandes que chez les congégénères, sont oblongues et rétrécies près de la base. D’un gris faiblement bleuâtre lavé de blanc, elles ont les lignes
médianes fortement dentées. Un trail assez large, noir, part de la base de l'aile et arrive jusqu'au centre. Les taches réniforme et orbiculaire ne sont pas distinctes, La frange est concolore.
Les ailes inférieures, relativement plus larges que les supérieures, faiblement dentées, sont d'un rose tendre, et terminées par une très-large bordure noire qui va en se rétrécissant à mesure qu'elle se rapproche du bord interne.
Il règne au milieu de l'aile une autre bande étroite, noire, qui est interrompue aux trois quarts de son parcours. La frange, assez large, est brune.
En dessous, les supérieures sont blanches, mais envahies presque en totalité par trois larges bandes noires. Les inférieures, d'un carné vif, présentent les mêmes bandes transverses; cependant celles-ci sont d’un noir moins prononcé qu'en dessus.
Les antennes sont longues et grèles. Le thorax, robuste, convexe, carré, squammeux, participe de la couleur générale des ailes supérieures. L'abdomen, assez long, velu, gris, est faiblement lavé de carné en dessus.
Les palpes sont fortement ascendants. Les pattes sont lonques, robustes et velues.
IL existe deux aberrations de cette jolie Catocalide, la première est la
Var. Amanda Boy.
chez laquelle les supérieures et le thorax sont lavés de jaunâtre avec les ailes inférieures d'un rose très-vif. Cette variété n’est pas rare aux environs de Montpellier. La seconde aberration est la
Var. Selecta Boy.
Lasiocampa Suberifolia. 1, 220 Chez celle-ci le gris des ailes supérieures est teinté de violet et les inférieures tournent au rouge. En outre l’abdomen est, en dessus, d’un rouge vineux.
Cette race, qui est fréquente en Espagne, se rencontre accidentellement dans le département de l'Hérault.
Lasiocampa Suberifolia.
Dup. I, p. 79, pl. 57, fig. 3. — Herr.-Sch. 198, 50. — Ster. Cat. 255.
(PL 4, fig. 4à4.)
Longueur : 0,049 à 0,042 mill. Elle est plate en dessous, convexe en dessus et recouverte d’une villosité bianchâtre. Elle possède les appendices charnus placés sur chaque côté, communs aux espèces congénères. Ces appendices, terminés en cuillerons recourbés, sont bordés de longs poils concolores. Le pénultième anneau est surmonté d’une petite caroncule noire, qu’on retrouve d’ailleurs chez toutes les Zasiocampa proprement dites. Chaque seoment présente deux tres-petites éminences noires, qui semblent n'être que le prolongement de Ia deuxième paire de trapézoïdaux. Le second ct le troisième anneau possèdent chacun un collier aurore, finement liseré de noir, et coupé par cinq petits traits de même couleur, dont deux aux extrémités. Sur le quatrième anneau on distingue, à droite et à gauche, au dessus du stigmate un chevron noirätre, diagonal et incliné enarrière.
La chenille est d’un gris bleuître. Cette teinte s'affaiblit et passe au gris de souris lorsque l'insecte est parvenu à sa taille. Le ventre, de couleur jaune paille, jaspé de noir et
d'orangé, est marqué, entre chaque paire de pattes, d'une grosse tache noire.
Les paltes écailleuses et le dessus des trois premiers anneaux sont d’un noir foncé. On voit, en outre, un trait clair entre chaque paire de pattes ventrales.
Les stigmates, ellipsoïdes, sont blanchätres.
La tête, aussi haute que le premier anneau , concolore , est suivie d’un collier en forme de bourrelet, surmonté de cinq pettes sallies noires. Celles des deux extrémités donnent naissance à une touffe de longs poils bruns.
Les maächoires, assez fortes, sont brunes.
Cette chenille varie : elle présente Le individus qui tirent sur le jaunâtre.
L'espèce vit solitaire; pendant le Fe elle demeure tellement appliquée à la branche qui la supporte, qu’elle semble faire corps avec elle. On la trouve sur les Quercus pubescens, ilex, Auzendri et quelquefois sur le robur, des feuilles desquels l'insecte se nourrit.
Cette chenille grossit rapidement; toutefois elle est délicate et demande de grands soins.
On la trouve dans une bonne partie de la Provence, mais elle est toujours fort rare.
L'espèce a deux apparitions : la génération d'automne ne passe pas l'hiver et se métamorphose sur l'arrière saison : elle éclot dès le premier printemps, c’est-à-dire à la fin de février.
C'est encore à la complaisance inépuisable de notre collècüe M. Manuel, de Montpellier, que je dois la connaissance de cette larve.
A la fin de juin, époque où la chenille de ia première génération a acquis loute sa taille , elle file entre les feuilles du Quercus où à la bifurcation des jeunes branches une
coque molle, d’un jaune roussâtre, qu’elle place horizontalement (PI. 4, fig. 2.),
Lasiocampa Suberifolia. 275
La chrysalide, obtuse, ramassée, sans aspérités, d’un noir rougeâtre , est recouverte d’une poussière farineuse et blanchâtre. On voit à peine les stigmates indiqués en noir.
INSECTE PARFAIT
Envergure le Oo: 0,030 à 0,032 mill.
— la ® : 0,038 à 0,040 mill.
Au repos de l’insecte, le ailes supéricures forment une carène au dessus du corps; les inférieures débordent alors latéralement,
Les quatre ailes sont dentées, généralement d’un rouge brique obscur. Elles sont, en outre, bordées de brun pourpré. Les deux lignes ondulées qui traversent les supérieures, et la ligne presque droite et diagonale des inférieures, sont fort mal écrites. Le point cellulaire est faiblement indiqué aux supérieures.
Le dessous diffère assez peu du dessus.
La tête, Je thorax et l'abdomen participent entièrement de la couleur des ailes.
La femelle ressemble entièrement au mâle, sauf qu'elle est d’un tiers plus grande, et qu'elle a l'abdomen très-déve-
loppé.
(Aberr. À. Mir.)
Il existe une variété vernale de Suberifolia qui est assez rare et dont on n’a pas encore parlé.
Elle diffère du type par la teinte générale qui est d'un gris verdâtre. En outre, on distingue une troisième ligne (la subterminale) fort bien écrite en brun ainsi que les deux lignes médianes,
Cette race, qui éclot dès la fin du mois de février ou le commencement de mars, appartient à la seconde génération. J'ai figuré cette anomalie (PI. 4, n° 5.).
Hiéliophobus Efiréa.
Hb. 591 — Bdv. Icon. pl. 74 et Gen. 862 — Evers. 186. — Gn. End, 241 — Dup. Sup. HE, p. 176, pl. 16, fig. 4. — Gn. V, p. 171 = Ulochlaena Hirta, Led. Stgr. Cat. 294.
LPI, 4, fig. 6 à 9.} CnEnNILLE.
Alténuée postérieurement, avec les douze anneaux distinets. Le dernier, beaucoup plus petit que les autres, est garni de poils blanchätres. Le corps, d’un blanc sale en dessus et sur les flancs, est faiblement lavé de vineux à partir du quaième anneau. Le premier segment est teinté de jaune en dessus. La vasculaire, fine, interrompue, est à peine écrite en brun. Les autres lignes ne sont pas visibles. Les stigmates, noirs, très-ellipsoïdes, sont finement pupillés de blanc. Le ventre, concolore, ne présente pas de lignes.
La tête, forte, aussi haute que le premier anneau, est d’un iestacé jaunâtre. Les veux, au nombre de cinq de chaque côté de la tête, sont bien visibles à la loupe.
Les seize pattes sont concolores.
Cette chenille, qui ressemble un peu à celle d'un très-gros Micro de la famille des Tortricides, a des mœurs bizarres. Entièrement noclurne, ainsi que toutes ses congénères, elle se tient reürée pendant le jour dans une espèce de sac fabriqué avec une soie légère. Ce sac est placé horizontalement en terre à la profondeur de deux ou trois centimètres. Ii ar-
rive que parfois il est simplement fixé sous une pierre.
Héliophobus Hirla. DZ
La chenille ne sort que la nuit pour manger. Les feuilles des rares Graminées qui se trouvent dans son voisinage, font seules sa nourriture. Dès qu'arrive le jour, elle rentre dans son fourreau qu'elle a soin d'agrandir à mesure qu'elle prend du développement.
C’est à la complaisance de notre zélé collègue, M. Dardoin, que je dois de connaitre eelte larve. Elle ne parait pas trèsrare aux environs de Marseille. Son habitat est le versant Est de la montagne de Notre-Dame-de-la-Garde, lieu dénudé, presque entièrement privé de végétation.
Le 3 août dernier, je recevais plusieurs individus de celte Heliophobus arrivés à leur taille. Moins de dix jours apres, ils se sont transformés.
J'ai eu depuis de nouveaux détails sur cette larve aux mœurs vraiment étranges : M. Honoré Roux, entomologiste marseillais qui, le premier, a découvert la chenille de Hirta, m'a informé que depuis plusieurs années de suite il Pa trouvée en avril, parvenue à sa taille, et que, depuis Lors jusqu'au mois d'août, cet insecte n’a pas grossi, qu'il ne la jamais vu sorür de sa retraite soit le jour soit la nuit, et qu’il ne suppose pas qu'il doive manger depuis avril jusqu'au moment de sa transformation qui a lieu, ainsi que je l'ai dit, pendant le mois d'août.
Il est un parasite de cet Heliophobus, appartenant à la nombreuse famille des Ichneumoniens. Je suppose que cet Hyménoptère fait partie du genre Cryptus de LATRBILLE ; c'est pourquüoi je lai nommé Cryptus Hirlæ. Chaque fois que M. Roux a fait l'éducation de la chenille de Æirta, il a toujours vu le même parasite éclore à la place de quelques-uns des Lépidoptères qu'il attendait.
J'ai figuré ce parasite (PL. 4, fig. 10).
La chenille de Zita forme toujours sa chrysalide dans le fourreau même, Cette nymphe est conico-cylindrique,
arrondie, rougcäire, luisante, mais ne présente rien de remarquable.
L’éclosion du Lépidoptère a lieu au commencement d’oc-
tobre.
INSECTE PARFAIT
Envergure: 0,035 à 00,55 mill.
Si la chenille de Hirta se distingue par ses mœurs, l'insecte parfait n’est pas moins remarquable et présente une trèscurieuse anomalie. La femelle, découverte depuis très-peu d'années par M. Roux, a les ailes très-courtes et réduites à de petits moignons. Ce fait semblerait rapprocher cet Iéliophobus de certaines Phalénites du genre Nyssia dont, on le sait, les femelles sont presque aptères.
Le mâle à les ailes supérieures entières, veloutées, avec les nervures, les bandes transverses et les franges, plus claires que le fond. Le type est très-brun. La frange, assez large, est précédée d’une série de taches brunes, cunéiformes.
Les inférieures sont grises, sans dessins, -si ce n’est une tache nébuleuse qui précède la frange.
En dessous, les quatre ailes ne présentent rien de remarquable : elles sont d’un gris clair avec le point discoïdal trèsimparfaitement écrit.
Les antennes, longues, sont largement pectinées dans la presque totalité de leur étendue. Le thorax, robuste, participe, ainsi que l'abdomen, de la couleur des ailes supérieures.
Certaines variétés de Hirta male, des environs de Marseille, ont le fond des ailes d’un gris plus ou moins blanchitre.
La femelle (pl. 4, fig. 9), presque aptère, ainsi que je lai dit, est de la couleur du male. Les antennes, assez courtes, sont filiformes. Le thorax est relativement rétréci.
Les ptérygodes et le collier sont petits. L’abdomen, trèsdéveloppé, fusiforme, assez long, est presque dépourvu d’écailles. |
hs.
Fig.
EXPLICATION DES PLANCHES, 279
EXPLICATION DES PLANCHES
De la 6” Livraison (1861).
EXPLICATION DES FIGURES
. Eupithecia Gueneala (Mizr.)
Id. vue en dessous.
IT
. Pieris Krueperi (Srcn.)
Id. $.
IT
. Pieris Krueperi, £rcr. (Aberr. À. Mizc.}
EXxPLICATION DES FIGURES.