‹ Iconographie et description de chenilles et lépidopteres inéditsChapitre 31 sur 45 · NEUVIEME LIVRAISON · texte numérisé non relu

NEUVIEME LIVRAISON

(Présentée à la Société Linnéenne de Lyon, le 11 Janvier 1864).

Chelomia Hatreïllià (1).

God., IV, p. 318, pl. 33. — Bdv. Ic., 99, 5. — Herr. — Sch., 66, 67, 118. — Sigr., Cat. 93.

(Planche 41.)

J'ai élevé cette jolie espèce ab ovo. Ses œufs sont finement granuleux vus à la loupe, d’un jaune citron; ils sont éclos le 27 mai de l’année dernière, et avaient été pondus dix-huit ou vingt jours avant cette époque.

Au moment de leur naissance et jusqu’à la première mue, les petites larves, d’un aspect jaunâtre, sont couvertes d’une villosité concolore et relativement longue. La tête et les points pilifères sont alors d’un

4) Eyprepia, Ochs. — Arclia, Steph. Stgr.

brun pèle. Les mues successives de l’insecte s’opèrent dans un temps très-court : la première a eu lieu le 31 mai ; la seconde le 4 juin; la troisième le 11; etenfin la quatrième le 48. C’est le 26 de ce même mois de juin qu’elle est parvenue à son entier développement; elleest alors de la grosseur de la chenille de la Luctifera.

Elle est presque cylindrique, et n’a pas, ainsi que cela a lieu chez plusieurs espèces congénères, le 10° et le 11° segments légèrement relevés. Très-velue, c’est-à-dire recouverte de poils assez longs, serrés et implantés en faisceaux divergents sur des tubercules bruns, son aspect général est le gris roussâtre ou le brun clair plus ou moins chaud. La peau, vue de dos, est noirâtre, et les flancs sont d’un carné vif, La vasculaire est large, continue, blanchâtre. La sous-dorsale, également claire, largement interrompue, n’est indiquée que sur le milieu de chaque segment. Je n’ai pu distinguer la stigmatale. Les organes de la respiration, assez gros, sont carnés et cerclés de noir. Le ventre est livide et ne présente pas de lignes au milieu, mais de chaque côté on voit un trait brun. La tête est petite, globuleuse, d’un fauve rougeâtre et marquée au sommet de deux grosses taches noires. Les pattes écailleuses sont de la couleur de la tête, sauf le dernier article qui est brun. Les autres pattes sont concolores avec la couronne brune.

Cette chenille, très-vorace, est poiyphage, par conséquent facile à nourrir. Les Genista, notamment l’Hispanica, L., et les Chicoracées ; les Picris stricta, Jor. et hieracioides, L., surtout, sont les plantes qu’elle semble préférer. Elle vit solitaire dans les lieux secs, pierreux et bien exposés, et mange aussi bien le jour que la nuit. Sa croissance s'opère promptement, ainsi qu’on a pu en juger par ce que j'ai dit de ses rapides changements de peau.

C’est encore à la complaisance de M. le D' Staudinger que je dois de connaitre cette chenille. J’aien effet reçu de lui une vingtaine d'œufs

Chelonia Latreillii. 219 de la chenille de Latreillii, pendant son voyage entomologique en Espagne.

A la fin de juin, l’insecte se réfugie sous les pierres ou parmi les débris de végétaux, et y tisse une coque molle formée de soie blanche et de brins de mousse dans laquelle la transformation a bientôt lieu.

La chrysalide est obtuse et en forme de barillet, sans aspérités, lisse, luisante, d'un rouge d’acajou, et elle parait, vue à la loupe, finement chagrinée. La pointe abdominale est à peine saillante.

L'insecte parfait, qui n’a qu’une seule génération, éclot ordinairement entre huit et neuf heures du matin, vers le milieu du mois d’avril ou au commencement de mai de l’année suivante.

Je fais observer que les deux cinquièmes environ des chrysalides ne sont point écloses cette année et qu’elles ne donneront sans doute leur insecte parfait que l’année prochaïe. Je ne scrais pas surpris même que certaines de ces dernières ne dussent éclore que trois ans après la métamorphose de la chenille.

INSECTE PARFAIT

Godard, qui n’avait connu qu'un mâle de cette charmante Chelonia, nous a donné une figure de coupe si peu exacte, qu'on a de la peine à reconnaitre une Latreillii. De plus les ailes supérieures sur sa figure ont un fond blanc-jaunâtre : cette couleur n’est point, selon moi, celle du type et ne doit constituer qu'une aberration. Voici au reste, la description de cette Chélonie faite d’après un certain nombre d’exemplaires des deux sexes :

Les ailes supérieures sont entières, arrondies, épaisses, bien fournies d’écailles. De nombreuses taches d’un noir profond et de formes très-irrégulières, recouvrent en grande partie le fond, qui est d'un carné plus ou moins vif. La côte est lavée de vineux.

Les ailes inférieures, d’un rouge vineux, sont très-largement bordées de noir : cette bordure est interrompue, sinueuse et irrégulière-

ment large. Le point cellulaire est noir et toujours bien visible. La frange, noire aux supérieures, est d’un rouge vineux aux inférieures. Le dessous des quatre ailes rappelle exactement le dessus ; cependant les teintes sont moins vives. Les antennes, de médiocre longueur, sont pectinées et d’un gris noiràtre. La tête est velue et teintée de rougeâtre ; le thorax est noir ; le collier et les ptérygodes sont indiqués en rougeâtre obscur. L’abdomen, très-velu, estnoirâtre en dessus et d’un rougeûtre vineux sur les flancs.

La femelle, un peu plus grande que le mâle, a généralement les taches disposées de même, seulement le noir des supérieures tourne un peu au rose. Le dessous, au rebours du mâle, nous montre des teintes plus vives qu’en dessus. La bordure noire des inférieures est moins large et surtout moins noire que chez le mâle. Les antennes sont faiblement ciliées. La tête, le thorax et l'abdomen sont tout à fait noirs.

Cette espèce varie beaucoup ; je signale les aberrations les plus remarquables.

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