‹ Iconographie générale des ophidiens (volume 2)Chapitre 1 sur 33 · PREMIÈRE FAMILLE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE FAMILLE

LES TYPHLOPIENS.

Un des groupes les plus naturels dans l’ordre des Ophidiens est, sans aucun doute , celui par lequel je crois devoir commencer la série des travaux monographiques qui seront le complément des planches de l’Iconographie des Ophidiens.

Ce fut Schneider le premier qui, tout en laissant les serpents dont il s’agit dans le genre Anguis, établit pour eux la subdivision des Typhlops. Ce nom est resté depuis dans le langage scientifique. Oppel s’en servit pour désigner le genre, unique alors, qui renfermait toutes les espèces connues de ce groupe. Après lui les erpétologistes ont conservé ce groupe dans leurs classifications , mais les plus grandes divergences d'opinion se manifestèrent sur la place qu’il doit occuper dans le système. Les uns, tels que Merrem, Boie, Wagler, Müller, placèrent ces reptiles avec les Ophidiens, mais en même temps firent entrer dans cet ordre

la plupart des Sauriens apodes. Fitzinger , Schlegel et Gray les considérèrent à tort comme des Sauriens. En effet les Typhlopiens n’ont pas, comme ces derniers, les branches de la mâchoire inférieure soudées en avant, mais elles sont disjointes et capables de s’écarter un peu l’une de l’autre, ce qui caractérise fort bien les serpens. À cela on doit ajouter plusieurs caractères soit anatomiques, soit purement extérieurs, entre autres le défaut absolu d'oreille externe qui chez les Sauriens, au contraire, est toujours plus ou moins apparente.

Les Typhlopiens sont des serpents dont la petitesse, le corps cylindrique et lisse les font ressembler à des vers et par cela même on les a appelés serpents vermiformes ou Scolécophides. Cette famille comprend les serpents les plus petits que l’on connaisse; peu d’espèces atteignent la grosseur du petit doigt et la longueur de 50 centimètres ; la plupart ne surpasse guère la grosseur d’une plume d’oie et quelques unes même (T'yphlops filiformis et tenuis, Stenostoma Fitzingeri, ecc.) ont le corps tellement mince, qu’elles ressemblent, à s’y méprendre, à des bouts de ficelle.

La tête, toute d'une venue avec le tronc, courte, arrondie, ne laisse apercevoir un cou distinct; la bouche, toujours petite, n’est pas susceptible de se dilater beaucoup, ainsi que cela a lieu chez les Boas et les Couleuvres; les yeux, petits, sont cachés, chacun, sous une plaque toujours plus grande que l'oeil lui même, que l'on voit par transparence à travers l'épaisseur de l’épiderme. Quelquefois l'oeil n’est pas visible , soit que la surpeau près de se détacher est devenue opaque , soit que l'organe visuel est trop petit et trop imparfait pour qu’on puisse l’apercevoir au dehors. Des plaques de forme très variée et dont l'étude est très importante pour la distinction des genres et des espèces, couvrent d’ordinaire une grande partie de la tête des Ophidiens. Chez les Typhlopiens ces plaques, dont le nombre est très limité, ont une disposition tout-à-fait particulière que je décrirai plus loin.

Le tronc n’a rien de remarquable si ce n’est sa forme cylin-

drique et la figure constante des écailles dont il est revêtu, car ii est impossible d'y reconnaitre la rangée de plaques abdominales que l’on voit toujours plus ou moins développées chez les autres serpents. Les écailles, dont le nombre des rangées longitudinales est toujours pair, sont imbriquées, courtes, à bord libre en

arc de cercle, et rappellent beaucoup celles des scinques et autres genres voisins.

De même que la tête, la queue se confond presque avec le tronc; elle est d'ordinaire courte, cylindrique et terminée par une écaille en aiguillon dirigée en bas. Souvent la queue et la dernière partie du tronc sont enroulés plus ou moins en dedans. La fente anale est cachée sous des écailles de même forme que celles du tronc. Dans la genre Stenostoma seulement on distingue une plaqae anale unique remarquable par sa forme , bien diffé. rente de celle des écailles environnantes.

Un des traits principaux de l’organisation des Typhlopiens est celui des dents qui, toujours en petit nombre (3 - 5), sont portés par la mâchoire supérieure ou inférieure seulement; les os palatinaux et ptériguidiens en sont dépourvus. Ce placement des dents sur l’une ou l’autre des deux mâchoires coïncide avec une disposition particulière des plaques, et sert a diviser la famille des Typhlopiens en deux tribus, ainsi que l’on fait MM. Duméril et Bibron dans l’Ærpétologie générale; celle des Typhlopiens proprement dits (œ. Anomalepis, Typhlops, etc.) qui n’ont de dents qu’à la mâchoire supérieure, et celle des Catodoniens (g. Stenostoma) dont la mâchoire inférieure seule porte les dents.

Le peu que l’on connait des habitudes des Typhlopiens est parfaitement en rapport avec les traits de leur organisation. Ils passent la plus grande partie du temps sous terre et dans les endroits cachés et paraissent préférer le terrain mobile qu'ils fouillent à la manière des lombrics pour y chercher les larves des insectes et les autres petits animaux dont ils font leur nourriture, aidés dans cette manoeuvre par la surface unie et polie de leur

corps qui leur permet de glisser aisément entre les parois de leurs retraites, et par la forme du museau qui, chez quelques espèces, offre même un bord saillant et tranchant, très propre à creuser des galeries souterraines. Vivant ainsi à l’abri de la lumière, ces reptiles ne possèdent que des yeux fort petits et quelquefois tellement atrophiés qu'ils ne sont plus visibles au dehors et l’on doute vraiment s'ils servent encore à la vision.

Il resulte de ce qui précède qu’il sera toujours facile, même à des observateurs peu exercés, de distinguer les Typhlopiens parmi les nombreuses espèces de serpents actuellement connues. Les Uropeltiens qui ont à l'extérieur le plus d’affinité avec les Typhlopiens en diffèrent cependant par le tête allongée, le museau étroit et aigu, les plaques céphaliques plus developpées surtout celles du dessus au nombre de cinq parmi lesquelles on distingue une frontale et des pariétales; les plaques abdominales petites mais distinctes des écailles du tronc, et surtout la présence de dents aux deux mâchoires.

Des soixante trois espèces que j'ai été a même d'examiner, une seule (Z'yphl. vermicularis) est européenne, car elle a été trouvée en Grèce mais elle n’est pas particulière à l’Europe, car on la trouve aussi dans l’île de Chypre, et dans l'Asie mineure. Toutes les autres espèces sont exotiques et le plus grand nombre est originaire de l'Afrique, de l'Amérique et de l’Asie. Le tableau suivant donne la distribution des espèces dans les diverses parties du monde, à l'exception de huit, dont la provenance n’est pas bien certaine.

Distribution géographique des Typhlopiens.

D D ui 22 GS = g un = = -D ar oise niéa hen RE GENRES eMail 8 og do © + Ce] o rS A FE © < = a re Fe s|81z Free Sue F IL | Anomalepis . . . .|—|—|— | | 1! | 1 Hyphlopss ee une ae 130):6/1G | 46 | | Iiotyphlops . . . . | — | — | — | — | 1 | — | 1 Cephalolepis . . . .| —|— | — | —) 1,— 1 1 Sn ome nn del 5) 601 Espèces dans chaque partie du monde. RAIN OT ASE ONR SES lIRGS

Tableau dichotomique des genres

mâchoire supérieure seule pourvue de dents . . . ©,

Plaque oculaire jamais à contact du bord de la bouche ;

1 Plaque oculaire formant elle même partie du bord de la bouche ; des dents à la mâchoire inférieure seulement,

Page 1