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TROISIÈME FAMILLE

LES TORTRICIENS.

M." H. Schlegel avec sa manière de voir, que ne le trompe que rarement, avait, il y a trente ans déjà, dans son Essai sur la physionomie des serpens, parfaitement saisi les affinités naturelles qui existent entre les espèces de cette famille, qu’il réunissait dans le genre Tortriæ. Dans ce genre il plaçait aussi les Eryæ mais cela ne doit pas nous étonner si nous voulons bien songer au petit nombre de genres admis par lui; au contraire cela doit nous faire mieux apprécier la justesse des vues de cet illustre erpétologiste, parceque en effet les Eryx sont les intermédiaires entre les Tortriciens et les Boïdiens, tenant aux premiers par la forme générale du corps, la petitesse des yeux, la brièveté de la queue, les moeurs, ete., et aux derniers, par l’organisation intérieure et surtout par les rudiments très manifestes des membres postérieurs. | Ve

Les auteurs de l’Ærpétologie générale faisant du système dentaire la base exclusive de leur classification, paraissent avoir méconnu les affinités qui lient ensemble les trois genres de cette famille. Ainsi ils placent le Tortriæ et le Xenopeltis à la suite des Pythons, dans la famille des Hulodontiens et relèguent les Cylindrophis avec les Eryx et les Boas dans l’autre famille des Aprotérodontiens : cette division étant fondée uniquement sur la présence ou absence des dents intermaxillaires ou incisifs. Sans doute les caractères tirés de la dentition sont excellents, mais il est évident qu'ils ne doivent jamais être employés seuls dans la classification des Reptiles. L’énumération des principaux caractères de la famille des Tortriciens fera mieux connaître notre pensée.

Le corps est assez long, cylindrique, presque de la même grosseur dans toute son étendue et revêtu d’écailles très lisses, luisantes, courtes, obtuses, formant un nombre limité (15-21) de rangées longitudinales. Les abdominales sont très étroites dans les genres T'ortrixæ et Cylindrophis, qui se rapprochent le plus des deux familles précédentes, et ont une largeur moyenne chez le Xenopeltis. La tête confondue avec le tronc et la queue très courte, obtuse et eylindrique qu’on observe chez les deux premiers genres nous révèlent de même une organisation moins élevée que celle du Xenopeltis dont la tête est plus allongée, plus large que Île cou et la queue tout-à-fait conique, effilée au bout, et plus longue que chez les genres voisins.

On peut de même observer un développement graduel de l'écaillure de la tête chez les trois genres composant cette famille. Àinsi le nombre des plaques (excepté celles de la mâchoire infêrieure) est de 26 chez le T'ortrix, de 30 chez les Cylindrophis et arrive jusqu’à 41 chez le Xenopeltis. Ces plaques sont: Une rostrale pas plus haute que large. Une paire de nasales simples ou divisées, se touchant ou séparées l’une do l’autre; dans le premier cas les internasales manquent; elles existent au contraire chez le Xenopeltis. Deux préfrontales. Une frontale variable de.

forme et de grandeur selon les espèces. Deux pariétales bien distinctes chez les Cylindrophis et le Xenopeltis, remplacées chez le Tortrix par quatre plaques symétriques ayant presque la figure des écailles. Chez ce dernier genre chaque oeil est presque caché sous une plaque pentagone qui le dépasse de tout côté, caractère exceptionnel dans cette famille, mais très constant chez les Typhlopiens et les Uropeltiens, quoique chez ces derniers il ait déjà quelque tendance à disparaître (genre Plectrurus). Chez les Cylindrophis l'oeil est surmonté par une plaque suroculaire et a derrière soi une petite plaque postoculaire ; en avant il touche à la préfrontale. L'oeil du Xenopeltis est de même surmonté par une suroculaire, mais il est précédé par une grande préoculaire et suivi par deux postoculaires. Tant les yeux de ces deux genres, que la plaque oculaire du T'ortrix reposent constamment sur deux labiales. Les plaques temporales, proprement dites, sont au nombre de trois chez toutes les espèces de cette famille. Chez les Tortriæ et les Cylindrophis on compte six labiales de chaque côté des deux lévres. Chez le ÆXenopeltis on en observe huit à la lèvre supérieure et sept ou huit à l’inférieure., Le défaut de sillon gulaire est un autre caractère qui separe le Tortrix des deux autres genres qui en ont un, fort court, c’est vrai, mais suffisant pour permettre un peu plus de mouvement aux branches de la mâchoire inférieure.

Si maintenant on passe à considérer la structure et les rap. ports des pièces osseuses de la tête, on voit que les trois genres de cette famille se ressemblent entièrement à cet égard. On remarque d'abord l’os pariétal très développé en longueur au détriment des os frontaux, orbitaux antérieurs et nasaux; cet os constitue, à peu près lui seul, la voûte crânienne, tandis que chez les Boïdiens, le cerveau est protégé en grande partie par les os frontaux. Un autre caractère ostéologique qui paraît particulier aux Tortriciens, est la courbe que forment les os maxillaires, à leur extrémité antérieure, où ils viennent s'appuyer solidement

à l'os intermaxillaire ou incisif. Cet os porte quatre Gents chez le T'ortrix, huit chez le Xenopeltis et en est tout-à-fait dépourvu chez les Cylindrophis. Tous ces genres se ressemblent, d’autre part, pour avoir les os mastoïdiens et carrés fort courts et, par conséquent, très peu mobiles.

Cette conformation qui ne permet pas d’écarter beaucoup la mâchoire inférieure explique aisément l'habitude qu'ont ces serpents de se nourrir exclusivement de petits animaux proportionnés à l’étroitesse de leur bouche, en particulier de Oécilies, de Typhlops et d’autres reptiles vermiformes dont les restes se trouvent quelquefois en ouvrant le ventre des individus appartenant à cette famille. Ils habitent toujours à terre et cherchent des abris parmi les herbes touffues, entre les racines des vieux arbres ou bien dans les petites cavités souterraines, qu'ils n’abandonnent presque jamais.

A’ l’exception du Tortrix scytale, qui est originaire de l’Amérique méridionale, tous les autres Tortriciens vivent dans l’Archipel indien.

Tableau dichotomique des genres.

j Oeil caché sous une plaque plus gran que lui Z Tortrix.

Oeildibre rer nier 0 EE TRES NO 19 Rangés d’écailles, nasale entire labiales sup. 5, 6. 9 IT. Cylindrophis.

15 Rangées d’écailles, nasale divisée, labiales supérieures 8. III. Xenopeltis.

L TORTRIX OPrEL.

Dum. Bibr. Erp. gén. VI p. 584.

Elysia Hempr. Grundr. der Naturgesch. p. 384. Caractères. Rostrale petite, à cinq pans, pas plus haute que

large. Nasales deux, triangulaires; narines percées dans l'angle postérieur des nasales, avec un sillon fort court. Préfrontales

deux, très grandes. Frontale petite. Yeux dépassés en tout sens par la plaque oculaire. Temporales trois, squamiformes. Labiales supérieures six; inférieures six. Mentale grande, triangulaire. Sillon gulaire nul. Une paire de plaques intermaxillaires, Écailles lisses, courtes, formant 19-21 rangées longitudinales. Abdominales larges deux fois seulement la largeur des écailles. Anale petite, entière. Sous-caudales simples, quelquefois doubles par anomalie.

1. T. scytale (Anguis — Linn.) Schleg. Ess. IT p. 5. Dum. Bibr. VI p. 585. (Icon. livr. 9 pl. III). C’est la seule espèce connue de ce genre. La couleur du fond est, pendant la vie, d’un beau rouge vif qui pâlit bien vite chez les individus conservés dans l’alcool; les anneaux noirs sont très nombreux et présentent ça et là quelque irrégularité. Nous avons fait représenter une très jolie variété (fig. A) chez laquelle les intervalles entre les anneaux noirs sont aussi entremêlés de noir, surtout au bout des écailles ; le plus souvent ces interstices sont unicolores et offrent, chez les exemplaires que l’on voit dans les collections, une teinte blanche ou légèrement jaunâtre uniforme. Un individu très jeune de cette dernière variété est celui représenté par la fig. C. L’individu À est adulte et nous été communiqué par le Musée de Tubingue qui l’a reçu du Brésil. Voici ses dimensions et le nombre des abdominales et sous-caudales comparés avec d’autres exemplaires adultes de la Guyane existants au Musée de Milan.

Tubingue Milan Longueur totale 51” 67" 59" —— de la queue DDR 3° DAEDE Abdominales 213 215 223 Sous-caudales 12 12 4 doub. et 5 simp.

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