‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 53 sur 94 · ANAXAGORE · texte numérisé non relu

ANAXAGORE

Ce disciple d'Anaximene, né à Clazomenes, dans Flonie, apporta le jn^emicr la philosophie à Athènes^ L'amour du jeune saire pour les connoissances étoit si ardent, que, pour pouvoir donner plus de temps à la culture de son esprit , il abandonna à ses parents toutes ses propriétés. Il avoit imaginé, pour expliquer l'origine des choses et la jîhysique générale, un de ces systèmes ingénieux qui figurèrent c|uelque temps dans les écoles''. Mais , ce qui lui assigne laie place plus distinguée dans l'histoire de la philosophie , c'est qu'il fut le premier à enseigner ou du moins à développer le dogme d'une intelligence qui avoit débrouillé l'ancien chaos, et qui en étoit distincte^ Il fut aussi un

(i) La ville de Priéiie étoit originairement une colonie des Tliébains.

(2) Cette fiji;nre de Bias, placée debout devant le trépied, semble contirmer la conjecture de Spanhcim et de Schott, qui reconnoissoient ce sage dans une figure placée de même sur le bas-i'elief représentant l'apothéose d'Homère ( Homericœ apotheosis no\'a cxplariatio, c. 11 et m, dans le IP volume du 2Vésorde Poleni ). Schott a cependant hésité dans cette explication ( loco ci lato , c. VI ); et j'en avois proposé une autre dans le 3fuseo Pio Clementino

(t. I, lav. B, p. 97 ). La comparaison de la médaille augmente toutefois la probabilité de l'opinion de Spanheim.

(3) On peut consulter, sur Anaxagore, Diogene de Laérte , 1. II , n" 6 , sqq. ; Bayle , dans son article Anaxagoras; et Brucker, Histor. crit. philosophiœ , 1. 1, pr492.

(4) C'est le système des homœomœries, ou des particules composant les corps et douées de la même nature que l'ensemble.

(5) D'après ce dogme , on donna le surnom de nSj, ou d'intelligence, à Anaxagore lui-même.

des premiers à observer les aérolitlies, et à recounoitre que la pt. a. lune étoit une autre terre, et le soleil une masse enflammée. Peu s'en fallut que ces deux propositions, regardées comme des blasphèmes , ne lui coûtassent la vie : il en fut quitte pour l'exil. Cependant on ne doit pas attribuer entièrement sa disgrâce au zèle superstitieux des Athéniens ; il faut en rechercher la cause principale dans Tinfluence d'une faction qui vouloit humilier Périclès: n'osant l'attaquer directement, elle se déchaiuoit contre les amis et les protégés de ce grand homme , qui devoit une partie de ses belles cjualités aux leçons et aux conseils d'Anaxagore. Le philosophe se retira à Lampsaque, oii il vécut, jusqu'à sa soixantedouzième année, honoré de tout le monde. Il laissa des écrits; et, après sa mort, le respect pour sa mémoire n'eut plus de bornes; on le mit au rang des dieux, et on lui éleva des autels'.

J'avois désespéré de trouver une image d'Anaxagore; mais je n'i. crois l'avoir découverte sur une médaille de bronze de Clazomenes sa patrie'. Le type de cette médaille offre un philosophe demi-nu, ayant un globe dans la main. Pythagore et Hipparque sont représentés sur les monnoies de Samos et de Nicée, leurs villes natales, avec le même symbole et dans le même costume'. Je crois devoir conclure de cette comparaison que la figure gi\avée sur la médaille des Clazoméniens est celle de leur illustre compatriote. Mon opinion est confirmée par une autre médaille de la même ville, qui existe dans le Musée lîritanuiquc, et sur

(i) AElien, /-^rt/'. //àf. , 1. Vlil, c. XIX. tourrclt'e d'une femme qui représente la

(2) Celte médaille est au cabinet de la ville personnifiée; et kaazomenuîN (mon-

Ril)ll()tlie()ue du Roi. Voyez laZ)eic/7/^f/t)/i noie) des Clazoméniens^ du côté de la

de Médailles, etc. , par BI. Mionnet , t. III, figure, que je crois représenter Anaxagoro.

lonie, no 70. Les légendes sont: KAAZO- (3) Voyez Vlconogr. grecque, pi. xvii,

MENH , Clazomene , du côté de la tête n° i et 2 ; lvii, n" i.

8 TCONOGRAPIIIE GPtECQUE.

Pi. A. laquelle une figure scnil)lable est assise sur le globe, signe évidcnL d'apolliéose'; et nous venons de voir que les honneurs divins furent décernés à la mémoire d'Anaxagore. 11 est à regretter que les Clazoméniens n'aient pas fait graver sur leur monnoie la tête du j)liilosoplie plutôt que son image entière. On aimeroit à y reconnoître cette physionomie grave et immobile que le sourire n'avoit jamais égayée.

§. 3. THEOPHANE DE MYTILENE.

J'ai parlé, dans riconographie grecque, de cet historien ami de Pompée, et j'ai fait graver son effigie telle qu'elle est empreinte sur une monnoie de Mytileue, de la collection Tiépolo à Venise'. Les deux médailles que je publie ici ont aussi pour type la tète de cet homme célèbre , et constatent de plus en plus la découverte de l'abbé INeumann, qui a été le premier à reconnoître Théophane sur des médailles semblables. Celle que j'ai fait crraver sous le n° 3 est la même dont j'ai fait mention dans une note'. Les caractères bien conservés, APXEAAMI2 0I:a, yirclièdamis, déesse, qu'on lit autour de la tête de femme gravée sur le revers, servent à fixer le véritable nom de l'épouse de

(i) Vetenimpopularumetregum numi qui in Miiseo Britannica adsen'antur ; Londres, i8i4, in-4° ; par M. Taylor Combe, pi. ix, n° 22. Le savant auteur^ ainsi qu'il a bien voulu me l'écrire, est d'avis que la figure assise sur le globe est plutôt celle d'un empereur déifié. Il me semble que le costume de cette figure et la comparaison de la médaille du Musée Britannique avec celle du cabinet du Roi, favorisent mon opinion. Dès qu'Anaxagore a

obtenu des autels , il n'est pas étrange de le voir assis sur le globe céleste, sur ce ciel que le philosopbe regardoit comme sa patrie ( Diogene de Laérte, 1. II, n" 7). Le berger Daphnis déifié s'élève aussi audessus du globe céleste ,

Sub pedibusqUe videtnubes et sidéra Daphnis. ViRGiL. , ecl. V, V. 57.

(2) Partie I" , c. v, §. 3 , pi. xxvn , n° 4.

(3) Iconographie grecque, \oco citato.

Théophane, et à faire voir jusqu'à quel point la flatterie des Pl. a. Mytiléniens s'efforçoit d'honorer la mémoire de ceux de leurs compatriotes qui avoient été les ancêtres d'un Pompée Théophane, procui-ateur de l'Asie, sous Tibère'. Nous avons vu combien ces honneurs excessifs contribuèrent à la ruine de cette famille''.

La médaille n" 4 , tirée du cabinet de M. Allier, étoit inédite. ^' ^■ Le buste de Théophane est empreint sur l'un des côtés : la petite draperie qui enveloppe les épaules est semblable à celle qu'on donne sur les médailles aux hommes de lettres et aux philosophes. On le reconnoit à la légende, quoique mutilée, 0EO...AiSH..., Tlieop lûmes. Le revers offre le nom des Myliléniens, MYTIAH- NAIfiN; et le type représente Diane portée sur un cerf.

La fille de Latone étoit extrêmement révérée à Mvtilene: elle est représentée avec différents attributs sur les types de plusieurs mounoies de cette capitale des Leshiens^.

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