I. MACRIN, EMPEREUR
On ne peut donner une idée plus exacte de Macrin qu'en rapportant ce que Dion% sénateur à cette époque, dit des seuti-
(i) Spart., mPcsc, I. (2) Ibid., IX. (3) Lib. LXXVIII, i8.
Successeurs <le Caracalla.
SUCCESSEUPtS DE CAPtACALLA. 175
ments du sénat, lorsqu'il apprit que les troupes avoient élu eni- ch^p. yju pereur ce préfet des prétoriens. «Livrés à la joie que leur eau «soit la mort de la bête féroce (Caracalla), les sénateurs ne pi. l «poux^oient s'occuper de la bassesse de Macrin, et ils le recon- «nurent volontairement pour empereur. Ils pensoient alors «beaucoup moins à celui auquel ils dévoient obéir qu'à celui «dont la tyrannie avoit cessé, trouvant qu'ils avoient plus à «espérer du premier maître que le basard leur donneroit.»
Dion et Hérodien, auteurs contemporains, sans trop élever Macrin, lui accordent quelques vertus, telles que l'amour de la justice et le désir de rétablir la discipline militaire. Capitolin, qui n'écrivoit que sous Constantin, prête tous les vices à Macrin; mais l'historien d'Elagabale, Lampride ', nous apprend que cet odieux empereur répandit les calomnies les plus affreuses contre Macrin, à qui il avoit arraché le diadème, et contre son fils Diaduménien. Il ajoute même que quelques historiens furent oblif^és de les insérer dans leurs écrits. On doit donc s'attacher de préférence aux témoignages de Dion et d'Hérodien. Ce n'étoit point assez pour ces lâches tyrans d'ôter la vie à leurs prédécesseurs, ils s'efforcoient encore de leur ravir l'estime de la postérité!
Marcus Opelius Macrinus, ou Opilius, naquit en Afrique, dans le pays appelé aujourd'hui le royaume d'Alger, l'an 164 (917 de Piome), dans la dernière classe. 11 se fit connoitre à Rome par son habileté dans l'administration; et Plautien, tout puissant sous Sévère, lui confia l'intendance de ses nombreux revenus. Caracalla le créa avocat du fisc, et bientôt après préfet des prétoriens, lorsque le célèbre jurisconsidte Papinien fut disgracié. Dion' assure qu'il remplit avec équité les fonctions de cette
(1) In Hclioij., VllI. (2) Lib. LXXVIII, 1 1.
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iiiu. viir charge, dont une des principales étoit déjuger en dernier res- "fCrcnT '^ ^^^^ ^^^ procès les plus importants. Il suivit dans la guerre des l'i I. Partlies Caracalla; mais il conservoit uu vif ressentiment des railleries que cet empereur lui adrcssoit sur son défaut de courage; et il liaïssoit ce prince, parcequ'il le menaçoit souvent de le faire mourir. Il saisit la première occasion de se venger. Ayant vu dans les lettres dont Caracalla, occupé à conduire des chars, l'avoit chargé de lui faire l'extrait, un avis de Maternianus, qui rapportoit les prédictions des devins favorahles à Macrin, il résolut de prévenir la colère du tyran, qui l'auroit condamné à mort uniquement ;\ cause de ces prédictions. Macrin gagna deux triliuns, dont un assassina Caracalla le huitième jour d'avril de l'an 217.
Les soldats cherchèrent un successeur à Caracalla pendant deux jours, et Macrin évita de se montrer pour n'être pas soupçonné de complicité avec les assassins. Mais il faisoit agir ses amis auprès des chefs, et il promettoit de grandes largesses aux soldats. Ceux-ci se décidèrent enfin; et le 1 1 d'avril, anniversaire de la naissance de Sévère, ils donnèrent pour successeur à son fils Caracalla le meurtrier de ce même fils. Pour sii^naler son avènement au trône, Macrin distriliua l'or parmi les soldats, rappela les exilés, déclara nuls tous les actes de son prédécesseur; et fit hrûler puhliquemeut une grande quantité de poisons , que celui-ci avoit recueilhs, pour être délivré secrètement de ceux dont il desiroitlamorf. Ensuite le titre de César, donné par les soldats à Diaduménien, fils de Macrin, leur procura de nouvelles largesses. Le père prit aussi le nom de Sévère.
Macrin écrivit enfin au sénat pour lui annoncer son élection
(i) Dio, LXXVIII,6.
Successeurs de Caracalla.
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et l'élévation de son fils, et il en reçut la confirmation pour les chap. vui. motifs que j'ai déjà exposés. Cependant les soldats qui avoient été attachés à Caracalla, et qui étoient affligés de n'avoir plus pi l pour souverain un Antonin, demandoient à grands cris son apothéose. Macrin fut donc forcé de mettre au rang des dieux celui qu'il a voit fait assassiner; mais, pour éloigner tout soupçon et pour satisfaire la milice, il donna à son fils le nom d' Antonin. Il auroit agi avec plus de sagesse s'il se fût rendu sur-le-champ à Rome, où il étoit désiré, soit parcequ'on abhorroit la mémoire de Caracalla, soit parceque Macrin y jouissoit d'une bonne réputation. Il fit la guerre aux Parthes et aux Arméniens; mais avec si peu de vigueur, que l'on ne put méconnoitre sa timidité naturelle. Son séjour à Antioche de Syrie, où il se hâta de revenir, fut marqué par les excès de toute sorte, et par une sévérité outrée contre les soldats coupables, qu'il falsoit décimer et livrer aux bourreaux. Leurs compagnons, honteux d'avoir été repoussés par les Parthes, irrités par les punitions, regrettant Caracalla, qui les avoit enrichis, et connoissant l'auteur de sa mort, prêtèrent l'oreille aux sollicitations de Maesa, en faveur de son petit-fils Elagabale. Celui-ci étoit arrière-neveu de Julie, l'épouse de Caracalla; et Maesa, qui étoit sœur de Julie, disoit même qu'Elagabale étoit fils naturel de cet empereur. Les soldats lui ceignirent le diadème à Emese C aujourd'hui Hems sur l'Oronte), le 16 mai 2,18.
A la première nouvelle d'un événement aussi imprévu, Macrin parut plus étonné qu'inquiet. Il envoya contre les rcbeHcs Juliaiius, un des préfets du prétoire, avec un corps de troupes, qui abandonna son chef et se rangea du parti d'Elagal)ale. Macrin sortit alors d'Antlochc, se rendit à Apamée, où campoit un autre corps d'armée, qu'il harangua. Il déclara ennemis de l'empire 3 a3
lyS ICONOGRAPHIE JIOMAINE. Part. II.
ciui. VIII. Elagabale, son cousin Alexandre (qui fut depuis empereur), siure.seurs.ic [gm-g niercs, et leur aïeule Maesa; il proclama Auiiçuste Diadu-
Caracalla. ' i o
i>i L ménien son fds, et il prit occasion de cette promotion pour accorder de nouvelles largesses aux soldats. Ensuite, loin de marcher en personne contre Elagabale, ou de l'attendre à Apamée, près d'Einese, il se renferma dans Antioclie ; mais l'ennemi l'obligea d'eu sortir pour livrer la bataille qui décida de son sort.
. Vaincu, il rentra dans Antioclie, comme s'il eût été vainqueur;
il envoya cependant son fils au roi des Partlies, quitta les ornements impériaux, s'enfuit à travers l'Asie, et fut arrêté près de Byzance jjar les soldats qu'Elagabale avoit envoyés à sa poursuite. Arrivé dans la Gappadoce , il s'élança du cliar sur lequel on le trainoit prisonnier, se brisa l'épaule, et fut tué sur-le-champ, l'an 218. Macrin étoit alors âgé de cinquante-quatre ans, et il avoit régné quatorze mois. Son fils éprouva le même sort; Nonia Celsa l'en avoit rendu père.
IN" 1,2, 3, et 4. Le règne de Macrin fut très court; et il n'habita point Rome pendant son règne; c'est pourquoi ses portraits sont fort rares. On voit dans le musée du Vatican une statue héroïque que Visconti ' lui attribue d'après ses médailles. Les n° i et 2 de la planche L en présentent la face et le profil. La villa Albani renferme un buste précieux de Macrin qui a fait pendant quelque temps portion du musée français, sous le n" 160. On en voit ici la face et le profil sous les n" 3 et 4- N'5et6. La ressemblance de la statue du Vatican est prouvée par les
tètes couronnées de laurier qui sont gravées sur les médailles de grand bronze des u" 5 et 6. On lit autour de ces deux têtes IMPerator CAES^r Marciis OFELms SEYerus MACRINVS
(i) Statue, tom. III, tav. i3.
Successeurs de Caracalla.
AY Giistus; autour de Jupiter, qui sert de type au revers de la chap. viii
première, POlNTIFe^ MAXimus TRibimitia VotestasVaterVa-
triœ S. C. ; enfin, autour d'une figure panthée, qui tient le ca- pi. l
ducée de la paix et la corne de l'Abondance, la même légende,
avec le mot COS [consul) avant les sigles P. P.
§. 1. DIADUMÉNIEN, EMPEREUR.
Diaduménien, fils de Macrin et de Nonia Celsa, naquit l'an 208 (961 de Rome) '. Le titre de César et le nom d'Antonin, que lui donna sou père, l'an 217, en montant sur le trône, le firent connoitre des soldats, qui furent frappés de sa beauté. Mais, si l'on en croit l'auteur de sa vie, Lampride, son mauvais naturel devoit le faire haïr : au reste Dion et Hérodien, auteurs contemporains, ne le peignent pas avec d'aussi noires couleurs. A l'époque où les soldats élurent Elagabale empereur, Macrin nomma son fils Diaduménien, Auguste; et le sénat étoit près d'approuver ce choix, lorsqu'il apprit la mort du père et du fils. De là vient qu'aucune médaille romaine ne donne à Diaduménien le titre d'Auguste, et c[ue des écrivains anciens ont douté même s'il l'avoit porté". Ce jeune homme fut envoyé aujDrès du roi des Partlies par son père, Macrin, qui avoit été vaincu jirès d'Antioche par l'armée d'Elagabale; mais il fut atteint dans sa fuite et tué par des partisans du vainqueur, l'an 218, à peine âgé de dix ans.
On n'a de véritable portrait de Diaduménien que sur ses n»^. médailles. On en voit ici une de grand bronze sous le n" 7. Elle représente sa tête nue avec la légende Marciis OPELzm^
(i) Dio, LXXVIII, 34. (2) Capitol., y»/acr., II, 20.
i8o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
c.„pviii ANTONINVS DIADVMENIANVS CAES^r. Au revers: successeursde pRiNCcm IVVENTVTIS S. G. , aveclc prince en costume mili-
Caracalla. '
PI. L. taire, tenant une enseigne et une haste; à sa gauche, deux enseignes.
FAMILLE D'ELAGABALE. i8i