‹ Iconographie romaine (volume 5)Chapitre 55 sur 139 · LES TRENTE TYRANS SOUS FALÉRIEN ET GALLIEN · texte numérisé non relu

LES TRENTE TYRANS SOUS FALÉRIEN ET GALLIEN

Depuis que les soldats romains eurent mis, en Tannée igS, l'empire à Tencliere , après que le vertueux Pertinax eut succombé sous le fer des prétoriens , ils élurent seuls , et sans la participation du sénat, presque tous ceux qui pendant un siècle (le troisième) prirent ou reçurent le titre d'Auguste. Ce 'qui a fait dire à Montesquieu': «Ce qu'on appeloit l'empire romain, dans ce siecle-là, étoit une espèce de république irréguliere, telle à-peu-près que l'aristocratie d'Alger, où la milice, qui a la puis-

(() Je dois répéter ici ce que j'ai dit des tyrans dont nous conservons des mé-

dans les observations ycnérales qui prcce- dailles,etje m'attacherai à reproduire non

dent le second volume: «Je n'écris ni une les médailles les plus rares, mais celles qui

histoire romaine , ni un traité de nurais- présentent les portraits les mieux gravés, matique. » D'après cela, je ne parlerai que (2) Grandeur des Romains, XVI.

1 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

chap. xm. sance souveraine, fait et défait un magistrat qu'on appelle le

Les trente Ivrans T~v

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sous Valerion cl J

^''"'''" Pendant la captivité du malheureux Valérien , et sous le règne

de son fds dénaturé, Tempire, couvert de barbares accourus de toutes les contrées de l'univers connu, scmbloit près d'être déchiré en lambeaux. Mais des secours inespérés, apportés par les souverains de Palmire, servirent a chasser les Perses de toute l'Asie supérieure, et à délivrer l'Orient de leur joug de fer; Postume , appelé usurpateur par Gallien , défendit l'Occident contre les Germains , cpi'il retint au-delà du Rhin ; l'armée , formée subitement dans les murs de Rome, chassa les Goths de l'Italie, et quatre grands hommes, Aurélien, Claude, Tacite, et Probus, s'étant élevés par leur mérite après la mort de Gallien, conservèrent l'empire dans ses anciennes limites. Il falloit que cet empire eût un principe de force bien puissant pour résister à de si violentes secousses. On ne sauroit douter que ce principe ne fût une bonne organisation municipale. Elle étoit telle, en effet, que l'on trouvoit dans chaque cité une répétition (qu'il me soit permis d'employer ici ce mot) du gouvernement de tout l'empire. Les duumvirs remplaçoient les consuls , et les décurions les sénateurs. Cette organisation intérieure étant jointe à une discipline militaire forte et sévère, chaque ville et chaque armée pouvoient se maintenir assez long-temps , sans avoir de correspondance avec le gouvernement.

On désignoit ordinairement à cette époque par le nom de Tyrans ceux qui , pendant le règne d'un empereur légitime , usurpoient le titre d'Auguste. Quoique l'on dise les trente tyrans, d'après l'historien Trebellius Pollio , cependant leur nombre ne s'éleva point si haut; l'histoire ne fait mention que de dix-huit, ou de vingt-neuf, en comptant ceux qui ont porté le nom

d'Augustes conjointement avec leurs pères. On croit que Tre- chap. xm. bellius, écrivain léger, a voulu par-là faire allusion aux trente ^«^ «'"^•"« 'y""'

' o ' i sous VaJenen et

tyrans crAthénes. Gaïuen.

Il ne reste plus des tyrans d'autres monuments que des médailles et quelques camées. Leurs médailles, frappées le plus souvent loin de Rome, sont grossièrement travaillées, et présentent des fautes sans nombre. «Elles sont, dit Visconti dans une note, ordinairement d'une fabrique très négligée, et on n'en trouve pas en grand bronze, excepté celle de Postume. On auroit pu ne pas en faire mention dans l'Iconographie; mais, comme de temps en temps on en voit quelques unes qui par leur conservation et leur travail un peu moins négligé donnent une certaine idée et présentent un certain ensemble du portrait qu'on a voulu tracer, je ne laisserai pas de les indiquer.»

Dans la vie de Gallien, qui termine le troisième volume, on a vu, en suivant l'ordre géographique, les tyrans s'élever dans les différentes contrées, et se succéder dans ces mêmes contrées; mais ici , ayant à écrire leurs vies séparées les unes des autres , je me suis rapproché de l'ordre chronologique. Ensuite, pour mettre de l'ordre parmi les tyrans, j'ai partagé l'empire romain en trois divisions, occidentale, intermédiaire, et orientale.

On concevra sans peine combien il est difficile de découvrir la vérité dans les écrivains qui ont retracé l'histoire de ces temps de désordre et d'anarchie, et qui n'ont vécu au plus tôt que dans le siècle suivant. Alors la croix brilloit sur le casque des Césars ; et les écrivains peignirent les empereurs qui les avoient précédés avec des couleurs analogues à leurs affections religieuses. Un second obstacle les empêcha d'écrire avec sincérité; ils avoient à peindre des empereurs et des généraux dont les souverains régnants se faisoient gloire de descendre : tel fut

4 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

ciiAi. XIII Clau(]c-le-Gothi(]uc , dont on croyolt que la niecc avoit été mère Le-strontetyans j^ Constancc-Clilore , ct par conséquent grand'mere de Con-

sous Val<!rieii cl ' 1 T. O

Gaiiie.1. slanlin-le-Grand. Trebellius Pollio' en fait naïvement l'aveu.

«J'ai à dessein passé sous silence certains faits, de crainte de blesser les descendants; car on sait trop l)ien quelle guerre font les grands à ceux qui ont rapporté quelques faits de leurs aïeux.» 11 dit ensuite' : «Je vais parler des trente tyrans qui s'élevèrent sous le règne de Gallien, sans craindre le ressentiment de ce prince efféminé. J'en dirai peu de choses , car le plus grand nombre mérite peu de voir son nom inscrit sur les pages de l'histoire; quoiqu'il paroisse que quelques uns d'entre eux ont eu de grands talents, et ont rendu de grands services à la république. »

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