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esclave et respectueuse des formes consacrées, admiratrice des forces brutes, de quelque apparence qu’elles se revêtent. Seules la pensée etla réflexion solitaires affranchissent du joug du mensonge el &lèvent au-dessus des passions hurlantes. Lorsque l'idée, clarté étincelante, a surgi dans l'individu, rien n’en peut plus arrêter le rayonnement. Elle marche, quoi qu’on entreprenne contre elle, quoi qu'on fasse pour en intercepter la lumière; elle franchit les portes
‘de fer et enfonce les murs.
L'idée clame, chante et tonne ; son er1 est entendu, sa voix écoutée, son éclair aperçu. Elle circule à travers les livres dont les pages versent eau-forte sur les racines de ce qui doit être détruit : tels volumes sillonnent l’air de mensonge et de corruption, comme un glaive exterminateur. Le plus récent, de mon ami Lucien Descaves, s'appelle Soupes. De quelle amertume brülante sont irempées ces Soupes aux pharisiens philanthropes, aux menteurs de la charité, à tous les donneurs d’orviétan de l'assistance officielle ! Les vaillantes et cinglantes satires ! Que leur lecture m’a donné de joie et combien je vous recommande, entre autres, celui des morceaux dénommé
«les Maîtres », et cet autre, un petitchef-d'œuvre
d’ironie condensée : « Les Gueux », avec sa moralité vibrante : « Les gueux, les gueux — sont des malheureux — qui ne s'aiment pas entre eux ».
Goûtez ces Soupes; elles ont comme une saveur de contes philosophiques de Voltaire auxquels s’'ajoute un condiment de poivre rouge : le tord-boyaux de la colère et de la souffrance humaines.
Oui, ce Voltaire dédaigné, presque méprisé COMME
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un oracle bourgeois, je le relis maintenant, mon cher ; Descaves, et de quelle actualité, de quelle générosité il me semble! Je ne vous dirai pas quelles sont aujourd’hui mes pages favorites, mais n'est-ce pas que nous trouvons l'épigraphe de nos efforts en ce mot : Dire la vérité et S'immoler pour elle ? N'est-ce pas que nous sentons la profonde humanité de pensées pareilles à celle-ci : « Il leur reste assez de religion pour persécuter et pour haïr, ils n'en ont plus pour soutenir et secourir ? »
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