‹ Idée et réalitéChapitre 117 sur 195 · SEE · texte numérisé non relu

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suite les lettres de l’admirable Cipriani m'’avaient appris la situation vraie. Il m’écrivait la veille de la bataille de Domokos : « Je vais participer ici au suprème combat pour la Grèce ; si je ne suis pas tué, c’est à Athènes, contre l’infâme roi et sa dynastie, que je brülerai mes dernières cartouches.

Les sentiments, les affirmations d’un homme qui fut grièvement blessé sur le champ de bataille ne sauraient être suspectés. Au reste, durant toute la campagne, Cipriani montra un si fier courage sous les balles que les soldats grecs le croyaient invulnérable et protégé par un pouvoir magique. Il fallut sa blessure pour les détromper.

Un autre de mes amis, cœur douloureusement passionné, porta dans les rangs grecs la maxime de Nietzsche : « Puisque la vie heureuse est iMpos sible, préparons-nous une fin héroïque! » Il souhaitait la mort, elle ne l’a pas élu. [Il suivit toutes les étapes de l'expédition désastreuse dans le désordre et l'inaction. Il m'a conté cette misérable campagne, les défaites sans bataille, les retraites sans combat, la fuite folle et meurtrière, les soldats crevés sur les routes de faim, de soif, de fatigue, de maladie : il m’a fait le tableau de cette armée d'hommes, d'officiers subalternes enthousiastes, braves, remplis de bonne volonté, bientôt épuisés, désorganisés par les marches et les contre-marches, sous les ordres de généraux incapables, de courtisans aux yeux desquels l’initia-

tive, l’ardeur, le désir de l’action étaient signes d'op-

position et de révolte contre la monarchie.

Dans chaque récit de témoins, dans toutes les anecdotes, revient l'accusation d'inertie, de lâcheté contre

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