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grande mangeuse d'hommes avait dévoré un père, un fils ou un frère.
La conscience du péril n’ôte rien de la résolution et du sang-froid aux gens de mer. Ils n’ignorent aucun des risques de leur état et les acceptent intrépidement. Connaissez-vous un trait d’héroïsme comparable à celui du lieutenant de la Champagne qui, sur un frèle esquif, s’en va par les mers glacées avec une douzaine d'hommes chercher une aide pour lé paquebot désemparé ? Ces admirables sauveteurs n’ont pas à lutter que contre les vagues furieuses de l'Océan : un autre ennemi plus cruel peut-être en cette barque découverte et sans abri, c’est le froid qui fait mourir chaque membre par une lente, une torturante agonie. Après deux nuits glaciales, trois matelots gisent inertes, les pieds et les mains gelés : le brave officier et Ses compagnons, mouillés, grelottants, transis, ne sont guère en meilleur état et ne peuvent plus remuer. À l'horizon n’apparaît nul vapeur de secours. Non seulement ils ont perdu l'espoir de ramener un remorqueur à la Champagne, mais ils pressentent que c'en est fait d'eux. Leurs yeux désespérés interrogent anxieusement l'Atlantique. Un point surgit au loin qui grossit : c’est un navire qui s'approche; c'est l'abri, c'est le salut! Hélas! il passe, il s'éloigne, il s enfonce dans la brume sans les avoir aperçus, sans entendre leurs cris de détresse, leurs appels SUP plants.
Voilà les malheureux rejetés dans un morne désespoir. Le coup est trop rude. Pourquoi n’ont-ils pas été gelés ou noyés avant pareille épreuve ? Maintenant, les encouragements de l'officier, qui, seul, con-
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