‹ Idée et réalitéChapitre 15 sur 195 · UN BEAU GESTE · texte numérisé non relu

UN BEAU GESTE

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Samedi 149 mai 1894.

« Perfide comme l'onde... lâche et menteuse.…. cheveux longs et idées courtes!... » Vous savez tous les lieux communs sur les femmes et, en réalité, il n'y a que les femmes pour être vraiment braves.

Ïl y a un condamné dont les heures de vie sont

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comptées, qui peut- être au moment où paraitront ces ' lignes aura été décapité par le couperel du bour- L reau, suprême solution de la question sociale. C'est un jeune homme de vingt et un ans qui déclara à : ë la société une guerre d'extermination. Il n'a eu pitié 4 de personne et n'attend de l'ordre établi ni miséri- ; corde ni merci. Il a fait un pacte avec la mort en ù

proclamant qu’il n'existait point d'innocents parmi les bours geois, et que tous, indifféremment, étaient dignes de périr par le fer et le feu. Gest le plus formidable adversaire qu'ait suscité sis son or£'anisation la société bourgeoise, parce qu'ayant perpétré l’acte il l’a corroboré par une attitude, parce

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qu’enfin, seul contre tous, devant la justice et la vin-

gence et de son courage. Aussi son supplice semblet-1l plus nécessaire à la commune raison. Il en est même qui regrettent de ne voir ôter qu’une seule fois la vie à ce farouche et indomptable fiancé de la mort.

Est-ce dilettantisme exécrable? est-il permis de pénétrer le sens confus des choses pour s'élever à une philosophie plus haute? L’horreur de la guerre sous toutes ses formes, de la bombe sauvage frappant au hasard d’un café d’inoffensifs employés ou ailleurs atteignant en blessures affreuses un doux savant qui rentre chez soi, — cette détestation de la rage destructrice, des barbares et inutiles explosions, n’est pas satisfaite par la guillotine dressée, devenue l’'étendard glorieux, devant lequel sourit et vaticine le supplicié. Les exécutions exaltent et provoquent les représailles. Vaillant engendra Emile Henry comme celui-ci produira plus néfaste imitateur. C'est cette « facilité sinistre de mourir » qu'il faudrait guérir ; voilà où devraient tendre les docteurs ès-ciences sociales, hors des vaines agitations de la politique. Mais quel est le remède? où trouver le dictame de paix, la trêve aux misères ? « Oh! mon père, mon fils, mon mari! » clament désespérément lés parents des victimes de la dynamite. Sommesnous réduits à cette navette lamentable entre explo- Sions, répressions et recommencements d'attentats ?

Je le disais au début : iln’y a que les femmes pour

dicte publique, il imposa l’étonnement de son intelli-.

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être vraiment braves. Cet Emile Henry que la société tremblant d'horreur devant le monstre qu'elle a formé se dépêche de tuer, — cet enfant plein de force vitale, calme et terrible comme le démon de la destruction, aux épouvantables desseins, — unes affirme qui l'aime et voici qu'elle redit son amour, pour être rendu public, à un de nos confrères. Elle s’appelle Elise Gauthey, et, très artiste, M. Adolphe Tabarant nous fait écouter son entretien avec elle dans un logement au sixième du boulevard Voltaire. C'est une grande et belle femme, dont la chevelure bouclée a quelque chose de staëlien. Emile Henry l’a aimée et le lui a manifesté en vers et en prose; mais elle était mariée, et pour ce motif ou tout autre elle ne consentit point à lui appartenir. « En avez-vous regret? » interroge le journaliste. — « Oui, et je ne m'en cache pas. S'il est vrai que cette passion lui a été funeste, je me reprocherai toujours d'avoir été cruelle pour lui. Je le lui ai dit, je le lui ai écrit, d’ailleurs. Je ne dors plus, je ne vis plus, je n'ai plus de goût à rien. Oui, je regrette de n avoir pas été Sa matiresse. »

Et, dans l'évocation si littéraire de Tabarant, nous assistons à la scène, nous voyons la créature d'amour dont la gorge se soulève sous l'émotion, dont la parole se sèche et s’entrecoupe aux approches des larmes, nous entendons ces mots en vaillance fémis nine de cœur : « Oui, je regrette de n'avoir pas été sa maîtresse ». Et notre plume du chroniqueur salue la fière femme proclamant son amour pour un damné. Devant cette voix généreuse, il n’est point de place pour l'analyse, pour une fouille minutieuse

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