‹ Idée et réalitéChapitre 193 sur 195 · PE. + PRO · texte numérisé non relu

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Avec le nouvel opéra français, une tragédienne Iyrique s'était manifestée à Bruxelles. Aucun de ceux dE . Ye qui, comme moi, assistèrent à la première de Sigurd R 2 . n'ont perdu l'impression de cette soirée ; ils ne peu- vent oublier le visage pur, sévère et mystérieux de . Brunehilde, la noblesse, la majesté du geste et de la démarche,-la voix d'une pureté de cristal, tous les dons de la mimique et de la plastique: la ligne esthétique, l'instrument adorablement fragile et mélo- À - dieux qui prétaient à l'interprète quelque chose de or divin.

Donc, le nom de Rose Caron était associé à la gloire de Reyer. Si lors on ressentait l'injustice que le plus inspiré des musiciens français et la plus grande artiste française fussent produits hors de Paris, on à éprouvait en même temps une joie égoiste à les mé- J + © riter par un petit voyage, à les posséder plus exclu- ‘2 eu du. sivement de l’autre côté de la frontière.

Je travaillai ardemment à ce que le musicien, la … | chanteuse exilés entrassent à l'Opéra de Paris. Enfin

…. Sigurd y tnt l'affiche, madame Caron chanta, tous

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les Parisiens connurent le moment délicieux du sr trième acte : De Les tentes, Sigurd, je prenais Le chemin... la scène auprès de la source, et ne l'incantation des fleurs de verveine, de sauge pourprée. Et deux ans plus tard, Reyer avec son interprète reprenait le chemin de la Belgique, et c'est en-

e théâtre de la Monnaie qui donnait la première représentation de Sa/ammbo.

Madame Caron eut sa part du succès : la Valkyrie superbe, la fille des Dieux Grermains se changea en princesse Carthaginoïse, en fille d'Hamilcar; sa haute taille, son buste élancé ee” magnifiquement les pee asiatiques et le geste de ses bras arrêtait les bandes tumultueuses des Barbares quand elle apparut magnifiquement au milieu de l'orgie des mercenaires. Comme son visage énigmatique de reine d'Orient pan du tourment d’un mal ignoré au tableau des terrasses de Carthage ! De” quelle mélancolié profonde elle trempait son chant! Quelle envolée dans l’air des Colombes que nul autre n’a su nl ne peut chanter. Tellement elle fut créatrice de Brunehilde et de 5 lin bô que hors d’elle, sans elle, les personnages ne vivent plus, que les essais d'autres interprètes furent des pâles reflets, — des ombres,

Pourtant elle n’est pas seulement la muse des opéras de Reyer. Un génie de poésie radieuse et de pur amour l’anima dans les figures idéales d’Elsa et d'Élisabeth. Ce n'est pas au hasard que je prononce le mot génie : tous ceux qui connaissent Rose Caron ont été frappés par l'instinct divin de ses mouvements et de son action scénique. Elle étudie le texte musical d'un rôle, elle s’y prépare vocalement, elle ne com

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pose point le personnage par l'attention et la réflexion;

elle en découvre et traduit l’âme dans les gestes,

dans l'attitude d’une inspiration soudaine.

Sa nature la destinée aux héroïnes idéales de pur amour et ne lui permit pas de représenter les violences de la passion physique et du délire des sens. L'artiste des sommets ne sait pas descendre et figurer dans /les aventures d'en bas, la vierge

guerrière, la fille des Dieux, la pure et.la Sainte, ce m'est pas une femme mais une entité. Avez-vous en-

tendu. Elsa à la fenêtre ’et senti le charme de la fian-

cée immaculée du fils de Parsifal? Avez-vous vu le

œeste sublime dont au troisième acte de Tannhœ@user, en gravissant la montagne, elle montrait le ciel

à Wolfram?

Ainsi son instinct, ses antécédents la désignaient pour lé rôle de Fidelio, pour la création de Léonore,

- incarnation de dévouement sublime et de chaste

amour. La partition de Beethoven appartient à cel ordre de chefs-d'œuvre qui ont créé et gardent en leur flamme spirituelle les plus nobles affections de l'âme humaine. Il est assurément facile de trouver

dans l’art ou l’artifice le langage et la posture sen-

suelle qui parlent aux sens. Les ouvrages modernes, petits et grands, offrent les spectacles passagers, les peintures voluptueuses, miroir attrayant de la bête ; mais l’ange, le Dieu caché inspira les œuvres classiques, les chants affranchis de l'empire de la chair. -Nos classiques de la littérature et de la poésie ont eu la gloire d'imaginer et de définir, hors du geste charnel, les sentiments et les idées qui régissent les forces naturelles de l’amour et anoblissent les rap-

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