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JOURNALISTES ET GÉNÉRAL

Samedi 26 octobre 1895.

Ïl règne dans la presse une convention dé respect envers l’armée. Les patriotes ont certes raison d’exalter les vertus militaires : sacrifice, renoncement, dévouement à un idéal, en mémoire desquelles Alfred de Vigny appela les régiments : des couvenis qui marchent. Mais l'admiration devient absurde et même révoltante quand elle comprend une tradition stupide de grossièreté et de brutalité, une haine d'état, un mépris irraisonné pour quiconque ne porte pas le sabre ou le harnais.

Certes, tout officier intelligent répudie les façons du caporalisme et les manières de Ramollot, mais il se trouve encore des théoriciens pour les justifier à coups de formules et de boniment en prétendant que le patriotisme est inséparable de tous les abus de la soldatesque, À ces écrivains militaires je dédie le récit suivant, dont j'emprunte les circonstances pre cises au journal /e Matin :

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Au début de l'expédition de Madagascar, le gouvernement comprit la nécessité de tenir le public a courant des événements de la campagne, mais le gé-

néral D 104 esne manifesta la plus vive opposition à la présence de journal Fe dans le corps expéditionnaire. me souvernement ne pouvait, par une exclusion systématique, se rendre hostile la presse tout entière. Donc le vieux brave peu accommodant fut obligé de subir des témoins importuns : il limita

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leur nombre à quatre, prétextant qu’il ne pourraiten transporter ni en nourrir davantage. Les élus et ; accrédités en conseil des ministres furent M. Fernand Pagès pour le Gaulois et l'Autorité, M. Delorbe À pour le Zemps, M. Faber pour l'Agence Havas d et M. Boudouresque pour le Petit Marseillais Aussitôt les taquineries commencèrent : les bu- »] reaux de la guerre se dispensèrent d’avertir de la . date et des conditions du sen les quatre correspondants. Ceux-ci ne connurent ce qu il leur impor- he tait tant de savoir qu après de pes démarches. de Arrivés à Majunga, ils se trouverent isolés au milieu : d'officiers qui n’osaient leur donner le moindre ren- ï seignement; le général Duchesne inspirait la con- + à duite de ses subalternes en affectant de ne pas oh rendre leurs saluts aux représentants de la presse dl francaise. On avait attribué à chacun une demi- + voiture Lefebvre ;: ces véhicules furent inutiles, ae faute de route, et nos confrères, renvoyés de l'un à < l'autre, se voyant refuser les bêtes de bût, faillirent : rester en panne, La volonté Us. du u général : en chef, fut déjouée par la complaisance d’un lieu tenant de vaisseau. Cet officier, souverain à bord JB se cà À À A D

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route en avant avec l’armée jusqu'à Tananarive et qu'il était préférable d'attendre le moment « où les routes seraient largement ouvertes aux VOVag'eurs ».

Les correspondants n'avaient plus qu à s’en retourner à Majunga. Ils y redescendirent afin d'aviser par dépêche le ministre de l’intérieur de la décision du général. Mais il leur fut impossible d'obtenir le visa sans lequel ni lettres ni dépèches n'étaient recues. Le colonel Baiïlloud tempéra le refus du visa par une invitation à diner, répondant au porteur du télégramme : «Je ne vous viserais même pas une dépêche pour le président de la République, dans les circonstances actuelles. »

À la fin, le correspondant de l'Agence I1avas obtint l’autorisation de suivre la colonne, à condition de pourvoir lui-même à ses vivres et à ses moyens de transport.

Il y avait à Majunga un correspondant du Tagebiatt de Berlin, M. Wolff. On lui refusa d’abord de suivre la colonne, mais il fit agir son gouvernement et le ministère des affaires étrangères intervint en sa faveur. Le journaliste allemand était du reste excellemment muni: il avait des bêtes de bât, une escorte de vingt-cinq porteurs, et il usa envers ses confrères francais de la plus complète obligeance et de la plus srande cordialité. Comme ceux-ci étaient empêchés d'envoyer leurs dépêches, il renonçaà télégraphier les

siennes à son journal, et c’est grâce à cette discrétion

et à ces sentiments de confraternité que la France

n’a pas été renseignée sur les événements de Mada-=,

gascar par l'intermédiaire de l'Allemagne. A plusieurs reprises, il mit ses porteurs à la disposition des

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3 journalistes français et offrit de brüler une partie de ses malles pour porter les leurs. Enfin, tout ce que les représentants de la presse française ont connu d’obligeant sur la terre malgache, ils le doivent à un | Allemand.

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