‹ Idée et réalitéChapitre 94 sur 195 · COM · texte numérisé non relu

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philosophique, paraît singulière la vocation de se ruer Sur des créatures humaines et en tuer le plus grand nombre possible. La résistance aux fatisues, l’'ardeur au péril, le mépris du danger, l'indifférence à la mort, glorieux dons corporels, se rencontrent à égal degré parmi tous les lutteurs contre les éléments naturels, chez le marcheur, le coureur, le nageur, chez le champion .du cycle, de la boxe ou du football.

Mais, dira-t-on, les qualités guerrières se trouvent ennoblies par une mission sacrée : elles naissent dans les plis du drapeau, pour l’amour de la patrie! —, Rien n’est plus contestable : aucune idée générale ne se mêle au sang bouillonnant, à l’ardeur de la jeunesse, au goût du péril qui font le brave. Militarisme et patriotisme ne vont pas toujours de compagnie : il y eut de superbes militaires qui furent les plus douteux patriotes. L’armée avec ses obligations, ses tras Vaux, SOn régime, sa discipline, ses lois particulières, prétend à des prérogatives au-dessus, en dehors de la nation. Les officiers accommodent l’idée de patrie avec leur vocation de bataille, mais combien de fois le patriotisme ne fut-il pas sacrifié à l'intérêt, je n’ose dire aux appétits militaires !

La carrière de Bourbaki n’est pas exempte d’un trait dé ce genre. Dans Metz assiégée, en 1870, le brave soldat hésite entre son devoir envers la France et ce qu’il doit à la dynastie impériale, entre sa fonction de soldat et le métier avantageux de Courtisan : au lieu de rester à son poste de commandement et de bataille, il obéit aux inspirations de Bazaine, quitte la ville, dupé, berné par un intrigant

du nom de Régnier, et va trouver en Angleterre l'impératrice qui le renvoie piteusement.

Pareilles faiblesses de courtisan, d’ambitieux, de politique, de mercenaire, sont dans la tradition militaire : Condé, puis Pichegru, Moreau, Bernadotte, Marmont, subordonnent la France à leurs intérêts ou à leurs passions ; le capitaine sûr de sa force estime

que son courage suftit à tout et qu’il ne dépend que.

de son épée.

Que l’infâme troupeau des hommes énamouré de la force et tremblant devant les coups, s'incline au personnage du héros militaire et y voie la marque géniale, la mission providentielle. Pasteurs des peuples, tyrans et maîtres encouragent, proclament, instituent les superstitions d’un prétendu héroïsme dont ils tirent le soutien de leur dynastie, la conservation de leur propriété. L'homme de pensée a vite fait de dépouiller le héros des guerres de toute vertu surnaturelle ; il sait distinguer tout ce qu’il y a de hasardeux et d’accidentel dans une victoire et comment les circonstances, les conséquences, les lois de la série s'accordent pour donner l'illusion de ce qu’on nomme le génie militaire.

Le fétichisme d'opposition badaude, la servilité d'esprit s’attachent au nom de Napoléon. Fut-il autre chose que la pierre roulante sur le sol nivelé de la Révolution, la pierre inspirée et lancée par toute l’intellectualité du dix-huitième siècle? Dans la Guerre et la Paix, du grand Tolstoï, vous découvrirez de

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